STUART MILL
338. Vie et œuvres de Stuart Mill. — Xe à Londres, en 1806, John Stuart Mill avait pour père James Mill, bien Connu par son Histoire des Indes et son Analyse des phénomènes de l'esprit humain. Il reçut une éducation où fut très petite la part du sentiment ; en effet, son père chercha à
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développer chez lui, avant tout, la raison, et ne lui laissa guère étudier que la logique. Un voyage en France le mit en relation avec Auguste Comte, le chef du positivisme. Il mourut en 1873.
Ses principaux ouvrages sont : Examen de la philosophie d'Hamilton, Système de Logique, Auguste Comte, La Psychologie de M. Bain, Principes d'Economie Politique.
339. Caractères de la Philosophie de Stuart Mill, — 1° Positiviste: du moins, quant au point de départ, surtout en psychologie et en logique, avec cette différence cependant, que Stuart Mill étudie les faits internes. Comte les méconnait. 2° Empirique: les faits internes seuls, non l'âme elle-même, font toute la psychologie de Stuart Mill. 3° Phénoméniste, au sens psychologique. Pour Stuart Mill, le moi résulte de la collection des phénomènes internes. L'étude de ces phénomènes «. de leurs rapports, tel est l’objet de la psychologie. 4° Associationniste: c'est le caractère dominant de la philosophie de Stuart Mill. Suivant le philosophe anglais, la loi de l'association des idées suffit à expliquer
. toutes les vérités de notre esprit.
340. Doctrines philosophiques de Stuart Mill. — Toute la doctrine de Stuart Mill peut se ramener à l'Associationnisme. Philosophie anglaise, surtout avec Hume, Hamilton et James Mill, l’associationnisme développé, renouvelé, devient, chez Stuart Mill, un des grands systèmes de l’histoire de la philosophie.
L'Associationnisme énonce comme principe fon-
damental que toute notre vie intellectuelle est régie par la loi de l'association des idées. D'après cette loi, les idées s'éveillent et s'enchainent dans l'intelligence en l'absence des objets, et ont une tendance à s'évoquer l’une l'autre, lorsque ces objets sont perçus simultanément ou successivement, Supposons que les phénomènes (objets) À et B ont été contigus dans la conscience, leurs idées, où leurs représentations auront une tendance à se reproduire dans le même crdre. Si les circonstances favorisent le retour de l'association, alors la tendance deviendra bientôt une habitude et celle-ci, à la longue, dégénérera en une véritable nécessité,
C'est par cette association des idées que Stuart Mill, continuateur de Hume, tente d'expliquer l'origine de nos Principes rationnnels et en même temps de rendre compte de leur universalité et de leur nécessité. Ainsi, le principe de causalité n'est rien de Plus qu'une habitude de l'esprit qui a son origine dans notre expérience et l'association des idées. Habitués à voir que À précède toujours B, nous les ässocions tous les deux, et concluons que À est l'antécédent et B le conséquent. Et conséquemment, le principe de causalité est une nécessité toute subjective de l'esprit. L'antécédent A représente Pour nous la cause et le conséquent B, l'effet. Notre expérience nous a toujours montré ces deux phénomènes À et B comme associés, notre intelligence a acquis peu à peu l'incapacité de les penser l’ur sans l’autre. “La cause, dit Hume, est un objui tellement suivi d’un autre objet, que le premier fait toujours penser au second. ”
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La croyance au monde extérieur s'explique aussi par la loi de l'association des idées. Les corps ne sont que des groupes de sensations reliées entre elles par l'association. Nous ne connaissons que des modes, des qualités. Notre rôle se borne à transformer un rapport constant en une réalité. L'idée de substance et de cause est une illusion subjective qui répond à une habitude de l'esprit. Ce que nous disions du non-moi où du monde extérieur, nous pouvons aussi l’affirmer du moi. Nous ne nous connaissons pas véritablement comme une substance. Ce sont nos états de conscience, nos états intérieurs qui font l'objet de notre science, et sans cesse, nous transformons en une réalité substantielle les rapports qui relient entre eux ces états Il en est de la vie pratique comme de la vie spéculative, et, au dire de Stuart Mill, les idées de morale, de vertu, de désintéressement, etc., sont des groupes d'idées combinées suivant la grande loi de l'association.
Stuart Mill rejette complètement le syllogisme. 11 l'appelle tautologie, parce qu'il ne nous apprend rien; cercle vicieux, parce que la conclusion se prouve par la majeure, et celle-ci par celle-là. Quant à la base de l'induction, ce n'est pas, d’après lui, l'invariabilité des essences où l’uniformité des lois de la nature qui en sont le fondement, mais “ la croyance qu’il y a des uniformités naturelles ” ; c’est l'inférence du particulier au particulier, c'est l'attente des mêmes phénomènes dans les mêmes circonstances.
En psychologie, il n'admet pas la liberté, parce que Li Lonscience qui nous en témoigne l'existence actuel’ +, qui nous rend Compte de ce que nous fai- Sons Gan: le mom: nt présent, ne peut nous dire ce que nou. 1erous :lus tard
À la morale de l'intérêt privé, Stuart Mill substitue celle de l'intérêt général; et, contrairement à Bentham, il apprécie les plaisirs plutôt par leur qualité que par leur quantité. Aussi bien, déclaret-il qu'il faut préférer les Plaisirs de l'esprit à ceux des sens. * I] vaut mieux être un homme malheureux qu'un pourceau bien repu, un Socrate mécontent qu'un imbécile satisfait ”. La distinction entre le bien et le mal n'est Pas, pour lui, autre chose que le fait d'une habitude mentale, le résultat d'une association d'idées et de Sentimerits ayant pour origine la coutume. ,
341. Appréciation. — Que Stuart Mill ait été un philosophe éminent, Personne ne le conteste. Mais son système renferme des erreurs nombreuses qu'il importe de signaler.
Au phénoménisme de Stuart Mill, nous opposerons le témoignage de la conscience : celle-ci atteste aussi bien la permanence du moi que la,succession des phénomènes, Pourquoi ne pas l'admettre dans les deux cas?
Avant que l'enfant ait contracté des habitudes d'esprit, il est obsédé par le principe de causalité et nous fatigue de ses pourquoi. Ce principe ne résulte donc pas d’une association d'idées, lente d'abord, puis devenue indissoluble par la succession con-
Stante des mêmes phénomènes, sans compter que l'associationnisme ne peut suffire à expliquer l’universalité et la nécessité du principe de causalité, C'est un fait d'expérience que la succession entre les phénomènes est très variable. Il est vrai qu’un ll phénomène succède toujours, constamment, à un 3 autre, mais il n’est pas vrai que cette succession Ë nous apparaisse toujours, constamment, entre deux phénomènes déterminés. Et donc, si une succession constante entre deux phénomènes déterminés, arrive assez souvent pour engendrer une habitude d'esprit capable de rendre compte, dans certains cas, de l’universalité et de la nécessité du principe de causalité, dans d’autres cas, et bien plus nom- | breux, cette succession variable engendrera des ha- | bitudes contraires, et alors, la nécessité et l’univer- } salité du même principe resteront inexplicables. à Le syllogisme n’est ni une tautologie ni un cercle vicieux. Les prémisses d’un syllogisme contiennent sans doute la conclusion. Mais être contenu dans |! les prémisses, et savoir le pourquoi de la contenance, 1 sont deux choses distinctes. Or, le raisonnement, | le syllogisme surtout, a pour but de nous faire savoir que la conclusion est contenue dans les prémisses. I] nous apprend donc quelque chose. Et pour qu'il y eût cercle vicieux, il faudrait que la conclusion fût contenue explicitement dans la ma- | jeure. Celle-ci est une proposition générale; lors- | que nous l’énonçons, nous ne connaissons qu'impli- ; citement les vérités particulières qu’elle renferme. Li Le syllogisme l’apprend d’une manière explicite.
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Il est vrai que la conscience ne saisit que ce qui est et non pas ce qui Peut être. Et voilà pourquoi, en faisant une chose, nous ne Sommes pas sûrs que HOUS pourrions ne pas la faire. Nous croyons seulement que nous Pourrions faire autrement, Stuart Mill confond le Dossible avec le bouvoir. Le possible n'existe Pas, et partant, ne peut pas être berçu. Le pouvoir est une chose réelle, et, conséquemment, est objet de conscience. Lorsque j'agis, ma conscience m'affirme que j'ai le pouvoir de Prendre une décision opposée. Cela suffit pour Sauvegarder la liberté. Que je prenne cette décision opposée, voilà qui est dans l'ordre des possibles, des non-existants qui ne peuvent être objet de la perception consciente.
Le philosophe anglais mesure les plaisirs d’après leur 1 lité Nous admettons que certains plaisirs sont alité supérieure. Mais, pour déterminer cette uirtérence qualitative, ;] faut nécessairement recourir à un critérium au-dessus de la sensibilité et non à la pure expérience. La sensibilité ne saisit tout au plus que l'intensité du Plaisir. Si, entre deux Plaisirs d'intensité égale, l'un est préférable à l'autre, cette préférence doit être basée sur une mesure, sur un critérium étranger à la sensibilité. Et ainsi, Stuart Mill renie son empirisme. Au reste, l'intérêt général — comme se plaît à le proclamer Stuart Mill — ne peut Pas constituer la loi morale, parce qu’il n'est ni immuable, ni universel. Chacun, en effet, apprécie l'intérêt général à sa manière, suivant ses goûts Personnels, voire ses caprices. De plus,
cet intérêt n'est pas strictement obligatoire, parce qu'au point de vue utilitaire, personne n'est tenu «le renoncer à son avantage personnel, lorsque celui-ci vient en confit avec l'intérêt général.
Stuart Mill fut le logicien et le psychologue de l'école associationniste. Il faut reconnaître que. mieux qu'un gran-i nombre d'autres, il a excellé dans l'analyse des faits de conscience et des états de l'esprit. Mais toute sa doctrine conduit logiquement au plus désolant scepticisme.