CHAPITRE IX
Robert de Lincoln, Guillaume Schirvood, Vincent de Beauvais, Lambert d'Auxerre.
On vient de le dire, les conclusions de Guillaume d'Auvergne sont résolument réalistes, et l'on ne peut douter que la lecture habituelle des gloses arabes ne l'ait engagé dans la voie qu'il a cru librement choisir. Il se défend néanmoins de jurer sur la parole de ses maîtres. Ils sont payens, il est chrétien, et sur tous les points où leur langage semble contredire la foi chrétienne, il n'hésite pas à les condamner. Roger Bacon nous le montre aux prises, en pleine école, avec de plus fidèles disciples d'Avicenne et d'Al-Farabi (1). De même nous le voyons, dans ses livres, constamment reprocher à d'autres maîtres, qu'il ne nomme pas, leur confiance aveugle dans toutes les thèses des interprètes arabes : « Beaucoup de gens, dit-il, dévorent « ces thèses comme elles s'offrent; les ayant reçues « sans aucune discussion, sans aucun examen, sur le « champ ils les admettent et les tiennent pour très « vraies (2).» En fait, Guillaume peut se permettre de
(1) Opus tertium, cap. xxm.
<t) De anima, part. III, cap. ru.
blâmer les autres. Nous le jugeons téméraire ; il l'est moins que le plus grand nombre de ses contemporains. Il Test beaucoup moins, par exemple, que Robert Greathead, ou Grosse-Tête, évêque de Lincoln.
Nous avons déjà recueilli quelques témoignages de Roger Bacon sur ses contemporains. Des citations que nous avons faites on a pu conclure que ce docteur, d'un esprit très original et très indépendant, ne cède pas volontiers aux entraînements de la foule et ne porte pas ses hommages à toutes les renommées. Mais il exprime son admiration pour Robert de Lincoln en des termes qui n'ont vraiment aucune mesure. Qui, ditil, a le mieux connu les langues ? C'est Boëce. Qui a le mieux connu les sciences ? C'est Robert, évêque de Lincoln (1). Il dit encore (il faut reproduire le texte même de cet éloge hyperbolique) : Vulgus philosophantium semper est imperfectum, et pauci sapientissimi fuerunt in perfectione philosophiœ ut Salomon et deinde Aristoteles, pro tempore suo, et... in diebus nostris Robertus, episcopus nuper Lincolniensis (2). Ainsi Roger Bacon a volontiers la même estime pour Salomon et pour Aristote ; mais, connaissant la théorie du progrès et ne craignant pas plus d'en abuser que certains de nos modernes, il place Robert de Lincoln au dessus de Salomon et d'Aristote, comme ayant eu l'avantage de venir après eux. L'hyperbole mise de côté, l'on n'hésitera pas à reconnaître que Robert de Lincoln fut un des hommes les plus savants, les plus distingués de son temps. Né à Strodbrook, village du comté de Suffolk, de très humbles parents, il avait fait
(i) Opus tertium, c. xxv, (t) Ibid., cap. xxu.
ses premières études dans la ville d'Oxford, quand il vint à Paris entendre les maîtres de philosophie et de théologie. A son tour devenu maître, il quitta Paris et devint archidiacre de Leicester, puis, en 1235, évêque de Lincoln. Il mourut en 1253, excommunié par Innocent IV, qu'il avait publiquement et très vivement censuré. Ayant lu son libelle, Innocent dit : « Quel est ce « vieillard en délire, sourd et absurde, qui juge ce que « je fais avec tant d'audace et même de témérité ? Par « Saint Pierre et Saint Paul, si ma douceur naturelle « ne me retenait, je le précipiterais dans une telle conte fusion qu'il serait l'effroi, l'exemple et la fable de « tout l'univers. » Les historiens croient que Robert fut moins protégé, dans cette circonstance, par la douceur naturelle du pape que par les prudents conseils des cardinaux. D'une part, il avait des amis puissants et nombreux ; d'autre part, la cause d'Innocent n'était pas bonne. Il valait donc mieux, dans l'intérêt de l'Église, ne pas pousser les choses plus loin (1). Les mêmes historiens racontent que Robert étant sur le point de mourir, manda son ami Jean de Saint-Gilles, avec quelques-uns de ses clercs et leur parla du pape en ces termes : « Le Christ est venu dans le monde pour « gagner les âmes. Si quelqu'un ne craint pas de per- « dre les âmes, ne peut-on pas à bon droit l'appeler PAn- « téchrist. » Rien n'empêche de croire que Robert ait tenu ce discours assurément irrévérencieux. Mais on y joint le récit de prodiges moins dignes de foi. Ainsi l'on dit qu'à l'heure même où il expira, l'évêque de Londres entendit une voix mélodieuse, comme celle d'une âme ravie de monter tout droit vers le ciel. On
(1) HisL UUêr. de la Fr., t. XVI11, p. 438.
ajoute enfin qu'un an après, Robert apparut au pape Innocent, lui disant : « Lève toi, misérable ; viens au jugement ; » et que, Payant frappé de son bâton pastoral, il le tua. Quoi qu'il en soit, il faut avoir été, durant sa vie, un personnage de grande importance, pour devenir après sa mort le héros de ces fictions légendaires (1).
Robert de Lincoln est un de ces écrivains que nous appelons aujourd'hui polygraphes. Les ouvrages qu'ils nous a laissés appartiennent à tous les genres littéraires. Ce sont des poëmes latins (2), des poèmes français (3), des traductions du grec en latin (4), des traités d'astronomie, de théologie, de philosophie, de morale, des sermons, des lettres et des commentaires variés. On en» trouvera la liste àmsYAnglia sacra de Wharton et dans YHistoria litteraria de Guillaume Cave. Parmi ceux qui se rapportent à la philosophie, celui que nous regrettons le plus de ne pas posséder est une Somme de philosophie, qui se trouvait, dit-on, à labibliothèque de Cambridge. M. Amable Jourdain ajoute un titre fort important au catalogue de Wharton. La bibliothèque des Jacobins de la rue Saint-Honoré conservait autrefois une traduction et un commentaire de YÈthique d'Aristote, qui doivent être attribués, suivant M. Jour-
(1) Mathieu Paris, Hist. Angl., p. 583. — H. de Knygthon, De eventibus Angliœ, lib. II.
(2) Disputatio animœ et corporis, dans le num. 1276 du supplëm. lat. à la Bibliothèque nation. M. Edelestand Du Méril a publié ce poème très imparfaitement et sans le nom de Fauteur. Ce nom nous est fourni par le manuscrit cité.
(3) Archives des Missions, deuxième série, t. V, p. 244.
(4) Outre la traduction du Testament des douze patriarches, voir celle des Lettres de saint Ignace qui se trouve dans le num. 247 des manuscrits de Tours.
dain, à Robert de Lincoln (1). Mais nous avons vainement recherché ce volume sur les rayons de la Bibliothèque nationale ; il paraît perdu. Cependant cette recherche n'a pas été pour nous sans aucun profit, puisqu'elle nous a fait découvrir une glose de Robert sur le livre De la consolation, de Roëce. Elle existe dans le numéro 14,380, provenant de Saint- Victor, et renferme divers passages que nous aurions à citer, si les ouvrages imprimés de notre docteur nous laissaient ignorer quelles furent ses décisions sur les problèmes scolastiques. Ces ouvrages, au nombre de quatre, sont d'abord divers commentaires sur la Théologie mystique du faux Denys l'Aréopagite, sur les deux livres des Seconds analytiques, un abrégé des huit livres de la Physique et un traité sur Dieu, les anges, l'âme humaine, adressé par l'auteur à certain maître Adam Rufus qui ne nous est pas d'autre part connu (2).
Nous parlerons d'abord, en peu de mots, de ce dernier écrit. Dieu, dit Robert, est la forme de toutes les choses, étant dans toutes les choses essentiellement. C'est une proposition qui sent l'hérésie ; mais Robert s'efforce de la justifier en l'attribuant à saint Augustin. Il évite d'ailleurs d'en tirer les conséquences. Vient ensuite la dissertation sur l'âme humaine, où Robert s'est évidemment proposé de combattre, sans toutefois les nommer, Alexandre Neckam et Alfred de Sereshel. L'âme, dit-il, n'est essentiellement ni dans le cerveau ni dans le cœur ; n'étant pas corporelle, elle ne siège dans aucun organe : Anima in corpore sine situprœ-
(1) Becherehes critiques, nouv. édit., p. 59 et suiv.
(2) Rob. Grosseteste Epistolœ, éd. H. Rich. Luard, y. 1.
sens, sine loco ubique tota (l).Et c'est ici que se trouve la conclusion de tout le traité : Sicut Deus simul totas est ubique in universo, ita anima simul Iota est ubique in corpore animaio. Toutes les fois que l'on rencontre de telles déclarations, il faut les noter. Cependant, il n'en faut rien déduire. En fait il y eut, au moyen âge, beaucoup moins d'audacieux que d'imprudents.
L'abrégé de la Physique est très sommaire ; c'est un opuscule de vingt pages in-8°. M. Daunou le range au nombre « des productions qui ont perdu « depuis longtemps tout intérêt et toute utilité. » Il ne peut plus, en effet, nous servir à connaître la Physique d'Aristote, puisque nous en avons le texte à notre portée, un texte pur et complet, sans additions et sans lacunes ; mais, au point de vue de l'histoire, il a pour nous beaucoup d'intérêt (2). Les propositions d'Aristote qui sont les plus contraires au dogme chrétien y sont généralement présentées dans les termes les moins choquants. Il y a plus ; quelquesunes de ces propositions sont devenues, sous la plume de l'abréviateur, tout à fait chrétiennes. Les prescriptions de Grégoire IX sont donc fidèlement observées. Il faut remarquer, en outre, que l'abrégé de Robert, fait avec le secours des gloses arabes, contient un certain nombre de sentences, tirées de ces gloses et
(1) Rob. Grosseteste Epistolœ, p. 11.
(2) Hain en désigne plusieurs éditions gothiques, sous le titre suivant : Summa super VIII libros Physicorum ; Venise, Simon de Pavie, 1498, in-fol.,et, même ville, Pierre de Bergame, 1500, in-fol. Une édition de Paris, 1538, in-8", de onze feuillets non chiffrés, est intitulée : D. Roberti Lincolniensis in VIII libros Physicorum brève Compendium. Ce bref Compendium a été souvent réimprimé, dans le XVI' siècle, à la suite du commen taire de saint Thomas sur la Physique.
non du texte, qui seront bientôt l'objet des plus vives controverses. Ainsi nous y voyons que la matière, prise en elle-même et ne possédant aucune forme, doit être le sujet commun de toutes les transformations. Qu'est-ce que cette matière ? S'agit-il d'un abstrait ? Il parait bien qu'il s'agit d'un concret déterminé, hoc unum, non par quelque forme, mais par la privation de toute forme. Cependant comme cette matière était, dit Robert, avant la genèse des choses, ingenita, et semble même devoir leur survivre, incorrwptïbilis , il est possible qu'elle ne soit un sujet, hoc immn, que dans l'intelligence divine. En tout cas, le langage de notre docteur manque de clarté. Parlant ensuite de la forme, Robert la définit ce qui donne l'être aux choses, quod dat esse rei. Il ajoute : « Il y a trois sortes de formes. « Premièrement la forme s'offre à nos regards réelle- « ment unie à la matière; elle est ainsi l'objet de la phi- « losophie naturelle. Secondement elle est considérée « par le mathématicien comme séparée du mouvement « et de la matière, abstractivement séparée, non réelle- « ment... Enfin on s'occupe en métaphysique d'une « troisième espèce de forme, qui est bien réellement, « telle qu'elle est pour l'observation, séparée de la « matière et du mouvement ; à cette espèce appartien- « nent les intelligences et les autres substances spi- « rituelles, Dieu, l'âme, etc., etc. » Nous entendrons bientôt Albert le Grand, saint Thomas et Duns-Scot discourir sur ces distinctions et y rattacher une grande diversité de problèmes. Mais Robert de Lincoln n'en traite aucun dans son abrégé de la Physique ; on n'y trouve pas même les explications qu'il aurait pu donner 15, tout à fait à propos, sur l'union delà matière et de la forme au sein de la substance aristoté*
lique. Si Ton veut connaître son opinion sur ce point de doctrine, il faut la chercher dans le commentaire sur les Seconds analytiques.
Ce commentaire est désigné par M. Daunou comme ayant été publié vers la fin du XVe siècle et au commencement du XVIe. Nous en connaissons, en effet, plusieurs éditions anciennes, quatre du XVe siècle et trois du XVIe. Elles sont toutes de Venise, si ce n'est la seconde, celle de 1497, qui est de Padoue (I). Ces volumes contiennent le texte de Seconds analytiques, avec les commentaires de Robert de Lincoln et de Waltcr Burleig. Citons quelques passages de celui de Robert. Voici comment il s'exprime sur l'universel ante rem : « Les universaux, dit-il, sont les principes « de notre connaissance. Comme il est possible de « contempler la lumière première, qui est la première « des causes, au sein de l'intelligence pure, séparée « de tous les phénomènes, les universaux nous font « connaître les raisons des choses, raisons qui existent « éternelles, incréées, dans la cause première. En effet, « les notions des choses devant être causées, notions « qui furent éternellement dans la cause première, « sont les raisons de ces choses, leurs causes formelles « exemplaires, causes créatrices à leur tour, que « Platon nomma les idées, le monde archétype, « c'est-à-dire, suivant lui, les genres, les espèces, qui « sont à la fois principes d'être et de connaître... Or, il « évident que ces universaux sont entièrement « incorruptibles. En outre, dans la lumière créée, « c'est-à-dire dans l'intelligence, est la connaissance, « le dessin (descriptio) des choses créées qui vien-
(1) H'ain, Repertvr, bibliogr*
« nent d'elle, et l'intellect humain, qui n'a pas été « formé assez pur pour recevoir immédiatement la « lumière première, reçoit fréquemment, mulloties, « un rayonnement de la lumière créée, c'est-à-dire de «l'intelligence, et dans ces dessins, qui sont l'intelli- « gence même, il connaît les choses suhalternes dont « ils sont les exemplaires, étant les raisons causales « créées (nous ne pouvons traduire autrement les « mots rationes causales creatœ) des choses qui « doivent être faites ensuite, et les espèces corporelles « étant venues à l'être par la vertu de la cause pre~ « mière, avec le concours des intelligences. Ces idées « sont donc principes de connaître pour Tintellect « qu'elles éclairent de leurs rayons ; et il est manifeste « que ces universaux-lâ sont encore incorruptibles. « Enfin, dans les vertus, dans les lumières des corps « célestes, existent les vertus causales des espèces « terrestres dont les individus sont corruptibles, et si « l'intellect (humain) ne peut contempler en elle-même « la lumière incorruptible, soit créée, soit incréée, il peut « toutefois s'élever par la spéculation jusqu'à ces rai- « sons causales qui résident dans les corps célestes. « Or, ces raisons sont principes de connaître et sont « incorruptibles (1) ». Ce langage est très obsctir.il ne nous serait pas, toutefois, difficile de l'éclaircir et de faire mieux comprendre comment les notions, les causes, les principes d'être et de connaitre s'échelonnent dans le système pour lequel Robert vient de se déclarer ; s'il nous semblait nécessaire d'assigner leur vraie place à chacune de ces fictions métaphysiques, il nous suffirait d'avoir recours soit au Livre des causes, soit à Y Elévation thèologique de Proclus. Le
(i) Lib. I, cap. xxxyiii.
système de Robert est, en effet, comme beaucoup d'autres, un système d'emprunt. Mais cela même nous dispense de le mieux ordonner. Des déclarations bien ou mal présentées par Robert de Lincoln, retenons seulement qu'il admet au moins deux ou trois séries d'entités au dessus de la substance corruptible, au dessus des choses, avant les choses dont traite le physicien.
Un autre fragment du même commentaire nous semble devoir être encore textuellement reproduit. On suppose déjà que Robert doit faire un très-médiocre état des facultés sensibles et des connaissances qu'elles procurent ; il admet néanmoins que dans ce monde, dans cette région ténébreuse, l'âme est incapable de percevoir sans intermédiaire les rayons de la lumière supérieure et que les sens du corps contribuent, pour une part assez notable, à la formation des idées, même des idées générales. Voici ce qu'il dit à ce sujet : « A mon avis, toute science peut être acquise « sans le concours des sens. En effet, toutes les scien- « ces sont é ternellement dans la pensée divine, et non- « seulement se trouve en elle la connaissance certaine « des universaux, mais encore celle des particuliers, « bien que la pensée divine, connaissant toutes les es- « sences particulières d'une manière abstraite, ne con- « naisse les particuliers que par le moyen des univer- « saux. Pour notre part, nous ne connaissons la sin- « gularité de cette humidité (1), que si nous l'unissons
(i) Singularitatem hujus humidUatis. C'est ce que porte l'édition de l">tf. Il nous conviendrait mieux de lire, avec Capreolus (In primum Sentent, dist. ii, qua\st. \), hujus humanitaiis. Ainsi, les accidents do l'humanité seraient Platon, Soeiatc, Callias, et le langage de Robert de Lincoln serait celui de Guillaume de Cliampeauv M. Prandll admet sans hésiter la leçOQ humanitaiis. Geschichte der Logik, t. 111, p. 88.
« à des accidents ; mais Dieu connaît dans sa pureté, « hors de tout accident, la singularité de cette essence. <( Ainsi, les intelligences, recevant l'irradiation de la « lumière première, voient au sein de cette lumière « toutes les choses, soit universelles, soit singulières, « et, en outre, dans ses propres reflets, l'intelligence « suprême voit au-dessus d'elle les choses qui sont « après elle, puisqu'elle est la cause des choses (1). <( Il y a donc une science synthétique, complexiva, « qui est acquise sans le secours des sens, et pareilce lement, si la partie supérieure de l'âme humaine « que l'on appelle intelligence, qui n'est l'acte d'aucun « corps, qui ne réclame pour ses opérations particu- « lières aucun instrument corporel, n'était pas offus- « quée, embarrassée par la pesante masse du corps, « elle recevrait la science complète du rayonnement « de la lumière supérieure, sans rien devoir aux sens. « Un jour, dépouillée du corps, elle jouira de ce privi- « lège, que déjà, dit-on, possèdent quelques élus, « affranchis en ce monde, par l'amour, de tout contact « avec les fantômes des choses corporelles. Mais la « pureté du regard de l'âme étant troublée, gênée, « obnubilata et aggravata, par ce corps corrompu.., « la raison ne connaît l'essence de l'universel en acte, « hoc esse universale in actu, qu'en la dégageant, par « le moyen de l'abstraction, de la multitude des indice vidas, et elle se trouve alors en présence de l'un et « du même, recueilli, suivant son jugement, d'un « grand nombre de singuliers. C'est ainsi que par le
il) Ce passage est obscur. Voici le latin : « Similiter intelligente, recipientes irradiationem a lumine primo, in ipso lumine primo vident omnes res scibiles universales et singulares, et etiam in reflexione ipsius intelligentia supra se cognoscit ipsas res quae sunt post ipsam per hoc quod ipsa est causa earum. »
<( moyen des sens on recherche, on dépiste, venatur, « l'universel dégagé de ses particuliers (I). »
Ces fragments sont très-significatifs, et il n'est pas hesoin de les commenter pour faire comprendre que Robert de Lincoln appartient à la phalange la plus téméraire du parti réaliste. On discute, en philosophie, les prémisses de leur système, maisonnelessuitpas audelà; au-delà ce ne sont que visions. L'imagination peut se représenter tout ce qu'elle veut dans les sphères où la raison ne pénètre jamais ; elle est assurée d'y échapper à tout contrôle. Nous ferons une simple remarque sur les passages que nous venons de citer. Robert de Lincoln prétend avoir trouvé la matière de sa doctrine dans les Seconds analytiques, et c'est précisément dans les Seconds analytiques qu'Aristote s'est prononcé contre ce système dans les "termes les plus énergiques et les plus clairs. Voilà comment on interprète Aristote au XIIIe siècle. A propos de tout et même à propos de rien, on développe des systèmes préconçus, qu'ensuite on place, pour le besoin de la cause, sous la responsabilité du Maître, et, suivant le tempérament du lecteur qui occupe la chaire, le même Aristote est prôné tour à tour, d'après les mêmes livres, comme le plus intraitable des nominalistes, le plus résolu des réalistes, ou quelquefois encore le plus extravagant des mystiques. Il faut en prendre son parti.
L'église de Lincoln paraît avoir été, du temps de Robert, un vrai centre d'études. Le chancelier de cette église, Guillaume Schirwood, était, comme son évêque, un grand savant. Né dans la ville de Durham, Guil-
(i) Ibid, c. lxxxi.
laumo Scbirwood avait achevé ses études à Paris. Baie et Pits désignent parmi ses écrits un commentaire sur les Sentences, des Distinctions théologiques et des Sermons. Cette liste serait bien augmentée si, comme le prétend Casimir Oudin, on devait attribuer au même docteur tous les ouvrages qui, dans les manuscrit d'Angleterre, portent le nom latin de Guillelmus de Montibus (1). Quoi qu'il en soit, nous possédons, sous le propre nom de Guillaume Scbirwood, deux traités, également inconnus à Casimir Oudin, qui sont l'un et l'autre d'un logicien très exercé. De ces deux traités l'un et l'autre contenus dans le numéro 16,617 de la Bibliothèque nationale, le premier a pour titre Introductiones in logicam et commence par ces mots : Cum duo sunt tantum rerum principia, scilicet natura et anima, duo erunt rerum gênera ; le deuxième, intitulé Syncategoreumata, commence par : Quoniam ad cognitionem alicujus oportet cognoscere suas partes. M. Cari Prandtl en a publié de longs extraits dans son Histoire de la logique (2).
Roger Bacon faisait le plus grand cas de Guillaume Scbirwood ; il le plaçait bien au-dessus d'Albert le Grand : Longe sapientior Alberto, nam in philo sophia communi nullas major est eo (3). La question est ici de savoir ce que Roger Bacon entendait par cette « phi- « losophie commune » ou banale. Si c'est la logique, de l'école, il n'y a pas lieu de le contredire. Guillaume Scbirwood a commenté d'une manière tout-à-fait remarquable les diverses parties de YOrganon qui traitent du langage et du raisonnement. Mais quelle fut sa
(1) Oudin, Comment, de script, eccl., t. III, col. 116.
(2) Geschichte der Logik, t. III, p. 11-24.
(3) Ibid., p. 11.
doctrine sur les problèmes remis à l'ordre du jour par l'étude de la Physique et de la Métaphysique ? S'il avait suivi la méthode ordinaire, il aurait du nous l'apprendre, même en logique. C'est pourtant ce qu'il n'a pas fait, ayant réduit sa logique à l'étude des règles et des artifices oratoires. A proprement parler, Guillaume Schirwood est moins un philosophe qu'un grammairien continuant les leçons de Pierre Hélie. Gomme il les a continuées avec beaucoup de succès, et nous a laissé des écrits où nous avons la preuve qu'il était doué d'un esprit très judicieux, nous avons à regretter qu'il ne se soit pas expliqué sur les questions de Porphyre. Il semble, en effet, qu'un bon logicien, dont toutes les conclusions sont si nettes et si claires, devait avoir peu de confiance dans les fictions réalistes. Mais, étant chancelier de l'église de Lincoln, il a peut-être craint de se prononcer contre le parti de son évêque (1).
On connaît encore cet autre ami de Robert, que nous avons déjà nommé, l'Anglais Jean de Saint-Gilles. Confondu, tant par Du Boulay que par M. Daunou (2), avec le français Jean de Barastre, doyen de Saint- Quentin (3), Jean de Saint-Gilles fut un savant médecin, un théologien estimé, et, dit-on, un philosophe de quelque valeur. Baie et Pits désignent parmi ses ouvrages inédits divers commentaires sur Pierre le Lombard,
(1) Les auteurs de VHist. litt. de la France font mourir Guillaume Schirwood en Tannée 12i9. C'est une erreur déjà corrigée par M. Em. Charles {Jiofiev Bacon, p. 326). Dans son Opus tertium, rédigé au cours de Tannée 1267, Roger Bacon cite Guillaume Schirwood comme vivant encore; Roger. Bacon. Opéra hact. médita, p. 14.
(2) Hist. littér. de la France, t. XVIII, p. 444.
(3) Voir Quelques Lettres d'Honorius III, dans les Not. ctextr. des Man., t. XXI, deuxième partie.
sur Aristote et un traité qu'ils intitulent De Vôtre et de V essence. Ce titre est de grande promesse. Malheureusement tous les ouvrages ici mentionnés semblent perdus. Échard lui-même n'en a pu découvrir un seul exemplaire (1).
Michel Scot, Alexandre de Halès, Edmond Rich, Robert de Lincoln, Guillaume Schinvood, Jean de Saint-Gilles, voilà toute une série d'Anglais instruits à Paris. Ils avaient eu pour condisciples, dans la même école, beaucoup de leurs compatriotes dont l'histoire n'a pas recueilli les noms. Ce pèlerinage scientifique avait commencé vers le milieu du XIIe siècle. Très mal notés sous le rapport des mœurs, souvent dénoncés comme les écoliers les plus turbulents et les plus déréglés, les Anglais se faisaient encore remarquer comme les plus avides de tout apprendre et les plus prompts à tirer des principes admis des conséquences nouvelles. C'est pourquoi les maîtres de cette nation furent, en général, de très subtils logiciens ou desphysiciens très ardents à poursuivre les secrets de la nature. Cela semble contradictoire et ne l'est pas. Ce qui les a menés si loin en physique, en logique, c'est la confiance et l'audace propres aux gens de leur nation. Nous nous félicitons d'avoir plus de mesure. Il est certain que nous avons rarement donné dans les grands écarts. On raconte que le plus illustre de nos philosophes, pressé d'avouer une des conséquences hétérodoxes de sa doctrine, répondit : « Je veux rester tou- « jours fidèle au Dieu de ma nourrice et de mon roi.» Cette réponse vraiment française est assurément très prudente; mais n'est-elle pas sceptique au même degré?
(i) Script. ord. Prœdicat., t. I, p. 101.
Si donc nous tirons quelque vanité de notre prudence, sachons reconnaître qu'elle ne va pas toute seule. Quoi qu'il en soit, durant cette période du moyen âge dont nous écrivons présentement l'histoire, en ce temps de jeunesse où toutes les passions avaient tant de violence, les maîtres les plus écoutés, les plus applaudis, ne devaient pas être les plus prudents, les plus sceptiques. Ce n'étaient donc pas les français ; c'étaient les anglais.
Parmi les maîtres français qui ont marqué dans l'école de Paris depuis la reprise des études philosophiques, nous n'avons pu citer encore que Guillaume d'Auvergne. On a coutume de nommer après lui Vincent de Beauvais. Le principal mérite de Vincent de Beauvais est d'avoir composé cette immense compilation que nous connaissons sous le titre de Spéculum majus. Saint Louis avait fait réunir à la Sainte-Chapelle environ 1200 volumes. Attaché au service du roi, Vincent de Beauvais eut le droit d'entrer lihredans cette riche hihliothèque, et, pour associer les autres au profit de ses lectures assidues, il transcrivit et rangea, dans un ordre à peu près méthodique, les fragments des ouvrages anciens et modernes qu'il estima les plus instructifs ou les plus intéressants. L'ouvrage entier forme quatre parties ; mais on a prouvé que Vincent de Beauvais n'est pas l'auteur de la quatrième, qui a pour titre particulier Spéculum morale. C'est une addition du XIVe siècle. ïennemann tire de la troisième un passage de quelque étendue sur la question des universaux, où, croit-il, Vincent ne répète pas, comme à son ordinaire, les dires d'autrui. L'auteur quelconque de cette digression commence par reproduire la thèse de
Porphyre et l'interprète assez mal ; il démontre ensuite que les universaux existent non seulement dans l'intellect, mais encore dans les choses, les individus de l'espèce humaine se partageant, dhVil, cette nature commune, l'humanité (1) ; enfin il les place, avant les choses, en Dieu, la pensée de Dieu contenant l'image de l'universel réel, de même que la pensée de l'architecte contient celle du mur qu'il doit construire (2). Gela dit, Vincent rappelle comment ces problèmes ont été résolus par Platon, Aristote, Boëce et Fauteur du livre sur les Six principes, et, s'efforçantde mettre d'accord ces illustres maîtres, il distingue ce qui doit être confondu, confond ce qui doit être distingué, et ne se fait plus comprendre, ne se comprenant plus lui même. Ce qu'il déclare très nettement, c'est qu'il n'est pas nominaliste, c'est qu'il admet, outre l'universel conceptuel, itnura extramulta, l'universel réel, unum in miiltis ; mais si l'on veut ensuite apprendre de lui quelle est la manière d'être de cette réalité, la question le trouble et les réponses qu'il fait sont équivoques ; il se tire enfin d'embarras en citant une phrase de Guillaume d'Auvergne qu'il obscurcit en l'abrégeant. La conjecture de Tennemann est-elle fondée ? Cette digression peu satisfaisante est-elle du moins originale ? Quoi qu'il en soit, nous ne saurions compter Vincent de Beauvais au nombre des philosophes. Cependant nous n'aurions pu
(1) « Quamdam inler se naturam communem participant, qiue est humanitas, per quam unumquodque dicitur bomo, et illa a quolibet eorum participata dicitur universale, et est similitudo specialis ipsorum. » Specul. doctrin. lib. III, c. ix. — Tennemann, Geschichte der Phil., t VIII, p. 480.
(2) a Pbto vero non loquebatur de universali seeundum id quod est, sed de similitudine universalis qiue erat in mente divina ab feterno, sicut nec paries est in mente artificis antequam fiât, sed similitudo parietis. » Sppc. doctr. ibid. — Tennemann, ibid. ■
l'oublier sans injustice. Peu de philosophes ont, au moyen-âge, rendu de plus grands services à la philosophie. Son gros livre est le trésor de toutes les connaissances acquises au XIII0 siècle, le recueil de toutes les opinions recommandées par l'autorité de quelque grand nom. S'il ne nous enseigne plus rien, gardonsnous bien, toutefois, de le mépriser, puisqu'il a tant contribué à l'instruction de nos maîtres !
Au même temps appartient, comme il semble, Lambert d'Àuxerre, désigné, dans les registres des Prêcheurs d'Àuxerre, comme un des plus anciens religieux de leur maison (I). Échard cite sous son nom une Somme de logique dont il ne connaissait, dit-il, aucun manuscrit (2). M. Daunou a reproduit dans Ylïïstoire littéraire (3) cette simple mention d'un nom propre, sans faire d'autres recherches. Cependant il pouvait trouver, à la Bibliothèque nationale, deux exemplaires de la Somme de Lambert : l'un dans le numéro 1,797 de la Sorbonne, aujourd'hui 16,617, l'autre dans le numéro 7,392 de l'ancien fonds du roi. En voici Yincipit : Ut nom auditores artium pîemm intelligant ea quœ m summulis edoceniur, valde utilis est cognitio dicendorum : et elle finit par ces mots : et hœc sufficiant. Explieit Summa Larnberti. Deo grattas ! L'auteur commence par une division des sciences qu'il appelle méthodique et qui l'est en effet (4). Il donne ensuite une analyse raison-
(1) Lebœuf, Mémoires d'Auxerre, t. II, p. 493, 494.
(2) Qfiétif et Échanl, Script* ord. Prœdic. t. I, p. 906.
(3) Hist. litlér. de la Fr., t. XIX, p. 416.
[i) Voici celte division dos sciences : « Ut novi artium auditores plenius intelligant ea qiue in sumraulis edocentur, valde utilis est cognitio dicendorum. In primis quœritur quare artista dicitur audirc de artibus et non
née de Y Introduction ; puis il passe à Y Interprétation, aux Analytiques, aux Arguments, aux Topiques et finit par les Catégories. Ce qui recommande surtout ce travail fait évidemment pour l'usage des écoles, c'est la grande clarté des distinctions. M. le docteur Prandtlena reproduit un certain nombre (1) où Ton remarque beaucoup de prudence et beaucoup de
de arte. Ad hoc dicendum est quod septem surit artes libérales, quarum très vocantur trivium, quœ sunt grammatica, logica, rhetorica. El dicuntur trivium quasi très viae in unum, scilicet in sermonem. Onmes enim triviales sunt de sermonc, sed dilïcrenter, quia grammatica circa sermonem considérât congruum et incongruum, ut congruum eligat et incongrum fugiat; logica vero circa sermonem considérât verum et falsum, ut verum eligat et falsum fugiat : sed rhetorica circa sermonem considérât ornatum et inornatum, ut ornatum eligat et inornalum fugiat. Alite quatuor vocantur quadruvium, et lue sunt mathematica*, qiue sunt geometria, arismetica (arithmetica), aslrologia et musica. Dicuntur autem quadruvium quod quatuor via? sunt in unum, scilicet in quantitatc (quantitalem). Omnes quadruvialcs sunt de quantitatc, sed differunt. Est enim duplex quantilas, scilicet continua et discrela. Quantilas autem continua duplex csl, mobilis et immobilis. De quantitatc continua immobili est geometria, quia est de commensuratione terne ; de quantitatc continua mobili est aslrologia, quia est de motu corporum supercœlestium, scilicet de molu stellaruni qua? sunt corpora mobilia ad situm, non ad formam ; moventur enim de loco ad locum, cl ideo mobilia sunt ad situm ; perpétua autem sunt, nec corrumpuntur, et ideo non sunl mobilia ad formam. Quantilas autem discreta est numerus. Numerus autem potest accipi dupliciler, in se et absolule, vcl in relatione ad son um. De numéro in se absolule sumpto csl arismetief» ; de numéro rclato ad sonum est musica. Alio modo possunt dici triviales Irivium, quasi 1res via3 in unum scilicet in eloquentiam. quia reddunt hominem eloquenlem ; quadruviales dicuntur quadruvium» quia quatuor via? in unum, scilicet in sapienliam, quia reddunt honiinem sapientem. » Man. de Sorbonne, aujourd'hui sous le numéro 10,b'17.
(1) Comme, par exemple, dans ce passage sur la définition du genre : « Qujeritnrde diffinitione generis qualis sit. Gcnus est quod prredieatur de pluribus differentibus et cet. Sed quod ista diffinitio nul la sit videtur, quia pars integralis non potest prœdicari de suo toto. Quod patet. Nihil esset dictu : Domus est paries. Cum ergo animal sit pars integralis hominis, quod patet. Animal est rationale, mortale, et perficilur ex islis partibus, ergo est dicendum quod Animal prœdicatur de homine hoc idem videtur... Cum animal sit materia hominis, non poterit de ipso pnedicari. Quod sit materia hominis videtur, quia homo sic diilinitur : Homo est animal rationaie, mortale. Animal ibi ponitur tanquam materia ; mortale, rationale
sagacité. Mais ce sont là des distinctions purement logiques, dont l'objet est de déterminer la propriété des termes. Rien, suivant Lambert d'Auxerre, n'importe plus ; sans une langue bien faite, dont tous les mots aient un sens précis, le même sens pour le maître et les écoliers, l'enseignement d'aucune science n'est possible. On ne s'étonne pas de voir Lambert insister sur cette proposition d'ailleurs incontestable. Le XIIe siècle avait cru comprendre Aristote dans les traductions de Boëce ; on ne retrouvait plus maintenant le même sens aux mêmes textes dans les versions arabes-latines. Que de mots nouveaux et barbares ! Combien il était urgent de décider comment il fallait les entendre ! Lambert d'Auxerre doit être compté parmi les maîtres qui s'employèrent avec le plus de zèle à cet éclaircissement du langage scolastiqne. Mais il ne faut pas l'interroger sur autre chose que sur les règles
tanquam forma. Ergo dicimus quod dupliciter est pars. Quœdam est quidquid vere est pars, quœdam autem per modum partis. Primo modo non pars prœdicatur de suo loto cujus est p?rs, et propler hoc, cum paries sit vere pars dornus, non potest prœdicari de il la. Sed animal non est verc pars hominis, sed pars per modum partis, et talis pars potest prœdicari de eo cujus est pars... Prœlerea quœritur de specie, quœ sic diffinitur : Species est quœ prœdicatur et cet....Videtur quod genus et species idem sint et quod nulla différent ia sit inter ipsa, quia genus prœdicatur de pluribus cl cet. Quod patet. Gonvenit enim dicere : Socrates est animal ; Plalo est animal. Cum hoc genus animal prœdicclur de Socrate et Platone, quœ sunt differentia numéro, nulla eiït differentia inter genus et speciem. Secundo dicimus quod genus et species prœdicanlur de pluribus ditïcrenlibus numéro ; sed hoc patet esse dicendum sciliccl médiate vd immédiate. Species prœdicatur immédiate, quia nullum médium est inter Socratem et iiominem. Genus prœdicatur médiate, cum species sit médium inter individua et genus. Prœterca quœrilur de differentia, quœ sic diflinilur: Differentia est qua a se différant singula. Sed ista differentia est ab accidenté, quarc diffinilio nulla, cum differentia non sit inter accidens secundum diffinitionem. Secundo dicimus quod differentia et accidens convenittnt in hoc quod accidens détermina! differenliam piout est in subjecto... » Nuin. 7392, fol. 2, verso.
DELA PHILOSOPHIE SCOLASTIOUE 191
de la diction et les formes du raisonnement. Quand le Maître donne à résoudre une question d'un autre ordre, Lambert l'écarté. Il ne la traitera pas, ne voulant pas la traiter ; il est logicien, il n'est pas philosophe.
Le vrai philosophe, en ce temps là, c'est Jean de La Rochelle.