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sion aclievée, il se demande si d'autres ol)jections ne se trouveraient pas ailleurs. Il s'adresse donc alors aux interprètes, les interroge tous, arabes, latins ou grecs, et n'hésite pas à se prononcer contre eux, c'est-à-dire contre Tautorité, lorsqu'elle lui paraît en défaut. Cette méthode sera désormais celle de nos docteurs scolasti(fues. Saint Tliomas l'a perfectionnée ; Albert l'avait inventée. Elle était encore en faveur au XVIP siècle, quand Descartes vint proposer la sienne.
Voici maintenant la deuxième question de Porphyre : Les universaux en eux-mêmes, secundum se^ sont-ils corporels ou incorporels ? Ils sont corporels, suivant Platon interprété par Albert. Mais aussitôt après avoir présenté de cette façon la tlièse platonicienne, Albert la combat. Le mot « corporel » se prend, observe-tils, de quatre manières. Ainsi l'on dit que les objets sensibles sont corporels, et cela s'entend de reste. On appelle, en second lieu, corporelles certaines formes inséparablement unies à leur sujet, comme la blancheur, la noirceur, la chaleur, etc. Si ces formes n'ont pas, il est vrai, d'étendue, de quantité propres, elles sont toutefois susceptibles de plus ou de moins dans le sujet qui les reçoit, et, par conséquent, l'étendue, la quantité peuvent se dire de ces formes. Troisièmement, on nomme aussi corporelles certaines qualités, énergies ou facultés dont le corps est le suppcVt nécessaire, puisqu'elles n'existeraient pas sans lui ; par exemple, i'àme végétative, les sens, l'imagination. Enfin, la corporéité se dit encore du point considéré comme principe de la quantité corporelle. Eh bien, poursuit Albert, l'universel n'est corporel sous aucun de ces quatre modes. On s'est à bon droit servi de ces mots « forme, « essence formelle » pour désigner l'universel In se^
et 011 les ajustement opposés à ceux-ci : « forme matë- (( l'ielle, forme substantielle, » qui désig'uent l'universel i/i re. Toute forme première, scrupuleusement, rigoureusement distinguée des formes secondes, est une essence pure, 'une « raison d'être, » et non pas un corps.
Mais on fait cette objection. Toute madère étant par elle-même indivisible et immobile, ne peut être principe de quantité ; pour la diviser, l'intervention d'un principe supérieur est nécessaire. Or, il faut que ce principe soit corporel ; autrement il ne pourrait entrer en commerce avec la matière, et l'on dit en effet que le corps se divise par quantités cor porelles. Cette objection, suivant Albert, n'est pas sérieuse. Il est incontestable que telles ou telles quantités de matière, et conséquemment telles ou telles parties de tel corps déterminé, sont des quantités, des parties corporelles ; mais le principe duquel dérive soit l'espèce, soit le genre de telle quantité, par qui telle quantité circonscrite diffère de telle autre, n'est pas lui-même une quantité, un quantum ; il est la nature simple, incorporelle de la quantité, et ce principe n'est-il pas l'universel secundimi se {[(iVov^hyvQl Autre objection: Ce qui, dans l'ordre de la nature, est l'antécédent, cause le conséquent. Or, suivant les Platoniciens, le quantum sensible a-pour antécédent un gz/a;z^i/>n supersensible dont il procède, comme l'effet procède do sa cause. Mais toute cause est un universel ; donc, ce quantum supersensible est un universel, et, comme séparé de sa cause propre, comme effet déterminé, permanent, de cette cause et comme principe actuel d'autres effets possibles, il faut bien qu'il soit, dit Platon, corporel. Non pas, répond Albert ; Targument no vaut rien. Puisque
Platon tient tant à supposer un quantum supersensible qui soit le principe efficient du quantum sensible, on ne le cbicene pas sur cette supposition. On admet ce quantum générateur d'un autre. Il est sans nécessité, mais il est. Eh bien I la difficulté se trouve ainsi reculée et non pas résolue. En effet le quantum supersensible de Platon n"a-t-il pas lui-même pour principe formel la quantité simple, la quantité première ? N'est-ce pas cette quantité première qui répond à la définition de l'universel dont on recherche la manière d'être secundum se ? Et n'est-il pas évident qu'elle est incorporelle ? Voilà, dit Albert, ce que les disciples d'Aristote opposent victorieusement aux disciples de Platon, et, lorqu'il s'agit des principes, c'est la doctrine des péripatéticiens qu'il faut suivre. A cette profession de foi le philosophe ajoute, pour terminer, qu'il ne s'inquiétera pas davantage de certains sophistes auxquels il a semblé bon d'écrire avant lui « quelque chose» sur le même sujet, qui ante nos quœdam scripserunt . Qui désigne-t-il ici ? Nous l'ignorons ; mais on peut choisir entre les réalistes ceux auxquels on préfère appliquer cette sentence dédaigneuse. Ils ont presque tous donné dans Técart qu'Albert-le-Grand reproche à quelques-uns.
Troisième question : Comment peut-on-dire que les universaux sont ou ne sont pas séparés des objets particuliers ? Aristote semble établir, poncre videtur^ que l'universel n'est jamais hors des particuhers. On répond, avec Platon, que l'essence pure de l'universel, ne tenant pas des particuliers la manière d'être qui lui est propre, peut être sans ces particuliers et, par conséquent, en est séparable. Mais Aristote n'a pas vraiment dit ce qu'il semble dire, et il importe de bien
comprendre son opinion. L'universel, en tant qu'universel (c'est-à-dire l'universel considéré selon sa manière d'être absolue) est assurément distinct de l'individuel en tant qu'individuel. On peut même prétendre que, pris absolument, ce sont deux contraires. Si toutefois on considère l'individuel comme étant le sujet qui reçoit et supporte cette nature commune qui est l'universel, alors on ne peut dire que l'universel est séparé de l'individuel. En effet, comme il est établi, l'universel en acte est dans le particulier, bien qu'il soit universel indépendamment de cette union au particulier ; ce qu'il ne faut pas oublier, car si l'universel en soi ne pouvait être séparé de l'individuel, il ne serait pas sujet de définition, et il n'y aurait aucune science de l'individuel. Quelques-uns estiment que l'universel en soi possède l'être, mais non pas l'être complet, et qu'il se complète en s'unissant à l'individuel. Cela, dit Albert, n'est pas soutenable. L'universel en soi n'attend rien qui le complète, car il possède tout ce qui est l'être propre de l'universel, de même que l'individuel en soi n'a pas besoin d'être complété, car est ce qu'il est, c'est-à-dire l'individuel, indépendamment de ce que lui peut attribuer l'être universel. Soit ! Mais cela dit, Albert s'arrête, et, sans paraître soupçonner qu'il importe de conclure avec plus de rigueur, il va répondre aux objections de ses adversaires. Continuons de parler en son nom, et achevons d'exprimer sa pensée. L'universel ayant été défini sous ces trois modes : l'universel en soi, in selpso ; l'universel conceptuel, quod refertur ad intelUgentiani ; et l'universel inhérent ou adhérent à ceci, à cela, quod est in isto vel inillo^ il est clair que, sous les deux premiers de ces modes, l'universel est séparable et séparé de l'individuel. La raison d'être de
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riiniversalité, l'essence de l'universel, i^atlo unlversalitatis, esse u)iiversaUs, n'est pas ce qui subsiste universellement dans les êtres ; et si cette raison d'être lie s'actualise hors de sa cause qu'au sein des choses sensibles, elle est néanmoins actuelle dans sa cause, c'est-à-dire dans la pensée de Dieu. D'autre part, les notions universelles de l'esprit humain sont pareillement hors des choses sensibles. L'esprit humain les doit à l'observation de ces choses, mais elles sont en lui. Il est donc vrai que l'universel peut être considéré comme séparé de l'individuel. Platon ne peut être sur ce point contredit. Cependant on a le droit d'afRrmer, avec Aristote, que tout universel actuel, réel, in aciii, in re, est soit inhérent, soit adhérent à quelque sujet individuel, et qu'il n'existe dans la nature, au nombre des choses, ratum in natura, naUnritum, aucun universel composé d'une matière et d'une forme propres, c'est-à-dire substantiellement déterminé. Si l'on admet cette assertion péripatéticienne, la question proposée se trouve résolue. Mais les docteurs qui se prétendent du parti de Platon ne l'admettent pas. Albert est donc obligé d'argumenter pour les convaincre. Quoique, dit-il, Puniversel ne tienne pas du particulier sa manière d'être en tant qu'universel, il faut néanmoins reconnaître que l'universel n'existe pas au titre de substance première à part de l'individuel. Il y a plus ; l'être pris en soi, esse pe?' se acceptum^ de Puniversel n'est: pas même, à proprement parler, une substance seconde ; c'est tout simplement ce qui peut le devenir. L'homme en soi n'est pas, en effet, l'espèce humaine ; l'espèce humaine est l'homme en soi devenu substance seconde par le fait de son incorporation aux individus que nous appelons Socrate, Hippias, et
Critoii. Ainsi rien n'existe dans la nature, au titre de substance première ou seconde, qui ne soit individuellement, substantiellement déterminé. Voilà ce qu'Albert déclare expressément dans plusieurs passages de son traité sur les Prêdlcahles : Res dicuntur singiilarla, quœ sola simiens raiuniinnatura(;[). L'universel est donc dans la nature, ia naturel^ dans l'ordre des choses actuelles, inséparable du particulier, et il tient du particulier tout ce qu'il possède de réalité ; on ne trouve pas le genre réalisé hors de ses espèces, ni les espèces réalisées hors de leurs individus : Sicut genus non est n'isi in speciebus, et species non est nisi in individiiis suis. Mais, d'une part, l'universel est immuable, permanent ; d'autre part, l'individuel est variable, éphémère. Comment donc peuvent-ils s'allier l'un à l'autre? Albert répond: Assurémentce qui donne le nom et la raison de l'universel est impérissable ; mais ce qui donne le nom et la raison de l'individuel ne l'est pas moins. L'universahté et l'individualité sont, en effet, deux principes, qui ne sont pas plus soumis l'un que l'autre aux vicissitudes de la matière. Mais, dans la troisième question de Porphyre, il ne s'agit aucunement de ces principes-là, dont la résidence fixe est au sein de la suprême cause ; il s'agit de l'universel réel. Or, comme l'universel est, en cet état, dans un sujet, tout ce qui affecte ce sujet l'affecte lui-même ; il n'est donc pas vrai que l'universel en acte soit incorruptible et permanent.
Telle est la réponse d'Albert aux trois questions de Porphyre. Que si maintenant nous laissons le livre des Prêdicahles pour prendre le livre des Prédicaments, nous allons encore entendre Albert disserter sur la
(1) Tract II, c. vi.