II AVERTISSEMENT
ces habitudes de réserve, de discrétion méticuleuse, qui font à bon droit suspecter notre franchise. Assurément on ne dit rien de contraire à ce qu'on pense; mais tout ce qu'on pense, le dit-on? On ne le dit pas. Faut-il donc se défier ainsi de soi-même? N'est-ce pas, quand on est convaincu, se défier de la vérité? Mais peut-être n'a-t-on pas réellement cette défiance ; peut-être se fait-on plutôt un pieux devoir de ne pas compromettre la philosophie par des déclarations trop sincères, tant on redoute encore la réaction que le langage intempérant du xvme siècle a naturellement provoquée. Il est certain qu'au xvme siècle la philosophie n'a pas toujours eu le ton qui convient. Les temps de révolte sont également féconds en exaltés et en charlatans, aussi bruyants les uns que les autres, qui ne disent pas seulement tout ce qu'ils pensent, mais qui ne savent pas même exprimer les choses les plus simples sans menacer du geste et de la voix. Il était bon que la philosophie nouvelle fût plus modérée. Cependant la modération elle-même peut être excessive, et l'excès, comme on dit, est condamnable en tout.
Si mes discours offensent quelques oreilles, mon intention n'aura pas été de leur causer cette offense. Je ne hais pas, comme les exaltés ; je ne vise pas, comme les charlatans, au scandale. Sans aucune dissimulation et sans aucune violence, je dirai, d'une part, que l'homme connaît par sa raison tout ce qu'il peut connaître, et, d'autre part, que la raison ne peut pas enseigner ce qu'elle ignore. Voilà mes deux thèses. On le voit, je les propose en des