‹ Histoire de la philosophie scolastiqueChapitre 2 sur 32 · AVERTISSEMENT. III · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT. III

termes très-sincères; mais je vais les justifier avec d'autant plus de mesure qu'elles ne doivent pas être, je le sais, généralement acceptées.

De ces deux thèses la première aura contre elle le plus grand nombre des théologiens. A ceux-ci la foi ne suffit pas ; ils prétendent à la science. Quand on leur abandonne tous les espaces que l'imagination a créés, ils envient encore à la raison son étroit domaine. Vainement on prend avec eux l'engagement de ne pas sortir de ce domaine, et de ne pas aller troubler leurs ébats dans les vastes régions dont on leur a concédé la pleine jouissance, ils ne supportent pas qu'on les écarte d'un lieu quelconque pour y penser plus librement.

La seconde thèse ne sera pas acceptée par un certain nombre de philosophes. Je veux parler de ces idéalistes téméraires qui refusent de reconnaître lïnfirmité naturelle de la raison. La curiosité de l'homme est immense : il ne se contente pas de savoir quelque chose; il faut qu'il suppose bien davantage. C'est évidemment son droit, et l'on ne saurait lui contester ce droit d'exercer une faculté qu'il a reçue de la nature ; mais il est certainement utile de l'avertir que ses plus séduisantes suppositions sont peut-être des chimères. Or il y a des philosophes qui travaillent au contraire à persuader l'homme qu'il sait tout ce qu'il rêve.

Ainsi des théologiens dissertent sur les dogmes, les miracles, les sacrements, sur tous les articles de la foi, comme sur des vérités logiques, espérant obtenir par cet artifice l'adhésion de la raison

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