Arago, Mcm. scientif., t. I, p. 277 et suiv
chambre obscure , une direction constante. Ce moyen parut longtemps difficile à trouver, car il s’agissait en quelque sorte d’immobiliser le soleil (d’où le nom d 'hêliostal) dans sa course journalière apparente. En changeant d’une manière continue la situation du miroir sur lequel la lumière se réfléchit, on pouvait maintenir dans une direction constante le faisceau qui pénètre dans la chambre obscure ; mais ce mouvement continuel du miroir exigeait soit le bras de l’homme, soit l’emploi d’une machine. Pour donner un pareil mouvement au miroir réflecteur, ’S Gravesande (né à Bois-le-Duc en 1688, mort à Leyde en 1742) y adapta le mécanisme d’une horloge, et parvint ainsi le premier à construire un héliostat K Cette invention a donc été à tort attribuée à Fahrenheit. Dans ces dernier temps, Foucault et Silbermann ont apporté des modifications importantes à l’héliostat.
Kaléidoscope. — Cet instrument fut inventé, en 1817, par Brewster. Il se compose de deux miroirs plans, taillés en parallélogrammes et inclinés l’un sur l’autre sous un angle qui soit le sixième, ou le huitième, ou le dixième, etc., de quatre angles droits. Ces miroirs sont fixés à l’intérieur d’un tube de carton ou de cuivre dont l’une des extrémités est fermée par un fond percé d’un petit orifice contre lequel s’applique l’œil, tandis que l’autre extrémité est fermée par deux verres parallèles, perpendiculaires à l’axe du tube. Entre ces deux verres se trouvent emprisonnés des objets transparents ou de couleurs variées, que l’on peut faire changer de position en inclinant le tube. Lé verre extérieur est légèrement dépoli pour empêcher l'œil d’être troublé par des objets situés au dehors ; le verre intérieur est parfaitement diaphane. En regardant par l’extrémité percée d’un orifice , on voit les objets emprisonnés se multiplier par l’action des miroirs inclinés, et, par les mouvements imprimés au tube, présenter les formes et les couleurs les plus inattendues ; de là le nom de .kaléidoscope (de xaArfs, beau, sJSos, forme, et axonioj, je vois). Cet instrument peut servir aux dessinateurs, aux brodeurs, à tous ceux enfin qui sont obligés de varier à l’infini la composition de leurs dessins.
Phat-es. — Dès la plus haute antiquité on comprit la nécessité de guider les navigateurs de manière à les faire arriver à bon port. La tour élevée par Sosistrate deCnide, trois siècles avant notre ère,
1. ’S Gravesande, Physices alimenta mathematica, t. II, liv. 5, c. 2 (La Haye, 1720, in-'i°).
MOUVEMENT
à l’entrée du port d’Alexandrie, avait ce but. Les Romains multi- I plièrent les édifices du même genre pour leurs principaux ports de i mer. Mais ces phares laissaient beaucoup à désirer sous les rapports optiques : les rayons qui parlaient des feux allumés au ■ sommet de ces tours n'étaient jamais assez forts pour traverser les 'vapeurs ou les brouillards qui, sous tous les climats, troublent la transparence de l’atmosphère. Cependant ce ne fut que vers la fin du xviii0 siècle que l’on songea sérieusement à perfectionner les phares : la première amélioration qu’ils aient reçue date de l’emploi de la lampe d’Argant, à double courant d’air. Bientôt on combina ces lampes avec des miroirs réflecteurs paraboliques ; c’élait un. i nouveau perfectionnement. On a fait mieux encore. Par un mouve- :ment de rotation uniforme, imprimé par un mécanisme d’horlo- -gerie au miroir réflecteur, un faisceau lumineux peut être successivement dirigé vers tous les points de l’horizon : les navires aperçoivent, un instant et voient ensuite disparaître la lumière du phare. En variant l’intervalle qui s’écoule entre deux apparitions ou deux féclipses successives de la lumière, on peut pour ainsi dire individualiser les signaux ; le navigateur sait dès lors quelle position de ila côte se trouve en vue et il n’est plus exposé à prendre pour aun phare une étoile ou un feu de pêcheurs, méprises fatales qui ont été la cause de bien des naufrages.
En 1820, Fresnel apporta un dernier perfectionnement aux pharespar l’emploi des lentilles a échelons, grandes lentilles d’une forme : particulière que Buffon avait imaginées pour un tout autre objet. Vers la même époque, Arago inventa, en commun avec son ami Fresnel, la lampe à. plusieurs mèches concentriques, dont l’éclat égalait -25 lois celui des meilleures lampes d’Argant. « Dans les phares à Identifies de verre (lentilles à échelons), chaque lentille, dit Arago, envoie successivement vers tous les points de l’horizon une lumière équivalente à celle de 3,000 à A, 000 lampes à double courant d’air i réunies ; c’est l’éclat qu’on obtiendrait en rassemblant le tiers de la quantité totale des becs de gaz qui tous les soirs éclairent les rues de Paris. Un tel résultat ne paraîtra pas sans importance, si 1 on veut bien remarquer que c’est avec une seule lampe qu’on I obtient h » Le premier phare auquel fut, en 1823, appliqué le système de Fresnel et d’ Arago, est la tour de Cordouan, àl’embou- Ichure de la Gironde.