‹ Histoire de la physique et de la chimie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 112 sur 197 · Mém. de l 'Acad., année · texte numérisé non relu

Mém. de l 'Acad., année

2. Jean-Théophile Desaguliers (né à la Rochelle en 1683, mort à Londres en 1744), fils d’un pasteur protestant, fut, après la révocation de l’édit du Nantes (1685), emmené en Angleterre, qui devint sa patrie adoptive. I! popularisa en Angleterre et en Hollande les découvertes de Newton par des conférences publiques, et se mit, par ses travaux physiques, en rapport avec les principaux savants de son époque.

furent faites avec un cordon de chanvre tendu sur des cordes de boyau de chat; à l’une des extrémités du cordon étaient attachées des substances diverses, pendant que l’autre était mise en communication avec le corps électrisé. Desaguliers fut ainsi conduit à classer les corps en électriques et en non électriques ou conducteurs. Par corps électriques il entendait toutes les substances dans lesquelles l’électricité peut être produite par la chaieur ou par le frottement, tandis que les corps non électriques étaient, pour lui, ceux qui ne sont capables que de recevoir et de transmettre l’électricité. Les matières animales sont non électriques, à cause des liquides qu’elles renferment. Dans une note présentée en janvier 1741 à la Société royale de Londres, il annonça, entre autres, que l’électricité ne se manifeste qu’à la surface des corps électrisés, qu’elle occupe des surfaces sphériques, cylindriques, etc., suivant que le corps est une sphère, un cylindre, etc.

Desaguliers observa, l’un des premiers, que l’air sec est électrique, et que si l’air chaud l’est moins, cela tient aux vapeurs aqueuses qu’il contient. Son dernier travail ( Dissertation sur l’électricité des corps; Bordeaux, 1742) remporta le prix qu’avait proposé l’Académie des arts et sciences de Bordeaux, sur la proposition du duc de la Force.

Machine électrique. — Les premières machines électriques, celles dont se servaient les physiciens dont nous venons de rappeler les expériences, étaient des globes ou des cylindres en corne ou en verre, qu’on frottait avec une main, en les faisant tourner avec l’autre. Hausen, professeur de physique à Leipzig, substitua, en 1742, à la main de l’homme une roue pour tourner le globe ou cylindre ’. Quelques années plus tard, Winckler de Leipzig et Sigaud de Lal'ond employèrent les premiers des coussinets pour produire le frottement. Cependant l'abbé Nollet (né en 1700, mort en 1770 à Paris) se déclara contre l’emploi des coussinets, et continua à frotter le globe avec la main. Il avait adapté à sa machine un conducteur (un tube de fer-blanc, proposé par Bose), qui était suspendu au plafond par des fils de soie, et mis en communication avec le globe par une chaîne1 2.

Le perfectionnement de la machine électrique fit surgir des faits nouveaux, dont l’étrangeté attira l’attention universelle. On consacra, en Allemagne et en Hollande, des sommes d’argent consi-

1. Novi prospectus in historia electricitatis ; Lips., 1743, in- 4°.

2. Nojlet, Essai sur l’électricité des corps; Paris, 1740 in-Su.

dérables à ce genre d’expériences, et on en parlait dans les feuilles publiques. Au commencement de l’année ilkh, Ludolf parvint le premier à enflammer l’éther sulfurique avec un tube de verre électrisé K II fit cette expérience devant la première réunion générale de l’Académie de Berlin. En mai de la même année, Winckler enflamma de l’alcool par une étincelle électrique tirée d’un de ses doigts, et Bose enflamma par le jmême moyen la poudre à canon. Ce dernier se donna aussi beaucoup de peine pour s’assurer si l’électricité augmente le poids des corps, et il put se convaincre qu’il n’y a aucune augmentation de poids. Le P. Gordon et Winckler changèrent l'électricité en mouvement, le premier en faisant tourner par ce moyeu ce qu’il appelait V étoile électrique (cercle de fer-blanc à trois rayons), le second, une roue. Krüger blanchit, au moyen des étincelles électriques, les couleurs rouges, bleues et jaunes, de différentes fleurs. Watson fit, en 17Zi5, partir des mousquets par des étincelles élecLriques, et il constata le premier que l’électricité se propage toujours en ligne droite et qu’elle ne se réfracte pas comme la lumière en traversant des verres. Nollet électrisa pendant plusieurs jours une certaine quantité de terreau où l’on avait semé des graines, et il remarqua que ces graines germaient plus vile qu’à l’ordinaire. Il constata aussi que l’électricité accélère l’évaporation naturelle des fluides.

Vers 1766 furent construites les premières machines électriques a disques de verre, qu’on faisait tourner à l’aide d’une manivelle. Ce sont, sauf quelques modifications, les machines dont on fait encore aujourd’hui usage. Priestley, dans la lre édition de son Histoire de l'Electricité , nomme Ramsden comme leur inventeur, tandis que dans la seconde éditiondu même ouvrage il en attribue l’invention au docteur Ingenhousz. Mais Sigaud de Lafond (né en 1730 à Bourges, mort à Paris en 1810) dit, dans son Précis historique des phénomènes électriques (Paris, 1781, in-8°), que dès 1756 il s’était servi avec avantage de disques de cristal, qu’il faisait tourner autour d’un axe. Ingenhousz rapporte qu’il avait, en 1 7 6Zi , fait usage de machines électriques à disques de verre, qu'il en avait communiqué un modèle à franklin, et que ce fut d après ce modèle que Ramsden et d’autres artistes fabriquèrent des machines électriques.

1. Grilla lb, Hist. de V électricité, p. 284 et suiv. ; Fischer, Geschichte der Physik, t. V, p. 481.

MOUVEMENT

Bouteille de Leyde. — L’invention de la bouleille de Leyde a été controversée autant que celle de la machine électrique proprement dite. Les Allemands l’attribuent à de Kleist, doyen du chapitre de Gamin, en Poméranie. Ce qu’il y a de certain, c’est que de Kleist en parla dans une lettre qu’il écrivit le 4 novembre 1745 au docteur Lieberkühn, et que Krüger en fit déjà mention dans son Histoire de la terre, publiée en 1746 à Halle. Celte invention consistait en une fiole contenant un clou ou un fort fil de laiton. Ce clou ou fil électrisé (accumulant l’électricité dans la fiole) produisit des effets inattendus.

Les Français et les Hollandais donnent Musschenbroek pour l’inventeur du condensateur électrique. Au commencement de l’année 1746, ce physicien écrivit de Leyde à Réaumur qu’il lui était arrivé de faire une expérience, à laquelle il ne voudrait pas, pour tout l’or du monde, s’exposer une seconde fois. Allamand annonça cette nouvelle flans une lettre à Nollet, et en fit le sujet d’une note c Nollel n’en parla depuis lors que sous le nom d'expérience de Leyde , et les fioles qui y étaient employées furent appelées bouteilles de Leyde , nom qu’elles ont conservé jusqu’à ce jour. Enfin la première idée de celte invention s’est, dit-on, présentée à Cunæus, citoyen de Leyde, et voici, à quelle occasion. Musschenbroek et ses amis, au nombre desquels était Cunæus, avaient observé que des corps qui, après leur électrisation, étaient exposés à l’air, surtout à l’air humide, laissaient promptement échapper leur électricité, de manière à n’en conserver qu'une faible partie. Cette observation leur suggéra la pensée que si l’on emprisonnait les corps électrisés dans d'autres corps électriques par nature, ou idio-électriques, c’est-à-dire non conducteurs de l’électricité, on pourrait arriver à augmenter leur puissance. Ils renfermèrent donc de l’eau dans des bouteilles de verre, et les firent servir à leurs expériences. Mais, les résultats ne répondant pas à leur conception, ils allaient y renoncer, lorsque Cunæus éprouva tout à coup (en 1745) une commotion épouvantable : la bouleille d’eau, qu’il tenait d’une main, communiquait au moyen d’un fil de fer avec le tube électrisé, pendant qu’il essayait d’en détacher ce fil avec l’autre main. Ce fut là V expérience de Leyde, que répétèrent d’abord Allamand et Winckler, puis une foule de physiciens et de curieux. Chacun racontait complaisamment les chocs et les douleurs plus ou moins violentes, ressenties dans les mem-

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