Vitruve, VII
ANTIQUITÉ 323
pasîvo'j) servait déjà, du temps de ce poète, ,à la fabrication des boucliers et d’autres ustensiles. C’est aux Gaulois que revient l'honneur de l’utile invention de Y étamage. « Les Gaulois se servaient, dit Pline, de l’étain pour recouvrir les vases de cuivre, qui acquièrent ainsi le double avantage d’être exempts d’une saveur désagréable et d’être préservés d’une rouille nuisible 1. » Les vases étamés des Gaulois, v asa incoctilia, étaient fort estimés des Romains. Les habitants d’Alise substituaient, dans l’étamage, l’argent à l’étain; et les Bituriges argentaient jusqu’à leurs litières et leurs chariots.
En faisant fondre les minerais de cuivre avec l’étain on obtenait directement Y airain, xaAxo's, æs. Ce n’est que sous la forme de cet alliage que le cuivre fut d’abord connu.
L'airain ou bronze remplaçait primitivement le fer dans la fabrication des armes, des instruments aratoires, des outils employés dans les arts, etc. Mais si ce fait est facile à démontrer par l’analyse, il est extrêmement malaisé de déterminer exactement l’époque à laquelle appartenaient ces instruments. En traitant la limaille de cet alliage de cuivre par du vinaigre, on obtenait Yærugo des Romains ou l’to'sdes Grecs. Ce même nom se donnait aussi à la matière qu’on obtenait en chauffant des clous de bronze ou de cuivre saupoudrés de soufre dans un vase de terre, et exposant le produit de la calcination à l’humidité. Enfin , les anciens appelaient tantôt ærugo, Us, tantôt chalcanthos (fieu de cuivre), chalcitis, scolecia, misy, siry, la matière purvérulente qui s’engendre, sous forme de taches vertes, à la surface du cuivre ou des alliages de cuivre, exposés à l’influence d’un air humide.
Mais si le nom était te même, la substance à laquelle il s’appliquait était loin d’avoir toujours la même composition : Yærugo, préparé à l’aide du soufre, était le sulfate de cuivre (couperose bleue ;) Yærugo obtenu au moyen du vinaigre était Yacétale de cuivre, et celui qui se produit naturellement était le carbonate de cuivre (vert-de-gris). Cette distinction est importante pour l’interprétation exacte du texte des anciens, d’autant plus que Yærugo a été jusqu’ici uniformément traduit par verdet ou vert-de-gris .
Sans doute les Grecsetles Romains n’avaient aucun moyen pour distinguer ces différentes substances entre elles. Mais si l’analyse chimique n’était pas encore née, il n’en était pas de même de la falsification qui, comme le mensonge, semble dater de l’origine de l'espèce