Pline, Hist. nat., XXXVI
ANTIQUITÉ 329
palais de Sardes, le mausolée à Halicarnasse, tous ces monuments, qui existaient encore à l’époque de Pline, étaient en briques.
Le silex tranchant , la roche siliceuse, le cristal de roche , le sable, étaient primitivement considérés comme des substances de composition différente. Ce n’est qu’après de longs siècles d’efforts qu’on reconnut par l’analyse que ces substances ne sont au fond que de la silice qui, calcinée avec les bases alcalines et métalliques, se comporte comme un véritable acide (acide silicique).
Lorsqu’on commençait à renoncer aux armes de silex, les roches siliceuses étaient converties en moules où l’on faisait fondre des ouvragés d’airain. Le cristal de roche, qu’on appelait phengite à cause de sa transparance , était employé en guise de miroir. Le temple de la Fortune de Seïa avait été tout entier reconstruit en cristal de roche par ordre de Néron : les phénomènes de coloration que ce temple présentait dans son intérieur par suite de la réfraction de la lumière, étaient mis au nombre des merveilles du monde»
Mais c’est surtout pourla fabrication des verres incolores et colorés que la silice était utilement employée. Les Egyptiens paraissent avoir connu de temps immémorial l’action vitrifiante des sels alcalins, chauffés au conlact de la silice. U résulte, en effet, de l’examen des monuments qui nous restent de l’antique Egypte, qu’on fabriquait du verre à Thèbes et à Memphis, probablement bien avant que les Phéniciens eussent établi des verreries à Sidon.
La fabrication du verre coloré était presque aussi ancienne que celle du verre blanc ou incolore. Cela se comprend. Le vert-de-gris, la rouille de fer ou tout autre oxyde métallique pouvait d’abord colorer accidentellement une pâle vitreuse'. Des débris de verre coloré, imitant l’émeraude, le saphir, l’améthyste, ne sont pas rares dans les tombeaux d’Egypte. Les pierres bleues, figurant des scarabées, des perles, etc., paraissent avoir été obtenues par la fusion d’une masse vitreuse avec l’oxyde de cobalt. Ce que Hérodote, Théophraste et Pline nous racontent des statues, des colonnes et môme des obélisques en émeraude de l’Egypte et de la Phénicie, ne saurait s’appliquer qu’à des masses vitreuses, colorées par un oxyde métallique.
Les carreaux de vitre, qui nous font jouir du bienfait de la lumière à l’abri de tonies les variations de température, ne paraissent guère avoir été connus antérieurement au premier siècle de notre ère. Avant cette époque, les riches employaient, au lieu de vitres, la corne, la pierre spéculaire, le cristal de roche etc.; les pauvres res-
(aient exposés à toutes les injures de l’air. On a trouvé dans les ruines de Pompéï des salles de bain garnies de fenêtres en verre, aussi belles que les nôtres.
La matière qui servait à la fabrication des vases murrhins était probablement du cristal opaque. Ces vases, qui présentaient beaucoup d’analogie avec nos porcelaines de la Chine et du Japon, ne furent connues à Rome que vers la fin de la république. Ils étaietil fort chers; car une coupe murrhine, de la capacité d’environ un litre, se vendait jusqu’à 70 talents (près de 170 000 francs). Néron en acheta une au prix de 300 talents (environ 720, 000 fr.). A cette occasion Pline se demande, en gémissant, comment un père de la patrie pouvait boire dans une coupe si chère 1 ; et il ajoute que Néron ne rougissait pas de recueillir jusqu’aux débris de ces vases, de leur préparer un tombeau et de les y placer, à la honte du siècle, avec le même appareil que s’il se fût agi de rendre les derniers honneurs aux cendres d’Alexandre.
Étoffes. — L’examen attentif de la toile d’araignée ou des ramifications du pétiole dans le limbe des feuilles, voilà ce qui aura probablement donné la première idée de l’art de tisser les fils de chanvre, de lin, de coton. Ce qu’il y a de certain, c’est que l’art de tisser remonte aux temps mythologiques; chez tous les peuples l’invention de cet art est attribuée à une femme, et dans toutes les langues le nom d’araignée ( aranea , arachné, etc.) est du genre féminin.
Le lin était cultivé en Egypte de temps immémorial. Il fournissait l’étoffe employée surtout pour les vêlements des castes inférieures. Le coton était réservé à l’habillement des personnes du plus haut rang. Il portait primitivement le nom de byssus, de bouts (. xylon ou gossipion des Grecs), et provenait d’une espèce de noix (capsule) qui croissait sur une espèce d’arbuste. « On ouvrait cette noix, pour en tirer la substance, que l’on filait et dont on faisait des vêlements2. *> Cette différence des étofTes suivant les rangs des personnes se retrouve dans les enveloppes des momies égyptiennes. Par ses fibres aplaties, rubannées, le coton (vu au microscope) est facile à distinguer du lin, qui a les fibres arrondies, droites, garnies d’entre-nœuds comme les bambous.