I. A. Portius, Dissertationes variæ ; Venise, 1683, n
un sens beaucoup plus étendu qu’aujourd’hui, et qu’il équivalait à peu près au mot de substance chimique.
Mayow avait pour pensée-maîtresse que « l’air qui nous environne de toutes parts, et dont la ténuité échappe à notre vue en simulant un immense espace vide, est imprégné d’un certain sel universel, participant de la nature du nitre, c’est-à-dire d’un esprit vital, igné ( spiritus vitalis, igneus), éminemment propre à déterminer la fermentation. » Cet esprit devait se trouver fixé dans le nitre dont la formation à l’air, dans certaines conditions, était connue depuis longtemps. C’est pourquoi il reçut le nom d 'esprit -nitro-aérien.
L’auteur savait aussi que la limaille de fer, exposée à l’air humide, est corrodée comme si elle était attaquée par des acides, et se convertit en safran de mars (oxyde de fer). Ce fait le conduisit à supposer qu’il existe dans l’air un certain esprit acide et nitreux. « Cependant, ajoute-t-il, en examinant la chose plus atlentivement, on trouve que l’esprit acide du nitre (acide nitrique) est trop pesant, proportionnellement à l’air dont il se compose; et puis l’esprit nitro-aérien (l’air qui entre dans la composition de l’acide nitrique), quel qu’il soit, sert d’aliment au feu et entretient la respiration des animaux, tandis que 1 esprit acide du nitre est éminemment corrosif, et, loin d’entretenir la vie et la flamme, il n’est propre qu’à les éteindre. »
On voit que Mayow tenait dans sa main, sans s’en douter, tout un faisceau de vérités : l’oxygène, l’azote (le second élément de l’acide nitrique), l’intervention de ces deux éléments dans les phénomènes de la nature. Mais pour comprendre les vérités qu’il tenait, il lui aurait fallu connaître certains faits généraux qui en sont le lien; il lui aurait fallu, par exemple, savoir que deux corps aériformes peuvent s’unir de manière à former un liquide et même un corps solide; que dans leurs combinaisons les éléments perdent complètement les propriétés qui les caractérisent chacun pris isolément, etc. C’était ce défaut de connaissances nécessaires qui jetait le trouble dans l’esprit d'un observateur d’ailleurs éminemment sagace.
Cela compris (et pour le comprendre il a fallu tout l’intervalle de temps, — espace de la pensée perfectible, — qui nous sépare
du dix-septième siècle),' nous pouvons nous donner le spectacle,
spectacle instructif! — de voir Mayow se débattre au milieu des vérités qui l’embarrassaient. « Bien que, continue-t-il, l’esprit de
nitre ne provienne pas en totalité de l’air, il faut cependant admettre qu’une partie en tire son origine. D’abord on m’accordera qu’il existe, quel que soit ce corps, quelque chose d’aérien, nécessaire à l’alimentation de la flamme. Car l’expérience démontre qu’une flamme exactement emprisonnée sous une cloche ne tarde pas à s’éteindre, non pas, comme on le croit communément, par l’action de la suie qui se produit, mais par privation d’un aliment aérien. Dans un verre où l’on a fait le vide, il est impossible de faire brûler, au moyen d’unerlentille, les substances même les plus combustibles, telles que le soufre et le charbon. Mais il ne faut pas s’imaginer que l’aliment igno-aérien soit tout l’air lui-même ; non ; il n’en constitue qu’une partie, la partie, il est vrai, la plus active... Il faut ensuité admettre que les particules igno-aériennes, nécessaires à l’entretien de la flamme, se trouvent egalement engagées dans le sel de nilre, et qu’elles en forment la partie la plus active, celle qui alimente le feu. Car un mélange de nilre et de soufre peut être très-bien enflammé sous une cloche vide d’air, par conséquent d’où l’on a extrait cette partie de l’air qui sert à alimenter la flamme. Et ce sont alors les particules igno-aériennes du nitre qui font brûler le soufre. » — Ici vieut l’exposé des expériences, destinées à justifier cette manière de voir. — « Donc , conclut avec raison l’auteur, le nitre contient en lui-même ces particules igno-aériennes nécessaires à l’alimentation de la flamme. Dans la déflagration du nitre, les particules nilro-aériennes deviennent libres par l’action du feu, qu’elles alimentent. »
Que deviennent, demande Mayow, les particules nitro-aériennes pendant la combustion? Et il répond lui-même aussitôt qu’elles se convertissent en un autre air pernicieux. De là il passe à un autre ordre de faits non moins remarquables. <t Dans la combustion produite par les rayons solaires (au moyen d’une lentille), ce sont, dit-il, les particules igno-aériennes qui interviennent exclusivement. Car l’antimoine, calciné à l’aide d’une lentille, se convertit en antimoine diaphorétique, entièrement semblable à celui qu’on obtient en traitant l’antimoine par l’esprit de nitre. L’antimoine, ainsi traité par l’une ou par l’autre méthode, augmente de poids d’une manière à peu près constante. Il est à peine concevable que cette augmentation de poids puisse provenir d’autre chose que des particules igno-aériennes, fixées pendant la calcination. »
On voit que Mayow fait partout jouer à l’esprit nitro-aérien le même rôle qu’à l’oxygène. Il attribue aussi à l’action de cet esprit
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Nous venons de montrer la part, assez large, qui revient il Hoffmann, dans le mouvement progressif de la science. Cependant il n’est guère connu des chimistes et des pharmaciens que par la liqueur anodine d'Hoffmann , mélange de parties égales d’alcool et d’éther.
Vers le milieu et la fin du xvne siècle il se passa un fait trop important pour être passé ici sous silence ; nous vouions parler de la fondation des Académies et sociétés savantes. C’est aux effets réunis des membres de ces sociétés qu’on doit surtout le développement et les applications variées de la méthode expérimentale.
L idée-mère de ces associations, qui se proposaient de travailler
en commun aux progrès des connaissances humaines, remonte à la plus haute antiquité. Les prêtres de l’Egypte avaient des laboratoires dans leurs temples, et y pratiquaient l’art sacré. Ce même esprit d’association animait les grandes écoles philosophiques de la Grèce, notamment celles de Pythagore et de Platon. Plus tard les alchimistes, imitant les prêtres de Thèbes et de Memphis, se réunissaient dans les cathédrales pour se communiquer leurs idées et leurs découvertes. C était la théorie, c’était l’élément spéculatif qui l'emportait ici sur l’élément expérimental. Mais bientôt J’esprit humain, obéissant en quelque sorte à la loi universelle du pendule, devait faire une excursion en sens contraire : il va visiblement incliner vers le domaine de l’observation.
L Italie piit 1 initiative par l’Académie des Secrets, qui s’éteignit avec Porta, mais surtout par celle des Lyncei, fondée en 160° et dissoute après la mort du prince de Cesi, le protecteur de Galilée. L Academie del Cimento, créée, en 1657, sous le patronage du prince Léopold, frère du grand duc de Toscane, Ferdinand II rendit, pendant sa courte existence, de grands services aux sciences d observation.
L’Angleterre et la France s’associèrent à ce mouvement. Les assemblées savantes qui se tenaient, dès 1645, dans la maison de Robert Boyle, aboutirent, en 1662, à la création de la Société Royale de Londres, qui depuis 1665 publie ses travaux sous le litre de Philosophical Transactions. — Les savants que le Père Mersenne, l’ami de Descaries et le traducteur de Galilée, réunissait chez lui dès 1635, furent le noyau de l’Académie royale des sciences de i ai is, fondée en 1666 par Colbert.
En Allemagne, Y Académie des curieux de la nature, placée sous le
patronage du prince de Montecuculli, fit, dès 1670, paraître ses travaux annuellement divisés par Décades, sous le titre de ilfecellanea curio, Epliemerides medico-pliysicœ Germanica; Àcademiœ Naturœ Curiosorum, etc. D’après une coutume alors très-commune aux savants allemands, les membres de celte Académie se donnaient des noms grecs ou latins.
Vers la même époque on vit aussi apparaître les premiers journaux scientifiques. Parmi les plus importants recueils périodiques, destinés à la propagation des sciences, nous citerons le Journal des sava7itse t les acta Eruditorum de Leipzig, fondé en 1682, parMencken père et fils, qui comptaient Leibniz au nombre de leurs collaborateurs les plus assidus. Le Journal des Savants, fondé à Paris, date de janvier 1665; il fut hebdomadaire jusqu’à l’année 1707. A partir de là le journal n’a pas cessé de paraître mensuellement.