Voy. plus haut p IfH
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quences, el qui l’a élevé à la hauteur d’un principe, on ne devra jamais séparer le nom de Lavoisier de la découverte de 1 oxygène. En effet, sans le génie fécondant de Lavoisier, les importants travaux de Piiestley qui découvrit l’oxygène, ne seraient jamais devenus la base d’une chimie nouvelle.
Etat des corps. — Priestley se faisait des corps aériformes (gaz) une tout autre idée que Lavoisier. Ce qui fixait l’attention du premier n’attirait que médiocrement celle du second : il est si difficile de distinguer le principal de l’accessoire. L'état aériforme, cette condition changeante où un corps matériel se trouve être devenu quelque chose d’invisible et d’impalpable, voilà le principal pour Priestley ; ce n’était là qu’un accessoire pour Lavoisier. De là deux théories inconciliables, dont on trouve déjà des traces chez les philosophes grecs, et dont il faut chercher l’origine dans la nature humaine.
Pour désigner un gaz, Priestley employait toujours deux noms: l’un constant, — c’était le nom du genre ; — l’autre, variable, — c’était le nom de l’espèce. — De là des dénominations telles que, air fixe, air inflammable, air nitreux , air phlogistiqué, air déphlogisliqué, etc. Ces divers fluides étaient, suivant Priestley, de l’air, de l’air commun, diversement transformé ou modifié ; le principal agent de ces transformations ou modifications devait être le phlogistiqué. — Cette manière de voir s’accordait parfaitement avec la doctrine des anciens concernant la composition de la matière. D’après celte doctrine, l’air, l’eau, la terre étaient les éléments des corps, non pas dans le sens qu’on y attache aujourd’hui, mais parce que tous les corps de la nature se présentent à nous dans l’état aériforme, dans l’état liquide, dans l’étal solide, auxquels il faut encore ajouter l’état igné. Ces différents états de la matière, ayant pour type l’air, l’eau, la terre et le feu, voilà les éléments, selon l’idée de la plupart des philosophes anciens. C’est ainsi que la chaux, la silice, l’argile, la magnésie, etc., étaient des terres, c’est-à-dire des modifications particulières de la terre ou de ce qui se présente à nous à l’état solide. Si celte manière de voir était exacte, tous les objelsqui tombent sous les sens ne seraient que des modifications diverses ou des états allotropiques de l’air, de l’eau, de la terre et du feu. Ce dernier élément (chaleur et lumière réunies) avait de tout temps embarrassé les physiciens. Aussi l’avaient-ils tantôt admis, tantôt retranché du nombre des éléments. Pour tout concillier, Stahl le supposait fixé et inégalement répandu, sous le nom de phlogistiqué,
dans tous les corps matériels. Cette hypothèse tendait à tout ramener à l’unité de substance à travers les évolutions et les formes si variées de la matière.
Destruction de la théorie du phlogistiquc. — En déclarant le plilogislique une chose fictive , imaginaire, Lavoisier fit un vrai coup d’Etat scientifique. Pour le justifier, il eut d’abord soin de faire ressortir les contradictions des stahliens qui, pour faire concorder l’expérience avec la théorie, étaient obligés de présenter le phlogistique, tantôt comme quelque chose de pesant, tantôt comme ne pesant rien. Mais, en supprimant le phlogistique, il maintenait essentiellement la distinction des corps en solides, liquides et gazeux. Dans sa conviction, « la même substance peut être solide, liquide ou aériforme, suivant les conditions où elle se trouve» ; l’état de gaz ou de fluide aériforme n’est qu’un accident qui ne change pas la nature du corps, il n’en modifie, ni la simplicité, ni la composition. Afin de mieux faire saisir ce qu’il ne cessait de répéter depuis plusieurs années, il s’élança, par une contemplation hardie, dans l’infini de l’espace... <c Considérons un moment, disait-il, ce qui arriverait aux différentes substances qui composent le globe, si la température en était brusquement changée. Supposons, par exemple, que la terre se trouve transportée lout-à-coup dans une région où la chaleur habituelle serait supérieure à celle de l’eau bouillante : bientôt l’eau, tous les liquides susceptibles de se vaporiser h des degrés voisins de l’eau bouillante, et plusieurs substances mêmes se transformeraient en fluides aériformes qui deviendraient partie de l’atmosphère. Ces nouveaux fluides aériformes se mêleraient à ceux déjà existants, et il en résulterait des décompositions réciproques, des compositions nouvelles. .. On pourrait, dans cette hypothèse, examiner ce qui arriverait aux pierres, aux sels et à la plus grande partie des substances fusibles qui composent le globe : on conçoit qu’elles se ramolliraient, qu’elles entreraient en fusion, et formeraient des liquides; ou, si, par un effet contraire, la terre se trouvait tout-à-coup placée dans les régions très-froides, par exemple de Jupiter ou de Saturne, l’eau qui forme aujourd’hui nos fleuves et nos mers, et probablement le plus grand nombre des liquides que nous connaissons, se transformeraient en montagnes solides, en rochers très-durs, d’abord diaphanes comme le cristal de roche, mais qui avec le temps, se mêlant avec des substances de différentes natures, deviendraient des pierres opaques diversement colorées. Une partie des substances cesserait d’exister dans l’état de fluide invisible,
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faute d’un degré de chaleur suffisant; il reviendrait donc à l’état de liquidité, et ce changement produirait de nouveaux liquides, dont nous n’avons aucune idée. »
Tel est le point de vue élévé d’où Lavoisier considérait l’état des corps. Si les uns sont naturellement solides, les autres liquides, d’autres gazeux, cela tient au plus ou moins de chaleur que la planète reçoit du Soleil : si la terre venait à changer sa distance moyenne à l’astre central de notre monde, les objets dont s’occupe la chimie changeraient d’état, mais non de composition. Bref, l’idée sur laquelle il revient souvent et qui fait de lui le véritable promoteur de la chimie ; •pneumatique , c’est que les mots air, vapeur, fluide élastique, etc., n’expriment qu’un simple mode de la matière.
Cette manière de voir érigée en principe, était d’une vérité trop frappante pour être bien comprise. C’est ce que Lavoisier nous apprend lui-même. « Ce principe que je n’ai cessé, dit-il, de répéter depuis plusieurs années, sans jamais avoir eu la satisfaction d’être entendu, va nous donner la clef de presque tous les phénomènes relatifs aux différentes espèces d’air et à la vaporisation. » — De là il part pour établir que si la chaleur change les corps en vapeur, la pression de l’atmosphère apporte à ce changement une résistance d’une valeur déterminable, et que la tendance des corps volatiles à se vaporiser est en raison directe du degré de chaleur auquel ils sont exposés, et en raison inverse du poids ou de la pression qui s’oppose à la vaporisation.
Le génie est prophète. Ce que Lavoisier avait dit au sujet de certains corps composés, réputés simples, devait se réaliser. Après avoir défini la chimie « la science qui a pour objet de décomposer les différents corps de la nature, » il complète ainsi sa définition : « Nous ne pouvons donc pas assurer que ce que nous regardons comme simple aujourd’hui le soit en effet ; tout ce que nous pouvons dire, c’est que telle substance est le terme actuel auquel arrive l’analyse chimique, et qu’elle ne peut plus se diviser au-delà, dans l’état actuel de nos connaissances. Il est à présumer que les terres (la chaux, la magnésie, l’alumine, etc.) cesseront bientôt d’être comptées au nombre des substances simples : elles sont les seules de cette classe qui n’aient point de tendance à s’unir à l’oxygène, et je suis bien porté à croire que cette indifférence pour l’oxygène tient à ce qu’elles en sont déjà saturées. Les terres, dans cette manière de voir, seront peut-être des oxydes métalliques... »
Ce qui avait porté Lavoisier à parler ainsi c’était le rôle, trop ex-
clusif, qu’il faisait jouer à l’oxygène. Il était convaincu que l’oxygène entrait dans la composition de tous les corps, tant acides que basiques. Si cette conviction lui faisait, d’un côté, entrevoir la vérité, elle l’exposait, de l’autre, à des erreurs funestes.
Après avoir présenté l 'oxygène, par le nom même qu’il lui avait donné, comme le générateur de tous les acides, Lavoisier se trouva en présence d’une difficulté, insoluble par son système. Je veux parler de l’acide obtenu par la réaction de l’acide sulfurique sur le sel marin ( murias ), et qui, à cause de cette circonstance, portait alors le nom d 'acide muriatique (esprit de sel des anciens). Voici le raisonnementqu’il fit, non pointpour rectifier, mais pour corroborer, à ce qu’il s’imaginait, son système. « Quoiqu’on ne soit pas encore parvenu, disait-il, ni à composer, ni à décomposer l’acide qu’on retire du sel marin, on ne peut douter cependant qu’il ne soit formé comme tous les autres de la réunion d’une base acidifiable avec l'oxygène. » Voyez comme l’esprit de système rend hardiment affirmatif l’esprit le plus réservé ! — « Nous avons, continue Lavoisier, nommé celle base inconnue base muriatique, radical muriatique, en empruntant ce nom au latin murias, donné anciennement au sel marin. Ainsi, sans pouvoir déterminer quelle est exactement la composition de l’acide muriatique, nous désignerons sous cette dénomination un acide volatil, dans lequel le radical acidifiable tient si fortement à l'oxygène qu'on ne connaît jusqu'à présent aucun moyen de les séparer. »
Dans les paroles que nous venons de souligner, Lavoisier faisait en quelque sorte un appel à tous les chimistes pour chercher à confirmer — quoi ? une erreur, née d’une doctrine préconçue, trop exclusive.
Quand on se trouve une fois engagé dans la voie de l’erreur, on ne rencontre plus que des exceptions ou des singularités ; c’est ce que montre l’histoire de l’analyse de l’acide muriatique. Mais laissons encore la parole au maître. « Cet acide présente, au surplus, dit Lavoisier, une particularité très-remarquable; il est comme l'acide du soufre, susceptible de plusieurs degrés d’oxygénation; mais, contrairement à ce qui a lieu pour l’acide sulfureux et l’acide sulfurique, l’addition d’oxygène rend l’acide muriatique plus volatil, d’une odeur plus pénétrante, moins soluble dans l’eau, et diminue ses qualités d'acide. » — Ce dernier point, caractéristique du chlore, appelé par suite d’une fausse théorie, acide muriatique oxygéné, — aurait été un trait de lumière, si l’esprit de système ne rendait pas aveu-
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gle. Mais continuons h citer Lavoisier. — « Nous avions d'abord été tente d’exprimer ces deux degrés de saturation, comme nous avions tait pour l’acide du soufre, en faisant varier les terminaisons : nous aurions nommé l'acide le moins saturé d’oxygène acide muriateux, le plus saturé, acide muriatique; mais nous avons vu que cet acide, qui présente des résultats particuliers et dont on ne connaît aucun exemple en chimie, demandait une exception , et nous nous sommes contenté de le nommer acide muriatique oxygéné. » Défions-nous du recours aux exceptions ! Il y a souvent là-dessous P us d une de ces redoutables erreurs qui nous font lâcher la vérité alors que nous la tenons. Cet acide muriatique oxygéné exceptionnel était précisément le radical que Lavoisier cherchait c’était le chlore, qui avait été déjà découvert par Scheele, mais qui ne fut démontré comme un radical ou corps simple que par Davy; se com- Mne, ~~ ce qui renversait la théorie de Lavoisier, — avec l’hydrogène, 1 un des éléments de l’eau, pour former l’acide muriatique nomme aujourd’hui acide chlorhydrique. Mais n’anticipons pas.’ Le mystérieux radical de l’acide muriatique devint pour Lavoisier 1 objet de ses préoccupations : il y revint souvent, et chaque fois avec une certaine hésitation, comme s’il doutait quil s’était tron aventuré « Nous n’avons, dit-il, nulle idée de la nature du radical de 1 acide muriatique ; ce n’est que par analogie, plutôt nue nar suite d’une théorie préconçue, que nous concluons qu’il confient le principe acidifiant ou oxygène. M. Berlhollet avait soupçonné nue ce radical pouvait être de nature métallique; mais, comme il paraît que 1 acide muriatique se forme journellement dans des lieux habites, il faudrait supposer qu’il existe un gaz métallique dans l’atmosphère, ce qui n’est pas sans doute impossible, mais on ne peut 1 admettre au moins que d’après des preuves. » - Ce qui entrete naît Lavoisier dans son erreur c/est que son acide muriatique orvgéné s obtenait en distillant de l’acide muriatique sur des oxydes métalliques, tels que les oxydes de manganèse et de plomb Et comme dans celle opération ces oxydes perdaient leur oxygène en
modifiant l’acide muriatique, le moyen de faire autrement que de penser avec Lavoisier que l’acide muriatique s’était oxygéné ' J cul manière de voir, fondée sur un fait d’expérience, était pourtant complètement erronée, ainsi que le démontra plus tard Davy.
Théorie de la combustion et de la respiration. — Pour f avnisier la combustion était tout à la fois un phénomène universel et indice d une méthode analylico-synthétique. C’était la combustion
(oxydation) des métaux qui l’avait conduit à la découverte de la composition de l’air. Eu brûlant le phosphore dans l’air il avait obtenu l’acide phosphorique sous forme de flocons blancs, et il avait pu déterminer la quantité d’oxygène employée à la transformation du phosphore en acide phosphorique. Des expériences semblables, faites avec le charbon et le soufre, lui donnèrent les acides que ces corps produisent en se combinant avec l’oxygène.
Le plus remarquable de tous les phénomènes de combustion c’est celui qui amena la découverte de la composition de l'eau. Les esprits étaient depuis des siècles tellement dominés par l’idée que l’eau est un élément, que ni Mayow, ni Boyle, ni Lernery, qui connaissaient déjà l’air inflammable (hydrogène), ne pouvaient s’imaginer que cet air entrât dans la composition de 1 eau. Les premiers doutes sérieux sur la simplicité de leau ne îemonlent qu a l’année 1776 ou 1777. « A cette époque, raconte Lavoisier, Macquer ayant présenté une soucoupe de porcelaine blanche à l’air inflammable qui brûlait tranquillement à l’orifice d’une bouteille, il observa que cette flamme n’était accompagnée d’aucune fumée fuligineuse , il trouva seulement la soucoupe mouillée de gouttelettes assez sensibles d’une liqueur blanche comme de l’eau, et qu’il a reconnue, ainsi que M. Sigaud, qui assistait à celle expérience, pour de l’eau pure '. »
Une flamme sans fumée était un phénomène trop curieux pour ne pas devenir un objet de discussion ; Lavoisier n’admettait pas d’abord, dans l’expérience de Macquer, la formation de leau : il voyait que l’air inflammable devait, en brûlant, donner de l’acide vitriolique et de l’acide sulfureux (provenant de l’acide sulfurique employé pour la préparation de l’hydrogène). Bucquet pensait, au contraire, qu’il devait y avoir formation d’air fixe (acide carbonique). Mais il renonça à son opinion après s’èlre assuré, de concert avec Lavoisier, que dans la combustion de l’air inflammable il ne se produit pas de gaz qui soit, comme l’acide carbonique, précipitable par l’eau de chaux. Mais l’opinion de Lavoisier n’était pas mieux fondée que celle de Bucquet. Lavoisier y avait été conduit par une théorie imaginaire, suivant laquelle « il se produit, dans toute combustion, un acide, que cet acide était l’acide vitriolique, si l’on brûlait du soufre ; l’acide phosphorique, si l’on brûlait du
1 Mém. lu à l’Acad. des Sciences à la rentrée publique de la Saint- Martin 1783.
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phosphore ; l’air fixe, si l’on brûlait du charbon. » D’après cette théorie, l’air inflammable devait, par sa combustion, également donner un produit acide.
Cependant divers indices le firent douter de l’exactitude de sa théorie, du moins en ce qui concernait la combustion de l’hydrogène. Pour éclaircir ses doutes, il fit construire deux caisses pneumatiques, dont l’une devait fournir l’oxygène et l’autre l’hydrogène en assez grande quantité ; des tuyaux à robinet permettaient de conduire ces deux gaz à volonté dans une cloche où devait se faire la combustion. Celte importante expérience fut faite le 2Zi juin 1783. Le résultat ne fut pas douteux. « L’eau obtenue, soumise à toutes les épreuves qu’on peut imaginer, parut, raconte Lavoisier, aussi pure que l’eau distillée : elle ne rougissait nullement la teinture de tournesol, elle ne verdissait pas le sirop de violette, elle ne précipitait pas l’eau de chaux, enfin par tous les réactifs connus on ne Put y découvrir le moindre indice de mélange. » A cette expérience assistaient Laplace, Le Roi, Van der Monde et de Blagden, secrétaire de la Société royale de Londres. « Ce dernier nous apprit, ajoute Lavoisier, que M. Cavendish avait déjà essayé, à Londres, de brûler de l’air inflammable dans des vaisseaux fermés et qu’il avait obtenu une quantité d’eau très-sensible. » Mais Cavend*sh ne lut son mémoire, où il rendait compte de ses expériences à la Société royale de Londres, qu’en 178/i, tandis que Lavoisier avait lu le sien, le 25 juin 1783, à l’Académie des Sciences de Paris, où il proclama que l'eau n'est ■point un élément, mais quelle est composée d'air inflammable et d'air vital. Cette différence de dates tranche la question de priorité en faveur du chimiste français K Après avoir montré la composition de l’eau par la synthèse, Lavoisier voulut encore la faire voir par l’analyse. Il fut ainsi conduit a décomposer 1 eau en la faisant passer sur du fer incandescent. Il constata que dans cette expérience le métal s’oxyde, pendant que 1 hydrogène se dégage, et qu’on peut, inversement, régénérer l’eau
par 1 action de 1 hydrogène sur l'oxygène qui avait été absorbé par lie métal. 1
D après les idées de Lavoisier, la respiration n’est qu’un cas particulier de la combustion. Dès 1777, l’éminent chimiste soutenait que « la respiration est une combustion lente d’une portion de carbone contenue dans le sang, et que la chaleur animale est en-
L Voy. notre Hist. de la Chimie, l. II, p. 519 et 521 (2° édit.)
tretenue par la porlion du calorique qui se dégage au moment de la conversion de l’oxygène en acide carbonique, comme il arrive dans toute combustion de charbon. » Plus lard il émit l’opinion que « très-probablement la respiration ne se borne pas à une combustion du carbone, mais qu’elle est encore la combustion d’une partie de l’hydrogène contenue dans le sang; de là une formation à la fois d’eau et d’acide carbonique pendant l’acte de la respiration L »
Analyse des matières organiques. — Lavoisier tenait un journal de toutes ses expériences de laboratoire. Sur un des feuillets de ce journal, on trouve à la date du 18 avril 1788, une expérience inachevée, qui avait pour but de recueillir les produits de la combustion de 1000 grains de sucre mêlés avec 10000 gr. d’oxyde rouge de mercure. Le mélange était placé dans une terrine, et les produits passaient : 1° dans un matras vide; 2° dons un flacon contenant de l’eau ; 3° dans deux autres flacons, renfermant de la potasse caustique liquide, pesée avec soin avant et après l’expérience, et dont l’augmentation de poids représentait le poids de l’acide carbonique produit par la combustion du sucre. L’oxygène que le mercure avait abandonné étant connu, celui que l’acide carbonique contenait l’étant également, il était facile de savoir par induction si l’hydrogène avait trouvé dans la matière même la quantité d’oxygène nécessaire à sa conversion en eau, s’il en avait cédé au carbone, ou s’il en avait pris à l’oxyde de mercure 2.
Le même procédé avait été appliqué par Lavoisier à l’analyse des principales résines. Il s’agissait de s’assurer combien la sandaraque, la gomme laque, le galipot, etc., exigeaient d’oxyde de mercure pour leur combustion complète. Recueillir et apprécier, au poids et au volume, les quantités d'acide carbonique et d’eau résultant d’une combustion, telle fut, en résumé, la méthode analytique de Lavoisier. Elle forme encore aujourd’hui la base de l’analyse des matières organiques.
Nomenclature chimique. — Vers le milieu de l’année 1786, Guyton Morveau, Berlhollet et Fourcroy se joignirent à Lavoisier pour examiner un projet de nomenclature, proposé par G. Morveau en 1783, et pour arrêter ensemble le plan d’une réformée xigée par le progrès de la chimie. Plus une science se perfectionne,
\ . Mém. inséré dans le recueil de la Société de médecine, année 1783.
i. Œuvres do Lavoisier, t. III, i>. 773 (Paris, 18G'3, in-i°).
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plus le besoin d’un langage précis, en quelque sorte algébrique, se fait sentir. C’est ce que comprenaient alors tous les chimistes, même ceux qui paraissaient le plus tenir aux Iraditious du passé. « Ne faites grâce, écrivait Bergmanu à Morveau, à aucune dénomination impropre; ceux qui savent déjà entendront toujours; ceux qui ne savent pas encore entendront plus tôt. »
Après huit mois de conférences, presque journalières, avec ses collègues, Lavoisier communiqua à la séance publique de l’Académie, du 18 avril 1787, les Principes de la réforme et du perfectionnement de la nomenclature de la chimie, et il les développa dans un second mémoire, lu le 2 mai suivant.
L’œuvre collective de Lavoisier, de Morveau, de Berthollet et de Fourcroy, porte particulièrement sur les corps composés. Ces corps ont été divisés en acides, en bases et en sels. La nomenclature de l’école française implique donc une véritable classification des matières dont s’occupe la chimie1 2.
École de Lavoisier.
La nomenclature et la théorie de la combustion caractérisent ce qu on est convaincu d’appeler Yécole de Lavoisier ou l 'école chimique française. En renversant le système du phlogistique, Lavoisier se fit de nombreux adversaires, et il ne parvint jamais à convaincre Bergmann, Scheele et Priestley. Quelques-uns, comme Crell, Weslrumb, Wiegleb, Trommsdorf, F. Gmelin, Bichter, Léonhardi, essayèrent de concilier les doctrines du phlogistique avec les idées modernes ; mais, chose curieuse à noter, Morveau, Berthollet Fourcroy se montrèrent d’abord opposés aux idées novatrices de leur collègue, et ne se rendirent que vaincus par l’évidence.
Morveau 2 devint un des plus zélés partisans de la chimie inoucrne. Ses premiers travaux scientifiques se trouvent insérés, sous loime d articles, dans la Collection académique de Dijon, dans le Journal de Physique, les Annales de chimie et le Journal des mines. On y remarque ses Recherches sur les ciments propres à
1. Voy., pour plus (Je détails, notre Hist. de la Chimie, t. II p 55S et suiv. (2* édit.)
2. Guyton Morveau (né en 1737 à Dijon, mort à Paris en 1816). avocat général au parlement de Dijon, se démit, en 1782, de sa charge pour se livrer entièrement u l'étude de la chimie. A l’époque de la révolution il fut appelé à jouer un rôle politique. Député en 1791 à l’Assemblée Legislative, qu’il présida l’année suivante, il devint membre de la Convention
bâtir, ses Observations sur la matière métallique, sur le dissolvant du quarlz, sur la fusibilité des terres, sur le spath pesant, sur la combustion du diamant, etc. Le travail, où il proposa le premier la réforme du langage chimique, a pour titre : Mémoire sur les dénominations chimiques, la nécessité d'en perfectionner le système, les règles pour y parvenir, suivi d’un tableau d'une nomenclature chimique ; Dijon, 1782, in-8.
Berthollet (1) débuta, en 1770, par une brochure ( Observations sur l’air), où il parle de l’action de l’affinité dans la double décomposition des sels, et laisse déjà entrevoir ce qu’on appelle aujourd’hui la loi de Berthollet. En 1785, il montra le premier, par l’emploi de l’eudiomètre de Voila, que l 'alcali volatil (ammoniaque) est un composé d’hydrogène, d’azote et d’eau. En 1789, après s’être rallié aux idées de Lavoisier, il fit voirque ['acide sulfureux « est de l’acide sulfurique surchargé de soufre, » ou, ce qui revient au même, privé d’une partie de son oxygène, et que réciproquement l’acide sulfureux peut prendre les propriétés de l’acide sulfurique, soit par une diminution du soufre, soit par une augmentation de l’oxygène. Dans son mémoire Sur la nature de l'acide prussique et de ses sels, communiqué à l’Académie le 15 déc. 1787, il laissa entrevoir l existence du radical qui reçut le nom de cyanogène. En 1788, il découvrit 1 acide chlorique, qui s’appelait alors acide muriatique suroxygéné, recommanda le premier le chlorate de potasse pour la préparation de l’oxygène, et proposa de le substituer au nitre dans la fabrication de la poudre à canon. Des expériences furent faites à la fabrique des poudres d’Essonne ; elles coûtèrent la vie à plusieurs
nationale, vota avec les membres les plus avancés du parti de la Montagne, et entra en 1793 dans le comité de Défense générale et de Salut public. Envoyé, en 1794, comme commissaire à l’armée du Nord, il créa le corps des aérostatiers, et utilisa les ballons pour les reconnaissances militaires à la bataille de Fleurus. De 1800 à 1814, il fut administrateur des monnaies et contribua beaucoup à l’établissement du nouveau système monétaire.
■1 Claude-Louis Berthollet, né en 1748 à Tailloire près d’Annecy (Savoie), mort en 1822 à Arcueil, près Paris. Reçu docteur en médecine à 1 université de Turin, il vint jeune à Paris, entra en 1780 à l’Académie des sciences, et succéda, en 1784, à Macquer comme directeur des Gobclms. Après le traité de Campo-Formio, le vainqueur de l’Italie devint un moment eleve de Berthollet. Appelé à faire partie de l’expédition d’Egypte, Berthollet fonda, associé à Monge, l’institut du Caire. Créé sénateur et corn e de l’Empire, il accepta, à la Restauration, l’un des premiers, la pairie. Il forma la Société dJ Arcueil dont le recueil contient les premiers travaux de 1 bénard, de Gay-Lussac, de Humboldt, etc.
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personnes par suite d’une formidable explosion. Dans la même année il découvrit l'argent fulminant. Il parle de cette découverte dans son travail Sur la combinaison des oxydes métalliques avec les alcalis et la chaux. « Si les métaux oxydes, disait-il, se comportent comme des alcalis avec les acides, ils agissent à leur tour comme des acides avec les alcalis. » Partant de là il considérait les oxydes métalliques comme un terme intermédiaire entre deux progressions opposées. Ses Éléments de l'art de la teinture (2 vol . in-8, 1791), et son Essai de statique chimique (2 vol. in-8, 1803) ont été mis au rang des meilleurs ouvrages de la chimie moderne. Enfin Berthollet fît, en 1789, une véritable révolution dans le monde industriel en employant le premier le chlore, alors nommé acide muriatique oxygéné, pour ie blanchiment des étoffes.
Fourcroyx répandit, par son enseignement, le goût de la chimie. Son Système des connaissances chimiques (Paris, 6 vol. in-Zi ou 11 vol. in-8, 1801) passa longtemps pour un ouvrage classique.
Chœptal, qui professa jusqu’en 1796 la chimie dans la nouvelle École de Médecine, suivit l’exemple de Eourcroy, de Berthollet et de Morveau. Il fut un moment ministre de l’intérieur.
Parmi les autres partisans des doctrines de Lavoisier, nous citerons : Gingembre, qui découvrit, en 1783, l 'hydrogène phosphoré spontanément inflammable à l’air; Bayen, qui découvrit le mercure fulminant ; Jean Darcet, qui attacha son nom à l 'alliage fusible, composé de 8 parties de bismuth, de 5 p. de plomb et de 3 p. d’étain ; 1 elletier, qui faillit périr à la suite d’une explosion déterminée par l’action de l’acide nitrique sur l’hydrogène phosphoré; Parmentier, qui eut la gloire de dissiper les préventions qui s’opposaient à un usage plus général de la pomme de terre.
En Angleterre, Cavendish et Kirwan adoptèrent franchement, après quelques hésitations, les principes de l’école chimique fran çaise.
Cavendish (né à Nice en 1731, mort à Londres en 1810) mil noblement son temps et sa fortune au service de la science. Ses expériences sur l’hydrogène remontent à 1765. Il trouva la com-
1. ^Adrien-François Fourcroy (né à Paris en 1755, mort en 1809) obtint en 1 / 8 4 , par la protection de Buffon, la chaire de chimie au Jardin du Roi, fil, en 1792, partie de la Convention nationale, entra dans le comité du Salut public, devint, après le 18 Brumaire, directeur général de l’instruction publique, et mourut le jour où il fut créé sénateur et comte de 1 Empire avec une dotation de 20,000 fr. de rente.
position de l’acide nitrique dans la même année où Berlhollet découvrit la composition de l’ammoniaque. Kirwan (né vers 1750 en Irlande, mort en 1812), longtemps fidèle à la doctrine du phlogistique, s’avoua loyalement vaincu par les démonstrations que lui opposèrent Lavoisier, Berthollet, Fourcroy.
En Allemagne , la chimie pneumatique ou antiphlogistique , c’est ainsi qu’on y appelait l’école française, rencontra dans Gœtlling, Gren, etGirtanner, des adversaires décidés.
Gœttling (né à Bernbourg en 1755, mort professeur à léna en 1809) enseignait, entre autres, que l’oxygène est le résultat d’une combinaison particulière du calorique avec l’azote, et que l’azote provient de l’union de la lumière avec l’oxygène. — Gren (né à Bernbourg en 1760, mort professeur à Halle en 1798) fut l’auteur d’une théorie mixte, d'après laquelle le plilogislique serait une base expansible qui, par son union avec le calorique, produirait la lumière. Quant au calorique, ce serait, non pas un fluide, mais une force primordiale, expansive, cause du mouvement des molécules de la matière. — Girtamier (né à Saint-Gall en 1760, mort professeur à Goeltingue en 1800), auteur d’une Nouvelle nomenclature chimique a l'usage des Allemands (Gœttingue, 1791, in-8), croyait avoir trouvé «que la base de l’acide muriatique (chlorhydrique) est l’hydrogène, que cet élément, au premier degré d’oxydation forme l’eau et, au second degré, l’acide muriatique, de la même manière que l’azote au premier degré d’oxydation forme l’air atmosphérique, et, au second, l’acide nitrique. » — C’est le cas de rappeler que rien n’est séduisant comme l’erreur.
Senebier (né à Genève en 17/i2, mort en 1809), auteur de l’Art d’observer, continua de croire au plilogislique, malgré les travaux de Lavoisier, qu’il cite souvent dans ses Recherches sur l'influence de la lumière pour métamorphoser l'air fixe en air pur par la végétation (Genève, 1783, in-8). Dans cet ouvrage il compléta les expériences d 'Ingenhousz (né à Bréda en 1730, mort près de Londres en 1799), qui avait découvert, d’accord avec Priestley, que les végétaux dégagent, sous l’influence du soleil, un air éminemment respirable (oxygène), et que, pendant la nuit, ils dégagent, au contraire, un air irrespirable (acide carbonique).
TEMPS MODERNES
LA CHIMIE AU XIXe SIÈCLE
Humphry Dav y continua dignement l’œuvre commencée par Lavoisier Né en -1778 à Penzance, petite ville du comté de Cornouailles en Angleterre, il perdit à seize ans son père, et sa mère resta avec la charge de cinq enfants. Dans l’espoir de se suffire bientôt à luimême, il se mit aussitôt en apprentissage chez un apothicaire de la localité. Enflammé de l’amour de la. science, il construisit ses premiers appareils avec quelques tubes de verre qu’il avait achetés, sur ses petites épargnes, à un marchand de baromètres ambulant; il les compléta avec de vieux tuyaux de pipe et avec une seringue dont l’avait gratifié le chirurgien d’un navire français échoué près de Land’s End. Le voisinage de la mer le conduisit à faire de 1 air contenu dans les vésicules de certaines algues l’obiet de ses premières recherches. Il montra que les plantes marines décomposent, comme les plantes terrestres, l’air, sous l’influence e la lumière, et il adressa son travail au docteur Beddoes qui le publia, en 1798, dans ses Contributions to physical and medical Knowledge. Le docteur Beddoes, ayant fondé à Clifton près de bristol, un etablissement qui, sous le nom d’ Institution pneumangue, avait pour but d’appliquer les gaz au traitement des maladies pulmonaires résolut de s’attacher le jeune chimiste, et chargea ln de ses amis de négocier auprès de l’apolhécaire de Penzance la résiliation du contrat d’apprentissage. La négociation ne fut pas longue . 1 apothicaire ne demandait pas mieux que de se défaire ■ d un .-wremi qu’il considérait comme « un bien pauvre suie »
. Davy entra, en 1799, à l’Institution pneumatique de Clifton Le premier gaz que le jeune chimiste eut à expérimenter dans établissement du docteur Beddoes, était le protoxyde d' azote
rien' î^ï P,'ieslIey sous le no>n d 'oxyde nitreux. Un célèbre praticien, le docteur Mitchell, avait présenté ce gaz comme le principe immédiat de la contagion et capable de déterminer les plus téïnbles effets si on le respirait en quantité même très-minime C’était pour vérifier cette théorie que le choix de Davy s’était porté sur Ue gaz en question. Les premières expériences faites avec du gaz
HIST. DE LA CHIMIE
valoir son courage : le gaz pénétra dans les poumons sans y produire aucun malaise sensible. Ce succès l'engagea à recommencer en variant les proportions du gaz inspiré. De ces expériences qui se continuèrent pendant plus de six mois, nous ne rapporterons que celle qui se fit le 26 décembre 1799 en présence du docteur Kinglake. Nous en empruntons le récit à Davy lui-même. Après avoir rappelé les sensations éprouvées dans les expériences précédentes, il continue en ces termes : « Bientôt je perdis tout rapport avec le monde extérieur ; des traces de visibles images passaient devant mon esprit comme des éclairs, et se liaient avec des mots de manière à produire des représentations entièrement nouvelles. Je créais des théories, et je m’imaginais que je faisais des découvertes. Quand M. Kinglake m’eut fait sortir de ce genre de demidélire l’indignation et le dépit furent les premiers sentiments que j’éprouvais à la vue des personnes qui m’entouraient. Mes émotions étaient celles d’un sublime enthousiaste. Pendant une minute je me promenais dans la chambre, tout à fait indifférent à ce qu’on me disait. Après avoir recouvré mon état normal, je me sentais entraîné à communiquer les découvertes que j’avais faites pendant mon expérience. Je faisais des efforts pour rappeler mes idées : elles étaient d’abord faibles et indistinctes ; puis elles firent soudain explosion, et je m’écriai avec solennité et comme d’inspiration :Ricn n’existe que la pensée; l’univers se compose d’impressions, d’idées, de plaisirs et de peines *.
Ces expériences produisirent une grande sensation. On s’en exagéra la portée. Les plus enthousiastes voyaient déjà dans le protoxyde d'azote, qui reçut le nom de gaz hilarant , le moyen de varier les jouissances de la vie. Ce qu’il y eut de plus certain c’est que le nom de Davy devint rapidement populaire sur le continent comme dans les lies Britanniques.
Le comte de Rumford venait de créer à Londres un etablissement, devenu depuis célèbre sous le nom d 'Institution Royale : Davy y entra, en 1801, comme professeur de chimie. Malgré son air juvénile et ses manières un peu provinciales, il sut, dès sa première leçon, charmer son auditoire par la lucidité de sa parole, et le jeune professeur devint bientôt l’homme à la mode dans la capitale de la Grande-Bretagne. Aussi fut-il comblé de distinctions et d’honneurs. Ttes 1803, il entra à la Société Royale de Londres, qu’il présida