‹ Histoire de la physique et de la chimie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 187 sur 197 · Œuvres de H. Davy (réunies par John Davy), t. HT, p · texte numérisé non relu

Œuvres de H. Davy (réunies par John Davy), t. HT, p

TEMPS MODERNES

depuis la mort de J. Banks. En 1812, il fut créé baronnet, et élu, en 1819, l’un des huit associés étrangers de l’Institut de France. Dans cet intervalle il visita le continent, séjourna quelque temps à Paris (depuis le milieu d’octobre jusqu’à la fin de décembre 1813) et se trouva à Reims en avril 1816.

Après son retour à Londres au printemps de 1815, Davy inventa la lampe des mineurs , qui devait sauver la vie à des milliers d’ouvriers. On dépensait tous les ans des sommes considérables pour la réparation des navires dont les doublages en cuivre étaient oxydés par Peau de mer. Davy fut invité à y porter remède. Voyant dans ce phénomène une action électro-chimique, il imagina de neutraliser l’état électrique du cuivre par de petits clous de fer, dont un seul devait préserver de l’oxydation au moins un pied carré de cuivre. On croyait tout possible à cet homme de génie : on lui commandait, pour nous servir d’une expression de Cuvier, une découverte comme à d’autres une fourniture. Le prince-régent, devenu roi sous le nom de Georges IV, chargea Davy de dérouler les manuscrits carbonisés, qu’on venait de retirer des fouilles d’Herculanum et de Pompéi. L’éminent chimiste profila de ce second voyage en Italie pour analyser les couleurs dont se servaient les peintres de l’antiquité, et pour étudier les volcans. Ce fut pendant ces pérégrinations de valétudinaire qu’il écrivit ses Consolations en voyage , ou les Derniers jmirs d’un philosophe, que Cuvier appelait « l’ouvrage de Platon mourant. »

La santé de Davy, toujours fort délicate, déclina rapidement. Il se hâta de retourner dans sa patrie. Mais à peine arrivé à Genève il expira, en 1829, à l’âge de cinquante et un ans. Son tombeau se voit, dans le cimetière de Genève, à côté de celui de Pictel : il est marqué par une simple pierre, portant pour toute épitaphe ce mot : Spero (J’espère)! Il errait sur les lèvres du mourant qui mettait son espérance dans une autre vie.

Travaux de Davy. — A la terre la poussière du corps, à nous la pensée qui vivifie. Lavoisier avait soupçonné que la potasse, lasoude, la chaux, la magnésie, etc., qui passaient pour des corps simples, pourraient bien être des corps composés. Ce que Lavoisier n’avait qu’entrevu, Davy le réalisa au moyen de. l’action décomposante de la pile de Volta. C’est ainsi qu’en employant une batterie de 250 pla. ques(cuivre et zinc) il découvrit d’abord le potassium , etdémontra que la potasse est un composé de potassium et d’oxygène. Rien n’égala sa joie quand il vil apparaître le potassium sous forme de

petits globules d’un vif éclat métallique, tout à fait semblables aux globules de mercure, percer la croûte de la potasse et s’enflammer au contact de l’eau et de l’air. « Il se promenait dans sa chambre, raconte son frère, en sautant comme saisi d’un délire extatique ; il lui fallut quelque temps pour se remettre et continuer ses recherches 4. » La découverte du potassium fut presque immédiatement suivie de celle du sodium, extrait de la soude.

Ces découvertes ne furent pas acceptées sans contestation. Les uns prétendaient que Davy s’était trompé; les autres, que le potassium et le sodium, loin d’ètre des corps simples, n’étaient que des combinaisons d’hydrogène ou de carbone avec les alcalis. Pour répondre, à ses contradicteurs, Davy répéta ses expériences, et montra par l’analyse que le potassium et le sodium non-seulement ne contiennent ni hydrogène ni carbone, mais qu'ils ne peuvent brûler, en se changeant en potasse et en soude, qu’au contact de matières oxygénées et qu’on ne peut les conserver que dans des liquides exempts d’oxygène, tel que le pélrol. Ayant ainsi démontié que la potasse et la soude sont de véritables oxydes, il assimila, par une conception hardie, le potassium et le sodium à de véritables métaux.

Ces résultats le firent naturellement songer à décomposer par le même moyen les terres alcalines, telles que la chaux, la baryte, la strontiane, la magnésie. Les premiers essais échouèrent. Il modifia alors son procédé. Sur quelques indications, fournies par Berzélius et Ponlin, engagés dans les mêmes recherches, il mettait les terres alcalines, légèrement humectées et mêlées d’oxyde de mercure, en contact avec des globules de ce métal ; il obtenait ainsi des amalgames, d’où il expulsait ensuite le mercure par la distillation. Le barium, le strontium , le calcium et le magnésium furent découverts par ce moyen, en très-petites quantités, il est vrai, mais suffisantes pour montrer les propriétés les plus caractéristiques de ces éléments nouveaux.

Le corps que Scheele avait découvert en traitant 1 acide muriatique (chlorhydrique) par l’oxyde de manganèse, et qu’il avait nommé acide muriatique déphlogistiqué, occupait singulièrement 1 attention des chimistes depuis la fin du xvme siècle. Berlhollet en avait fait l’objet d’une série d’expériences, et, de ce que ce corps, dissous dans l’eau, dégageait de l’oxygène sous l’influence de la lumière,

1. John Davy, Memoirs ofth. life of sir Humphry Davy, p. 109.

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il en avait conclu que c’élail une combinaison d’oxygène avec l’acide muriatique, et il lui avait donné le nom d 'acide murialique oxygéné. Quant à l’acide murialique, Berthollet, d’accord avec Lavoisier, le regardait comme une combinaison de l’oxygène avec un radical encore inconnu.

Davy hésitait à adopter cette manière de voir de l’école française. Si, se disait-il, l’acide muriatique était de l’oxygène uni à un radical inconnu, on pourrait le décomposer facilement au moyen d’un corps avide d’oxygène., conséquemment propre à mettre le radical en liberté. Pour s’en assurer, il essaya, dès 1808, l’action du potassium sur le gaz acide muriatique (chlorhydrique) humide, et il vit constamment se former de l’hydrogène. Il constata, en outre, que, sans l’intervention de l’eau ou de ses éléments, il lui était impossible d’obtenir, avec l’acide murialique oxygéné sec (chlore), les moindres traces d’acide muriatique.

Les expériences du chimiste anglais furent répétées, en France, par Gay-Lussac et Thénard; elles donnèrent exactement les mêmes résultats. Grand fut l’embarras des deux chimistes français; car ils s’élaient ouvertement déclarés pour la théorie de Lavoisier, d’après laquelle tous les acides avaient l’oxygène pour élément acidifiant. « L’eau, se disaient-ils, est donc un ingrédient nécessaire à la formation de l’acide murialique ; mais comment se fait-il qu’elle y adhère avec tant de force qu’on ne puisse l’en retirer par aucun moyen ? Ne serait-ce pas seulement par un de ses deux éléments, par l’hydrogène, qu’elle concourt à former cet acide ? Et l’oxygène qui se produit dans cette opération et que l’on croyait provenir de l’acide murialique oxygéné, ne serait-il pas simplement l’autre élément de l’eau ? Mais alors ni l’acide murialique oxygéné, ni l’acide murialique ordinaire, ne contiendrait de l’oxygène : Yacide, muriatique ne serait que l'acide muriatique oxgêné , plus de l'hydrogène *. »

Ces dernières paroles montrent que les deux chimistes français allaient saisir la vérité; ils la tenaient déjà, quand l’autorité du système régnant la leur fit lâcher aussitôt. Ils ne représentaient leur manière de voir que comme l’expression d’une hypothèse possible; mais cette hypothèse ils n’osaient la soutenir en face de leurs vieux maîtres, Berthollet, Fourcroy, Chaplal, pour lesquels la théorie de Lavoisier était comme une seconde religion.

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