‹ Histoire de la physique et de la chimie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 2 sur 197 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

MATIÈRE

Qu'est-ce que la matière ? Voilà ce que se sont demandé tous les philosophes de l’antiquité. Mais cette question, comme aucune de celles qui portent sur l’origine et la fin des choses, n’a jamais} pu recevoir de solution. Les philosophes prétendaient avoir trouvé le principe de la matière, les uns dans l’eau, les autres dans l’air, d’autres dans le feu, etc.

Suivant Pythagore, la matière est un mélange d’eau et de poussière, universellement répandu, pénétré à là fois du principe actif ou mâle, et du principe passif ou femelle.

Sans se préoccuper de l’essence de la matière, Uéraclite se demandait d’où elle provient, de quelle transformation elle est le' résultat. Il essaya d’établir que « le feu se change en air, l’air en eau,, et l’eau en terre.» El comme ce graud philosophe soutenait le premier que « le feu n’est que du mouvement, » il fut conduit à enseigner que « tout est mouvement. »

La doctrine d’après laquelle la matière se compose de parcelles infiniment petites, insécables, appelées atomes , est aussi d’origine grecque. Elle a été mise en avant et développée par Démocrile, Leucippe et Epicure.

Unie à la doctrine héraclitienne de la chaleur ou du feu-mouvement, elle a été reprise de nos jours par un grand nombre de physiciens et de chimistes. Ainsi, suivant Ampère, les atomes sont des centres d'action moléculaire, dont les dimensions doivent être considérées comme rigoureusement nu lies ; en d’autres termes, la matière se compose de véritables êtres simples, sans étendue. En citant la théorie d’Ampère sur la constitution de ]a matière, Cauchy ajoute : « S'il nous était permis d’apercevoir les molécules des différents corps soumis à nos expériences, elles présenteraient à nos regards des espèces de constellations, et en passant de l’infinjment

grand à Pinfmiment pelit, nous retrouverions clans les dernières particules de la matière* comme dans l’immensité des deux, des centres d'action placés en présence les uns des autres. »

5 Mais les discussions de ce genre, où il paraît bien difficile de s’entendre, sont moins du domaine de la physique que de la philosophie proprement dite. C’est pourquoi nous ne traiterons ici que de la matière en tant qu’elle est accessible à nos sens, et que nous pouvons la soumettre directement à nos recherches et à nos différents modes d’expérimentation. Ainsi comprise, la matière ne dépasse pas la constitution de notre globe. C’est seulement sur notre planète que nous pouvons la loucher et la manipuler. C’est là qu’elle intervient dans tous les phénomènes de la vie, à raison du milieu dans lequel nous vivons.

PROPRIÉTÉS IMMÉDIATES DE LA MATIÈRE (POIDS, VOLUME DENSITÉ, ÉLASTICITÉ, COMPRESSIBILITÉ, etc.)

Tout ce qui est matériel pèse. Ce fait a été le point de départ d observations très-importantes. La première en date est celle qui montre que tous les corps terrestres, étant abandonnés à euxrnemes, tombent suivant une ligne qui fait un angle droit avec la surface d’un liquide en repos. C’est ce qui fit, dit-on, inventer à Dédale, personnage mythologique, le niveau, composé d’un triangle en bois, au sommet duquel est attaché un fil à plomb.

Il ressort de plusieurs passages de Plutarque que les anciens attubuaient le poids de la matière, non pas à une qualité occulte mais à une tendance naturelle des particules à se grouper autour dun centre commun. C’est par là qu’ils expliquaient la forme sphérique de la lune. Relativement au point où doit se concentrer tout le poids des particules matérielles d’un corps, Aristote avait déjà observe qu un homme assis est obligé, pour se lever, ou de retirer

ses pieds en arrière ou de porter son corps en avant ». L’importance de cette observation resta longtemps inaperçue.

Après un long intervalle de temps, demeuré à peu près stérile pour le sujet en question, Kepler eut le premier l’idée de donner de Uçjraixk , c est-a-dire du poids des corps, une explication mécanique • fait venir la gravité d’efiluves magnétiques qui, émanant, comme au! tant de rayons, du centre de la terre, attireraient vers ce cern” tons

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