VUES SUR L AVENIR
Observations générales sur les époques de David et de Salomon. — Que nous reslct-il (le ces époques ? — Leur inlluence sur la voix des proplièles. — Qui est-ce qui a éveillé et animé l'esprit des prophètes ? — Exemples tirés d'Osée et d'Isaïe. — La nouvelle race de David. — Le nouveau fils de Dieu. — Images royales. — Leur orijjiue. — Développement de leurs traits particuliers, tirés des anciennes propliéiies et des psaumes. — Quelle application les prophètes ont-ils faite de la vie de David? — Gomment Jérusalem et la montagne de Siou ont-elles passé dans leurs images? — Exemples. — Système des développements qu'ils ont donnés aux
, prédictions et aux histoires antiques. — Différence entre le gouvernemertt paternel de Dieu ici-bas , et le gouvernement paternel de Dieu là-liaiit, —Comparaison de Jloise avec plusieurs autres grands caractères bibliques. iupplément : L'âge d'or à venir.
Ce fui SOUS les règnes de David et de Salomon , que le royaume d'Israël arriva à son plus haut degré de splendeur. Son territoire s'étendit depuis la Méditerranée jusqu'à l'Euphrale , depuis le désert jusqu'au-delà du Liban. Les rois étaient considérés et respectés, et l'état llorissant de l'agriculture et du commerce répandait une grande prospérité sur tout le pays. Aussi les noms de David et de Salomon sont-ils devenus classiques pour l'histoire comme pour la poésie. Tant que durèrent les rois, ces deux règnes seuls furent célèbres; les autres -princes se trouvaient honorés de s'asseoir sur le trône de David, et de pouvoir s'appeler ses fils et ses successeurs. Pas un d'eux cependant ne le fut de sa fortune, pas même Salomon, qui ne justifia qu'une partie des espérances qu'il avait fait naitre , et qui resta bien au-dessous de l'idéal qu'on s'en était fiiit dans le psaume 72.
La décadence du magnifique empire de David commença immédiatement après la mort de Salomon; car alors cet empire se partagea en deux parties, dont la plus petite seulement resta à là maison de David. L'une et l'autre ne tardèrent pas à être dé-
5i6 CHAPITRE XII.
chirées par des (roubles intérieurs et par des invasions étrangères, qui se renouvelèrent jusqu'au moment où le peuple tout entier tomba dans l'esclavage. La poésie qui naît de la victoire, de la paix et de la prospérité publiques, ne trouva donc plus jamais une époque aussi brillante, aussi favorable que le furent celles de David et de Salomon.
Malheureusement il ne nous reste de celte poésie que les morceaux chantés dans le temple , dans le palais des rois et dans les assemblées publiques; car il est facile de voir que les psaumes et toutes les œuvres de Salomon n'ont jamais eu d'autre destination. Le psaume 4S, ce magnilique épilhalame, n'a été conservé que parce qu'en célébrant un roi , et les espérances de son règne fondées sur les promesses de Dieu, il était devenu un hymne national. Le Cantique des cantiques lui-même n'est arrivé jusqu'à nous, que parce qu'il portait le nom de Salomon, et parce que, à l'époque où l'on songea enfm à recueillir les chants nationaux, on avait déjà trouvé dans le psaume .45 un sens mystique. Une fois celte idée adoptée, on vit dans une foule de psaumes les prophéties d'un avenir plus heureux encore que le temps de Salomon , et ce fut comme chant prophétique que le Cantique des cantiques fut conservé.
Nous ne connaissons donc de l'époque la plus florissante de la poésie hébraïque , que les productions qui, dans le naufrage de la captivité, ont échappé à la destruction générale, parce qu'elles se rattachaient à l'histoire de la religion, de l'État et de la royauté. La voix du futur et de sa fiancée', les chants d'allégresse des moissonneurs et des vendangeurs 2, des femmes qui mondent', et de tous ceux qui exerçaient joyeusement leur utile métier, ne sont point arrivés jusqu'à nous. Toutes ces gracieuses el naïves filles du chaut se sont endormies dans la poussière des siècles.
Semblable au rubis qui brille d'un éclat plus vif quand il est monté en or pur, le chant embellit le festin que le vin égare* ;
' Jérémie , cliap. 7, vers. 34.
' Isaïe, cliap. 9, vers. 3; Jùrémie, cliap. 25, vers. 10.
^ Ecclcsiaste, cliap. 12, vers. 4-
4 Siracli, cliap. Sa, vers. 7 el 9.
VUES SIR l'avenik. 517
mais ces chants ne sont plus. La joie et les fêtes champêtres ont qiiitlé les campagnes , on n'y entend plus le Hédad, ce cri d'allégresse du vigneron qui foule la cuve^ et que, au reste, nous n'avons jamais connu que par les allusions qu'y font les chants sacrés et nationaux.
EU' faut-il davantage pour prouver combien il serait injuste de comparer la poésie des autres peuples à la poésie des Hébreux, dont nous ne connaissons que les deux plus anciennes branches: la poésie religieuse et la poésie royale? Tout ce qui ne lui appartenait pas ou qu'on croyait ne devoir pas lui appartenir, n'a point été recueilli et s'est perdu.
Il n'en est pas moins certain que, semblables aux chants de Moïse, les psaumes ont servi de guide et de modèles aux chants des temps qui leur ont succédé. Ils sont devenus le seul livre de cantiques pour le temple et pour les prophètes; peut-être n'y avait-on compris d'abord que les 72 premiers psaumes, mais bientôt tous ont servi au même usage.
En examinant le caractère des écrits de chaque prophète, on reconnaît qu'ils se sont tous attachés à la langue du sanctuaire. Mais bornons-nous pour l'instant à l'intluence générale des psaumes, qu'on a regardés comme les prédictions de l'arrivée et du règne du Messie. Cette influence est si visible sur les prophètes , qu'il est impossible de ne pas voir qu'elle seule a éveillé les voix prophétiques dont les vues les plus profondes à travers les temps à venir, n'étaient que le développement des bénédictions des pères et des psaumes dont je viens de parler.
1. La plupart des magnifiques promesses qui annonçaient un empire éternel , la consolidation de cet empire, et un nouveau règne de Salomon, plus heureux que le premier, s'appliquaient à la race de David; mais lorsque, par la faute de Salomon, de Roboam et de tant d'autres rois , l'empire de David dégénéra au point que Dieu jugea nécessaire d'envoyer des prophètes, que pouvaient dire ces prophètes à leur peuple? sinon : Vous êtes tombés ! Vous vous êtes abîmés dans un gouffre! Revenez à Jéhovah, car vous vous êtes égarés! Détournez-vous du veau d'or
' Jéiémie, chap. 48, vers. 33.
548 CHAPITRE XH.
Cl allez au désert dû Jiida, au temple; c'est là qu'est votre place, Jéhovah vous y accueillera avec bienveillance *.
« '^ Je veux me fiancer à toi pour des temps éternels ! Je veux m'unir à toi par la justice et par le droit, par la miséricorde et par la bonté; je veux me liaucer à toi par le lien de la fidélité, et lu reconnaîtras de nouveau Jéhovah ton Dieu ! »
Le prophète désire qu'Israël et Juda puissent redevenir un seul el môme empire , el il représente cette union par l'image des fiançailles. Ce désir, au reste, domine tous les prophètes; voilà pourquoi le but de leurs prophéties est toujours politique ; ils cherchent à attirer le peuple dans le désert de Juda, auprès de la maison de Dieu et de la race de David ', afin qu'il puisse recueillir les bénédictions qui reposent sur celte race , qui lui ont été données par Abraham, Juda, Moïse, el que les psaumes ont recueillies. En un mot, les prophètes annonçaient un avenir plus beau, des temps plus heureux.
(c * Les enfants égarés d'Israël reviendront sur leurs pas ; ils chercheront Jéhovah , leur Dieu, el David, leur roi; dans un temps à venir , ils honoreront Jéhovah el son ineffable bonté de père du pays. »
Tel était le langage d'un prophète d'Israël, et, certes, les sages du royaume d'Israël devaient nécessairement rappeler plus énergiquemenl au peuple les anciennes bénédictions el la constitution nationale.
Lorsque le royaume d'Israël fui sur le point d'être détruit. Dieu envoya dans le royaume de Juda , presque aussi malheureux , plusieurs prophètes à la l'ois dont les voix réunies éveillèrent, sans doute, celle d'Isaï'e. Ces prophètes voyaient la Irislc destinée du royaume qui était le frère du leur ; ils sentaient les souffrances de la nation tout entière, et ils s'empressaient de revenir aux anciennes prédictions par lesquelles Dieu avait béni la race de David. Cette race cependant n'était plus qu'une branche dédaignée cl presque desséchée de l'ancien arbre si puissant et si fort ; mais , pleins de confiance dans la parole donnée
' Osëe, cliap. 2, vers. 11 el i4; cliap, i4, vers. a. ' Osée, cliap. 2, vers. 19.
3 Os(5e, chap. 2, vers. i4; cliap. 6, vers. i. ♦ Osée, chap. 5, vers. 5.
viKS SUR l'avenir. 549
à David, ces prophètes voyaient la racine do l'arbre jeter un jet nouveau sur lequel ils réunissaient la réalisation de toutes les antiques bénédictions. Celte marche de leurs idées et de leurs espérances est la seule véritable clef des plus magniliques images d'Isaïe.