LE NOUVEAU FILS DE DIEU
« 2En proie à la famine et aux chagrins, chacun de nous erre maintenant à travers le pays; irrité par la faim , il maudit son roi , il maudit son Dieu! Il lève ses regards vers les cieux et les abaisse vers la terre; partout les ténèbres et la misère ! partout des ténèbres épaisses et la nuit entassée sur la nuit! ^ Il ne fait plus noir, là où l'obscurité était si épaisse ! Semblable à ce qui était aux temps antiques, où il commença par rejeter le joug à Zabulon, à Nephlali, il fera, dans les temps à venir, briller son éclat sur la route qui côtoie la mer. Son reflet s'étendra au-dessus du Jourdain et de l'obscure cohue des peuples*.
« Le peuple et tous les voyageurs dans les ténèbres , verront une grande lumière ; cette lumière brillera au-dessus de tous les habitants du pays de la nuit sombre et noire.
' Les prédiciions anuonçaient après David nu roi dans la crainte de Dieu. Isaie, qui aimait les jeux de mots, a rassembid, à ce sujet, une foule de mots de ce ijenro ,
nNT» innn nn. etc.
' Isaie, cliap. 8, vers, ai, jusqu'au cliap. g, vers. 7.
3 Isaïe aime à opposer dans ses tableaux les calamilés des temps présents aux félicités qu'il entrevoit dans les temps à venir. Il est donc nécessaire de rapprocher ces contrastes, lors même qu'ils seraient séparés par des chapitres.
* Les mois 'ppn et l^S^Hi c'csi-à (lire le premier cl le dernier temps, sont ici m parallélisme, et forment un conirnsleaycc les tdnhbres lourdes et ainoncctvfs, cl la nuit épaisse des vers précédents.
VIES SI 11 l'avenir. Soi
a Lo nombre des peuples réunis est grand , et elle sera grande nussileur joie", et ils se réjouiront devant toi, Seigneur, comme on se réjouit au temps des moissons, comme ils ont dansé en danse joyeuse quand ils se distribuaient le butin.
« Car le joug dont il était chargé, le bâton dont on avait frappé ses épaules, le sceptre de son oppression, tu les brises comme au temps de Madian. »
Le prophète ne pouvait indiquer plus clairement vers quel but tendaient ses allusions, et à quelle époque il avait emprunté ses images; c'est à celle de Madian, et par conséquent à l'époque glorieuse des Juges. Ce fut alors que s'opéra le grand mouvement libérateur- au nord du pays * ; là s'était allumé au fond des som- .bres forêts de Nephtali et de Zabulon , le flambeau de la liberté qui finit par éclairer tout le pays. C'est ainsi que , dans les prévisions du prophète, la hberté s'éveillera de nouveau, au milieu du conflit des peuples du nord, sur la route qui côtoie la mer de Galilée, par laquelle, de son temps, arrivaient les hordes ennemies de la Syrie. C'est sur cette route qu'il prédit, pour l'avenir, un nouveau flambeau de la liberté , des chants d'allégresse et des danses joyeuses, tels que les dépeignit jadis l'hymne de la champêtre Débora.
« Et toutes les armes de la bruyante bataille, et tous les vêlements de guerre imprégnés de sang, seront portés au feu, ils alimenteront la flamme !
« Car un roi vient de naître pour nous , un fils du ciel nous a été donné ! Le bâton du gouvernement lui a été donné ; le bâton du gouvernement repose sur lui; son nom est: Le Merveilleux, le Conseiller, le Héros fort, mon père pour toute l'éternité, le Prince de la Paix ! »
Dans ce passage comme dans le précédent , le poète indique clairement son but. Certes il ne faisait pas allusion à Ézéchias ou à un fils d'Ézéchias, il parle d'un roi qui réunit tous les noms et toutes les bénédictions appartenant à la race de David, et qui
■ Le X*? est, selon moi, une interjection de désir, ainsi qu'il est souvent employé il 1.1 place de titinam, à si!
' Juges, cliap. 4 1 vers. 5, à Haroseth , c'est-à-dire dans la forêt des peuples, au milieu des amas de peuples qui, alors, se prc^snionl dans cette contrée , comme plus tard ils se presseront en Galilée.
S52 CUAPITKK XII.
réalisera les temps heureux promis à celle race. Voih\ pourquoi ce roi s'appelle le fils, Vengendré, c'est-à-dire qu'il est né de Dieu , expression déjà consacrée par les psaumes.
Ce roi porte sur ses épaules le sceptre que Juda posait à ses pieds pour annoncer que, par lui, renaîtra la tribu princièrede Juda. Il s'appelle le Merveilleux; David s'intitule souvent ainsi, quand il dit que, de pierre dédaignée qu'il était, il est devenu la pierre angulaire d'un grand édifice '. L'ange qui vient annoncer la naissance du libérateur Samson, se donne également ce nom *.
Les litres de Conseiller, de Héros fort, sont deux qualifications qu'Isaïe aime à unir pour prouver que ce sauveur sera aussi sage dans le conseil , que puissant dans l'action. En disant qu'il s'appelera : mon père pour toute l'éternité , Isaïe n'a pas même osé changer l'ordre grammatical du pronom de cette phrase qui ' se présente si souvent dans les bénédictions et dans les psaumes : Il me dira mon père , et je consoliderai son empire pour toute l'éternité^.
Quant au dernier titre : Prince de la paix, il l'a trouvé dans le mot Salomon, et dans les explications que ce roi en donne dans ses psaumes. En un mot , le prophète réunit sous ces divers noms tout ce qu'il a pu trouver de saisissable dans la magnificence de David, et dans les prophéties et les bénédictions dont sa race est l'objet.
« Et sa domination sera immense, et la paix n'aura point de fin dans son royaume. Assis sur le trône de David, il le fondera et le consolidera de nouveau par le droit et par la justice , depuis le commencement jusqu'à l'éternité des temps! Et tout cela sera accompli par l'esprit de zèle de Jéhovah. »
C'est-à-dire l'esprit zélé pour la gloire de Jéhovah. Toutes ces expressions ne sont que la répétition des promesses de Dieu faites à la race de David.
Je ne veux pas m'occuper ici de la description de l'âge d'or, que les prophètes rattachent à celle du règne de ce nouveau roi. Je ferai seulement observer que tous représentent ce foi sous la forme d'un pasteur comme David, d'un prince ami do
• Psaume 1 18, vers, ai et aj.
' Jiit;es, cliap. i3, vers. 18.
3 r»uiiuit 89, vers. 27; SnmucI, liv. 11, ri.,!]!. 7. vois i/).
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la paix comme Salomon, d'un jnç^einlègre, d'un héros indomptalile, d'un restaurateur de la crainte de Jéliovah. C'est par lui (lue devaient redevenir visibles sur la terre la présence, la justice, la miséricorde et la bienfaisante activité de Jéliovah ; et c'est au cri de Jéliovah, notre justice! Jéliovah, notre secours! qu'on I levait se rallier autour de ce roi. En remontant à l'origine des noms que les prophètes lui ont donnés, on reconnaîtra qu'avant (uijime après la captivité, le nom d'un nouveau roi , d'un nouveau David, résonnait à leurs oreilles comme un son mystérieux, arrivant d'un avenir lointain.
Lorsque le gouvernement fut partagé entre le prince el le grand-prêtre , Zacharie voyait ces deux oints debout devant le trône de Jéhovah*, ce qui donna une double forme à la de- SLi'iplion dnzehma, c'est-à-dire du jet sorti du tronc de David ; mais elle n'en était pas moins toujours conforme aux circonstances et à l'esprit du temps. Ce rejeton devait bâtir le temple, comme avait fiiit Salomon , et se revêtir des ornements sacerdotaux comme le grand-prêtre. En un mot, puisqu'il régnait sur le trône de Jéliovah, il fallait qu'il fût en même temps prêtre, et (jue la paix régnât entre le trône et le temple*.
Malachie finit par remonter aux plus anciennes institutions; il ramène, avec leur purifiant esprit de flamme. Moïse et Élie, ces antiques messagers de Dieu, fondateurs de son alliance avec son peuple.
Les prophètes s'enveloppèrent toujours ainsi du manteau de leur époque ; et tant que le peuple eut des rois, toutes les prophéties se revêtirent de la forme des prédictions royales que renferme ce psiiume :
« ■^ Je chante les bienfaits de Jéliovah pour des temps éternels! De génération en génératiiMi nri bouche proclamera sa parole inviolable.
« El je dirai : Que la gràrc éternelle soit consolidée pour nous; qu'elle dure autant que dureront k-s cieux, celte paruli; de Dieu : « J'ai conclu une alliance avec mon élu , j'ai juiv à
' Zacliarie, cliap. 4i yem. i^.
» /acliarie, chap. 6, vers. 12 et i 3.
' l'sauiue 80, vers. 2 el suivanis.
."ioi CIIAI'ITRK XII.
David , mon servitour : je veux consolider ta race pour toute rélernité ! Je veux construire ton trône de génération en génération. »
«Voilà pourquoi les cieuxsonl témoins de l'alliance merveilleuse! L'assemblée des Saints proclame ta fidélité !... » etc.'
C'est ce que les prophètes firent en etFet, et ils nommèrent le futur roi : David, serviteur de Dieu.
2. Je dois ajouter qu'ils ne voyaient, dans la destinée de ce futur roi, que la reproduction de celle de David et de la progéniture qui lui avait été promise. David avait eu beaucoup à souffrir avant d'avoir pu fonder son vaste empire; son lils devait être frappé avec des verges par la main des hommes \ sans que pour cela la grâce de Jéhovah, son père, l'abandonnât. Les prophètes, qui avaient été témoins de tant de calamités , appliquèrent les châtiments du père et du fils au futur roi , et à la naissance de son empire. C'est ainsi que s'expliquent d'elles-mêmes les images des prophètes , dont les contradictions apparentes ont donné lieu à tant de fausses interprétations. S'ils ont plus développé les psaumes d'affliction que les autres, c'était pour consoler Israël opprimé et soutenir son courage; car, en lui montrant que son premier roi ne s'élait élevé à tant de gloire que par l'adversité et la soulftance, ils lui faisaient comprendre que la même destinée le conduirait infailliblement au même résultat.
Je donne ici le plus célèbre des chants d'affliction par lesquels les prophètes s'etforcèrent de ranimer le peuple. Ce fut par les premiers mots de ce psaume que le plus grand , le plus divin des affligés, exprima sur la croix l'immensité de ses souffrances et de sa douleur.
' Samuel, liv. ii , rliap. 7. vers. i4-
VUES SLR L AVENIR. oijS