PREFACE DE L'AUTEUR
L'exposé qui précède me dispense de parler ici du l)Ul et du plan de mon livre; je me bornerai donc à indiquer succinctement comment j'ai exécuté ce plan dans le premier volume.
Ce premier volume contient tous les traits caractéristiques et fondamentaux de la poésie des Hébreux, leur cosmologie, leurs premières idées sur Dieu, sur la création, la providence, les anges, les Élohim , les cbérubins et sur les autres objets isolés de la poésie et de la nature. Nous y avons ajouté, avec un soin particulier, les dires des pères, qui, cbez tous les peuples et surtout chez le peuple hébreu , sont les bases fondamentales de l'édifice de son intelligence, et, par conséquent , le génie de sa poésie. Il est indispensable de présenter et de développer ces dires sous leur véritable jour, car ils ont presque tous par eux-mêmes une couleur poétique qui leur est propre, ce qui, malheureusement, les fait trop souvent mal interpréter.
Je n'ai épargné ni peines, ni fliligues pour être aussi concis que possible, et surtout pour ne pas répéter pour la centième fois ce qui a déjà été dit quatre-vingt-dix-neuf fois. Dans le cas où l'enchainement de l'ensemble me faisait un devoir de ces répétitions, je me suis borné à les indiquer légèrement, car s'il est peu agréable de lire des lieux communs que tout le monde connaît, il est très-fatigant de les écrire.
Je me suis attaché de préférence à la recherclfe des traditions les plus obscures sur le paradis terrestre, sur la chute du premier homme, sur la construction de la tour de Babel , sur le combat avec l'Élohim, etc., cl sur plusieurs fictions cl personnifica-
PHÉFACE DE l'auteur. 5
lions mythologiques. Ce sont là autant d'exemples qui mettent le caractère de la poésie hébraïque en évidence, et qu'il est toujours utile de citer et de connaître, car il faut connaître les choses avant de raisonner sur leur laideur ou sur leur beauté. La juste appréciation des mots, des images et des objets, suffît pour donner l'idée du beau à tous ceux qui en ont le sentiment; celui qui ne Ta pas, ne le puisera ni dans les longs discours, ni dans les louanges emphatiques, ni dans les citations des passages analogues empruntés à d'autres poètes; il le trouvera encore moins dans des considérations générales sur la poésie et ses divers genres. Aussi n'ai-je rien mis de semblable dans mon livre.
J'ai traduit, aussi souvent que possible, les plus beaux morceaux de la poésie hébraïque, et j'espère qu'on ne m'accusera pas de les avoir prodigués. Ces morceaux sont le point le plus important de mon travail, les étoiles de ce firmament qui sans eux serait sombre et désert, les fruits de l'arbre dont mon livre n'est quel'écorce. Si j'ai réussi aies reproduire dans leur dignité antique et leur belle simplicité, je n'aurai pas manqué mon but; car, à ce sujet, je pense qu'il faut laisser les prophètes sur leurs sièges élevés, et qu'assis à leurs pieds, nous devons écouter ce qu'ils disent, et non répéter ce qu'ils entendent dire.
Dans mon examen de la période des prophètes, le livre de Job, surtout, m'a été d'un grand secours, et je m'estimerais heureux si je pouvais avoir rendu une partie des sensations dont mon ame a été pénétrée en étudiant cette sublime , cette naïve composition artistisque, la plus ancienne peut-être que l'on connaisse. Ardua res est, vetustis novitatem dare, novis auctoritatem, obsoletis nitorem, obscuris lucem, fastiditis gratiam, duhiis fidem, omnibus vero naturam et naturœ suœ omnia. Mon plus cher désir est d'avoir atteint quelques uns de ces résultats dans mon travail sur les patriarches, sur Job et sur Moïse.
Je n'ai pas voulu surcharger mes versions de notes érudites, nr de citations du texte. Elles sont toujours inutiles pour les lecteurs illettrés ; quant aux savants versés dans la langue de l'original, et, par conséquent, capables de comparer les versions anciennes avec les nouvelles, ils trouveront facilement en eux-mêmes le moyen de suppléer à cette omission vo-