‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 16 sur 120 · PRÉFACE DE L" AUTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L" AUTEUR

lontaire. Les jeunes savants, surtout, me sauront gré de leur avoir laissé des recherches, des comparaisons et des réflexions à faire. J'ai consulté tous les philologues modernes sans relever leurs erreurs, ni faire parade de la conformité de leurs opinions avec les miennes. Puissent-ils accepter comme un témoignage de ma reconnaissance, l'usage silencieux que j'ai fait de leurs travaux ; dans les cas où je ne pouvais èire de leur avis, j'ai été du mien.

Le besoin de m'cITacer autant que possible, m'a fait choisir la forme du dialogue, peu usitée en ces sortes de matières. Je sais que par là j'ai augmenté les difficultés de ma tâche. Si j'avais eu la prétention d'imiter la grâce des dialogues de Platon, de Shaftesbury, de Diderot, de Lessing, j'aurais commis une haute fohe. Je n'avais ni situation heureusement choisie à exposer, ni caractères neufs à développer; il ne s'agissait pas même de faire sortir par des combinaisons adroites , des idées nouvelles de l'ame de celui qui répond, ce qui, dans le dialogue didactique, est la perfection de Fart. Je n'avais, en général, rien à inventer, mais j'avais tout à expliquer, à démontrer, à ti'ouver. Le démonstrateur et celui à qui il démontre, le maître et le disciple, devaient donc nécessairement parler seuls entre eux. Le modèle que j'ai cherché à imiter dans les passages les plus importants de mes dialogues, n'est point Platon , mais le livre de Cosri et même le catéchisme.

Je crois devoir expliquer plus amplement pourquoi j'ai choisj la forme du dialogue , car j'y ai été décidé par plusieurs motifs.

l" La forme du dialogue est la plus concise. Un alinéa, la lettre initiale d'un nom propre, une simple question, telle que : Pourquoi? Gonnnent? suffît pour exprimer ce qui, dans le débit dogmatique, demande de longues périodes, et parfois même des pages entières. Celte même forme dispense égaL'Uient de ces ennuyeuses formules de transition, telles que : On pourrait objecter, on a objecté, etc.

2° Elle m'a fourni le moyen d'éviter le ton monotone, toujours aflirmatif et parfois déclamatoire de la chaire, dont il est si diflicile de se garantir, quand on écrit des volumes sur des matières abstraites. Le dialogue le plus froid, pourvu qu'il

PHÉFACK DE L AtTELH. ''

ne soit pas trop long, anime ces malières, leur donne de la variété , et les met , pour ainsi dire , à la portée de tout le monde.

3" Elle m'a aidé enlin à échapper à la cruelle nécessité de contredire, de discuter, de citer, et j'en remercie sincèrement le ciel , car c'est éviter un grand mal.

Alcyphron et Eutijphron s'entretiennent ensemble: le premier parle souvent comme le public à cent tèles, mais enfin tous deux ne s'adressent que l'un à l'autre; ils ne reprennent, ils ne contredisent personne au monde qu'eux-mêmes. Que celui de mes lecteurs qui ne voudra pas accepter les opinions ù'Eutyphron,

partage celles A' Alcijphron , ou qu'il conserve les siennes Et

puis, il fiut bien que je l'avoue, plus j'avance en âge, et plus il m'est difficile de prendre le ton de l'enseignement. Qui instruiton quand on s'adresse au public? Où demeure-t-il? De quelle voix faut-il lui parler, alin qu'elle ne soit ni trop haute, ni trop

basse? J'ai fait parler ensemble deux individus isolés; que

celui qui veut les entendre les écoute, les corrige, s'instruise avec eux ou les éclaire.

M'est-il permis de dire quels lecteurs je choisirais pour mon livre, si j'en avais le pouvoir? Alcyphron est un jeune homme ; il étudie la poésie hébraïque, non parce qu'on l'y contraint ou pour se faire une carrière qui doit lui fournir de quoi vivre, mais parce qu'il l'aime. C'est donc un amateur des Écritures, un amateur de la poésie la plus naïve, la plus proche du cœur, et

de l'histoire la plus ancienne de l'esprit humain Je voudrais

avoir pour lecteurs des hommes jeunes, neufs, sans malveillance, à l'humeur aimante et douce comme lui.

C'est devant les enfants et les jeunes gens , qu'il est agréable de parler de l'enfance, de la jeunesse de l'espèce humaine. L'époque antérieure à la servitude établie par Moïse ne peut être appréciée et sentie que par des cœurs qui n'ont pas encore gémi sous le joug des convenances, et qui, dans l'aurore du monde, voient l'aurore de l'ame. Si mon livre vaut quelque chose, que celui qui se sent mon ami le fasse passer, sans éloge et sans blâme, dans les mains de pareils lecteurs. Au reste, tout le monde n'est-il pas libre de laisser de côté ce qui ne lui plait

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pas dans mon ouvrage? C'est pour faciliter ce choix que j'ai fait le sommaire de chaque dialogue.

Si mon désir se réalise, il y aura des théologiens parmi mes jeunes lecteurs; qu'il me soit permis de leur adresser quelques observations spéciales. La Bible est la base de la théologie, l'Ancien-Testament est la base du Nouveau, et il est impossible do bien comprendre le dernier sans une connaissance parfaite du premier. Le christianisme est sorti du judaïsme ; le génie de la langue hébraïque est dans les Écritures de l'un et de l'autre; et le génie d'une langue ne s'apprend jamais mieux que dans sa poésie, surtout dans sa poésie primitive. Il est faux, il est dangereux même de faire étudier aux théologiens le Nouveau-Testament au détriment de l'Ancien : sous le rapport scientifique même, l'un ne saurait être intelligible sans l'autre. L'Ancien- Teslament est une galerie d'histoires, d'images, de caractères et de scènes qui nous représentent le crépuscule du matin avec ses nuances intinies, et le lever du soleil dans tout son éclat. Dans le Nouveau-Testament, cet astre est arrivé à son apogée quotidien, et tout le monde sait quelle est l'époque du jour la plus salutaire et la plus fortiliante pour l'œil humain.

Lors même qu'on ne verrait dans l'Ancien-Tcstament qu'un recueil profane de poésies antiques , si on l'étudié avec zèle et amour, on ne tardera pas à être frappé de la pureté de son éclat et de sa beauté surnaturelle. Que l'on cherche donc à s'approprier les richesses infinies de l'Anciim-Testament, et l'on ne sera plus jamais exposé à se perdre en raisonnant sur le Nouveau, dans

un parlage vide de sens, absurde ou sacrilège.

Wfimar, le 9 avril i^Sg .

HEnoEu.

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