‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 2 sur 120 · II NOTICE · texte numérisé non relu

II NOTICE

chirurgien russe, qui se proposa de remmener avec lui lorsqu'il retournerait dans son pays ; en attendant , il l'envoya à Kœnigsberg pour y étudier la chirurgie.

Herdor n'avait pas encore dix-sept ans quand il arriva à celte université, où de nouveaux protecteurs lui fournirent le moyen d'abandonner la chirurgie, et de satisfaire son penchant pour les études Ihéologiques et littéraires. Dès la seconde année, son savoir et sa bonne conduite lui valurent un petit emploi dans l'enseignement. Mis ainsi au-dessus du besoin, etatfranchi delà cruelle nécessité d'être à charge à ses bienfaiteurs, il employa le temps dont il pouvait disposer à l'étude de toutes les connaissances humaines.

A cette époque, il devint le disciple de Kant, qui, sans avoir encore atteint la haute célébrité dont il jouit depuis, exerçait déjà une grande inlluencc sur tous les étudiants de Komigsberg. (^e fut lui cependant qui rechercha le premier l'amitié du jeune llerder ; et , pour l'initier plus promptcmcnl à son système de philosophie , il lui donna des leçons particulières. Mais leurs cœurs seuls s'entendaient; leur intelligence, nourrie d'éléments contraires , ne pouvait que diverger de plus en plus à mesure qu'elle se développait.

Il n'en fut pas de même de ses relations avec Hamann, qui alors ^ habitait Kœnigsberg, où il était déjà ce qu'il a été depuis, un mystère, non-seulement pour l'Europe et pour son pays^ mais encore pour toutes les personnes qui ont vécu dans son intimité. ^^^^

Cet homme énigme avait étc d'abord destiné par sa famille à l'état ecclésiasiique, pour lequel il ne se sentait aucune vocation. Aussi ne tarda-t-il pas à abandonner la théologie pour se livrer à la philologie, à la critiiiue et à la poésie, qu'il délaissa à leur tour pour les sciences politi(iues et commerciales. Le commerce surtout semblait avoir captivé cet esprit inquiet; et il parcourut pendant ]ilusieurs années, comme commis-voyageur, l'Allemagne, la Hollande et l'Angleterre. Mais aucune de ses entreprises ne réussit; et c'est au découragement qu'il faut attribuer la vie dissipée, presque débauchée, qu'il mena pondant son séjour à Londres. Ses principes de morale et ses instincts littéraires n'étalent cependant qu'assoupis; la Bible, dont il reprit la lecture dans un moment de désœuvrement , les réveilla avec tant de force , qu'il quitta brusquement l' Angleterre et revint à

' En 1762.

Kœnigsberg, sa ville natale, où il se consacra tout entier à Télude des langues orientales cl des antiquités classiques. Bientôt il attira Tattenlion du monde savant parla publication des Feuilles silnjlliques du mage du Nord , titre qui caractérise à la fois l'œuvre et son auteur.

C'est de cette époque que date sa liaison avec Herder, qui, luimême peut-être , n'a jamais entièrement compris cet homme extraordinaire. Mais il se sentait entraîné vers lui par une secrète parenté d'arae et d'esprit, dont il suivait les inspirations avec toute la naïveté de la jeunesse, et qui ne se sont jamais af- Itiiblies dans son cœur toujours jeune et naïf.

Lorsque, dans le cours de sa laborieuse vie littéraire, Herder parle de Hamann, il devient injuste envers lui-même, jusqu'à se mettre au-dessous de cet écrivain énigmatique, et il admire jusqu'à son style d'oracle. Si cette partialité n'avait été que le résultat de l'amitié, elle serait encore excusable, mais Herder n'était pas homme à se laisser guider par un sentiment personnel; il cédait , sans doute sans le savoir, à son amour inné pour l'époptisme , qui le poussait vers tous les époptiques dont Hamann était la personnitication la plus complète.

De son côté, Hamann voyait probablement déjà dans le jeune étudiant, le point central où, plus lard, les trois tleuves du vrai, du beau et du bon devaient se réunir et former un océan pur et calme , dont la surface rellètc le ciel d'Orient , tandis qu'on voit briller dans ses profondeurs toutes les pierres précieuses que le cours des temps a détachées du S'^ùi des montagnes primitives où Dieu les avait déposées.

Ce qu'il y a de certain, c'est que ce fut par les conseils et sous la direction de Hamann, que Herder se livra à l'étude des langues orientales, et surtout à la langue si difficile des Hébreux.

Depuis longtemps déjà on s'occupait sérieusement de cette langue en Allemagne, tandis que partout ailleurs on se bornait encore à la mépriser comme un idiome barbare , ou à la vénérer comme le langage sacré que Dieu avait daigné enseigner à nos premiers parents , et dont il n'était plus nécessaire de s'occuper, puisque par la confusion de Babel , il lui avait lui-même donné une foule de sœurs plus jeunes et plus en rapport avec les besoins de la civilisation moderne. Cette indifférence pour la langue hébraïque lirait son origine des difficultés presque insurmontables qu'elle présente , surtout lorsqu'on veut l'apprendre telle qu'elle était du temps des patriarches et des prophètes. Ce

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