HYMNE IMITÉ DU PERSAN
Gloire au nom de celui dont le nom est un reluge, dont la louange lait rornemenl dos langues éloquentes ! Gloire au nom du Très-Haut, de rUiiique , de l'Élcrnel! de celui qui sait tout, qui donne de la force aux faibles , qui console les délaissés !
Pour orner les cieux, il leur donna des légions d'étoiles; pour parer la terre , il la peupla d'hommes aussi nombreux que les étoiles du ciel. Il arrondit la voûte des sphères mouvantes, il fit surgir les quatre éléments.
11 donne au sein du bouton de rose son doux parfum; il couronne la tige-mère d'une gracieuse famille de Heurs; il tisse une robe de noces pour toutes les liancées du printemps; il apprend au cyprès à balancer sur le rivage élevé de la mer , sa tête allière et belle !
Il couronne de succès les intentions louables, et abaisse la présomption et l'orgueil ; il veille avec le solitaire auprès de sa lampe nocturne , el passe les journées à consoler les enfants de l'aïïliction.
Les eaux de ses mers donnent naissance à la nuée printanière qui humecte à la fois et les roses el les épines. C'est de son jardin que part le frais souffle d'automne, qui parsème d'argent le vert gazon.
Quand il paraît , le cercle du jour s'enflamme, et chaque atome de poussière puise en lui sa force et sa vie. S'il voilait sa face, les sphères puissantes , les immenses lumières se perdraient dans le néant !
Depuis la voûte des cieux jusqu'au fond des abîmes , quelle que soit la roule que prenne notre pensée , qu'elle descende ou qu'elle s'élève, elle ne trouvera nulle part un atome de poussière qui ne soit plein de sa puissance.
Noire sagesse s'égare quand elle médite sur son essence; il n'est pas au pouvoir humain de sonder ses desseins! Devant lui les anges rougissent de leur ignorance , et les cieux s'étonnent de la marche qu'il leur a prescrite.
IDÉES l'RlMlTlVKS SLR LE CIEL El LA TEllIU;. 51
La nuit et le crépuscule coiisidérés comme le séjour de ceux qui ne sont pas encore nés. — Description de la nuit antique, par Job. — Le chaos estil daus les idées des Orientaux? — Leurs imajjes sur l'élat primitif de la terre.
— L'Esprit de la nuit qui réynait sur les eaux. — Origine des idées accessibles aux sens , qu'on s'est formées sur cet Esprit. — La voix de l'Esprit de la nuit entendue par Job. — Apparition de la lumière. — Les tableaux de joie et de bonheur qui la suivent. — La richesse de ces tableaux dans la poésie orientale. — PersonniKcalion de la lumière et de l'aurore. — Imaye poétique du ciel regardé comme uiie voûte formée avec de l'eau, ou comme un magasin de provisions et de rafraîchissements, comme un saphir, une forteresse et une lente paternelle et hospitalière. — Géogonie poétique des Orientaux. — Sa coïncidence avec l'histoire naturelle de la terre. — Animation des plantes. — L'étendue et la délicatesse de sentiment qu'elle donne à la poésie. — Pourquoi les Hébreux n'avaient-ils aucun hymne sur le soleil ni sur les autres astres? — Personnifications.
— Le noble et bel usage que les Hébreux en ont fait dans leur poésie. — Représentation des étoiles comme anges, comme filles de Dieu, comme armée ef comme troupeau de brebis gardé par le pasteur du ciel. — Poésies isolées sur ce sujet. — Intérêt vivant que la poésie orientale prend aux animaux. — De Dieu,
.comme père de famille universel. — Pourquoi les animaux ont été parfois préférés aux hommes? — Des hommes. — Hymne de David sur la création. Supplément ; Hymne de Milton sur la lumière.
Le jour suivant, Alcyphron s'empressa de se rendre à son poétique rendez-vous matinal.
Aujourd'hui, lui dit Eutypliron, je vous conduirai devant un tableau plus riche que ne l'était celui de la vie humaine de Cebès \ car nous ne nous arrêterons pas , comme nous l'avons fait hier, devant des objets isolés. Le voile grisâtre qui enveloppe encore tous les êtres, et sous lequel ils semblent attendre l'apparition de la lumière, n'éveille-t-il aucun souvenir en vous?
Alcyphron. — Vous voulez , sans doute , me rappeler les croyances des Orientaux sur l'état des morts?
' Ce philosophe grec, qui vivait dans le iv» siècle avant l'ère chrétienne , était disciple de Socrate. Il a composé un dialogue intitulé : Tableau de la vie humaine.
{Note du Traducteur.)
EuTYPimoN. — Rien ne serait plus déplacé que de faire d'un pareil sujet le début de notre entrelien. Je pensais, en efl'et, à un Scliéol , mais à celui qui conliont les êtres qui ne sont pas encore nés; ils attendent la lumière, et avec elle, non le malheur cl les souiliances , mais la joie et le bonheur. Souvenez-vous de la nuit pendant laquelle Job maudit l'heure de sa naissance. Dans cette heure dorment bien des journées, bien des nuits à naître! Dieu les regarde du haut de son trône; il appelle tantôt Tune, tantôt Tautre, selon son bon plaisir, et toutes se réjouissent de pouvoir enfin se joindre au chœur de leurs compagnes , et d'entrer avec elles dans la ronde des années. Laissons parler Job lui-même :
« Qu'il ' s'anéantisse le jour où je naquis ! Périsse à jamais la nuit où il fut dit : un lils vient de naître! Que ce jour se convertisse en ténèbres ! que jamais Dieu ne demande d'en haut : qu'est-il devenu? que jamais aucun rayon de lumière ne brille au-dessus de lui !
« Que l'obscurité, que la nuit de la mort le saisissent! Que de sombres nuées demeurent sur lui ! que toutes les terreurs l'effraient à la fois !
« Et la nuit? Eh bien ! que les ténèbres l'anéantissent ! qu'elle ne s'unisse jamais à un jour de l'année, qu'elle ne compte jamais dans le nombre des lunes !
«Cette nuil? qu'elle soit une nuit solitaire ! que pas une voix joyeuse ne résonne en elle ! qu'elle soit maudite par tous ceux qui maudissent le jour, et qui sont toujours prêts à réveiller des monstres assoupis!
« Que l'aube de ses étoiles s'obscurcisse! Qu'elle espère la lumière, et que la lumière ne vienne jamais ! qu'elle ne voie jamais s'entr' ouvrir pour elle les paupières de l'aurore, car elle n'a point fermé le sein de ma mère ; elle n'a point dérobe à mes yeux les souffrances que j'endure ! »
Avez-vous jamais vu un tableau plus terrible de la nuit antique pendant laquelle l'infortuné regrette son premier jour ; ou de toute autre obscurité sans étoiles , triste, solitaire , et qui espère en vain l'arrivée du matin? Aucune voix joyeuse ne vibre
' Job, cliap. 3.
à travers son silence; on n'y distingue que le sourd murmure des formules magiques de ceux qui maudissent le jour, qui voudraient qu'il ne vienne jamais, parce qu'il les trouble dans leurs noires œuvres. Vous savez que, lorsque Shakespeare décrit de
pareilles nuits
Alcyphron. — Il ne le cède en rien aux Orientaux. Mais il me semble, mon ami, que, dans ce passage de Job, il n'est point question des enfants qui ne sont pas encore nés.
EuTYPHRON. — Leur séjour est silencieux et sans formes comme la nuit, et il se développe dans la nuit profonde du centre de la terre, ainsi que le dit le beau psaume que vous m'avez cité hier. Là, ils attendent la lumière, comme tout, en ce moment , attend l'aurore; puis l'heure de la naissance sonne, l'heure que Dieu vient d'appeler.
Alcyphrox. — Cette image est presque palpable. EuTYPHROx. — Toutes celles de la poésie hébraïque ont ce caractère. On y chercherait en vain le chaos où, avant la formation du monde, tourbillonnaient des millions d'atomes. Cette tiction appartient tout entière aux Grecs. Les Hébreux croyaient à une mer ténébreuse, sur laquelle marchait le souffle mouvant de Dieu; et cette image est d'autant plus belle qu'elle est vraie. On trouve, dans la structure même de la terre, la preuve qu'elle est restée, pendant la durée de plusieurs aeones, ainsi submergée, jusqu'à ce que le miracle de la création l'eût rendue de nouveau habitable et habitée. Le tableau hébreu , sur l'état primitif de la terre, a du naturel et des bornes ; ce qui manque au monstrueux chaos des Grecs.
Alcyphron. — Je me suis toujours senti frémir de respect devant l'Esprit qui planait sur cette déserte et profonde mer nocturne.
EuTYPHRON. — Il a fourni aux Orientaux la première et la plus naturelle image du principe de vie , de force et de mouvement, qui s'est manifesté dans la création ; car la perception de cet Esprit lire son origine de la sensation que fait éprouver le vent, surtout pendant la nuit , et quand cette sensation s'associe à celle de la voix et à la conscience de la force. Alcyphron.— Vous me rappelez l'Esprit delà nuit qui apparut
oi TRUISIÈMË DULOGtË.
à Job. C'est une image, et pourtant ce n'en est pas une ; non , ce n'est qu'un souflle, un murmure, c'est le langage du vent; mais il a aussi la force du vent et la force de TEsprit ; il fait dresser les cheveux, il pénètre l'ame de terreur ! He harrows up the soûl icith fear and icondcr ;
« Une parole légère s'est glissée furtivement près de moi; un son bas et doux a frappé mon oreille; c'était à l'heure terrible des visions nocturnes, à l'heure où le sommeil pèse plus lourdement sur les mortels. Le tremblement de la peur m'a saisi , et j'ai senti tressaillir mes os! Un esprit a passé près de moi , et tous mes cheveux se sont hérissés! 11 s'est arrélé, je ne l'ai pas reconnu ; je n'avais devant les yeux qu'une ombre ! Puis une voix a murmuré tout bas; Gomment l'homme peutil?... etc.»
EuTYPHRON. — C'est bien là, comme vous venez de le dire, à la fois une image et une ombre, le silence et la voix; et cette figure sans forme ne pouvait manifester sa puissance que par ses effets puissants. Plus les traits d'un pareil tableau sont enchaînés, plus ils sont faibles: car alors on étend, pour ainsi dire, les mains vers cet esprit; on sent qu'il a des formes, ei par conséquent des limites, et cela ne doit pas être. Cet espiil est un fils du vent, il doit donc s'envoler et disparaître avec lui Regardez autour de vous! Que la matinée est belle! Laissons dormir les visions nocturnes, adorons le Père de la lumière.
« Jéhovah ! o toi , mon Dieu I que tu es beau , que tu es magnifique , que ta parure est riche et brillante! Il s'est enveloppé dans la lumière, son vêlement de chaque jour; il a étendu les cieux, comme on dresse une tente. »
Lorsqu'il se leva, le premier rayon de la première aube du jour, tu dis toi-même, ô Créateur ! que la lumière était bonne ; et lu la consacras , alin qu'eUe fût toujours pour nous le symbole de ta présence et de ta beauté , l'emblème des félicités les plus pures, de la sagesse, de la bonté et des joies du ciel. Oui , Dieu demeure dans la lumière, et c'est par elle qu'il nous sourit avec la douce satisfaction d'un bon père; il la fuit régner autour de ce qui est bon. C'est lui qui jeta, au milieu des ténèbres de la
nuit, le premier rayon de clarté ; c'est lui qui jeta, au milieu des ténèbres de la mort et du malheur, le premier rayon éternel de joie et d'espérance! Sa plus grande gloire, comme Dieu, est d'avoir créé la lumière ; sa plus grande gloire, comme père, est de l'avoir créée aussi dans le cœur de l'homme, afin qu'elle puisse le conduire des ténèbres de ce monde dans la lumière éternelle! Y a-t-il dans la création un objet plus digne de servir de vêlement à Jéhovah , lui qui, d'après la nature de son être, demeure, pour nous du moins, dans les ténèbres? La lumière est sa plus rapide messagère; et portée, pour ainsi dire, par l'essor de la toute-puissance, les images de la pensée divine sont ses ailes.
Alcvphron. — Je crois, en effet, qu'il peut y avoir de belles images de la lumière dans la poésie hébraïque.
EuTYPUROxN. — Il n'est pas de poésie qui , sur ce point , puisse lutter avec celle des Hébreux. Le seul mot lumière sonne haut dans leur langue ; il est le symbole de toutes les joies, de toutes les félicités. Plus leur poésie rend les ténèbres etfroyables et terribles , plus elle donne d'éclat aux yeux brillants du jour, et de charmes aux douces paupières de l'aurore. Toutes les peintures du crépuscule se rattachent à des pensées d'attente, d'espoir, de désir, que l'aurore vient réaliser. L'étoile du matin , qui brille encore en ce moment devant nous, est, dans cette poésie, la brillante fille du crépuscule; chez elle, tout, dans la nature, et par conséquent la lumière et les ténèbres, a sa demeure particulière, son palais inaccessible. Job fait de l'aurore une héroïne qui, en déchirant le manteau des ténèbres, disperse les malfaiteurs, et leur enlève leur force et leur appui; donne des formes à tous les objets, et les métamorphose, pour ainsi dire, en leur imprimant un cachet nouveau. C'est au sein de cette même aurore que naît la rosée, phalange innombrable de brillants enfants. Voyez, elle nous apparaît, cette gracieuse mère, qui mêle si tendrement la lumière aux ombres. Gomme la tente du ciel s'éclaircit et s'arrondit par degrés :
« Il est assis au-dessus de la sphère terrestre; pour lui les habitants de ce monde ne sont que des sauterelles. Il étend les cieux comme la peau d'une bête fauve , il les déploie comme la tente que l'on veut habiter. »
Mais vous préférez peut-être entendre quelques passages concernant la mylliologic du ciel?
Alcyphuon. — Il parait que les Orientaux ont beaucoup discuté sur rétendue dont parle Moïse, et qui sépare les eaux d'avec les eaux. On prétend que celle étendue a été regardée tantôt comme une lente, tantôt comme un toit, parfois même ils en ont fait un plancher en verre, sur lequel voltigeaient les oiseaux du ciel.
EuTYPORON.— Toute discussion sur un pareil sujet serait complètement inutile. La plupart des images de la poésie hébraïque n'ont rien d'inusité, et toutes sont justes et nobles. La supposition d'un plancher en verre se réfute d'elle-même, du moins pour les temps primitifs, car le verre n'a été inventé que fort tard, et ce n'est que bien plus lard encore que l'on aurait pu s'en servir pour paver. La plus ancienne mythologie construit la voûte du ciel avec de l'eau, et consolide le trône de Dieu en mêlant d(! l'obscurité à ces eaux. Dans un des plus célèbres hymnes de David, il est dit :
« Il déploie le ciel comme une tente, il arrondit les eaux et en construit les salles voûtées de son palais. Les nuages forment son char, il est porté par les ailes des vents. »
Vous voyez que, même à cette époque, il n'élait pas question d'un plancher de verre, mais d'une tente et de salles célestes construites avec de l'eau. Cette image est conforme à toutes les traditions des Arabes; d'après ces traditions, Dieu a fait sortir le ciel des eaux, et ce ciel n'est qu'une fumée, qu'4.me vapeur, ce qui s'accorde parfaitement avec l'histoire naturelle.
Alcyphron. — J'ai toujours aimé celte image, et surtout les descriptions des nuages, des éclairs et delà pluie. On dirait que ces Orientaux, sans cesse dévorés par la soif, ne voyaient dans le ciel qu'un réservoir de rafraîchissements, que le climat refusait trop souvent à leur sol desséché.
EuTYPiiRON. — Et ils reproduisaient celle pensée sous des formes aussi variées que gracieuses. Tantôt le céleste père de famille ferme et noue les nuages comme des outres, et ce léger tissu d'air qui contient l'eau, c'est-à-dire la vie des hommes et des animaux, ne se déchire point sous sa main ; tantôt il pousse ses
IDÉES PRIMITIVES SLR LK (.lEL ET LA TERRE. ri?
outres pleines, ici ou là, partout cniin où il veut ranimer une contrée ; et il la ranime avec tant de libéralité, que même le désert où ne croit pas un brin d'herbe, où n'habite pas un être vivant, est arrosé. De combien de manières les Hébreux ne décrivent-ils passa marche merveilleuse dans ces eaux. De tous côtés, Dieu vole au secours des pays altérés, et presse du pied les vagues toujours enflées du ciel. Là haut, dans ses mystérieuses demeures, il a d'immenses réservoirs; pour conduire leurs eaux , il sillonne le ciel de fossés et de canaux, parfois même il déchire sa tente et fait tomber de douces pluies, ou bien il fend le ciel , ou bien encore il ouvre les fenêtres de sa forteresse pour rassasier la terre par des torrents d'eau. Cette dernière image est plus récente , et date de l'époque où l'on était déjà arrivé à voir en lui le roi du ciel.
Alcyphron. — Il me semble qu'on se l'est toujours représenté ainsi.
EcTVPHRON. — Dans les premiers temps, il n'était qu'un chef de famille, père des hommes et des animaux. Voyez les psaumes et plusieurs passages des prophètes; que de magnifiques prières pour obtenir de l'eau ! Tous les yeux l'attendent , et quand elle tombe, toutes les langues desséchées se raniment et expriment la joie et le bonheur. Lapluieetlaroséefournissentlesplusbeaux tableaux sur la libéralité, la bonté et la prévoyance de Dieu ; la prière ardente et l'espoir de la voir exaucée sont comparés à la soif, à la soif qui brûle et dévore :
« Mon ame languit après toi, comme le cerf languit après la source abondante et fraîche. Mon ame a soif de Dieu, du Dieu vivant! Quand serai-je près de lui, quand pourrai-je voir sa face?»
De semblables images unissent les hommes, les animaux, les plantes, tout ce qui existe enfin, par un sentiment commun ; et ce sentiment est la certitude que le chef de la grande famille est le père de tous les membres de cette famille.
Alcyphron. — Comment a-t-on pu arriver à regarder le ciel conmie une forteresse ?
Eltvpiiron. — Sa ressemblance avec le saphir, son éclat , sa solidité et sa beauté, peuvent avoir fait naître celle idée. Peut-être
ris TROISIÈME DIALOGUE.
s'esl-on imaginé d'al)orci que celle Ibrleressc élail de glace, et voyait-on dans la grêle , la poussière que le vent détachait de ses murailles. Il est certain du moins que, dans la plupart de leurs descriptions, l(>s Arabes font de Téclair une étincelle qui jaillit du saphir de la forteresse célesle. Lorsqu'on convertit enfin le ciel en temple, en palais de Dieu, l'azur devint le plancher de ce temple, de ce palais, et le toit de la demeure des mortels. Il me paraît cependant que le peuple dont les premiers pères ont vécu sous des tentes, a toujours préféré à toutes les autres, l'image qui fait du ciel une tente. Chaque jour Dieu déploie sa lente céleste, et l'attache à l'extrémité de l'horizon contre les pihers du ciel, c'est-à-dire contre les plus hautes montagnes de la terre. Cette tente a toujours été , aux yeux des anciens Hébreux, un asyle sur, tranquille, hospitalier, oi^i Dieu habite avec toutes ses créatures.
Alcyphron. — Mais comment se représentaient-ils la terre?
EuTYPORON. — Si vous voulez lire le psaume dans lequel David trace quelques traits du tableau de la création, vous y trouverez la réponse à cotte question.
Alcyphron. — « Ml a consolidé la terre sur ses fondements, elle ne vacillera jamais! 11 l'a, de toutes parts, entourée de Ilots comme d'un ample vêtement ! Les eaux s'élevaient audessus des montagnes : elles se sont retirées devant ton murmure ; devant ta voix menaçante, elles se sont précipitées dans les abîmes !
« Et les monis se sont élevés, et les vallées se sont assises plus bas, toujours plus bas, jusqu'à la place que tu leur avais ■ assignée.
« Et tu as imposé des limites aux flots, afin qu'ils ne puissent plus se dépasser eux-mêmes , afm qu'ils ne puissent plus revenir et couvrir la terre entière.
« Tu as fait jaillir des sources au fond des vallées, leurs eaux uissellent entre les monts; elles désaltèrent les troupeaux des champs, elles étanchent la soif des bêtes fauves. Les oiseaux se perchent au-dessus de ces sources, et leurs chants résonnent à travers le fiais feuillage de la ramée.
> Psaume io4-
« Les vagues inépuisables de tes salles d'eau arrosent les montagnes, et le monde entier se nourrit du fruit de ton travail *. Tu fais pousser l'herbe pour les troupeaux, et prospérer la semaine afin que l'homme puisse tirer son pain de la terre ^, et que des mets onctueux fassent reluire son visage. Tu fais pousser la vigne afin qu'il cultive et prépare le vin qui réjouit le cœur de l'homme, comme le pain fortifie le cœur de l'homme.
« Par lui chaque arbre se rempHt de sève ; le cèdre du Liban qu'il a planté pour que les oiseaux puissent y construire leurs nids , et le sapin la demeure du vautour, tiennent leur vigueur de lui. Il a créé pour le bouc sauvage les monts élevés, et creusé pour le rat des montagnes des asyles dans les rochers. «
EuTYPHRON. — Quel joyeux regard le poète promène dans ce morceau sur la surface de la terre ! Pour lui , cette terre est la verle montagne de Jéhovah, que Jéhovah a fait surgir des eaux ; elle est un lieu de plaisance qu'il a consolidé au-dessus de la mer pour abriter une foule d'êtres vivants. La suite d'images que trace le poète est, pour ainsi dire, l'histoire naturelle de la terre. Les eaux submergent les monts; mais, effrayées par le commandement de Dieu , elles se précipitent dans les profondeurs, et les monts s'élèvent à travers les flots qu'ils brisent , et les vallées s'abaissent à travers les flots qu'elles séparent. Dieu finit par poser des limites à l'eau, et le sol s'affermit, et les sources jaillissent dans les vallons, et les fleuves coulent entre les montagnes dans les lits qu'ils s'étaient creusés d'avance; et sur leurs bords s'attroupent les animaux des champs, les bêtes fauves des forêts, et les oiseaux y font entendre leurs voix, car les premiers arbres se sont élevés sur les bords des fleuves. Nous trouverons dans Job des tableaux plus nobles de la structure de
' Du fruit de Ion travail , c'est-à-dire de tous les produits de la création, N'estce pas là un touchant tableau de Dieu , comme père de famille, comme administrateur qui travaille et s'occupe sans cesse pour satisfaire les besoins de tous les enfants de la terre?
» Le soin de tirer le pain de la terre n'appartient plus à Dieu, il en a spécialement chargé l'homme ; il a créé la semence, ahn que l'homme puisse la semer et se procurer du pain. J'ai changé le distique des quatorzième et quinzième versets , ce qui donne a l'unsemble plus d'ordre et de symétrie, non-seulement pour la pensée, mais encore pour l'arrangement des mots,
la lerre, mais on y clicrclicrail en vain des peintures plus vraies et plus belles.
Alcvphron. — Je conviens qu'il n'y a pas de beaulé parfaite sans le naturel et le vrai. A quoi servent les mytbologies qui n'apprennent rien? Quel fruit puis-je tirer de l'Edda du Nord qui me parle du ciel comme du crâne d'un géant tombé dans les combats, qui fait de la terre les ossements de ce géant, et voit l'origine des fleuves et de leurs sources dans les flots de sang qu'il a répandus? La poésie doit unir le vrai au beau, et animer l'un et l'autre par un sentiment d'intérêt commun; à cette condition seule, elle est à la fois la poésie du cœur et de la raison.
EuTYPHRON. — Il me semble que celle des Orientaux remplit cette condition sous tous les rapports. Quel tendre intérêt , par exemple, ne nous inspire-t-elle pas pour les fleurs et pour les plantes? En les animant, en les personnitiant, elle fait de Dieu le père de ces fleurs, de ces plantes; elles ont leur part de sa bénédiction atin qu'elles puissent se propager et se semer; pour elles aussi tombe la pluie qui les rafraicbit; pour elles aussi renaît le printemps qui leur donne une vie nouvelle. La renaissance de la verdure est devenue le plus beau symbole de la résurrection des morts; comme la conservation des végétaux est un témoignage palpable d'une prévoyance universelle et incompréliensible. Leurs amours et leurs mariages ont été de bonne beure observés et chantés par les Orientaux. Le palmier, le cèdre, la vigne et l'olivier ont fourni à la poésie bébraique plus d'une belle et noble image. Malheureusement il ne nous en reste que des traits isolés. Si nous possédions plusieurs fables telles que celle de Jolham , plusieurs morceaux tels que le cantique des cantiques, nous y trouverions, sans doute, des images et des personnilications plus naïves et plus gracieuses que les dialogues de nos poètes entre la rose et le zéphyre, ou les dialogues des poètes persans entre la rose et le rossignol, le voyageur et la tourterelle. Sachons, toutefois, nous contenter du recueil de chants où respire le parfum de la rose, où résonne le roucoulement de la tourterelle. Ce sont
les hymnes de l'amour salomonique Mais voyez, mon ami,
le soleil est haut , la matinée s'avance.
IDÉES PRIMITIVES Sl'U LE (UEL ET LA TERRE. (il
Alcyphron. — Ne nie quilloz pas encore; ciUz-moi (]ue]ques personnifications du soleil ; donnez-moi quelque hymne en l'honneur de cet astre. Je crois que la poésie hébraïque n'en possédait pas.
EuTYPHRON. — Si elle avait consacré des hymnes au soleil ou à quelque autre objet de la nature visible , elle serait tombée dans l'idolâtrie , et vous savez avec quel soin scrupuleux elle a toujours cherché à éviter cet écueil. Job dit à cette occasion :
« Si en contemplant le soleil et son éclat éblouissant, si en suivant du regard la marche superbe de la lune, mon cœur s'était enflammé en secret, si je leur avais jeté un baiser de ma bouche, j'aurais commis un forfait horrible, j'aurais renié le vrai Dieu du ciel ! »
Avec de pareils sentiments, tout hymne en l'honneur des corps célesles était impossible. La poésie hébraïque combattait d'autant plus vivement cette sorte d'idolâtrie, qu'elle était plus chère aux Orientaux; leur cœur avait pour ainsi dire besoin d'un roi, d'une reine des cieux. C'est pour satisfaire ce besoin que les poètes hébreux ont fait du soleil et de la lune des serviteurs de Dieu, et il est facile de se convaincre que, sur ce point aussi, ils ont su unir l'éclat à la vérité, la justesse à la beauté.
« Dieu dit que deux grandes lumières brillent au haut du ciel , qu'elles soient les reines des temps! et il les suspendit sur sa grande forteresse, et elles sont les reines des temps ! »
On pourrait ajouter qu'elles sont les souveraines du monde, mais sous les ordres de Dieu , c'est-à-dire ses administrateurs , ses créatures, ses messagers. C'est ainsi que cette poésie utilisa les corps célestes.
Alcyphron. —On pourrait dire plutôt qu'elle ne les utilisa point.
EuTYPHRON. — Elle en tira, au contraire, un immense et important avantage. Le soleil, la lune, les étoiles se sont animés par elle, et c'est elle qui leur a désigné dans les cieux des demeures et des tentes particulières que ces astres occupent encore aujourd'hui dans les croyances des Arabes et dans celles des autres peuples de l'Orient. Écoutez ce beau passage, et vous conviendrez que la poésie grecque n'en a point qui soit digne de lui être comparé :
n2 TnoisifeMi: nuLor.uE.
« Il a di\'ssé dans les cicux une Icnlc pour lo soleil, cl le soleil sort de celle tente radieux, comme le nouveau marié sort de la chambre nuptiale; et il suit sa marche joyeuse et fière comme lo héros siiil sa route triomphale. Il part de l'exlrémilé du ciel, il va jusqu'à rextrémité opposée, et remplit le monde de son ardente chaleur. »
La lune et les étoiles ont également des habitations spéciales; Dieu les y scelle quand il lui plaît de les priver de leur lumière; et quand Jéhovah paraît et les éblouit par son éclat, elles se retirent et se cachent d'elles-mêmes. C'est ainsi que le prophète Habacuc liiit arriver Dieu sur son char de bataille, pour conquérir et distribuer le pays. Le soleil et la lune surpris et effrayés reculent jusqu'à rextrémité de leurs tentes; les éclairs de l'Élernel fendent les nues, ses flèches volent de tous côtés; et devant celle étincelante toute-puissance, le soleil et la lune humiliés achèvent de se retirer dans leurs demeures :
« Elles t'ont vu, les montagnes, et elles ont frémi! Les eaux se sont enfuies, les abîmes ont gémi, les hauteurs ont élevé leurs mains jointes, le soleil et la lune se sont arrêtés à l'entrée de leurs tentes ; et quand ils ont vu briller les llèchcs et voler tes javelots étincelants, ils se sont retirés avec précipitation.»
Selon moi, Userait impossible de trouver des personnifications plus sublimes. La nature entière écoute, attend; la rapidité s'immobilise, l'étincelant s'obscurcit. C'est ainsi (lUc les étoiles deviennent les armées vaillantes, les joyeuses lillcs de Dieu; car tout ce qui est beau, pur, immortel, leur est comparé; elles servent même à personnifier les anges.
Alcvpiiuon. — Mais à quoi bon ces brillantes phalanges , et pourquoi sont-elles mises en mouvement?
EuTYPHRON. — Pour lout cc que Dieu juge à propos d'ordonner à ses serviteurs. Le nom même du soleil indique sa qualité de messager, cl jamais les Hébreux ne l'ont révéré comme la source de toutes les richesses, de toutes les beautés de la terre. On ne lui attribue pas même l'accroissement et le développement des plantes; c'est Dieu lui-même qui les nourrit en leur distribuant l'air, la rosée et la pluie. Le soleil ne fait marcher à sa
IWÉES l'JUMlTlVKS SLR Lli CIEL il LA TERRE. 05
suite que le temps ; il est le roi de la terre, mais sous les ordres du roi du ciel. Quand les étoiles sont les armées de Dieu , elles se mettent en campagne et combattent. On leur attribue les pluies battantes et les inondations. Le chant de Débora fournit un bel exemple de cette personnilication. Quand les étoiles représentent des anges et remplissent les fonctions de messagères de Dieu, elles peuvent se tromper, voilà pourquoi elles causent des inondations et autres calamités. Enfin , Dieu reconnaît souvent qu'elles suivent de fausses routes; aussi ne se confie-t-il jamais entièrement à leur sagesse; leur lumière n'est pas toujours sans tache; en un mot, devant lui, la lumière du ciel n'est point parfaite. Mais lorsque, dans les jours à venir, il commencera son véritable règne, le soleil sera sept fois plus brillant, et la lune aura l'éclat du soleil. La poésie qui envisage la nature d'un point de vue si élevé, unit tous les objets de cette nature, d'après les règles d'un hymne immense, et les fait entrer en chœur dans un seul et même chant. Elle représente Dieu comme le berger des cieux , qui connaît et appelle par leurs noms chacune des étoiles ses brebis , qui les fait paître en différents groupes sur la prairie azurée du ciel, qui attache à Orion sa brillante ceinture , qui console la mélancolique promeneuse nocturne de la perte de ses enfants*, qui noue le lien fraternel des pléiades, et cache ses plus secrets trésors étoiles dans les profondeurs du Sud ; la poésie qui enfante de pareilles images de la nature et de Dieu , est la fille du ciel et de la terre. Lorsque nous nous occuperons spécialement de l'examen du livre de Job , nous y trouverons des vues astronomiques dont l'élévation vous surprendra.
Alcyphron. — J'attends cet examen avec impatience. Je commence à me réconcilier avec l'antique poésie du monde ; elle sympathise avec toutes les créatures vivantes , et je me souviens que , dès mon enfance , j'aimais les passages où elle parle des animaux comme s'il ne leur manquait que la parole pour être les frères des hommes. Je trouvais qu'il était juste de n'appeler vivants que les habitants des champs et des forêts, car les animaux domestiques ne font, pour ainsi dire, que vé-
' C'est par celle image pittoresque que la poésie hébraïque désigne lu constellation de la Grande-Ourse. (Note du Tradiuteur. J
géter dans une muette inaction. Les expressions énergiques de la langue hébraïque imitent si bien les cris des animaux ! elles font croasser le prophète avec le corbeau ; elles le font roucouler avec la tourterelle, ou gémir avec l'autrucbc du désert. Aussi avaient-elles pour moi un charme particulier. Je m'attachais surtout aux descriptions du cerf, du lion, du taureau , etc., car elles ne me donnaient pas seulement une juste idée de leur forme extérieure, mais encore de leur vitesse, de leur fierté, de leur force. Enfin, j'apprenais à connaître leurs mœurs et leurs caractères, et je ne puis m'empêcher de regretter de ne pas trouver, à la place de plus d'un cantique, une fable, une parabole, une énigme sur tel ou tel animal. En un mot, je voudrais que ces Orientaux n'eussent composé que des poésies sur la nature, parce que c'est là surtout qu'ils se montrent nobles et grands.
EuTYPHRON. — Le nom de Dieu est inséparable de cette nature vivante , puisqu'il en est le grand administrateur. Il distribue de la nourriture partout et à tous; il réjouit tous les yeux qui attendent son arrivée; il entend les cris de la jeune famille du corbeau et lui donne sa pâture ; il est le protecteur de la chèvre sauvage, il compte les semaines de sa grossesse et l'assiste à l'heure solitaire et douloureuse de l'enfantement ; il vit avec chaque animal dans la sphère où il l'a placé ; il connaît ses souffrances et remplit ses désirs, car il les a fait tous ce qu'ils sont. Pour lui, rien n'est sauvage, rien n'est brut ni méprisable. Sa voix résonne dans le rugissement du lion qui demande une proie; son regard brille dans les yeux étincclants que, du haut de son castel de roc, l'aigle dirige vers la plaine. Il a donné à l'âne sauvage la prairie où il se nourrit, et c'est guidé par son intelligence à Lui , que le faucon fuit le chasseur. Il règne dans les abîmes des eaux et sur l'empire des monstres. L'affreux crocodile est aimé par lui , et le béhémot marque ses premiers pas dans la voie de la création des êtres vivants. Une profonde vénération pour la nature, la conscience de la bonté de Dieu et de l'ordre qu'il fait régner dans son vaste empire, se manifestent dans chaque vers de la poésie hébraïque; c'est que la nature a été sa nourrice, et qu'elle a grandi sur les genoux de celle noble mère.
Alcyphron. — Vous me rappelez une particularité de celte poésie qui m'a plus d'une fois scandalisé : elle place souvent les animaux au-dessus des hommes. L'ànesse de Baiaam, par exemple, semble être pour l'ange un objet plus important que le prophète qu'elle porte. Dans le livre de Job, Dieu s'applaudit d'avoir créé le cheval et le lion , il est lier du béhémot et du léviathan, mais il ne parle pas de l'homme.
EuTYPHRON. — L'homme n'est point oublié dans cette poésie ; il est l'image de Dieu , le chef-d'œuvre de la création , un des Élohim visibles de la terre. Nous traiterons cette question une autre fois ; achevez l'hymne que vous avez commencé ; celui que je vous donnerai en échange terminera notre entretien matinal.
Alcyphron. — « ' Il a créé la lune pour être la régulatrice du temps; le soleil sait quand il doit descendre sur l'horizon.
« Tu crées les ténèbres, et voilà qu'il fait nuit! Les bètes fauves de la forêt s'agitent , et le lionceau mugit ; il attend une proie, tout demande sa nourriture à Dieu. Le soleil se lève, et les bêtes fouves de la forêt s'enfuient et se retirent dans leurs cavernes. L'homme alors paraît, il sort, il se rend au travail , il va jusqu'au soir cultiver la terre.
« Que tes œuvres, ô mon Dieu, sont nombreuses ! Tu les as toutes accomplies avec sagesse; la terre est remplie des trésors que lu entasses dans ton ménage.
« Que la mer est grande ! qu'elle est large et spacieuse ! comme tout y fourmille ! Là , qui pourrait compter? Tout y est vivant , le grand, le petit! Là, les navires vonl et reviennent; là badine le léviathan, formé par toi pour qu'il joue dans les grandes eaux de la mer du monde !
« C'est en toi qu'espèrent tous les cires vivants; lu leur distribues à tous, et dans son temps, la pâture qu'ils demandent. Tu donnes, ils recueillent ; lu ouvres la main , ils sont rassasiés de biens.
« Tu détournes ta face, toutes les créatures s'effraient; tu relires ton souffle, elles meurent , elles retournent dans la poussière ! Ta respiration fait de nouveau circuler ton souffle ; elles sont créées de nouveau , et l'aspect de la terre se renouvelle.
' Psaume 104.
« Elle est élernello, la gloire de Jrhovah! Jéliovah se glorifie dans ses œuvres; il regard»; la lerre, ella terre tremble! Il touche les montagnes, et les moiilagnes fument! Tant que durera ma vie, je veux chanter Jéhovah; tant que j'existerai, je veux louer Dieu! Ils seront doux mes chanls en son honneur, et je me réjouirai en Jéhovah, Que par toi le seigneur soit loué, ô mon ame. AUcluia! »
EuTYPHRON. — Je vous douncrai une autre fois un chant en échange du vôtre; mais puisque vous demandez un hymne, en voici un rempli d'images orientales. Selon moi, il n'y a plus, dans toutes les langues vivantes de l'Europe, qu'un seul ton qui convienne véritablement à l'hymne, et ce ton est celui de Job, celui des prophètes et des psaumes. Il sonne haut et noblement dans le poème immortel dcMilton ; Thomson l'a répété d'une voix plus faible, et notre Kleist l'a embelli eu l'unissant à celui de la philosophie. C'est à la simplicité hébraïque que nous devons ces grands poètes et leurs chefs-d'œuvre.
SUPPLÉMENT