INVOCATION A LA LUMIÈRE, IMITÉE DE MILTON
Gloire! gloire à toi lumière! premier enfant du ciel, coétcrnel rayon de l'Éternel ; car Dieu est la lumière ! sa demeure , éternellement inaccessible, est dans la lumière ! Oui, brillante clfusion d'un éclat incréé, c'est en toi qu'il réside de toute éternité!
Te serait-il plus doux de l'entendre appeler un pur fleuve d'éther? Mais la source de ce fleuve, qui l'indiquera? Avant qu'il ne fût, le soleil, avant qu'ils ne fussent, les cieux, loi, tu étais! et docile à la parole du Créateur, lu revêtis d'un habit de fête le monde, lorsque, conquis sur le vide, il s'éleva au-dessus de l'abîme des ténèbres !
Échappé du gouffre qui m'a retenu longtemps dans ses noires profondeurs, et plus longtemps encore dans cette vague obs-
IDÉES PKIMITIVES SUR LJi CIEL ET LA TERRE. 67
curité qui sépare les enfers de ce monde, je reviens à toi d'un vol plus hardi, car lorsque je chantais la nuit et le chaos sur une autre lyre que celle d'Orphée , une muse divine m'apprit à reprendre mon élan du fond des abîmes vers la lumière du jour. Retour ditlicile et rare! Sorti intact, enfin , de tant de périls, jeté visite de nouveau, et je sens l'heureuse influence de la lampe éternelle de la vie. Mais elle ne vient pas éclairer mes yeux : ils roulent dans leurs orbites, ils cherchent en vain un de tes puissants rayons, ils ne trouvent pas même la douce lueur du crépuscule. Une goutte épaisse est tombée sur eux , elle les a obscurcis , elle les a enveloppés du voile des ténèbres !
Et cependant, je dirige toujours mes pas incertains vers la source argentée et les frais ombrages, vers les collines que dore le soleil et qu'habitent les muses, car mon cœur est encore atteint par la flèche d'amour des chants sacrés !
Et toi ! toi surtout , Sion, avec les fleuves fleuris qui baignent les racines sacrées et coulent en chantant ; je le visite chaque nuit, et, près de toi, je me souviens de l'aveugle Thamyris et de l'aveugle Homère ! je leur ressemble par le malheur ; que ne puis-je les égaler en gloire ! Je me souviens aussi de Tiresias de Phinée, de tous les prophètes du monde antique ; et, nourri de pensées qui coulent sans effort en douce harmonie , je chante comme le rossignol qui veiUe dans l'ombre et remplit les bosquets de ses chants nocturnes !
Avec les années , les saisons reviennent , mais pour moi le jour ne reviendra jamais! Pour moi point d'aube matinale, point de crépuscule du soir ! Il est perdu pour moi le doux aspect du printemps dans sa fraîche parure de fleurs nouvelles ; je ne les reverrai plus, les brillantes roses d'été ! Et vous , troupeaux qui paissez dans les champs , et toi surtout, face divine de l'homme, d'épais nuages vous dérobent à ma vue qu'environnent des ténèbres sans fin. Me voilà jeté en dehors des sentiers pleins de charmes que suivent le reste des mortels. A la place du grand livre de la science universeUe , il n'y a plus devant moi qu'une feuille immense, mais vide! Elles s'y sont effacées , éteintes pour moi , les œuvres de la nature ! H a été
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sévèrement défendu à la sagesse d'arriver jusqu'à moi par cette route sur laquelle (.lie vient au-devant des autres hommes.
Redouble donc ton éclat, ô lumière du ciel; brille plus fortement en moi, pénètre mon esprit de ta puissance, chasse tous les nuages de mon ame , donne-lui des yeux afin que je puisse voir et redire dos choses qui n'ont jamais été vues par un œil mortel.
EXAMEN 1)U LIVKE DE JUH. 60