‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 63 sur 120 · PASSAGES DE DIF.U DANS LE DÉSERT · texte numérisé non relu

PASSAGES DE DIF.U DANS LE DÉSERT

« Il esl le père des orphelins , il est le vengeur des veuves , il est le Dieu très-saint dans sa haute sainteté !

« Le Dieu qui a donné un pays aux délaissés , qui a délivré les enchaînés et les a conduits au bonheur! Les rebelles habitent le rocher aride et nu ! »

Que ces rebelles soient les Amalécites ou les Égyptiens qui s'opposèrent au passage de Dieu, les délaissés, les enchaînés sont certainement le peuple d'Israël, que, dans ce même passage. Dieu fait sortir de la servitude et conduit sur la riche terre de Canaan qu'il lui avait prédestinée. Un autre chœur reprend et peint le passage, presque dans les mêmes termes que Débora.

« Dieu! lorsque tu t'es mis en marche devant ton peuple, lorsque lu as passé çà et là à travers le désert! alors la terre a tremblé, les cieux ont répandu leurs eaux devant le regard de Dieu, et le Mont-Sinaï aussi a versé ses eaux devant le regard de Dieu , du Dieu d'Israël !

« Tu l'as fait couler doucement ta pluie bienfaisante , tu as rafraîchi la terre altérée, et il pouvait habiter même le désert, ton petit troupeau d'élus! le désert que tu avais préparé pour ton pauvre peuple parla libérale bonté, toi son Dieu!.... »

Le poète arrive à ce tableau par celui de Débora. Cette prophétesse peint le ciel et le Mont-Sinaï qui se fondent en eau, et elle se fraie ainsi un passage jusqu'aux nuées d'où s'écoulent les eaux qui ont gonflé le Kison et le Kudimin , circonstance qui lui a procuré la victoire. David, dans sa douceur pastorale, détourne l'image héroïque de ce Sinaï fondant en eau ; il convertit le désert en jardin, en séjour agréable des tribus qui continuent cependant leur voyage, ce qui fait succéder aussi lot à ces gracieuses peintures, des tableaux de guerre et de victoire.

a II a donné le mot de guerre, le Seigneur ! les messagères de victoire formaient une grande armée ! Les rois des armées se sont enfuis! Ils se sont enfuis, et l'habitante de la maison a partagé le butin.

« Pourquoi vous reposez-vous entre vos abreuvoirs? Le plumage du pigeon a le doux éclat de l'argent : de ses ailes jaillit le jaune étincelant de l'or ! Lorsque le Tout-Puissant dispersera les rois, la neige tombera sur Tsalmon. »

o'-lH CilAlMTKK !II.

Celte dernière strophe vient sans doute d'un de ces anciens chants de triomphe qui étaient presque toujours des satires. Le tout est visiblement emprunté à l'éclatante victoire remportée par Débora. Alors, la liberté se levait sur Israël, au point le plus septentrional et le plus boisé de la Judée '. La saison des pluies favorisa la victoire; il est donc bien naturel qu'en célébrant cette circonstance, on n'oubliât pas de parler de la neige dont la fonte grossissait encore les eaux ^.

Les messages de victoires sont confiés à des femmes , parce que la victoire était due à Débora et à Jaël; et il est certain que les femmes n'auront pas manqué de faire valoir, jusque dans les générations les plus éloignées, la mémoire de ces deux héroïnes.

L'ironie concernant ceux qui se sont renfermés chez eux au lieu d'aller combattre, est également empruntée à l'hymne de victoire de Débora, mais elle est rendue en traits plus délicats. La prophétesse reproche , sans détour, aux tribus indolentes, de préférer le bêlement des troupeaux aux cris des batailles, de pousser la pusillanimité jusqu'à rester chez elles, môme pondant les jours des plus rudes épreuves, et d'admirer le plumage argenté et les ailes à reflets d'or de leurs pigeons, tandis qu'une femme, Yhabitante de la maison, Débora (ce nom signilie abeille), distribue le butin.

Cette phrase : Il a donné le mot de guerre, signifie qu'il a donné l'ordre de la guerre, qu'il a inspiré, éveillé des héros, et, par conséquent, donné lieu à des messages de victoires.

Jéhovah va diriger maintenant son passage vers les monta-

* Isaïe, dans son cliap. 9, vers. l, 3 et 3 , Fait allu.sion à ce passage.

» Ces mots -.La nciye tomba sur Tsalmon , foni pai lie du iliîbul ironiqne de riiynine de victoire de Débora. Les tribus restées en arrière craignent la rude saison de riiiver , que l'iiéroine trouve précisément favorable à ses projets. Puisque le Jlout-Tsaimon, fort peu élevé et situé dans la partie la plus méridionale de la Judée, était couvert de neiye , il devait y en avoir bien davaiitaye surles montagnes plus liautes qui étaient le théâtre de la guerre. Tel était le raisonnement des tribus établies au sud de la Judée; aussi sont -elles restées tranquilles auprès de leurs pigeons. On pourrait traduire ainsi ce passage du cbanlde nél)ora :

" Que faites vous donc là , tranquilles et paisibles au milieu de vos troupeaux? a Vous contemple? , aux rayons du soleil , le plumage éclatant de vos piijeons, et lo

• retlei d'or de leurs ailes éiincelanles?

« Lorsque le Dieu des armées vainquit les peuples, lorsqu'il délit les liéros de Ca- . naan,oli! alors , oui, alors, j'en conviens, la saison était trop rude pour vous;

• la neige couvrait les liMUtes niont.igncs, el''- conviait inèine le Mont-'l'salinon. »

l'ASSAlil-S DK Dli:i l)A>S l.li DÉStRT. 329

gnes. Il descend d'a!:ord sur la pelitc Sion, tandis qu'il y avait là, tout près, tant do montagnes plus belles et plus fertiles qui ambitionnaient cet honneur." Il a cependant passé devant le riche Basan, et l'hymne de David s'adresse lout-à-coup à cette montagne, une des plus hautes du pays.

« Mont-Basan ! mont de Dieu ! et vous chaîne de collines , pourquoi regardez-vous avec mépris * sur le Mont-Basan ? Vous, chaînes de collines , pourquoi regardez-vous ainsi sur ce mont que Dieu a choisi pour sa demeure? Il va l'habiter, Jéhovah l'habitera pour toujours ! »

Ce passage tient à la fois de la louange et du blâme. Le Mont- Basan est nommé ici, parce qu'il se trouve au-delà du Jourdain, et que Dieu ne pouvait l'habiter, puisqu'il n'appartenait pas à la ti'rre promise. La conquête de Sion était toute récente, et peutrtre y avait-il encore à .Jérusalem quelques restes des anciens Jébuséens. Dieu demeurait donc dans le voisinage de ses ennemis. Cette circonstance a donné lieu au morccciu suivant, qui est un majestueux tableau des passages triomphants de Dieu , depuis son départ du Monl-Sinaï.

« Ils sont partis du Sinaï que remplissait la magnificence divine, les chars de guerre de Dieu au nombre de mille fois mille, de dix mille Ibis dix mille, et le Seigneur était au milieu d'eux!

« Tu as lancé ton char au sommet des hauteurs, tu as entraîné les captifs avec toi, et accepté des hommes pour présent de guerre; et maintenant lu acceptes des rebelles pour habiter avec toi, toi Jéhovah, notre Dieu !

ce Qu'il soil loué notre Dieu, loué de jour en jour ! Il nous impose des fardeaux et nous aide à les porter. Il est un Dieu de secours, un Dieu de salut 1 Les voies de la mort aussi appartiennent à Jéhovah.

« En vérité, Dieu fendra la tête de tous ses ennemis; il fendra le crâne de celui qui vivra sous des lois opposées aux siennes ! Lors même que je devrais, a dit le Seigneur, le chercher sur les

' Le savant docteur Jmti, dit que ce mot liélireii "jj") n'indique pas le mépris, mais TcMivie , et il traduit ainsi ce pas-;a[je : • Cliaines de colliaes , pourquoi regardi'z-vons d'un air si envieux ce mont que Dieu s'est clioisi pour son sièje? »

.■Eijiiilla ei Tlico'losioti ont induit ce mot dans le même sens, dans leur version yrecque. * (A'y<e tlu Traducteur.)

Ô30 (HAi'iiui; m.

hauteurs du Basan , le retirer du fond des abîmes de la nier. « Ton pied passera à gué dans leur sang! tes chiens lécheront le sang de rennemi... »

En voilà assez, trop peut-être, pour le but que je me suis proposé. On a pu voir clairement dans quel sens ce dur psaume, plein d'orgueil guerrier, parle des présents de guerre que les hommes peuvent offrir à Dieu , et des bienfaits que ce Dieu du pays, établi enfin sur les montagnes nouvellement conquises, devait répandre encore sur ce même pays. Il est évident qu'on lui demandait d'achever de le purger des ennemis d'Israël, qui s'engageait à les lui offrir en sacrifices expiatoires.

Revenons à notre point de départ, et demandons-nous : « Et qu'était-ce que le Sinaï enveloppé de la fumée qu'il exhale? Qu'était-ce que la colonne de nuages et la colonne de feu?» car ces phénomènes ont donné lieu à une foule d'images brillantes.

Il ne peut plus guère nous rester de doutes sur la colonne de nuages et sur la colonne de feu. Elle était le feu sacré que, d'après une ancienne habitude, on portait à la tète de toutes les caravanes , afin de lui servir de guide et de signe de départ et de ralliement. Lorsque les Israélites sortirent de l'Egypte , ce feu les suivit et s'arrêta entre eux et les Égyptiens.

Je me souviens d'avoir lu un auteur païen qui mentionne cette circonstance, mais en la défigurant, car il dit que, dans leur fuite, les Israélites avaient placé entre eux et leurs ennemis les objets sacrés de leur culte, qui , si ma mémoire ne me trompe pas, consistaient, selon cet auteur, en animaux sacrés, auxquels les Égyptiens n'avaient pas le droit de toucher.

Dès le départ du peuple d'Israël , la colonne de feu et de nuages paraît avec des résultats merveilleux qui se renouvellent toujours et partout ^ Quand le peuple se repose, la colonne s'arrête à la porte du sanctuaire ou devant la tente du chef, et c'est près de cette colonne que les chefs lépondent aux questions que l'inquiétude et le doute inspirent au peuple. S'il se remet en marche, la colonne le précède et le guide; et elle con-

' Moïse, liv. Il , chap. 14, vers. 19 et ao; cliap. 33 , vers. 9, 10 et 11. Moïse, liv. IV, chap. g, vers. i3 à i3 ; cliap. 10, vers. 34 à 36 ; cliap. 11, vers. 10; cliap. i4i vers. 10 à 14 ; cliap. iti, vers. 19 et 35, 4> à ^6. Moïse, iiv. v, cliap. 3i, vers. i5.

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tiniie ce rôle tant que dure la traversée du désert. Une fois arrivé dans la terre de Canaan, c'est l'arche qui précède, qui dirige la marche, el il n'est plus question de colonne K

En un mot, cette colonne était le symbole de la divinité qui, chez le peuple d'Israël, n'était pas un simple symbole, mais une réalité qui se manifestait toujours par des résultats merveilleux et souvent même terribles. Ces deux caractères s'unissent si facilement , que je ne vois pas pourquoi on chercherait à les séparer. Dieu a voulu voyager avec son peuple, et lui servir de guide sous la forme d'un symbole appelé l'ange de sa face , c'est-à-dire le messager et le signe de sa surveillance spéciale; et voilà ce qu'était, en effet, la colonne en question : une nuée pendant le jour, une flamme pendant la nuit. Elle abritait le siège de la justice la plus sacrée, le tribunal suprême; lorsque Moïse et Aaron n'étaient plus en sûreté nulle part, ils trouvaient un refuge inviolable devant cette colonne , et le feu de Dieu les vengeait d'une manière palpable.

Après que le voyage fut terminé , le souvenir de la colonne passa sans doute dans le sanctuaire, où il s'est probablement perpétué fort longtemps ; car il est , selon moi , l'origine de la fable dos Juifs sur l'éternel nuage de fumée qui entoure les chérubins. Cette interprétation est à la fois naturelle et conforme à l'histoire; elle ne détruit aucun miracle, mais elle montre le moyen par lequel Dieu fait des miracles, et ce moyen est l'ange de sa face , ou , pour nous servir de l'expression d'Habacuc, l'enveloppe de sa présence.

Les plus brillantes apparitions du Mont-Sinaï ne s'étaient sans doute opérées qu'à l'aide de particularités locales et naturelles ; car Dieu ne fait point de miracles en dehors des moyens et des forces de la nature. L'éclat éblouissant dont brillent parfois les plaines sablonneuses de l'Arabie, les nuages qui voilent la cime des monts, le bruit du tonnerre, que l'écho de tant de ro- ■ chers bizarrement entassés répète d'une manière effroyable ; tous ces magnifiques et terribles phénomènes sont devenus les symboles de l'appai'ition de Dieu. Nier ce qu'ils ont de merveilleux, serait^ vouloir renvoyer au domaine de la fable toutes les

' Josuc , cliap. 3 , vtis. 3.

002 (HArnui: m.

(Icscriplions du grand proplicle, discriplions dont la majesté pleine de terreur se conçoit d'autant plus racilement, que Tafl'reuse et déserte contrée qui en est le sujet abonde en majestueux et terribles phénomènes.

Le passage de la mer Rouge est un événement merveilleux, mais nullement impossible. Il est probalde que Moïse voulait passer Tistlimc, lorsqu'il reçut Tordre de cbangcr de direction. Le peuple ne pouvait donc pas être encore bien avancé, et le passage s'opéra sans doute près de Suez, c'est-à-dire un peu plus au sud que le passage des caravanes modernes. Si , ainsi que le prouve la disposition du terrain, le golfe remontait alors plus haut que de nos jours, il était assez large pour que, au milieu des ténèbres de la nuit et du bruit de l'orage, les Égyptiens aient pu se tromper de roule, et pour que, dans la confusion d'une terreur panique, ils se soient précipités dans les profondeurs où les flots de la mer les ont engloutis. D'un autre côté , le golfe n'élait pas assez large pour que les Israélites n'aient pu le traverser pendant la durée d'une nuit ; les doutes qui , dans les temps modernes, se sont entassés sur cet événement comme les flots s'entassent sur les flots , n'ont donc aucun fondement raisonnable. Les anciens monuments d'Israël, la fête instituée immédiatement après le passage de la mer Rouge pour en peipétuer le souvenir, le chant de triomphe de Moïse, les nombreux discours qu'il a adressés au peuple, et dont ce passage est le sujet, prouvent suflisamment qu'il a été accompagné de circonstances terribles et merveilleuses. Le prophète, au reste , décrit ces circonstances avec des détails conformes aux localités et aux phénomènes naturels de ces localités; il serait à désirer que nos canti(iues à ce sujet ressemblassent à ceux des Hébreux.

Le passage de la mer Rouge était pour eux un bienfait national; et cependant ils ne le racontent pas, ainsi que nous en avons l'habitude, par des litanies éternelles; non, ils appliquent les anciens événements à des liiils nouveaux, les refondent et les chantent, pour ainsi dire, d'une manière pragmatique, ainsi que l'on peut s'en convaincre par l'hymne de Débora, par les plus beaux psaumes, et par plusieurs passnges des prophètes.

r.vssAtii'S i)K Diia dams i.i; divslri. 355

Je donnerai ici pour exemple un des plus touchants poèmes hébraïques, où Ténergique tableau des victoires du monde antique devient une plaintive élégie.

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