PRIÈRE DU PROPHÈTE HABACUC
Sur le ton de la lamentation.
« Jéhovali î j'ai entendu les bruits qui parlent de loi , et je tremble encore - ! Que ton œuvre , Jéhovali , se montre avec les années ^; avec les années fais- nous la connaître, et au milieu de ta colère, songe à la miséricorde !
« Lorsque Dieu arriva du Théman, lorsque le Très-Magnifique passa sur le Mont-Paran , alors les cieux étaient remplis de sa parure, et la terre pleine de sa louange.
« Son éclat était comme celui du soleil, les rayons jaillissaient de sa main ! et ce n'était là que Tenveloppe de sa puissance !
« Devant sa face marchait la peste ; les oiseaux de proie voltigeaient à ses pieds. Il s'est arrêté, et la terre a chancelé *; il a regardé, et les peuples ont fait des soubresauts. Sous ses pas, les montagnes éternelles se sont réduites en poussière ; et elles
' Jlabaciic , cliap. 3.
• Ces bruits sont des dires sur les événements merveilleux des temps antiques , et sur ceux qui devaient arriver au temps où vivait le prophète. Autrefois Dieu combattait pour son peuple, maintenant il va l'abandonner et le livrer à ses ennemis. Ces doubles bruits font le sujet du chant , et Habacuc cherche à découvrir les vues de Dieu dans la catastrophe qui menace ses contemporains. La prière qui succède à ce début ne saurait avoir ua autre sens.
^ Le parallélisme veut qu'on lise, au lieu de Tm^H «»""e ton œuvre , TnTD fais la connaître. Le poète avait peut-être aussi dans la pensée le psaume 90 , versets i3 H 17, qui s'accorde parfaitement avec le désir de voir l'œuvre de Dieu s'accomplir et se faire publiquement connaître. Dans le chap. 2, vers. 3 et 4, Habacuc est renvoyé par Dieu à des temps futurs; il est forcé d'attendre avec patience que rÉternel lui dise ce qui arrivera. Voilà pourquoi, dans ce chant, il prie l'Êlernel , ainsi que ravait fait Moïse , de hâter cet instant en lui faisant connaître son œuvre. ' l'Iusieurs traducteurs ont adoplé cette version , que le parallélisme semble exiger. Lorsque, au lieu de lire ~'^, on adopte le son à peu près semblable t3i o" ■■* le véritable sens de J^D"*!: '" sensu transitivo ; le second hémistiche du vers en peint l.i suite ; Les peuples font des soubresauts, ce qui prouve à quel poml la terre est agitée.
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se sont courbées les hauteurs du monde antique que jadis il avait traversées *.
« J'ai vu les cabanes de Cusan se mouvoir d'angoisse « ! Elles ont disparu les lentes de Madian !
ft ^ Jéhovah esl-il en colère contre les fleuves ? Le souffle de ses narines passe-t-il sur les vagues? Son courroux s'adresse-t-il à la mer?
« Car tu es monté sur ton char de guerre, ù Dieu ! Tu passes çà et là traîné par tes chevaux, toi. Dieu secourable! Tu tends ton arc et tu multiplies sept fois tes flèches *. Et les torrents
•'Le psaume 68 donne à tes mois si mal interprétés, □^*ir* TIID'^'?!"!'''" s^"' facile à saisir. Il s'agit des antiques passages <le Dieu, de moniagnes en montagnes, que tant d'anciens chants de victoire ont célébrés, tt que celte élégiccliantc de nouveiu.
* Ils travaillaient ai'i'c antjoiise, ce qui leur faisait arracher leurs tentes avec tant de précipitation, qu'en fort peu de temps le camp de tout un peuple avait disparu.
3 La tournure singulière de celte question prouve l'effroi de celui qui voit tous ces événements, et donne à rode une marche très-élevée. On trouve dans plusieurs psaumes ces questions imprévues qui interrompent tout-à-coup le récit. C'est là une des plus belles particularités de la poésie orientale.
* Selon moi, ce vers, qui est le désespoir des traducteurs, ne présente un sens que lorsque, à l'exemple des Syriens, on fait dériver f^^^'^^,' de i?3ll?; mais, dansée
cas, que signifie TDX ' Lors môme que je traduirais ainsi : « 7u tendis ion arc, et les flèches du chef de l'armée se sont rassasiées de sang! » on non sentirait pas moins que la liaison est dure et forcée. Une semblable consiruction serait vicieuse et inattendue, car dans ce passage Dieu est subitement nommé "l^X P^rce que, pendant toute la durée du poème , il ne parle point en général oisif , mais il agit en héros; les (lèches sont d('jà rassasiées de sang, et ce n'est qu'après avoir pourMiIvi la marche lente de la description jusqu'au treizième vers, 'qu'il est question de leur emploi. J'ai donc tout simplement pris le mot ril^Sî!/* pour l'adjectif de nombre ,
et le mofl^X pour le participe présent. Que ce mot ")t2X «"8"'''^ multiplier, cela est hors de doute ; il me semble donc que ma version rend ce passage si difficile d'une manière claire et conforme à la marche de cette grande et belle description. La multiplication des éclairs sous la forme de flèches, est une des plus belles imagis du dix-huitième psaume , et c'est cette image que le poète imite dans son élégie.
Mais pourquoi les fleuves inondent et dévastent-ils le pays, au moment où l'icu apprête ses flèches et son arc' Qu'on lise les vers suivants, et l'on verra qu'ils peignent ce frémissement général qui s'empare de la nature avant l'orage. Tiuit semble sentir la présence du créateur ; le fleuve coule plus vile , les flots résonneni, les hauteurs gémissent et lèvent leurs mains dans une attente pénible, ainsi ()ue Habacuc le dit ici. 'Foules ces images sont , sans aucun doute , empruntées au passage de la mer llouge et du Jourdain , aux merveilles du Mont-Sinai , et à l'épocpiu de Josué et de Débora , oii les fleuves remontaient vers leur source, ou grossissaient leurs eaux selon que cela était nécessaire pour seconder les Israélites. Toutes ces images sont rapprochées selon les exigences de Timagination du poète; il serait donc fort déplace de vouloir expliquer chaque trait chronologiquement ou hislori»