‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 83 sur 120 · QUATRE CHOSES A LA DÉMARCHE SUPERBE · texte numérisé non relu

QUATRE CHOSES A LA DÉMARCHE SUPERBE

« Trois choses ont la démarche altière , et le pas de la troi' sième aussi est beau à voir :

« Le lion, roi héroïque parmi les animaux, qui ne se détourne jamais devant le regard d'un ennemi; le coq, qui, fier de ses éperons, s'avance hardiment; le bélier qui marche à la tète de son troupeau», et le roi qui se lève et conduit son peuple. »

En voilà assez sur les énigmes; ce que j'en ai dit doit suffire pour faire comprendre que leur but était de saisir les ressemblances que les choses ont entre elles, et de les réunir sous un point de vue moral et artistique. Tous les peuples peu avancés en civilisation aiment les énigmes; les entants onl les mêmes penchants par les mêmes molit's. Les énigmes sont le moyen le plus facile de manifester l'esprit et la pénélration dont on se sent doué ; et le prix que remporte celui qui l'a devinée ou composée, est certes la plus innocente des couronnes de vicloire.

11 serait à désirer qu'au lieu de tant de longues dissertations sur l'esprit et le génie dos peuples à demi civilisés, on pût nous citer des exemples de la manière dont ils exerçaient leur naïve pénélration et leur jeune sagacité. Par là seulement, nous pourrions nous faire une juste idée de la marche de leur entendement; car chaque peuple antique suit, dans la découverte de ses amusements de prédilection, une route qui lui est particulière et qui le caractérise. Malheureusement ces exemples sont fort rares, et, parfois même, ils manquent totalement, parce que ces sortes de jeux d'esprit appartiennent si intimcmenl à l'essence de chaque langue, qu'ils sont toujours fort dilhciles à traduire, et souvent inintelligibles.

Passons de l'énigme aux jeux de mots que le jovial Samson aima au point d'en faire jusiiu'à trois sur un seul et môme incident :

« Auprès de la mâchoire d'âne (liDn), tout un monceau! Je les ai écrasés avec la mâchoire d'âne ("liDn), les mille héros

qui étaient là (LZ!\n-)Dn nlDDH ^h'^D)- »

Que de peines ne nous donnons-nous pas pour analyser et justifier ce jeu de mots échappé dans l'ivresse de la victoire à

' J'ai suivi l'exemple des anciens traducteurs, qui ajoutent la description de la seconde et de la troisième chose; car dans le texte hébreu, lu seconde n'a point de sujet, et la troisième point d'ailrihut.

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un héros joyeux! C'est en ce sens qu'il faut prendre ce mot (ri'p^) , qui signifie mille aussi bien que bande, troupe, monceau. Au reste, qui aurait pu songer à compter les morts pour s'assurer que le héros railleur n'avait pas exagéré le nombre des victimes de sa victoire?

Lorsque le pauvre aveugle prit la r(jsolulion de mourir avec ses ennemis, il saisit les colonnes qui soutenaient la maison , et dit:

« ' Jéhovah ! mon Dieu ! pense encore une fois à moi; je t'en prie, soutiens encore une fois mes forces, afin que je puisse me venger, par une vengeance qui vengera mes deux yeux ! »

La douleur la plus amère lui inspira , en cette occasion , ce que sa gaieté moqueuse lui avait suggéré tant de fois, c'est-àdire un jeu de mots.

Cette tournure de la pensée et du langage se rencontre si souvent et sous tant de formes diverses dans la poésie hébraïque, et les équivoques qu'elle offre à l'esprit ont donné l^u à tant de jugements opposés, qu'il me paraît indispensable d'entrer dans quelques détails sur ce sujet.

Ainsi que je viens de le dire, tous les poètes hébreux fourmillent de jeux de mots. Isaïe, surtout, les affectionnait beaucoup, et ses successeurs se sontelforccs de l'imiter; voilà pourquoi les passages les plus beaux et les plus énergiques des prophètes, sont souvent intraduisibles.

Je dois faire observer avant tout, qu'au lieu d'appeler ces locutions des jeux de mots, il faudrait n'y voir que des allusions à des noms propres, et des rapprochements de sons et d'assonnances; car par jeu de mots on entend toujours ce que les Anglais nomment the art of punning , et les Français ca/ern6owrg', dont la malignité était entièrement inconnue aux anciens Hébreux. Leurs allusions se rapportaient à des noms propres , à des monuments, à des faits, et elles découlaient presque toujours de la construction et des exigences de la langue: il est donc bien naturel qu'elles aient passé dans le domaine de la poésie.

Depuis les temps les plus anciens , les Hébreux attachaient

\ Jinjes, chap. 16, vers. 28.

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toutes leurs idées à des noms propres , à des événements et à des souvenirs de bénédictions, qui étaient de l'histoire pour eux. Lorsqu'on donnait à un individu un nom l'onde sur les circonstances qui avaient accompagné sa naissance, ou sur un des faits les plus importants de sa vie , ce nom était en ellet un jeu de mots, mais un jeu de mots grave, puisqu'il avait une signification historique. Celte manière de donner des noms commença avec Adam , et se perpétua chez tous l^*s patriarches.

Parfois, un nouvel événement important faisait changer ou moditier le premier nom signilicatif , ce qui donnait lieu à un second jeu de mots, aussi agréable à l'oreille qu'utile à la mémoire. Les noms d'Abraham , de Sara , de Jacob , et peut-être même ceux de Gain et de Noé , avaient été ainsi modifiés ou changés ^ L'histoire do la vie de ces hommes prouve qu'ils faisaient beaucoup d'attention à ces changements. Isaac en plaisante avec sa femme Rebecca *, et, par une légère variation, le nom d'Éphraïm signifie tantôt un arbre à frtiit , et tantôt un sauvage ^.

Les bénédictions des pères roulaient presque toujours sur les noms des hls : Setli, Sem, Japhet, Juda, Gad,Éphraïm, Dan, etc., furent bénis de celte manière *. Les noms des patriarches rappelaient à leurs descendants l'histoire de leur vie ; et quand ces descendants dégénéraient, les prophètes chargés de les punir modiliaient ou changeaient les noms qu'ils avaient portés comme un gage de bonheur. Ces allusions et ces rapprochements de sons n'étaient donc pas des jeux d'esprit , mais des colonnes de souvenir, des armes vengeresses.

Il en était des noms de villes et de monuments comme des noms propres; des circonstances graves les avaient fait donner; d'autres circonstances graves les faisaient modifier ou changer. Beth-El, la maison de Dieu où avait dormi Jacob, devint Belh- Aven''^; un léger changement lit du nom de la pierre qui lui

» Moïse, liv. i", cliap. 17, vers. 5 el i5; cli.ip. Sa, vers. a8,

» Moïse, liv. i", cliap. 36, vers. a8.

3 Moïse, liv. i",chap. 41, vers. 5a ; Osée, chap. i3, vers. 1 1.

* Moïse, liv. i"', cliap. 4, vçrs. 25; cliap. 9, vers. aG et 37; chap. 49 , vers. 8, 16 , 19 et aa.

* Amos, tliap. 5, vers, 5.

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avait servi d'oreiller, une pierre de deuil '. Laban et Jacob donnèrent chacun, et par des motifs semblables, un autre nom au monceau de pierres qui devait être témoin de leur alliance ^. Les prophètes variaient à Tinllni les noms des villes et des peuples dont ils prédisaient l'avenir, tels que Babel, Édom, Ékron, Gaza, Cananéen, Kénien , etc.

Les noms des faits subissaient les mêmes variations , tantôt pour les louer, et tantôt pour les tourner en ridicule. Ceux qui étaient montés sur trente ânes reçurent trente villes ' ; Kahai avait été nommé ainsi, parce qu'il était fou, et que ce mot signifie fou; Samuel signifie don de Dieu, parce que sa mère l'avait demandé à Dieu *. La langue hébraïque, dont les racines si unies et si peu variées se prêtent , par leur monotonie même , à des modifications sans nombre, offre à chaque instant de ces jeux de mots et de noms, qu'on trouve classés par lettres alphabétiques, dans un recueil consciencieux que je recommande à l'attention de mes lecteurs '.

Les poètes hébreux ont été jetés sur cette route par la construction de leur langue et des noms propres , par les bénédictions des pères, et par la gloire des tribus attachée à leurs noms. Comment auraient-ils pu s'en écarter lorsqu'il s'agissait d'enseignements et de sentences? Et pouvaient-ils mieux graver ces enseignements et ces sentences dans l'intelligence du peuple, qu'en s'adressant à l'oreille et à la mémoire , par l'organe du génie de ce peuple et de sa langue? Dès les temps les plus reculés , les bénédictions , les lois et les règles de conduite ont été données par des locutions de ce genre : Le sang de celui qui a tué des hommes, sera versé par des hommes. Les dieux des idolâtres sont des riens, etc. Isaïe , surtout, excelle en ces sortes de sentences : Les princes sont des opiniâtres. La loi est la lumière. Qui croit reste. L'afjliyé reçoit de riches parures en échange de la cendre. Le peuple est rapace au lieu d'être juste : il se lamente au lieu de faire droit, etc. Toutes ces énergiques antithèses gra-

1 Samuel, liv. i^', cliap. 6, vers. i8.

* Moïse, liv. i", cliap. 5i, vers. 5a. 3 Juges, cliap. 10, vers. 4-

* Samuel, liv. lor^ cliap. i"', vers. 27 et 28.

* Michadlis, dissertaiiaa de l'aronomasia saura.

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valent, pour ainsi dire, dans les entrailles du peuple, ce que le prophète lui enseignait. Une partie des proverbes de Salomon repose sur de semblables assonnances, que leur signification aiguise ou arrondit tour-à-tour.

Les symboles que les prophètes voyaient ou montraient au peuple , les paroles sorties de la bouche même de ce peuple, et qui témoignaient contre lui, ont fourni les jeux de mots les plus naturels et les meilleurs; mais ils sont intraduisibles, tels que ce bâton, qui signifie aussi douceur et douleur; ce marteau , qui veut dire également distraction ; le fardeau de Jéhovah et oubli .q[c.\

Je crois avoir suffisamment prouvé que la paronomasie des Hébreux n'est pas une niaiserie aussi méprisable , que l'emploi des jeux de mots modernes Ta fait présumer; chez eux , les arrangements de mots avaient d'autres inlentions et un autre but. Ce peuple n'avait pas de rimes, mais il avait des assonnances, et il aimait les allillérations, vers lesquelles il a été naturellement amené par le parallélisme. La rime qui ne parle qu'à l'oreille est donc plus spirituelle, plus sensée, que la modification d'une ressemblance de sons appropriée au sens de la phrase, de manière que le mot modifié devient, comme dit Pope : Écho to the sensé. Lorsque , dans nos vers ou dans nos proverbes , il se rencontre deux mots qui, tout en se ressemblant par le son, offrent à la pensée des images ou des notions opposées, ils produisent toujours un très-bel etlet. La philosophie ellemême les emploie avec succès , car c'est par eux que la ressemblance ou l'opposition des choses qu'elle désigne, se grave dans la mémoire; mais c'est surtout dans le débit léger et spirituel, que CCS sortes de mots frappent et plaisent.

Tant qu'une nation a plus de sensations que de pensées ; tant que le langage est pour elle dans la bouche et dans l'oreille , au lieu de ne s'adresser qu'aux yeux par la forme des letlres; tant qu'elle a peu ou point de livres, ces assonnances lui sont aussi nécessaires qu'agréables. C'est une source de souvenirs , où les peuples neufs puisent cette concision énergique, cotte justesse et cette rapidité d'expression qui devient impossible, dès qu'on

ï Jërémie, chap. 5i, vers, ao à j3 ; tliap. ai, vers. 33 à 39.

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trace des lettres pour exprimer sa pensée. Il serait ridicule, extravagant, de chercher cà imiter les locutions hébraïques dans les langues modernes; mais il serait tout aussi ridicule, tout aussi extravagant, de blâmer la naïveté du langage , les concordances du son et de la pensée qui établissent un lien harmonique entre Toreille et Tanie , et qui caractérisent Tenfance d'un peuple. Les enfants aiment à jouer sur les mots, et lorsque ces jeux ont un sens, j'aime à les entendre, car ils prouvent que l'enfant pense avec et dans l'idiome dont il se sert. C'est toujours ainsi que pensent les nations poétiques, et je pourrais, à cette occasion, employer comme un jeu de mots, ces paroles de Moïse qui ne sont elles-mêmes qu'un jeu de mots * : « J'entends la voix des gens qui répondent: ce ne sont pas des cris de victoire qu'ils s'adressent les uns aux autres; ce ne sont pas des cris de bataille qu'ils s'adressent les uns aux autres , ce sont des chants qu'ils chantent en face les uns des autres , rangés en rangs joyeux. »

Chez les Hébreux, l'histoire et la poésie reposent presque entièrement sur les paronomasies , et sur les origines de la langue. C'est par l'amour des premières, que l'oreille arrive à la connaissance intime des dernières.

Cette connaissance est d'autant plus nécessaire, que les écrivains hébreux aiment à construire des phrases tout entières les unes sur les autres, et cà développer dans chacune d'elles un sens nouveau. Ce sont bien là encore, à la rigueur, des jeux de mots, mais d'une nature plus élevée, et que les subtiles Grecs eux-mêmes recherchaient avec soin. Ils aimaient à exprimer leurs propres pensées par des phrases empruntées à Homère , ainsi qu'à d'autres grands sages ou poètes. Et qui ne se plairait pas à un pareil jeu? Il est aussi agréable pour celui qui parle que pour celui qui écoute , car si l'un a la satisfaction d'inventer, l'autre goûte le plaisir de trouver un ami nouveau sous un vêtement connu et aimé.

Voilà comment les prophètes ont employé les sentences des patriarches et des psaumes; voilà comment les Hébreux modernes emploient les locutions de tous, dans un sens nouveau ,

1 Moïse, liv. 11, cliap. 32, vers. i8.

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mais toujours entouré des belles el gracieuses nuées qui voilent l'expression originaire. Leur langue poétique, qui parle avec les termes de la Bible, n'est en réalité qu'un jeu de mots perpétuel qui, par sa délicatesse et sa finesse, a un attrait irrésistible pour tous ceux qui savent apprécier la simplicité des temps antiques, revêtue d'une parure moderne, mais toujours conforme à sa nature primitive. Je suis persuadé que tout le monde serait de mon opinion , si on s'appliquait à faire passer, en ce sens , quelques unes des poésies hébraïques dans notre langue. En voilà assez sur ce sujet ; je reviens au texte des poésies du temps de Samson.

Ce temps n'était rien moins qu'heureux et propice. Les invasions des peuples voisins troublaient le pays , et un crime abominable linit par occasionner une guerre civile dans laquelle toute une tribu périt presque entièrement *. La famine exerça souvent ses ravages, et c'est aune semblable calamité que nous devons le livre de Ruth, ce tableau de famille si gracieusement raconté. Du temps d'Hélie, le peuple, sans chef et sans direction, tomba si bas, que l'arche d'alliance devint la proie de l'ennemi, et que la famille de ce grand-prêtre périt misérablement.

Au milieu de toutes ces vicissitudes , la poésie changea de forme. Plus dédiants de victoire et de triomphe, mais la voix prophétique résonna toujours; Jéhovah, fidèle à sa promesse, envoya à son peuple opprimé un homme rempli de l'esprit de Moïse; et cet homme c'était Samuel. Son histoire est racontée avec une simphcité touchante, et le chant d'actions de grâce de sa mère nous rappelle l'héroïque Débora , dans une sphère plus humble el plus pacifique :

«^ Mon cœur se réjouit en, Jéhovah, car ma corne de bonheur a été comblée par Jéhovah 1 Ma bouche s'est ouverte pour un chant de victoire , car c'est par son secours que j'ai été élevée au sommet de la joie *.

« Notre Dieu seul est très-haut dans sa magnificence ! il n'y

' Ju{;es, cliap. 19, vers. ao. — J.-B. Uousseau (i f.iit sur ce crime un poème iiilituM : Le Lévite tfliplnaim.

» Samuel, liv. ler, cliap. i.

* C'est une opposition aux anciens cluints tic victoire, car la mère de Samuel te'- Icbre un bienfait tout domestique.

rUVlTS DIYKRS DK L.V JKl NESSK POÉTH^PE H'iSRAEL. 467

a point LVautre Dieu qu»3 lui , il n'y a point d'autre secours que celui de notre Dieu !

« Que parlez-vous tant de hauts lieux *? Que votre bouche cesse de prononcer cette orgueilleuse parole ; Dieu sait tout , et pèse toutes les actions.

« L'arc du héros est brisé^! Il les a ceints de sa force, ceux qui ont chancelé ! Les rassasiés mendient du pain , et ceux qui étaient affamés sont maintenant dans l'abondance des festins. Celle qui a toujours été stérile enfante sept fois; et celle qui avait beaucoup de fils est aujourd'hui privée de tout secours.

« Jéhovah tue et anime, il fait descendre dans les profondeurs de l'empire des morts et il en fait remonter. Jéhovah rend pauvre et rend riche ; il laisse tomber et il relève.

a II relève l'humble de la poussière ; il relève le pauvre assis sur la pierre des champs, et le place à côté des nobles, et le fait hériter d'un siège de prince ^.

« Les bases fondamentales de la terre sont à Jéhovah , c'est sur elles qu'il a appuyé la surface de la terre. Il veille sur les pas de ses fidèles; le méchant disparaîtra en silence dans les ténèbres, car ce n'est pas par sa force que triomphe le héros.

« Les ennemis de Jéhovah frémissent quand, du haut du ciel, il tonne sur eux ! Jéhovah jugera les limites du pays ; il donnera à son roi la force des héros ; il élèvera au-dessus de tous la puissance de son oint. »

Que ce morceau ait été, en effet, chanté par Anne, ou qu'on le lui ait seulement prèle , il annonce des temps différents de ceux que nous venons d'examiner. Les orages de la guerre ont passé ; la vanité qu'on tirait des hautes montagnes du pays que l'ennemi ne pouvait atteindre-, n'était plus qu'un mot vide de sens. Inspirée par Dieu, Anne chante d'autres victoires, d'autres triomphes. Délivrée enfm de la honte de la stérilité, elle voit son fils se lever de la poussière et s'asseoir à côté des nobles en

1 Sur lesquels on se fortifiait, et dont on était fier. Asaph a imité et varié cette expression avec beaucoup de charme, dans le psaume 75.

• 11 va commencer une ère nouvelle et pacifique, où les faibles et les pauvres euxmêmes seront heureux ; et elle appuie cette opinion sur son exemple à elle.

^ Comme Samuel, lorsqu'il devintjuge du peuple. C'est à lui et à la famille d'Hélie que s'appliquent les siroplies suivantes, ce qui ne les empêche pas d'avoir un si^ns )'éni-ral.

qualilô de prince, de juge du peuple. La race d'Hclie disparait dans Tobscurilé , Samuel seul s'élève : c'est par lui que Jéliovah juge le pays jusqu'à ses dernières limites ; c'est par lui que le peuple d'Israël oint un roi heureux et vaillant. Voilà ce que dit ce chant , qui servit de modèle à plusieurs psaumes, car il traitait le sujet favori du peuple: l'annonce d'une ère nouvelle et plus heureuse.

Samuel prépara , en effet, celte ère, et il est le premier prophète, après Moïse, qui se soit occupé des institutions politiques. Dieu ne l'a pas appelé par des visions , mais par une voix distincte annonçant positivement la chute de l'indolente et vicieuse maison sacerdotale qui gouvernait alors. Ses réponses étaient toujours si claires et si nettes, qu'au lieu de lui donner le titre de prophète, qui désignait un homme au langage divin, on l'appela lîoi/anf, nom qui fut employé pendant très-longlemps ; David lui-même eut dos voyants à son service , jusqu'à ce qu'il reparût des prophètes en Israël.

C'est sous Samuel que le peuple connut sa première époque de paix, circonstance heureuse dont ce grand homm" profita pour répandre l'instruction littéraire. Comme la littérature se bornait alors à la poésie et à la musique, il s'efforça de faire cultiver librement et partout le monde ces deux arts, dont, jusque-là, la tribu de Lévi s'était approprié le monopole. A cet elfet, il créa des écoles de prophètes', qui, malgré les railleries auxquelles elles ont donné lieu , n'en étaient pas moins une institution admirable. Les disciples habitaient des ri ''U, ce qui veut dire cabanes simples et modestes , qu'on a traduit à tort par le mot écoles, et dont on se ferait une idée plus fausse encore si on les comparait à nos collèges. Grâce à ces institutions , « Les hauts lieux de Jéhovah retentissaient du chant des prophètes. »

C'est-à-dire de chants d'hommes de tout âge et de tout rang, qui , sous la direction de Samuel, devenu le père et le juge du peuple , se consacraient , non à de folles rêveries sur l'avenir

1 n^ u- Voyez Samuel, liv. n, cliap. 7, vers. 8. — Ce mot signifie des cabanes de pasteurs, des claies. On sait, au reste, que les habitudes et les mu'urs des prophètes rapprocIi:iii'nl lonjour-; ilc l.i simplicité antique. ♦

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