TRAITS DIVERS DE LA JEUNESSE POÉTIQUE D^ISRAEL
OU à de monotones chants du temple , mais à tout ce qui constituait alors la science et la sagesse nationales.
Lorsque ces prophètes rencontrèrent Saûl, ils lui donnèrent, jiar l'élévation de leur parole et de leurs chants , un cœur royal ^ , que malheureusement il ne conserva que tant qu'il resta près d'eux sur les hauts lieux. Le chercheur d'ànes, aux idées rétrécics, avait cependant puisé dans leurs paroles et dans leurs chants, qui, sans doute, célébraient la dignité royale, une certaine élévation d'idées et un noble courage; car lorsque, plus tard, il poursuivit David, il oublia jusqu'à son plus cruel ennemi , se dépouilla de ses habits royaux, vint s'asseoir au milieu des prophètes , et prophétisa comme eux au son des harpes. Pourquoi ne nous est-il pas resté un seul morceau de cette poésie nationale qui , libre et fière , résonnait sur les hauts lieux consacrés à Jéhovah ?
La poésie de cour et de temple du roi David ne tarda pas à rendre ces hauts lieux muets et déserts; elle attira et renferma tout dans son cercle étroit ; les hymnes de guerre et de victoire, les fables, les chants altiers et libres des disciples de Samuel, tombèrent dans l'oubli et furent perdus pour la postérité !
Le germe et même la fleur de la poésie de David n'en appartiennent pas moins à ces écoles fondées par Samuel. Les prairies où il faisait paitre ses troupeaux avaient entendu les chants de la muse de sa jeunesse, et ces mêmes chants lui avaient mérité l'amitié de Satil, et surtout celle du noble Jonathan, amitié qui peint mieux l'esprit de l'époque que ne pourrait le faire tout un recueil de poésies. Loin d'envier au jeune pâtre l'action d'éclat que lui-même n'avait pu faire , il contracte avec lui une alhance de cœur , et le défend auprès de Saûl même aux dépens de la vérité , ce qui aurait pu lui coîiter la tête ^.
Exposant , pour cet ami si cher , son honneur et sa vie , il souffre qu'on l'accuse de renoncer au trône par lâcheté, et se laisse llétrir par son père du nom d'infâme, lui à qui personne n'aurait osé contester le titre de héros.
■* On a tourné ce passage en ridicule, parce (ju'on l'a mal compris. Ce n'csl pas par le son des inslruments, mais par les paroles des clianis que .'oiitcnaieni ces instruments, (jue les |iroplitlcs avaient donné un ca-ur roj al à Suiil.
' Samuel, liv. i"^, cliap. |8, vers. 3 el 4.
Je crois les voir se jurer une calliance éternelle ^ à la face du ciel ; je crois surtout voir et en tendre Jonathan, lorsqu'aprèsune longue séparation il arrive au désert auprès de son ami , et cherche à ranimer son courage ^ : « Ne crains rien, David , lui dit-il , la main de mon père ne te trouvera point ; tu seras roi sur Israël, et je serai le premier après toi ! »
Amitié héroïque qui le fait renoncer au trône afin de rester , à titre d'ami , le premier après son bien-aimé ! Les époques poétiques .peuvent seules produire des âmes comme celle de Jonathan, et leur inspirer de semblables dévouements. Lorsqu'il mourut et laissa son ami tranquille possesseur du trône , ce roi puissant ne pouvait lui donner qu'une élégie en échange de tous les bienfaits qu'il avait reçus de lui. Cette élégie est vraiment belle , mais elle chante le souvenir de Jonathan réuni à celui de Saùl , comme si tous deux avaient eu les mêmes droits au cœur du poète. Je sais que ce morceau a été composé pour le peuple ' ; mais j'aurais désiré que David ne l'eût fait que pour lui et pour Jonathan.
Et Méphiboseth?... Peut-on te pardonner, grand roi, d'avoir dépouillé de tous ses biens , sur la simple accusation d'un traître, le fils unique de l'ami de ta jeunesse? Et lorsque tu reconnus que cette accusation était fausse , au lieu de le dédommager généreusement de ton injustice , tu ne lui restituas que la moitié de ses biens '• ! N'cst-il pas triste de te voir livrer les frères de Jonathan à une ville barbare qui ne les réclamait que pour les faire mourir par le supplice de la croix ^ !
Je donne ici la belle élégie de David sur Jonathan.... Le cœur de ce héros est sacré pour moi ; puisse son nom orner toujours l'autel de l'amitié !
ï Samuel, liv. i<=^, cliap. 20, vers. 41 •
- S.iriiiic.1, liv. !'■'■, cliap. 23, vers. 16.
3 Saniiiol, liv. 11, cliap. i, vers 17 et iS.
1 Saiiuicl, liv. 11, eliap. 16, vers. /}> cliap. tcj, vrrs. ■zçt.
5 Samuel, liv. 11, duip. 21, vers. 8 et 10. C'est ilans ce tni^me chapitre qu'est racoiiti'L- la belle acliou de l'iizpa , mère de deux de tes victimes. Celte noble femme r.ippellc l'Antijjonc de Sopliocle.
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