II AVERTISSEMENT
OU le génie poétique des divers auteurs que je me proposais d'étudier. Je n'ai pas toujours indiqué mes emprunts, non pas que j*aie voulu les dissimuler : on le verra bien à la liste que je donne plus loin; mais je craignais de grossir inutilement le volume. Cependant, quand j'ai rencontré une opinion, une vue originale, ingénieuse, qui pouvait faire honneur il son auteur, je me suis fait un devoir de le nommer. Ce n'est que justice de raviver ainsi de temps en temps le souvenir de ces modestes travailleurs.
Il est une classe de collaborateurs qu'il y aurait ingratitude de ma part à passer sous silence, ce sont les historiens de la Grèce, Grote, E. Curtius, Duncker. J'ai eu constam- ' nient leurs ouvrages sous les yeux. Au temps de Boileau, de La Harpe, une pareille déclaration eût été prise tout simplement pour un paradoxe. Aujourd'hui personne ne s'en étonnera. « L'art, a dit un maître, est si intimement lié aux événements de la vie sociale et politique des peuples qu'on ne peut bien peindre l'histoire de ses révolutions sans s'être rendu un compte exact des circonstances et surtout de l'état social au milieu desquels il s'est produit *. » Si ce principe est vrai, si l'application désormais s'en impose à toute critique sérieuse, c'est surtout dans l'histoire d'une poésie aussi populaire, aussi naïve à son origine, que la poésie lyrique grecque. On n'en comprend la naissance, on n'en saisit les développements, les transformations progressives et le merveilleux épanouissement final qu'autant qu'on a patiemment étudié le sol et comme l'humus social d'où elle est sortie. Chacun des genres dont elle se compose est né d'une disposition caractéristique de la race ou d'un concours particulier de circonstances. L'élégie, l'ïambe, la poésie monodique des Éoliens, la poésie chorique des Doriens, avec leurs produits divers, le parthénie, l'hyporchème, l'épithalame, le scoUe, le thrène, le dithyrambe, l'épinicion, toute
» Renan, Élat des Beauso-Arts au xiv» siècle, i" partie, p. 126.