AVERTISSEMENT III
cette végétation poétique si variée, si riche, s'explique par l'histoire et par elle seule, comme la flore d'un pays par la triple influence de son climat, de son altitude et de sa géologie.
Les citations et les traductions sont faites d'après la IV*' édition des Poètes lyriques grecs de Bergk (1878-1882). Quelquefois cependant, pour des fragments dont le texte et le sens sont très discutés, j ai suivi la leçon et l'interprétation d'Hartung, tout simplement parce que je ne pouvais arriver à comprendre le passage tel que Bergk l'a constitué. Il y a quelques poètes pour lesquels je n'ai pas renvoyé au texte : ce sont ceux dont les fragments sont peu nombreux ; il sera donc facile de retrouver le passage. Enfin, quand je cite le traité Sur la musique de Plutarque, ce qui arrive assez souvent, c'est toujours à l'édition particulière de R. Westphal que je me réfère *.
Tels sont les matériaux dont je me suis servi pour la composition de l'ouvrage que j'offre aujourd'hui au public. Me sera-t-il permis d'ajouter que j'ai toujours eu présente à l'esprit cette pensée que c'était à des lecteurs français c^ue j'avais l'honneur de lû'adresser. Aussi non content d'aller, autant que possible, au fond des choses, d'étudier les textes, de remuer les documents, de soupeser les systèmes, me suisje appliqué constamment à mettre de l'ordre, de la lumière, dans cette matière éparse et souvent obscure.
Que le puits soit profond, mais que l'eau reste claire,
a dit le poète *. Chaque fois que je prenais la plume, je me répétais ce vers qui est à lui seul toute une rhétorique. C'est au lecteur à juger maintenant jusqu'à quel point mes efforts ont abouti. Toujours est-il, je peux bien l'avouer, qu'au moment de publier ces pages, je me sens à la fois
' Plutabch, Ueber die Mtuik^ von Rudolf Westphal, 1866. ^ y. Huoo, La fin de Satan.
rV AVERTISSEMENT
anxieux et un peu triste. En effet, quelque conscience, quelque soin qu'on apporte, est-on jamais sûr d'échapper à la critique ou même à Tindifférence, chose plus cruelle encore? Puis, un livi'e qu'on a porté quatre à cinq ans dans sa tête devient un ami, un autre soi-même. On a mis en lui toutes ses pensées, toute son âme; chacune de ses pages réveille un souvenir, une émotion ; chacune a son histoire. On sait la peine ou le plaisir qu'on eut à l'écrire, si la plume ce jour-là était lourde ou légère. On se rappelle même le temps qu'il faisait : ce chapitre fut médité dans une promenade au bois, par une après-midi splendide, quand tous les arbres et tous les nids chantaient le renouveau ; cet autre au contraire, c'est un soir d'hiver, en tisonnant au coin du feu, qu'on l'agençait, alors que la bise, d'une aile rageuse, fouettait la pluie contre les vitres. Le livre et l'auteur avaientainsi fini par se confondre : les deux existences n'en faisaient plus qu'une, car le cœur de l'un avait passé tout entier dans les feuillets de l'autre. Et voilà qu'un jour, brutalement, cette douce habitude, ce commerce intime se rompt. Les deux amis se séparent. Tandis que l'un va courir le monde ou tout simplement moisir dans les greniers de l'éditeur, l'autre, resté seul au logis, songe mélancoliquement qu'avec ce livre qui part, c'est une portion de sa vie qui le quitte, un terme qui s'achève dans le bail si court de son existence. Heureux pourtant si ces pages envolées doivent éveiller quelque sympathie pour celui qui les a tracées! Heureux surtout si, comme le dit Pindare en sa langue vivement imagée S le fouet de la Persuasion peut, grâce à elles, faire tourner quelques cœurs du côté de l'aimable Grèce!
Besançon, le 25 mars 1888.
« Pyth, IV, 279.
OUVRAGES CONSULTÉS
Bach:
Id.
Id.
Bergk :
Bbrnhardt
BiPPART :
Bode:
BoECfcR :
buchholz :
Chabanon :
Chassang :
colincamp :
Croiset :
CuRTius :
Decharhe :
Deutiche :
DiDOT (Arab. Fir.) Dissen:
Duncker :
Engelbreght :
Flach ^ Fraguier (Fabbé)
Friederichs
Callini, Tyrtaei et Asii fragmenta disposuit, 183). MimnenniColophonli carminum quae supersunt,1 826. Solonis AtheniensiscarmiDuiu quae supersunt, 1825. Griechische Literatur Geschichte, tom. II, 1883. Grundriss der Griechischen Litteratur, tom. I et II,
Pindars Leben, Weltanschauung und Kunst, 1846. Geschichte der Hellenischen Dichtkunst, tom. II,
Pindari opéra quae supersunt, 3 vol., 1811-1821. Die sittliche Weltanschauung des Pindars und iEscb} -
lus, 1869.
Discours sur Pindare et la poésie Ijrique, dans les
Mémoires de F Académie des Inscriptions el P.elles-
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Deaetate carminum anacreonticorum, 1848.
La poésie de Pindare, 1880.
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Archilocho Pario quid in graecis litteris sit tribuen-
dum, 1877.
Notice sur Anacréon, 1864.
Pindari carmina... commentario ï)erpetuo illustra-
vit. Seconde édit. revue et augmentée parSchnei-
dewin, 1843-1847.
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De scoliorum poesi, 1882.
Geschichte der griechischen Lyrik, 1883-84.
Sur le caractère de Pindare, dans les Mémoires de
FAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres, ancienne série, tom. II (1721).
Pindariache studien, 1863.
Girard (Jules) :
GODOFRBDUS :