‹ Histoire de la poésie lyrique grecqueChapitre 2 sur 34 · ROE DES SAINTS-PÈRES · texte numérisé non relu

ROE DES SAINTS-PÈRES

DE LA

ANACKÉON

^ LE VÉRITABLE AxNACRÉON

Anaci«M»n; pah-ie; ('mi<;ral'On à Al)flcre. — IVOations avec Polyerale;

I situa" ion (lu puùlo jjiès du tyran. — Obji'ls de ses chants: Batlnlle,

I Cl<''<>ljule, Leucaspis, SniCidiès ; ce i^-i'd laiil penser de ces relations.

; — La sagesse du poète. — La Laura à Sanios. — I/aniour chez Anaciéon; jalousie. — Séjour à la cour des risistratides. — Anacréon buveur. - Mort d'Hipparque; départ du puùie; retraite incertaine. — Sa mort. — Edition de ses œuvres. — Variélé, caractère de son talent

f — Versiiication, musique, langue. — Originalité contestée. — Uépu-

i la tien.

Ibycos ne fut pas le seul poète ({ui charma de ses vers la cour de Samos. Il connut là sans doute un rival plus jeune, dont le nom devait rester plus pf)pulaire et dont les chants réfléUiient plus fidèlement encore le voluptueux génie du lieu : c'est Anacréon.

Ce poète était de Téos, petite ville ionienne sur la cote de la Lydi^ où la poésie s'était déjà révélée dans la personne de Pythenne. Ce Pytlierme amiuel Hippona.v (ou Ananios) fait allusion aurait composé des scolies * : le voisinage des Lydiens lui avait sans doute fourni l'idée et le modèle de cette poésie eow\v\\a\^

' AtheB., Xiy, 623.

ToMsJL

1 8 f;c>.ob

qu'Anacréon devait à son tour cultiver avec tant de succès. Dans sa jeunesse notre poète aurait quitté sa ville natale en compagnie de ses concitoyens et serait allé se fixer avec eux dans la cité lointaine d'Abdère, sur les côtes de la Tlirace. C'était pour échapper à la domination de Cyros, quand le lieutenant de ce prince, Harpagos, s'empara de Téos vers Tan 545. On a quelquefois contesté ce voyage d'Anacréon pour des raisons que nous verrons plus loin. Cependant on rencontre sous son nom dans V Anthologie une épigramme funéraire, qui semble inspirée précisément par son séjour dans ce pays étranger, si toutefois cette épigramme est authentique. Les nouveaux venus avaient à combattre les indigènes : un des leurs tomba dans une de ces rencontres, et Anacréon, pour honorer sa tombe, aurait composé ks vers suivants :

Toute la ville d'Abdère a poussé dos cris de deuil autour du bûcher du vaillant Agathon qui est mort pour la défeudi-e : jamais guerrier plus brave et plus beau n'a été enlevé par l'implacable Ares dans l'ouragan de la mêlée *. •

Il y aurait encore parmi les fragments du poète d'autres témoignages de son séjour dans cette région militante. Il est question d'un bouclier jeté sur les bords d'un fleuve 2: mais le peu qui reste du texte ne permet pas de dire si le poète parlait en son propre nom, comme ses devanciers Archiloque et Alcée. Un second passage paraît plus clair : « Pour moi, dit-il, je fuyais à mon tour comme un coucou '^. » Mais s'agit-il d'une vraie bataille? Le morceau qui porte le plus sensiblement la manque du pays, c'est cette allégorie :

Jeune cavale de Thrace, pourquoi, me regardant de travers, fuis-tu impitoyablement et parais-tu ne pas savoir que je suis habile cavalier? Sache-le pourtant, je pourrais bel et bien te mettre le frein et, la bride en main, te faire tourner autour du terme de la carrière. Mais maintenant tu pais dans la prairie et tu Joues bondissant légèrement, car il te manque un cavalier habile *i

' Bergk, Lyrici graeci, 100.

2 Frag. 28.

=* Frag. 29.

'^3ra^. 75 i

Quoi qu'il en soit, si réellement Anacréon fit avec ses coniiiatriotes le voyage d'Abdère, il séjourna assi^z longtenii)s dans ce pays, puis([u*on ne le retrouve à Sainos qu'au (!omniencein(»nt de la tyrannie de Polycrate. Comment la connaissance s'éUiit-i»lle faite entre le tyran et le poète? D'où étaient nées ces relations qui paraissent avoir été si intimes? On ne trouve à ce snjet qu'un renseignement assez obscur par suite du mauvais état du texte. C'est un passage du rhéteur Himérios que Ton peut entendre de deux manières différentes. Suivant les uns, le sens serait que Polycrate appela Anacréon pour en faire le précepteur de son fils ; suivant les autres, ce serait le père même de Polyjîrate qui aurait confié au poète l'éducation du futur tyran *. Anacréon précepteur ! Cela nous semble, à nous modernes, un titre de vaudeville, mais pour les anciens la chose n'avait rien d'extraordinaire. Ils considéraient la poésie comme le plus parfait ou plutôt comme runi([ue instrument de culture intellectuelle et morale. Nous avons vu le rôle pédagogique qu'elh^joua chez les Spartiates ; pendant longtemps elle restera chez toutes les races de la Grèce la base solide et gracieuse de toute éducation. Au siècle suivant, c'est encore un poète, Phormis, général distingué d'ailleurs, que le tyran Gélon chargera diUever s<^s enfants.

Cependant le renseignement d'Himérios ne fait ({ue recider la

difficulté; il ne nous apprend ni comment ni à (fuelle ép(K]ue le

nom d'Anacréon vint à la connaissance de Polycrate ou de son

père. Il est peu probable que ce nom ait pris son essor d'Abdère,

une ville si lointaine et tout à fait perdue dans liîs régions bar^

bares du Septentrion. Ce qu'il est plus naturel de supposer, c'est

que de bonne heure, avant l'exode des Téiens, Anacréon s'éUiit

déjà distingué par son talent poétique. Téos n'était pas loin de

Samos, elle se trouvait au fond du golfe même à l'entrée duquel

l'Ile est situéeé L'écho des vers d'Anacréon pouvait aisément

s'entendre de Tune à l'autre. Quand, plus tard, le jeune poète

partit pour Abdère, son souvenir resta dans le pays natiil, ses

chants continuèrent d'y retentir, et c'est ainsi que Pol} crate ou

peut-être même son père se trouva conduit à inviter à sa cour

un talent qui devait en être le principal ornemeul.

Himérios est le seul ancien qui nous parle de œs fonctions d: précepteur. Mais ce qui ressort de tous les autres témoignage-' c'est qu'entre le tyran et le poète régnait l'amitié, la confian • la plus intime. Anacréon n'était pas comme tant d'autres artisl»:' qui, la muse envolée et le lutli remis dans son étui, redesce:^ dent au rang des plus simples mortels. Tout indi([ue au contrai:: qu'il fut un homme charmant, d'esprit agréable et de cons ! excellent. Les succès qu'il obtint ailleurs qu'à Samos, dans un société plus fine, plus délicate peut-être encore, à la cour des fi! de Pisistrat'j, parmi les familles aristocratiques d'Athènes, son une preuve de son amabilité, de son tact. Un homme qui sai gouverner sa barque au milieu d'écueils si nombreux, peut fot bien à l'occasion donner un bon avis môme au pilote d'un puic sant État. C'est précisément le service qu'aurait rendu notr poète au tyran. Polycrate se servit fort utilement d'Anacréon dit Élien dans le chapitre où il passe en revue tous les homme qui furent les conseillers de personnages illustres *, et ce qii confirme ce témoignage, c't^st qu Hérodote montre le poète assi à côté du tyian, quand celui-ci donnait ses audiences 2. Pohcral avait des goûts littéraires, il réunit de^s livres 3. On peut aisi ment supposer qu'Anacréon ne fut pas sans influence sur 1 développement de ces goûts et que, si des livres furent acheté: c'est lui qui en avait signalé le mérite. L'action d'Anacréon f 1 probablement plus puissante encore sur le caractère du tyra:i On sait ce qu'était Polycrate et (juelle violence il y avait danse tempérament de tyran. La muse du poète serait surtout inte: venue pour apaiser; elle charmait la béte féroce, elle Tenguir landait de roses et l'endormait au son de sa lyre harmonieus. Voilà du moins ce que raconte Maxime de Tyr. Pour prouva] que la musique a sur le caractère d'un gouvernement l'influenc la plus heu)'euse, cet auteur rappelle les sauvages Béotieîl adoucis par la flûte de Pindare, les Spartiates réveillés par Tyi tée, les Argiens par Télésilla, les Lesbiens par Alcée, et (Te! ainsi, continue-t-il, qu'Anacréon apprivoisa Polycrate et le rea dit plus doux pour les Samiens, tempérant sa tyrannie iKir 1

1 HLst. var., XII, 7.

2 HÉROD., in, 121. '

3 Voir t, I, p. 307.

leveluixî de Smerdiès, par rcimour tic Cléobulo, par la llrtte de îalhylle et la inusuiue ionienne *.

Los couleurs de re Ubleau, sans doutn, ont ét(' pris(;s t;iir la

aleltede la rhétori<[ue, mais rim n'rinpr'chc de croire «[iic sous

l&js détails enjolivés de mignardise il y ait un fond de vi'rilé. A

faveur des distractions charmantes (iu(* lui apiK)rtait la nuise TAnacréon, il put se glisser dans Tàme du tynin des sentiments le bienveillance auxquels elle fût restée peut-<Hr(^ toujouis fer- ^m»e sans ce potHi(iue intermédiaire. Nous avons eu l'occrasion !?. parler de la cour de Polycrate et des beaux adolescents (luc ce rince y avait rassemblés 2; nous avons dit avec ([uel enthou- •iasme ïbycos chanta leurs charmes et ({uels hymnes [)asilonnés il fit rctentir en leur honneur. La muse d'Anacivon /inspira des mêmes sujets, mais fit usage d'une forme plus {simple, la forme monodique des Éoliens. Les noms de(ïuel((ucsùns de ces favoris sont venus juscjuà nous : le plus populaire jâajourd'hui est Bathylle. C'est le seul (pii soit nomuié dans c(î f;u'on appelle les pièces anacréon tiques; c'i^st éj^^ahîmcut io seul r^uHorace ait cité, et pourtant ce nom nii ligure dans aucun ^'cs fragments (jui nous restent du poète. Un ])assagc d'Horace donnerait à entendre qu'il ne figurait pas même dans les (euvres complètes 3. Anacréon dut chanter le bel enfant sans le nonuniu*. Il y avait 1î\ sans doute une précaution dont la raison ne* s'est tmnsmise, mais se devine assez facileuKMit. C'était par sii [itansc et son habileté sur la flûte (|ue et* IJathylle avait iharmé Anacréon: à lui sans doute s'adn^ssait ce fragment :

Qui donc, tournant son cœur à l'aimable joie, danse au son gracieux ^c!cs petites flûtes * ?

Nous sommes mieux renseignés sur l(\s aulnes favoris du )oète : il nous est venu des grammairiens ((uel(|ues liistori 'lies [qui, toutes frivoles qu'elles sont, éclairent de (piehpie jour la

• Maximk de tyr, xxxvni.

2 Voir t. r. p. ?.i3.

3 ilORACR, Épod. XIV, 9 :

Non aliter Samio dicunt arsisse Balhyllo,

Anacréon ta Teium.

Ce mot dicunt semble indiquer qu'on ne savait alors que par ouï-dire quelles étaient les pièces que le poète avait consacn^esà BalhvUo. « Frag. »o.

chronique galante de cette cour de Samos. Un des plus jolis fragments est celui d'une prière que le poète adresse à Dionysos :

maître, maître avec qui jouent le jeune dompteur Éros et les nymphes aux yeux noirs et l'étincelante Aphrodite, toi qui vagues sur les sommets des hautes montagnes, viens à nous bienveillant, écoute avec complaisance une prière. Sois pour Cléobule un bon conseiller, que grâce à toi, il accueille mon amour, ô Dionysos* I

Ce Cléobule que le poète retrouvait à la cour de Polycrate et qui semble lui avoir inspiré rafï'ection la plus vive, dont il disait lui-même :

J'aime Cléobule, je suis fou de Cléobule, c'est Cléobule que cherchent partout mes yeux^ ;

on contait sur sa première rencontre avec Anacréon une anecdote singulière : un jour sur la place du Panionion, le poète ivre et litubant sous sa couronne de fleurs, avait heurté une nourrice qui portait sur le bras un petit enfant et même, non content de cette première inconvenance, il s'était mis à invectiver le nourrisson lui-même. Sur quoi la nourrice, sans autrement se fâcher, aurait souhaité qu'un jour l'insolent comblât Tenfant d'autant de louanges ((u'il venait de lui dire dïnsultes. Le vœu fut accompli : l'enfant devint Cléobule, celui-là même dont raffolait le poète et dont les beaux yeux, dit Maxime de Tyr, remplissaient tous ses vers 3. Il paraît que le jeune homme à son tour rendait dédain pour dédain, s'il faut en croire ces vers (^ui doivent avoir été faits pour lui :

Enfant au regard de vierge, c'est toi que je poursuis, et tu n'y fais pas attention, ne voyant pas que tu es le cocher de mon âme *.

On trouve encore nommé dans les fragments un Mégistès et aimable adolescent, qui se couronnait d'osier et buvait du vin doux comme miel^ ». Anacréon l'aimait sans doute pour sa

• Frap. 2.

•'» Maxime de Tyr, VUl, 96.

* FrsLg, 4.

^ Fraff. 4i.

bonté: « Je déteste, disait-il, tous ceux qui ont un caractère fourl)e et difficile. Mais je sais, Mé^st<>s, que tu es de ceux qui sont simples *. » Ce Mégistès était peut-<Mn^ ciuelciue chose de plus qu'un beau garçon; le poète paraît être resté en relation a\ec lui. Après la chute de Polycrate, Tile fut en proie à Tanarchie; Anacréon, môme à Athènes où il s'était retiré, souffrait de cxîtte décadence d'un pays qu'il avait vu si fforissant, et c'est à M(''f(islès qu'il confiait ses inquiétudes :

Dcîs parleui's gouvernent l'île, Mé|<istès, et la ville sainte des nymphes (Sanios) *.

Il y avait encore Leucaspis pour qui Anacréon touchait sans doute les vingt cordes de la magadis dont il lui parle 3 ; Simalos qui portait dans les chœurs une belle lyre *, et surtout Smerdiès pour qui le poèt(* faillit se brouiller avec le tyran. C'est peut-éti'c de tous ces jeunes gens celui qu'il préférait; c'est lui qui lui inspira ces beaux vers :

Éros m'a frappé de nouveau avec sa grande cognée, comme un forgeron, et m'a baigné dans le torrent d'hiver'.

Mais Smerdiès était également le préféré de Polycrate : c'est lui dont le roi d'Egypte, Amasis, mettait la possession au rang des plus hautes faveui's que la fortune eût faites au tyran ^. Il était thrace, de race royale; pris par des Grecs, il avait été envoyé en présent à Polycrate, et celui-ci, ravi de sa beauté, l'avait comblé d'or. Le poète ne pouvait donner que des vers, mais c'étaient des vers d'Anacréon. Il céh'hra sa belle chevelure blonde 7, et Smerdiès ne fut pas insensible à ces él()g(\s, Umt (*t si bien qu'un beau jour, pour humilier le jeune homme et vexer le poète, Polycrate fit raser Smerdiès. Anacréon comprit : au lieu de s'en prendre à l'auteur, il eut l'air de croire (]ue c'était Smerdiès lui-même qui s'était coupé les cheveux par caprice,

' Frag. 74.

2 Frag. 16.

5 Frag. 18.

* Frag. 22.

• Frag. M.

« Maximb de Ttb, XXXV, 2.

■ Frag. 4D.

par sotlise, ot il lui on fit reproche ^ La Ibncliun de poète -de cour à Samos, toute brillante qu'elle fiM, avait donc son revers; d'un moment à l'autre la bcMe jxunait sortir ses grilles. 11 fallait alors (h la pn-seiicc» d'esprit et iM^uicoup de tact. C'était un [mui la situaliou i\v Voltaire près do Frédéric II. Anacréon s'en est lin'' plus à yi\ j'Ioirc : il est vrai (]ue Polycrate ne faisait pas de vers. II y eut (iuehiu(^s brouilles, sans doute, mais elles furent ' passagères, la nmse et l'esprit aimable, souple, du poète remet- ■ tfiient vite les choses; cette histoire de Smerdiès en est la preuve. ; Ce qu'elle prouverait encore, c'est (lue tous ces éloges, tous \ cx>s complimcMits adressés par le poète aux beaux adolescents, j n'étaient au fond qu'un badinage d'aimable galanterie. Tout au î plus y frisait-il la passion, et jamais sa muse n'en eut les ailes sérieusement brûlées. Dans tous ces petits poèmes, c'étaient les plaisirs de Polycrate et non pas les siens que chantait Anaci*éon« ^ Tl loue, il flatte, il encense les favoris du tyran; ainsi nos poètes .^ au XVI®, au wu^- siècle, MallierlM», par (»xem[)le, faisaient des madrigaux pour les maîtn^sses du roi. C'est un métier [)eu •• digne sans doute; Anacréon du moins y porta de la gnlcect;, même du naturel. Sans aimer la beauté avec Tenthousiasmé ■' dlbyros, il se plaisait au milieu de cette jeunesse 2, il aimait:; jouer avec elle, il savait lui [mrler, la prendre. « Les jeunes J enfants devraient m'aimer, dit-il, car gracieux sont mes chants '; et gi-acieuses les paroles que je sais dii^^ 3. » On le voit d'ici, c6 ; charmeur, la chevelure parfumée, la barbe soyeuse, le feu dans j le regard et le sourire sur les lèvres, papillonnant autour de .^ ces adolescents, folâtrant avec eux, s'occupant de leur parure, trouvant pour les peindre dans leur naïf étonnement de charmantes images, comme lors:pril compure l'un d'eux, nouveau, venu sans dout(\ à un jeune faon abandonné dans la forêt par : sa mèr(^ et s'eiïarouchant^. Quelquc.'fois pourtant, il n'était i)as ;'

Tl • Frag. i48. Voir ï:ME>f, Hist. Far., IX, 4 ; Maxime de Tyr, X.VVI. J

- Une coupe de Vu Ici, au Brilish Mus., représente précisément le poète cou- j ronné de feiiillago jouant de la lyre devant deux jeunes gens qui viennent à 8a ■ rencontre en l'acclauiant. Devant et derrière le poète on lit : 'Avaxpswv x«X^« A v. jAHîi, ûher DurHellungen griech. JJichter auf VasenhUdern dans \QsAhluina» j\ lunr/en philol. hist. Classe lier k. siich. (JeseKsnhafl der Wissewchaften, 18M, ', p. iî96, lab. 111, n» 1.

•1 Fra/,'. 45. '

^ Frag. SI. Horace devait avoir cette jolie imatgft àftvaTvVVvi^-^^viy-daos Od. I, M.;,^

L4 POÉSIE LYRIQUE DANS LES COURS : ANACRÉON écoulé, et c'est ainsi qu'il disait à l'un de ces dédaigneux :

Pourquoi t'envoies-tu si rapidement, ayant parfumé ta [uiitrim' plus ^creuse qu'une syringe • ?

Une autre lois il veut aller se plaindre jusiju'au v'ivï :

Je vole à TOlympe sur des ailes légères, aupn'^s d'Éros. Car l'enfant ic veut pas jouer avec moi '.

Telle était cette vie mondaine, ce gai mélange de festins, de jeux, de chants, de compliments, d'hommages en vers, (lu'Anarréon exprimait par ces mots f^^av, auvrjSàv 3, qui reviennent sourent dans ses fragments. C'est à peu [>rès TniuivalcMit di^ l'ex- )ression italienne flforfcrc to vila, iou'ir la vie, (pie Malherbe essaya le franciser, et qui peint d'une manière charmante l'existence îonmie l'entendent ces heureux enfants du soleil et d(» la nmse. Tout cela encore un;? fois, ce n'est pas de l'amour, mais de la (galanterie avec une pointe de s;.'nsualité grec(pie. Kt ('('i)en(lant, jsi nous avions ces poésies, il est probable (juc nous y trouverions )liis d'une sage pensée, i)lus d'un conseil prudent. Tout en fflattant ces têtes aussi légères ([ue belles, Anacréon savait l(^s ivertir. Dans cette cour brillante où tant de rivalités s'agitîiient, )ù tant d'oreilles étaient à l'alïïït et tant de langu(»s vn mou ventent, c'était chose facile de se compromettre: im mot, un geste. m regard suffisait pour perdre la faveur du maître. Anacréon >lus d'une fois sous le compliment dut glisser le conseil; honmie dmable et d'exp^'rience, il voyait l'écueil et le signalait à l'im- »rudent. Sans prendre l'air magistral d'ini nuMïtor. il en faisait ^la fonction. Il était à la fois l'admirateur vl hi giiidiMh» ces beaux [étourdis. Faut-il aller plus loin et, comme certain rbiHeur *. voir lans Anacréon un prédécesseur de Socrate, un bonune épris de ^perfection morale et pour (jui la beauté physiipie n'eut été (jue le gracieux symlx)le d'une àme belle et\ertueuse?Non, ce serai m anachronisme et, qui pis est, un conln^.-sens, malgré certain Lssage de Platon même, ([ui semblerait autoriser cette opinion^.

* Frag. 9.

2Frag. 24.

3 Par exemple frag. 44.

* Maxime db Ttr, XXIV, à la fln.

* Plàt.j Phàire, p. 704. 8.

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