ANNEXION DE L'ILE RURUTU A LA FRANCE
La France désirait vivement transformer en annexion le protectorat qu'elle avait établi le 27 mars 1889 sur l'île Rurutu. Consultés à plusieurs reprises les habitants avaient répondu évasivement tout en protestant de leur sympathie pour le gouvernement français. Ils se trouvaient bien comme ils étaient et ne voulaient pas perdre leur indépendance. Mais il arriva qu'en 1899 et au commencement de 1900 des bruits coururent qu'il y avait de nombreux cas de peste à San Francisco. Immédiatement le gouverneur de nos colonies dans l'Océan Pacifique oriental interdit aux navires étrangers l'accès des ports des Établissements français de l'Océanie. Cet arrêté atteignait les indigènes de Rurutu placés seulement sous notre protectorat et leur causait le plus grave préjudice : la population n'avait pour ressources que le commerce qu'elle faisait et fait encore avec Tahiti et les Tuamotu. En voyant tarir la source de leurs revenus et à cause aussi, il faut le dire, des ennuis que les douanes françaises leur causaient continuellement les habitants de Rurutu, leur roi, sa sœur et les principaux chefs se décidèrent à solliciter l'annexion de leur île à la France. Le gouverneur l'accorda et se rendit avec un bâtiment de guerre à Rurutu où ilprocéda à la prise de possession ainsi que le constate le Procès -Verbal suivant:
Cejourd'hui, vingt-cinq août mil neuf cent, à neuf heures du matin, M. Gallet, Gouverneur des Établissements français de TOcéanie, accom-
pagné de M. M. de Fauque de Jonquières, lieutenant de vaisseau, commandant l'aviso-transport « Aube »,de Pous, Commissaire-adjoint des Colonies, Chef du Service Administratif, Charlier, Procureur de la République, Chef du Service Judiciaire, Monier, enseigne de vaisseau, Labruyère, commissaire de l'a Aube )),Nougué, lieutenant de Gendarmerie, officier détaché, Pia, Agent spécial, Sue, interprète du Gouvernement, est descendu à terre à Rurutu pour arborer sur cette île le pavillon français.
La compagnie de débarquement de l'a Aube », commandée par M. Monier, enseigne de vaisseau était rangée devant la maison du Roi entourant le mât en tête duquel flottait le pavillon du Protectorat.
Le Gouverneur, après avoir prononcé une allocution devant la population assemblée, s'est rapproché du mât de pavillon et a annoncé solennellement que, sur la demande du Gouvernement et de la population et en vertu des pouvoirs qui lui ont été conférés, il prenait possession de l'île et de ses dépendances au nom de la France.
En conséquence, il a ordonné que le pavillon du protectorat soit amené et que le pavillon français soit immédiatement arboré ; à ce moment, la compagnie de débarquement a présenté les armes et le clairon a sonné au drapeau.
Dès que le drapeau de la France est arrivé en tête du mât, il a été salué par 1' « Aube » d'une salve de 21 coups de canon aux applaudissements enthousiastes de la population.
Fait à Rurutu, les jour, mois et an que dessus.
Signé : G. Gallet, De Fauque de Jonquières, De Pous, Charlier, Monier, Larruyère, Pia, Sue.
Avant de céder pour toujours leur pays à la France, les habitants de Rurutu avaient demandé qu'il leur fût permis de conserver leurs lois et les représentants du gouvernement français s'étaient engagés à les maintenir sauf quelques-unescependant qu'ils jugeaient indispensable de supprimer ou de modifier. Le code de l'île fut donc laissé en vigueur, à l'exception de certains articles qui, trop en contradiction avec la législation française, furent améliorés ou changés. Ils le furent toutefois si peu que le code de Rurutu reste pour ainsi dire presque intact et n'a rien perdu de son étrangeté primitive. Et c'est ce qui m'a déterminé à publier ce curieux
document inédit jusqu'à ce jour. J'ai pensé que les jurisconsultes liraient probablement avec intérêt ces lois d'une des îles les plus petites et les plus reculées du globe. Je les donne in extenso et j'ai respecté même les incorrections françaises de la traduction,