‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 15 sur 124 · Gook, Premier Voyage, t. II, p · texte numérisé non relu

Gook, Premier Voyage, t. II, p

publier une carte exacte et détaillée. La première relâche de l'illustre navigateur anglais à Tahiti fut donc extrêmement féconde en résultats scientifiques.

Le 9 juillet, au moment où il se disposait à partir, deux jeunes soldats de marine désertèrent à l'intérieur afin de rester dans l'île. Cook n'hésita pas à s'emparer de Tutaa, de Berea et de plusieurs autres chefs pour contraindre les naturels à lui ramener les déserteurs, ce qu'ils firent en effet. Ces moyens extrêmes auraient peut-être bien pu avoir des conséquences fâcheuses pour les Anglais; cependant il n'en fut rien; ils se réconcilièrent avec les insulaires, et Tupaià, grand prêtre de l'île et ancien conseiller de Berea, fut, sur sa demande, autorisé à suivre les étrangers dans leur voyage d'exploration. Le 13 juillet 1769, dès la pointe du jour, l'ancre fut levée et le vaisseau partit de Tahiti.

Il vogua vers la petite île Tetua-Roa, terre basse et sans habitants; elle n'était visitée seulement, au dire de Tupaia, que par des pêcheurs tahitiens. h'Endeavour laissa au S.-O. Tubuai-manu 1 et se dirigea sur Huahine. Le roi et la reine de cette île vinrent à bord. Les objets européens les frappèrent d'étonnement. Le roi, qui s'appelait Ori, proposa à Cook de changer de nom avec lui ; c'était, selon l'usage polynésien, contracter des liens d'amitié. Le capitaine anglais ayant consenti à cet échange, Ori s'appela ensuite Couki et parut très satisfait. Ses sujets se montrèrent aussi voleurs que les Tahitiens; en revanche, ils étaient plus hardis et moins curieux.

Puis Cook fit voile vers Raiatea^. Les indigènes abordèrent V Endeavour sur deux pirogues. Chacune d'elles portait une femme et un cochon, qui furent offerts ensemble aux Anglais. Ceux-ci prirent les animaux et renvoyèrent les femmes

1. Le vrai nom de cette île est Tapuae-Manu, ou mieux encore Maiao-iti.

2. Il l'appelle Ulietea. Ce célèbre navigateur n'a jamais pu, comme beau- ■coup d'Anglais d'ailleurs, saisir convenablement la prononciation polynésienne; presque tous les noms de cette langue sont estropiés par lui.

avec des clous et des petits objets européens. Ensuite le naturaliste Banks et son ami le docteur Solander, un savant suédois, descendirent à terre et visitèrent un marae différant comme construction de celui de Papara. Etant entrés dans une case, ils remarquèrent un modèle de pirogue, auquel des mâchoires d'hommes étaient suspendues ; Tupaia leur expliqua que c'étaient des mâchoires de naturels de Raiatea massacrés par ceux de Bora-Bora, conquérants de cette île. Tupaia pouvait renseigner les Anglais puisqu'il y avait été autrefois propriétaire et que c'était le roi Puni qui l'avait dépouillé de ses terres. Presque tous les anciens chefs de Raiatea et de Tahaa avaient été dépossédés lors de la conquête et les indigènes qui n'avaient pas voulu se soumettre aux vainqueurs s'étaient vus contraints de s'exiler à Huahine ou à Tahiti; Tupaia se trouvait parmi ces derniers. Cependant Ururu, l'ancien grand-chef de Raiatea, n'avait pas perdu son titre et les privilèges religieux qui y étaient attachés; il gouvernait le district d'Opoa, mais seulement celui-ci ; son pouvoir ne s'étendait plus sur toute l'île; des chefs de Bora-Bora commandaient aux autres districts ^ Un légat du roi Puni gouvernait l'île Tahaa dont les malheureux habitants étaient tombés dans une véritable servitude.

Cook s'en alla, et, le 27 Juillet, il était en vue de Bora- Bora, lorsqu'il fut repoussé par le vent sur la côte méridionale de Raiatea. Banks et Solander descendirent encore à terre et furent bien accueillis par les insulaires, qui leur donnèrent des fêtes. Le roi Puni, de Bora-Bora, se trouvait alors dans l'île. Il envoya aux Anglais des présents consistant en cochons, volailles, fruits et pièces d'étoffes. En même temps il leur faisait dire qu'il irait les visiter le jour suivant. Mais il ne vint pas et se contenta d'envoyer trois belles indigènes chercher les cadeaux des étrangers en échange des siens. Cook se décida alors à se déranger, car il voulait

1. G. FoRSTER, A Voyage round Ihe World, t. I, p. 392 et 402.

l'archipel de la société 65

contempler les traits de ce conquérant célèbre. Il se rendit auprès de lui ; mais il ne vit qu'un vieillard cassé, à demi aveugle et stupide ; il fut très désillusionné. Le capitaine anglais quitta l'île le 9 août et poursuivit son voyage autour du monde.

L'archipel de la Société continua à rester calme pendant encore plusieurs mois; puis une nouvelle guerre éclata dans l'île de Tahiti. Elle fut causée par l'ambition de Tutaa qui voulait étendre sa domination sur tous les districts de cette île. 11 ne pouvait plus maintenant souffrir l'indépendance de Veiatua , grand-chef de Taiarapu. L^n formidable combat naval fut livré devant cette presqu'île^ mais il resta indécis (1770)^. Cet échec refroidit l'ardeur de Tutaa et celui-ci remit à plus tard une nouvelle entreprise.

Deux années s'écoulèrent. En 1772, les Tahitiens reçurent la visite d'Européens appartenant à une nation qu'ils ne connaissaient pas encore. Voici comment. Le gouvernement espagnol avait résolu de fonder un établissement à l'île de Pâques que certains de ses nationaux avaient visitée au mois de novembre 1770. Pour mettre ce projet à exécution, il avait fait armer la frégate de guerre Santa Maria Magdalena, autrement dit la Aguila^ et en avait confié le commandement au capitaine Don Domingo Bœnechea. Celui-ci allait partir, lorsque le vice-roi du Pérou, Don Manuel de Amat, reçut du gouyernement espagnol une dépêche qui l'informait de la découverte de Tahiti- par les /anglais et lui ordonnait de faire explorer cette île. Le vice-roi tint la nouvelle secrète et se contenta de remettre à Bœnechea un pli cacheté qu'il ne devait ouvrir qu'en mer à une distance de dix lieues de la côte d'Amérique. Le 26 septembre 1772, à deux heures du soir, la frégate sortit du Callao, ayant à son bord deux religieux missionnaires, le Père Juan Bonamo, Italien, et le Frère Joseph Amich, Catalan, qui

1. WiLSON, A niissionary voyage, etc. Preliminary discourse, p. 15.

Page 1