Ellis, Polynesian researches, t. I, p
position formidable commença à se manifester contre eux parmi leurs compatriotes de Bora-Bora ; mais ils n'en continuèrent pas moins leurs violences et, finalement, les chefs et une partie du peuple de cette île leur résistèrent ouvertement. Aussitôt le roi Tapoa rassembla une armée de près de quatre mille hommes, composée des naturels de Tahaa, de Raiatea, de Huahine et même de Tahiti; puis il s'embarqua sur des pirogues et partit avec elle pour Bora-Bora. Les habitants de cette île ne tentèrent pas de lui disputer le passage de la mer ; ils ne le pouvaient pas, ils n'étaient pas assez nombreux : leur petite armée ne s'élevait pas au-dessus de neuf cents hommes. Ce fut donc en toute tranquillité que celle de Tapoa accomplit sa traversée de Raiatea à Bora-Bora. Son débarquement ne fut pas non plus inquiété, et il aurait peut-être pu l'être : il s'opéra dans la baie d'Anao située sur la côte est de Tîle. Les guerriers de Bora-Bora avaient fait quelques préparatifs de défense ; ils avaient construit des fortifications sur leslieux par trop faciles à enlever. Les assaillants essayèrent de les prendre d'assaut et ne parvinrent pas à les emporter; ils furent repoussés et perdirent un Anglais qui servait dans leurs rangs. Alors, comme pour passer leur colère, ils allèrent dévaster les cases de la baie de Fanui. Mais, tout à coup, les guerriers de Bora-Bora firent une sortie, tombèrent sur eux, et il s'ensLiivit un combat dans les plaines de Tahu-Ruai. Après une lutte acharnée, Tapoa et son armée subirent une défaite si complète qu'ils durent abandonner immédiatement leur entreprise et retourner sur leurs pirogues à Raiatea '.
Cette désastreuse expédition n'ébranla pas la domination de Tapoa sur les autres îles Sous-le-Vent : il conserva son royaume de Tahaa et ses possessions de Raiatea et de Hua-
1. MoERENHOUT, Voyages aux îles du Grand Océan, t. II, p. 511 et512. — Du- MONT D'Urville. Voyage pittoresque autour du monde, t. I,p.540. — Il est évident que les récits de ces deux auteurs, malgré leurs variantes, font allusion aux mêmes événements; ils se complètent l'un l'autre.
hine qu'il gouvernait personnellement, ou par l'entremise des rois et des chefs de ces îles. En effet, il paraît résulter de plusieurs renseignements un peu postérieurs seulement à ces événements^, que lors de la conquête de Raiatea et de Huahine, Tapoa avait respecté la souveraineté de leurs rois et de la plupart de leurs chefs. C'est ainsi que Tamatoa continuait de régner à Raiatea; mais, comme Tapoa y demeurait également, malgré la proximité de son île Tahaa, l'influence de Tamatoa à Raiatea était à peu près nulle; au contraire, celle de Teriitaria, roi de Huahine, était assez importante dans cette île. Tapoa, roi de Tahaa, se contentait de la suzeraineté qu'il exerçait sur ces monarques et sur les chefs placés au-dessous d'eux. C'était, en somme, le même système politique qu'aux îles du Vent.
Celles-ci ne se ressentirent pas de ces nouveaux événements et les Pomare ne furent pas inquiétés par Tapoa, leur rival en puissance; il y eut même échange de bonnes relations entre les deux gouvernements.
Le V janvier 1800, le missionnaire Harris quitta Tahiti; en revanche, son collègue Henry, accompagné de sa femme, revint dans l'île.
Le 5 mars de la même année, l'on commença la construction de la première chapelle du culte R^éformé ; celle-ci fut élevée auprès du tombeau de Lewis.
Le 10 juillet 1801, le Royal admirai ]eta l'ancre à Matavai, et débarqua, trois jours après, de nouveaux missionnaires.
Aucun indigène pourtant ne s'était converti. Les Tahitiens continuaient d'adorer leur grand dieu Oro. Sa statue se trouvait placée dans le marae d'Attahuru . Les naturels de ce district tenaient beaucoup à la conserver parce qu'elle leur assurait de nombreux privilèges religieux qui les protégeaient contre leurs ennemis. Pomare P'' et son fils voulurent s'emparer de la statue du dieu; ils prétendirent que
1. Ce que le capitaine Turnbull a raconté avoir vu en 1802 lors de son passage aux îles Sous-le-Vent.
celui-ci leur était apparu en songe et leur avait ordonné de le transporter à Tautira dans la presqu'île de Taiarapu. Rua et les autres chefs d'Attahuru refusèrent de livrer l'idole. Tout à coup Pomare 11 la fit saisir par ses partisans et porter dans la pirogue royale. Les gens d'Attahuru ne s'attendaient pas à cette violence : ils ne purent se défendre. Pomare II mit aussitôt à la voile et se rendit à Papara. Mais Oro pouvait être irrité de ce changement de résidence, et, pour l'apaiser, Pomare II accomplit un sacrifice humain : à défaut d'un prisonnier il immola un de ses serviteurs ^ Tel fut le commencement de la longue guerre de Rua (Te Tamai-ia Rua), du nom du principal chef de la résistance.
Les naturels d'Attahuru envahirent le district de Tettaha, en tuèrent les habitants et brûlèrent toutes les cases. Rua et ses guerriers surprirent Pomare à Tautira, lui infligèrent une sanglante défaite, et reprirent la statue du dieu Oro. Le roi fut contraint de se retirer à Matavai.
Sa position était critique ; il voulait se réfugier dans l'île Eimeo. Les missionnaires l'empêchèrent de quitter Tahiti. Ils espéraient que ses revers ne continueraient pas et ils avaient intérêt à conserver auprès d'eux un prince qui les avait toujours protégés. Ils relevèrent son courage et lui montrèrent l'exemple. Ils construisirent des palissades aux alentours de la Mission, et, par prudence, démolirent la chapelle. Alors Pomare P*" rassembla de nouveaux hommes, puis il attendit l'occasion d'agir.
Elle se présenta en avril 1802. A cette époque, les guerriers d'Attahuru commirent l'imprudence d'aller tous à Taiarapu, laissant ainsi leur district ouvert à l'ennemi. Aussitôt Pomare I*"" y entra et massacra les vieillards, les femmes et les enfants. En cette circonstance, le Suédois André Lynd se rendit complice d'une foule d'atrocités.
Les guerriers d'Attahuru se préparèrent à de nouveaux
1. MoERENHOUT, Vogaçes aux îles du Grand Océan, t. II, p. 430 et 431.
l'archipel de la société 113
combats. Voyant cela, les missionnaires résolurent de faire soutenir par des Européens la cause de Pomare V. Ils s'adressèrent au commandant du navire anglais le Nautilus, qui -venait d'arriver à Tahiti. Sur leur demande, le capitaine Bishop consentit à appuyer, avec une partie de son équipage, les troupes de Pomare. Celui-ci partit donc avec son armée €t un groupe d'Anglais composé du capitaine Bishop, d'un officier du Naulilas et de vingt-trois marins. Un seul missionnaire se joignit à eux, mais ce fut en qualité de chirurgien; les autres restèrent à Matavai.
La rencontre eut lieu dans le district d'Attahuru le 3 juillet 1802. Des deux côtés on se battit avec fureur; mais les auxiliaires de Pomare étaient munis de fusils et de pistolets; ils avaient en outre une pièce de canon du calibre de quatre; les gens d'Attahuru ne purent tenir contre la supériorité des armes européennes : ils furent vaincus et perdirent dix-sept guerriers parmi lesquels le chef Rua. Un groupe de naturels de Papara qui rejoignait ses alliés d'Attahuru fut entièrement détruit le même jour^
Pomare offrit la paix : ses ennemis la refusèrent. Toutefois il y eut une suspension d'hostilités en août 1802. Le 19 du même mois, la Vénus étant arrivée, le Naulilas s'en alla. L'archipel redevint alors à peu près calme, sauf à Eimeo où il y eut des révoltes. Pomare y gagna une grande bataille dans laquelle périt un vingtième des rebelles 2.
En septembre 1802, le Margaret mouilla dans la rade de Matavai. Il avait à son bord le capitaine Turnbull. Celui-ci eut beaucoup de peines à se ravitailler, tant les vivres étaient devenus rares par suite de la récente guerre. De plus, l'île était en ce moment ravagée par d'affreuses maladies que les indigènes prétendaient avoir été importées par les Européens^.
1. MoERENHOUT, Voyages aux [les du Grand Océan, t. II, p. 438.— Ellis, Polynesian researches, t. I, p. 114 et 115.
2. MoERENHOUT, Voyagcs aux îles du Grand Océan, t. II, p. 440.