‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 29 sur 124 · Ibid., p. 90 et · texte numérisé non relu

Ibid., p. 90 et

Tahiti. Leur passage ne mériterait même pas d'être mentionné s'il n'avait été la cause involontaire d'un terrible accident. Les deux capitaines anglais donnèrent en présent à Temare, grand -chef de Papara, une certaine quantité de poudre de guerre. Le grain en était grossier et ce prince voulut en essayer la qualité ; l'un de ses serviteurs prit un pistolet, le chargea, et le tira trop près au-dessus de la poudre : aussitôtcelle-ci s'enflamma, une explosion formidable retentit, et six indigènes tombèrent grièvement blessés. Parmi eux se trouvait Temare. Celui-ci vécut encore quelques jours, en proie à d'abominables souffrances, puis, malgré les soins qui lui furent prodigués, il expira. Ainsi périt, victime d'un accident vulgaire, le fils d'Amo. Pomare II, qu'il avait adopté, hérita de son district, ainsi que de ses biens.

Cependant l'envahissement du district de Pare et le châtiment des voleurs avaient froissé dans son orgueil l'arii-rahi; ce district lui appartenait et les coupables n'avaient agi, au fond, qu'avec son autorisation. Profondément irrité, Pomare 11 écouta le grand prêtre Mani-Mani, qui depuis longtemps haïssait Pomare P'" et désirait venger de lui une offense personnelle : Mani-Mani proposa d'enlever tout pouvoir à Pomare P*" et Pomare II accepta.

Le 23 novembre 1798, après avoir fait un sacrifice humain, le roi et le grand prêtre entrèrent avec leurs partisans dans le district de Matavai. Ils tuèrent quatre habitants, proclamèrent la déchéance de Pomare P'' et se partagèrent le district de r ex-régent.

Le grand prêtre ne jouit que bien peu de temps de son triomphe: Pomare P'' envoya dire à sa femme Hidia de faire assassiner ce vieillard dangereux, et celle-ci, se rendant auprès de son fils Pomare II, réussit par ses prières à lui arracher son consentement à la mort de son ami. Ils ne tardèrent pas dans l'accomplissement de leur sinistre dessein. Le 3 décembre 1798, pendant que le grand prêtre passait devant le mont Taharaï, en allant à Pare, un serviteur d'Hidia

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se jeta sur lui et l'assassina K Avec Mani-Mani disparut le plus remarquable orateur, poète et savant indigène. Le résultat de sa mort fut une réconciliation complète entre Pomare I"' et Pomare II ; l'ex-régent rentra en possession de son district de Matavai.

Le 23 novembre 1799, il advint un événement déplorable. Le pasteur Lewis s'était épris d'une jeune Tahitienne et l'avait épousée malgré les remontrances des autres Révérends qui trouvaient répréhensible un mariage avec une femme non chrétienne. A la suite de cette union ils avaient cessé de fréquenter Lewis, sauf aux offices religieux. Ce dernier habitait assez loin une case située dans la partie orientale du district. Le 23 novembre, ses collègues le trouvèrent mort dans sa demeure, le front fracassé. Interrogée, sa femme répondit qu'il s'était tué dans un accès de folie ; mais plus tard on sut la vérité : le malheureux Anglais avait été assassiné.

Vers l'année 1800, il se créa dans un village de l'île Bora- Bora un parti soi-disant libéral ; il ne tenait pas compte des différentes classes jusque-là en vigueur chez les diverses peuplades de l'archipel de la Société : il traitait sur le pied d'égalité parfaite tous les indigènes, qu'ils fussent Arii, Raatira, ou Manahune. Un homme remarquable, Tapoa, neveu du fameux roi Puni, était le chef de cet original parti politique. Avec son concours, il soumit successivement les îles Tahaa, Raiatea et Huahine, et devint ainsi le roi le plus puissant des îles Sous-le-Vent. Lui et ses adeptes prêchaient la liberté et l'égalité ; mais ils les voulaient pour eux-mêmes, et non pas pour les autres. C'est du moins ce qui ressortait de leurs actes : ils pillaient le pays où ils abordaient, enlevaient aux habitants tout ce qu'ils possédaient, et en faisaient leur profit personnel. Tapoa avait fixé sa résidence à Raiatea, et, de là, il entreprenait ses rapines, avec l'aide de ses partisans. Leur avidité ne cessant de s'accroître malgré leurs gains, une op-

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