TuRNBULL, Voijage round the World, p. 321 et
2. Pomare I" était monté avec deux serviteurs dans sa pirogue afin d'aller visiter un navire anglais; durant le trajet entre le rivage et ce bâtiment, il sentit tout à coup une violente douleur dans le dos; il y porta la main, se leva vite, mais retomba sur le côté de l'embarcation où il mourut immédiatement. — TuRNBULL, Voyage round the World, p. 324.
quatre ou vingt-sept ans. L'épouse de Pomare II était fille de Motuaro, le défunt chef d'Eimeo.
A cette époque, Pomare II était roi des îles du Vent et des Tuamotu; presque tous les grands-chefs de districts le reconnaissaient comme tel. Mais son autorité n'était que celle d'un suzerain sur ses grands vassaux; ceux-ci la discutaient souvent, et la rejetaient parfois; il n'était obéi d'une façon absolue que dans ses anciens domaines héréditaires ; au dehors, il devait compter avec la puissance des chefs.
Vers le milieu de l'année 1807, le Suédois André Lynd mourut. 11 s'était rendu redoutable par son courage et son adresse.
La paix régnait depuis près de quatre ans, lorsqu'on juin 1807 Pomare II attaqua tout à coup, sans déclaration de guerre, le chef Taatarii, successeur de Rua*. Surprise à Panavia, l'armée de ce dernier subit une défaite complète : cent hommes furent tués, parmi lesquels les principaux chefs d'Attahuru ; néanmoins Taatarii parvint à s'échapper. Le roi se dirigea ensuite sur Papara, où commandait le grand-chef Tati. Averti à temps, celui-ci put s'enfuir avec son peuple dans les montagnes. Toutefois, durant cette nuit, beaucoup de vieillards, de femmes et d'enfants furent pris et mis à mort par les troupes de Pomare composées surtout de naturels des îles Sous-le-Vent. Celui-ci se rendit après par mer à Tautira (presqu'île de Taiarapu) où il offrit au dieu Oro un grand nombre de cadavres. \
Taatarii voulut avoir sa revanche : il réunit une troupe d'hommes et livra combat au parti de Pomare II. Dès le début de l'action, il fut blessé et réduit à se renfermer dans un petit fort que l'armée du roi assiégea immédiatement. A la fin de la journée le fort fut emporté d'assaut et Taatarii périt dans la mêlée. Les vainqueurs ravagèrent alors le district de Papara et massacrèrent tous les habitants qu'ils rencontrèrent. En cette circonstance la cruauté de Pomare II égala
1. MoERENHouT, Voyages aux (les du Grand Océan, t. II, p. 445.
l'archipel de la société 117
sa perfidie. Une maladie obligea enfin le roi à s'arrêter, et la guerre cessa.
Le 26 septembre 1807, les missionnaires perdirent leur président le pasteur Jefferson*.
Pomare II recouvra la santé. Enivré de ses victoires il se mit à gouverner despotiquement. Il commit en outre la maladresse de permettre à ses vaillants auxiliaires de s'introduire chez ses sujets et de s'y livrer à des actes abominables. Le joug devint intolérable, et, à l'occasion de l'enlèvement de la femme d'un nommé Metuave, Tahiti tout entière s'insurgea à la voix du grand-chef Pafai. Ainsi commença, en octobre 1808, la longue guerre de Hirahuraia ou Tire ~.
Après une série de défis et de combats, Pomare II fut vaincu le 22 décembre à Wapaïano, puis chassé de Tahiti et réduit à se retirer à Eimeo. Les vainqueurs occupèrent les districts de Pare et de Matavai; là, ils détruisirent l'établissement de la Mission.
Au milieu de tous ces troubles qu'étaient devenus les évangélistes anglais ? Ils avaient pris peur et s'étaient enfuis de Tahiti, sur une petite goélette, le 10 novembre 1808; ils avaient été se réfugier à Huahine.
Pomare II séjourna quelque temps à Eimeo; puis il fit une tentative pour ressaisir le pouvoir; mais il échoua et perdit vingt- quatre guerriers. Il se retira alors à Pare, et là, il attendit des renforts qui devaient venir des îles Sous-le- Vent, vassales de Tahiti au point de vue politique. En effet, il arriva des forces assez considérables commandées par Mahine, chef de Huahine; de plus, Patiti, Amore, Tanarai, Tiari, Ohai, guerriers célèbres des îles Tahaa, Raiatea et Bora-Bora, ainsi que les rois de ces îles, se joignirent à cette expédition.
A son approche, Pafai, Hitoti, Taute, et d'autres chefs
1. Lesson, Voyage autour du monde sur la corvette « la Coquille », t. I, p. 243.
2. MoERENHOUT, Voyaçes aux îles du Grand Océan, t. II, p. 448.
tahitiens mirent d'abord en sûreté à Haïna les vieillards, les femmes et les enfants ; ensuite ils continuèrent leur marche et se portèrent bravement à la rencontre des ennemis. Dès que ceux-ci parurent, un engagement eut lieu. 11 dura longtemps. Mais Patiti, Amore et tous les principaux guerriers de Pomare furent tués, et le parti de l'arii-rahi dut battre en retraite. Les chefs et les guerriers des îles Sous-le-Vent se rembarquèrent immédiatement et retournèrent chez eux ^ Pomare II fut encore une fois obligé de se retirer à Eimeo, après avoir perdu jusqu'à ses Etats héréditaires.
Ce nouvel échec découragea les missionnaires réfugiés à Huahine ; ils perdirent l'espoir de voir revenir la paix à Tahiti et de pouvoir y continuer leurs travaux évangéliques. Alors ils résolurent de s'en aller pour toujours de cet archipel inhospitalier : le 29 octobre 1809, ils partirent de Huahine et voguèrent vers Port-Jackson (Australie). Seuls, restèrent MM. Hayward et Nott. M. Hayward continua à demeurer à Huahine; M. Nott passa dans l'île Eimeo et se fixa auprès de Pomare II 2.
Quoique se trouvant dans la plus noire misère et en présence de périls continuellement renaissants (on tenta plusieurs fois de l'assassiner), ce missionnaire ne désespéra pas de son œuvre. La cause de Pomare II paraissait perdue aux yeux des plus clairvoyants; lui, n'abandonna pas le roi vaincu et resta à ses côtés : il le plaignit, le consola, et devint son ami. M. Nott n'oublia jamais le but qu'il se proposait d'atteindre, et, dans ses conversations avec le monarque déchu, il sut adroitement mêler à ses paroles d'encouragement quelques citations choisies dans la Bible, et de circonstance...
Au commencement de l'année 1810, l'autorité du roi était entièrement abaissée. Il chercha à la relever en contractant une liaison avec une des filles de Tamatoa, roi de Raiatea,
1. MoERENHOUT, Voyages aux îles du Grand Océan, t. II, p. 450.