‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 34 sur 124 · MoERENHOUT, Voyaçes, etc., t. II, p · texte numérisé non relu

MoERENHOUT, Voyaçes, etc., t. II, p

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son allié. (Ce qui ne l'empêclia pas plus tard, vers le milieu de l'année 1812, d'épouser Ariitaria, la sœur de cette femme : les usages du pays autorisaient cette licence de mœurs.) Tamatoa était très probablement à cette époque le roi le plus important des îles Sous-le-Vent après le fameux Tapoa.

Celui-ci ne cessait d'y grandir en puissance. Cette annéelà, il gagna une grande bataille à Bora-Bora, sur les bords de la baie de Bola, près du grand marae de Puni. Toutefois il n'abusa pas de la victoire et se montra même généreux : il pardonna à Mai, son rival, homme d'une naissance illustre, et l'associa à son pouvoir \ Désormais toutes les îles Sous-le- Vent furent placées sous sa suzeraineté ~.

Des mois s'écoulèrent, et Pomare II se trouvait toujours en exil. Le malheur commençait à modifier ses croyances. Il songea à rappeler les missionnaires qui s'étaient établis à Port-Jackson. Sur son invitation, ils s'embarquèrent et revinrent à Eimeo vers la fin de l'année 1811.

Ils secondèrent M. Nott dans son œuvre, prêchant l'Evangile dans l'entourage du roi. Mais il était inutile d'espérer la conversion de la plupart des sujets sans avoir celle du maître, et Pomare II hésitait toujours. On ne renonce pas facilement à ce que l'on a été habitué à respecter toute sa vie et Pomare II craignait toujours ses dieux. Cependant le dédain par lequel ceux-ci répondaient à son attachement était tellement visible que le malheureux prince se décida à se faire baptiser. II essaya aussi d'y amener les rois de

1. P. Lesson, Voyage autour du monde sur la corvette « la Coquille », t. I, p. 450 et i51.

2. Le Révérend Williams dit que Tapoa fut un grand guerrier, le Bonaparte des îles Sous-le-Vent. Malheureusement ce missionnaire, ses collègues et les navigateurs du dix-huitième et du dix-neuvième siècle ne nous ont pas laissé d'importants documents politiques sur ces îles; tous se sont bornés à ne s'occuper presque entièrement que de Tahiti, comme étant la principale des îles de l'archipel de la Société. On ne peut que regretter vivement cette lacune, car les peuplades des îles Huahine, Raiatea, Tahaa et Bora- Bora avaient leur originalité propre. De plus, les rares renseignements qui nous sont parvenus sur elles sont même souvent si obscurs ou si contradictoires que l'historien est obligé de n'en accepter que quelques-uns, ou bien de les rejeter tous.

Tahaa et de Raiatea ainsi que le chef de Huahine et d'Eimeo^ qui se trouvaient à cette époque auprès de lui comme alliés ; mais Tapoa, Tamatoa et Mahine lui déclarèrent fermement qu'ils resteraient toujours les fervents adorateurs du dieu Oro. Malgré cette espèce de blâme que ceux-ci semblaient jeter sur sa détermination, Pomare 11 demanda le baptême le 18 juillet 1812. Mais les missionnaires craignirent qu'il n'y fût pas suffisamment préparé et ils lui proposèrent de remettre cette cérémonie à un peu plus tard, jusqu'à ce qu'il fût plus instruit des devoirs qui incombaient à un chrétien, L'arii-rahi s'inclina devant le désir des missionnaires.

Ils avaient raison, car ce n'était pas la foi qui le guidait en cette circonstance, il ne faut conserver aucun doute à cet égard; lui-même l'a déclaré : il voulait simplement tenter l'emploi d'une dernière ressource.

Mais, juste au moment où il demandait le baptême, deux chefs de Tahiti vinrent lui ofï'rir de reprendre son gouvernement. Espérant que d'autres chefs suivraient ceux-ci, il s'empressa d'accepter. Le 13 août 1812, il quitta Papetoai, le lieu où il résidait sur l'île Eimeo, et se rendit avec les rois des îles Sous-le-Vent et tous ses partisans à Tahiti, dans le district de Pare. Mais le chef Upufara, et plusieurs autres chefs, refusèrent de se ranger sous l'autorité de Pomare 11, et la guerre continua dans les districts d'Attahuru et de Papara. Pendant ce temps-là, la mort enleva le roi Tapoa i, et Pomare II se trouva ainsi privé de son plus puissant allié. Heureusement ses ennemis ne vinrent pas l'attaquer dans son district de Pare, sans quoi il y eût été peut-être en péril. L'arii-rahi continua donc d'y séjourner en attendant des jours meilleurs.

En février 1813, le district de Matavai se soumit ; Pomare II l'occupa au mois de juin. Deux missionnaires MM. Scott et Hayward profitèrent de cette accalmie pour

1. MoERENHOUT, Voyages aux îles du Grand Océan, t. II, p. 512 et 513.

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visiter le district de Pare et la vallée d'Hautahua. Ils rencontrèrent dans cette dernière deux de leurs anciens convertis les nommés Oito et Tuahine . Ces deux indigènes avaient été les premiers néophytes de Tahiti et avaient fait euxmêmes des prosélytes. Les deux missionnaires se risquèrent à faire le tour de l'île en prêchant; personne ne les en empêcha, et ils s'empressèrent alors d'apprendre leur réussite à leurs confrères d'Eimeo.

Pomare II avait donné l'ordre de construire une école et une église à Eimeo. On ouvrit celle-ci le dimanche 25 juillet 1813. Le lendemain, trente et un indigènes déclarèrent à M. Nott qu'ils renonçaient aux idoles. Quelques jours après^ onze indigènes agirent de même; parmi eux se trouvaient Taaroarii, fils de Puru, chef de Huahine , et Matapuupuu, grand prêtre de cette île. Taaroarii avait fixé le camp de se& guerriers alliés de ceux de Pomare II à Teatabua, village situé à cinq milles de Papetoai. Le 28 juillet, il pria M, Nott de vouloir bien y venir annoncer la doctrine de Jésus-Christ. L'évangéliste se rendit en ce lieu et prononça un discours dont le résultat immédiat fut la conversion de Patii, grand prêtre d'Eimeo. Le lendemain, dans l'après-midi, celui-ci brûla publiquement ses idoles, et dit, à ses compatriote» affligés, qu'il regrettait d'avoir été jusqu'alors un prêtre de faux dieux.

Le Christianisme faisait aussi de grands progrès à Tahiti ; le nombre des adeptes augmentait sans cesse. Mais la restauration de Pomare II ne se réalisait pas dans les autres districts; les chefs refusaient de se soumettre à l'arii-rahi. Las d'attendre, celui-ci dut, vers 181 /i, retourner à Eimeo. Tamatoa, son frère et divers autres chefs étaient aussi partis un peu auparavant pour retourner chacun dans leurs îles. Tous ces auxiliaires de Pomare, qui avaient déclaré autrefois qu'ils resteraient toujours fidèles au culte d'Oro, s'étaient laissés depuis gagnera la nouvelle doctrine, et sans être réellement chrétiens étaient en train de le devenir. Ils allaient à.

leur tour importer dans leurs îles les croyances qu'ils avaient reçues et répandre ainsi encore plus la nouvelle religion.

En 1815, Pomare-Vahine fit un voyage à Tahiti. Elle était accompagnée de sa sœur et d'un nombreux cortège de chrétiens. Ils visitèrent principalement les districts de Pare et de Matavai où presque tous les habitants avaient renoncé à l'idolâtrie et voulaient adopter le Christianisme. Les naturels restés païens n'en continuaient pas moins à y accomplir publiquement les cérémonies de leur culte. Or il y avait parmi les gens de la suite de Pomare-Vahine un chrétien fanatique nommé Farefau. Un jour, à Pare, pendant une cérémonie païenne, Farefau insulta un prêtre de la religion tahitienne, et s'écria à la vue des idoles : « Ce sont donc là les puissances dont la colère nous menace ! eh bien, je vais vous convaincre de leur incapacité à se préserver elles-mêmes de la destruction. » Aussitôt il saisit et jeta au feu les plumes rouges qui recouvraient les images des dieux. Les chefs païens de Pare, Matavai et Wapaïano, résolurent de venger cette offense, et comme ils craignaient de n'être pas assez puissants, ils s'allièrent à Upufara, chef des Oropaa du district d'Attahuru et des guerriers de Papara, et au chef de Panavia.

Une nouvelle guerre connue sous le nom de « guerre de religion » éclata. Les Tahitiens païens (et c'était le plus grand nombre) se conjurèrent et décidèrent d'exterminer tous les Boure-Aiaa ^ le 7 juillet 1815, à minuit^; les maisons devaient être incendiées et les prisonniers massacrés immédiatement. Mais le secret fut mal gardé : avertis à temps, les chrétiens purent s'échapper; ils s'embarquèrent dans des pirogues et partirent pour Eimeo.

Les conjurés arrivèrent les uns après les autres, et tous trop tard : leur coup était manqué. Cependant Pomare-Vahine

1. « Prière à Dieu » : surnom que les Tahitiens païens donnaient par dérision aux chrétiens parce que ceux-ci priaient le matin et le soir, avant et après leur repas, à chaque instant enfin.

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