APPARITION DU CATHOLICISME ET DE L'INFLUENCE FRANÇAISE
Vie scandaleuse de la reine Pomare IV ; les indigènes reviennent aux anciennes mœurs. — Création d'une nouvelle religion : les Mamaia. — Ceuxci fondent un parti politique et causent des désordres. — Débauches de la population des îles Sous-Ie-Vent. — Pomare IV se fait rendre hommage à la i^çon antique. — Les grands-chefs tahitiens se soulèvent contre elle et châtient des gens de Taiarapu. — Guerre de Raiatea-Tahaa : défaite de Tapoa;il perd ses Etats. — Pomare IV divorce avec ce prince et épouse Ariifaite. — Révolte des Mamaia et de Tavarii; combat de Taiarapu : victoire de Tati, Utami, Paofai et Hitoti. — Abaissement des Mamaia; ils cessent d'être un danger pour le gouvernement. — Les grands-chefs tahitiens sont en réalité les maîtres du pouvoir. — Arrivée à Tahiti de missionnaires catholiques français. — Les Pères Caret et Laval cherchent à supplanter les missionnaires protestants anglais, et ceux-ci les font expulser ainsi qu'un charpentier français. — Voyage à Tahiti des Pères Caret et Maigret ; les autorités tahitiennes refusent de les laisser débarquer. — Le gouvernement français décide d'intervenir en faveur de ses nationaux.
Au début du règne de Pomare IV, les grands-chefs et les missionnaires se disputèrent le pouvoir. La jeune souveraine les laissa faire et ne s'occupa qu'à s'amuser. Douée d'un tempérament ardent, comme toutes les jeunes filles de sa race, elle se mit à mener une vie scandaleuse, excita ses sujets à la débauche, et les fît revenir publiquement aux anciennes mœurs. Ils passèrent des nuits entières à chanter des hi me ne et à exécuter des danses obscènes. Les Révérends protestèrent au nom de la religion et de la morale, mais Pomare IV répondit à leurs remontrances en accomplissant à Eimeo une Upa-Upa tellement corsée que les hommes du Seigneur en furent consternés; ils crurent à ce moment leurs peines perdues. Ils ne se trompaient guère : au fond, les
indigènes étaient restés les mêmes et la civilisation n'avait fait que les effleurer. On ne change pas en vingt-cinq ou trente ans l'ouvrage de plusieurs siècles, c'est-à-dire les caractères moraux et intellectuels d'une race, quelque intelligente qu'elle soit.
Enl828,ilseproduisitunévénementtrèsgrave. Unindigène nommé Teau, ancien diacre du temple de Panavia, prétendit qu'il était prophète ^ et créa la religion des Mamaia. Voici en quoi elle consistait : aimer Dieu, le prier et chanter ses louanges; les adeptes avaient la liberté des rapports sexuels et devaient tous aller au ciel après leur mort 2. Le prophète eut des disciples, et les missionnaires en furent tellement exaspérés, qu'ils voulurent le supprimer: ils ordonnèrent de le saisir afin de lui faire son procès; mais Teau prit la fuite et se réfugia dans les montagnes, où l'on renonça à le poursuivre.
La grosse majorité du peuple resta fidèle à la religion importée par les Révérends et persécuta les Mamaia, ce qui ne fit qu'augmenter leur nombre. Les chrétiens ne valaient pourtant pas mieux qu'eux. Sans doute ils continuaient à suivre les exercices du culte, mais cela ne les empêchait pas aussi de se livrer à la prostitution et à l'ivrognerie. Les femmes menaient une conduite honteuse . La plupart des grands-chefs montraient le mauvais exemple : ils ne cessaient de danser, de chanter et de boire; la famille royale se grisait abominablement et les courtisans agissaient de même; à chaque instant ils criaient : « Du rhum ! Du rhum! » Leurs journées et leurs nuits s'écoulaient dans d'ignobles bacchanales, qui ne finissaient que lorsqu'ils tombaient épuisés par les fatigues de l'amour et l'abus des liqueurs alcooliques. Les Révérends connaissaient toutes ces hontes, dont souvent ils étaient les témoins forcés; avec une rare persévérance ils essayaient d'extirper les vices des indigènes et n'y parvenaient pas.