‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 44 sur 124 · Quelques-uns disent Jésus-Çhrist · texte numérisé non relu

Quelques-uns disent Jésus-Çhrist

2. MoERENHOUT, Voyaçcs aux îles du Grand Océan, t. IF, p. 502, 50i et 505.

Au bout d'un an les Mamaia avaient fait de tels progrès qu'ils étaient devenus un danger pour le gouvernement. Ils ne se contentaient pas seulement de professer une nouvelle religion, ils formaient aussi un parti politique. Tous les mécontents y entraient; un indigène voulait-il fronder l'autorité établie ? aussitôt il se déclarait Mamaia; la nouvelle religion lui servait de prétexte pour pratiquer ses menées révolutionnaires. En se voyant nombreux, les Mamaia s'enhardirent; ils tinrent des propos insolents et proférèrent des menaces contre les grands-chefs. Ceux-ci tâchèrent d'enrayer ce mouvement. Ils y réussirent momentanément grâce à l'éloquence de Tati, grand-chef de Papara, le plus célèbre orateur tahitien de ce temps-là ^ Dans une assemblée générale qui eut lieu à Papaoa, Tati prononça un discours tellement violent contre les Mamaia que ceux-ci furent saisis de crainte et s'abstinrent pendant quelque temps d'injurier et de provoquer les chefs.

Vers le mois de septembre 1829, la famille royale partit pour Tahaa. Elle resta plus d'un an dans les îles Sous-le- Vent, et durant ce voyage, elle ne cessa de se livrer à la débauche et à l'ivrognerie. La population de ces îles menait une vie aussi licencieuse que celle des habitants de Tahiti et de Moorea. A Raiatea, à Huahine, et surtout à Bora-Bora, lorsque des navires relâchaient, toutes les femmes, revêtues de leurs habits de fête et couronnées de fleurs, montaient à bord s'offrir et se livrer aux premiers venus ^. Les Révé-

1. Tati descendait de la famille d'Amo et il aurait été peut-être roi de Tahiti sans l'adoption de Pomare II par Temare. A cause de cette même adoption, il ne devait pas non plus hériter du district de Papara, et pourtant nous l'en voyons en possession; il est probable que Pomare II le lui aura cédé pour le remercier de son désintéressement. En effet, Tati ne revendiqua jamais le trône de Tahiti, et, de plus, il fut l'ami intime de Pomare II. Au couronnement de Pomare III, Tati portait la couronne du petit roi; or, par sa seule présence au sacre, il reconnaissait ce jeune enfant pour son légitime souverain. A l'époque où nous sommes parvenus, et même avant, Tati aurait pu facilement s'emparer de la couronne s'il l'avait voulue ; mais c'était un indigène exceptionnel par son peu d'ambition, sa bonté, sa droiture, et la sincérité de son attachement au Christianisme.

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