LA GUERRE DE L'INDÉPENDANCE
Insurrection des indigènes dite « guerre de Tahiti ». — Combats deTaravao et de Mahaena ; victoires des Français. — Vainqueurs au combat de Hapape, les Français sont obligés de battre en retraite à celui de Faa. — Pillage et incendie par les rebelles des bâtiments de la Mission catholique à Papeete,
— Rentrée du gouverneur dans la capitale. — Arrivée à Tahiti de la nouvelle du désaveu de Dupetit-Thouars. — Bruat fait une déznarche auprès de Pomare IV. mais celle-ci refuse tout accommodement. — Elle part pour les îles Sous-ïe-Vent. — Dépêche officielle du gouvernement français par laquelle celui-ci refuse de prendre possession de l'archipel de la Société. — La reine ne veut pas communiquer avec les autorités françaises. — Rétablissement du Protectorat français sur Tahiti. — Paraïta est nommé régent.
— Administration intérieure du gouverneur Bruat. — Démonstration navale aux îles Sous-le-Vent. — Session législative à Papeete. — L'amiral anglais Sir G. Seymour prétend que le Protectorat de la France ne s'étend que sur les îles du Vent (Tahiti et Moorea ou Eimeo) ainsi que sur les îles Tuamotu ; le gouverneur Bruat continue de considérer les îles Sous-le-Vent comme relevant de la reine Pomare. — Expédition de Huahine ; les Français sont repoussés à l'attaque de Maeva. — Investissement des lignes de Papeete et siège de cette capitale par les révoltés. — Ceux-ci ne parviennent pas à la prendre. — Combats de Papenoo et de Punavia ; les Français sont vainqueurs. — Prise du fort de Fautahua par les Français et capitulation des rebelles. — Soumission des insurgés du camp de Punaroo et de l'armée de Papenoo. — Conclusion de la paix. — Entrevue à Moorea du gouverneur français avec la reine de Tahiti ; celle-ci se remet entre ses mains et il la rétablit dans ses droits et son autorité. — Retour de Pomare IV à Papeete. — Correspondance diplomatique engagée entre les deux cabinets anglais et français au sujet des îles Huahine, Raiatea-Tahaa et Bora- Bora. Déclaration par laquelle la reine de la Grande-Bretagne et d'Irlande, et le roi des Français, reconnaissent l'indépendance des îles Sous-le-Vent.
— Convention conclue à Papeete entre la France et la reine des îles de la Société, pour régler l'exercice du Protectorat.
Il nous faut maintenant revenir à Tahiti et nous reporter à la date du 13 mars 18/i/|. Quelques heures après le départ de Pritchard la frégate la Charte parut devant cette île amenant de l'archipel des Marquises la 26^"^® compagnie d'infanterie que le gouverneur Bruat avait fait demander. Le iliy
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au matin, elle mit ses troupes à terre, puis elle transporta MM. Moerenhout et Cloux, membres du conseil du Gouvernement, à Eimeo, où ceux-ci firent arborer le drapeau français. Les chefs et le peuple promirent de le défendre et de le maintenir. La frégate revint à Tahiti le 16 mars, au soir.
La capitale était un peu plus calme depuis la rentrée du gouverneur Bruat. Celui-ci s'était rendu à la pointe Vénus et le missionnaire Orsmond l'y avait encore secondé. La population et les chefs avaient reconnu son autorité, puis engagé tous les fuyards de Papeete à rentrer chez eux ; beaucoup avaient suivi ce conseil. Après avoir semé l'esprit de révolte, les missionnaires protestants anglais, effrayés de leur ouvrage, se rapprochaient des autorités françaises. Malheureusement il n'était plus temps pour enrayer le mal. La situation restait très grave dans le reste de l'île. Les indigènes rebelles s'étant trop avancés pour reculer, montraient de plus en plus des dispositions guerrières. Une ancienne prêtresse était accourue à leur camp. Elle leur reprochait l'abandon de leurs droits et leLir promettait l'indépendance s'ils marchaient au combat. Pour les y exciter, cette femme ranimait chez eux de vieilles superstitions, ce dont les missionnaires anglais étaient surpris et indignés.
Les Français continuaient donc de travailler ferme aux fortifications du poste de Taravao situé sur l'isthme. C'était le capitaine d'Etat-Major Mariani qui le commandait et dirigeait les travaux, tandis que le commandant de V Embuscade M. Mallet se tenait sur ce bâtiment dans la rade, afin d'appuyer le poste en cas de besoin. Ils annoncèrent au gouverneur Bruat que les fossés, le blockhaus et un abri pour les troupes seraient terminés à la fin du mois ; déjà une partie de celles-ci occupait le réduit. La position était très forte. Elle présentait deux faces sur la plaine et deux autres sur un versant rapide au pied duquel coulait un ruisseau. Le gouverneur Bruat avait fait construire un blockhaus près de l'angle de la plaine où était établie une barbette pour Tartil-
lerie. Les logements et les magasins devaient être placés sur la crête de l'escarpement. Le pays devait être assez découvert pour que du bâtiment qui était dans la rade on pût apercevoir le fort et que les deux points pussent se soutenir ainsi mutuellement.
Sur ces entrefaites le gouverneur Bruat reçut des nouvelles du grand-chef Tati. Celles-ci disaient qu'il avait nommé des juges et des agents de police et que tout le monde était rentré dans le district de Papara. Le grand-chef Hitoti fit aussi prévenir le gouverneur Bruat que tous les grands propriétaires du district de Thierry étaient revenus. Néanmoins les rapports des espions évaluaient encore le nombre des révoltés à plus de mille et tous les mauvais sujets et les déserteurs qui se trouvaient dans l'île étaient allés se joindre à eux*.
Il ne fallait donc pas compter sur la paix. On en eut bientôt la preuve. Le 21 mars, à 1 h. 1/2 de l'après-midi, à Taravao,. au moment où l'on allait reprendre les travaux ordinaires, deux coups de fusil furent tirés sur le factionnaire qui gardait l'entrée du fort. Ils étaient partis d'un mamelon, qui s'élevait de l'autre côté du ravin sur lequel s'appuyait la gorge de ce fort.
Aussitôt les Français coururent prendre leurs armes et le capitaine Mariani envoya deux patrouilles à l'endroit d'où l'on avait tiré. L'une était composée de voltigeurs commandés par le sous-lieutenant Martin, l'autre de matelots de FEmbuscade^ dirigés par l'aspirant de 2^""^ classe Audran.
La première revint sans avoir rien découvert. La seconde fut entraînée par un indigène dans une embuscade et tomba au milieu d'une centaine de Tahitiens qui l'accueillirent à coups de fusil. Les marins ripostèrent; mais, accablés sous le nombre, ils furent obligés de se retirer et de regagner le camp par des chemins impraticables et toujours sous le feu
1. Le gouverneur des Établissements français de l'Océanie au ministre de là marine et des colonies, Papéïti, 21 mars 1844.
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de l'ennemi, qui les poursuivit même quelque temps. Un quartier-maître fut tué.
Pour protéger le retour des détachements, le capitaine Mariani avait fait embusquer un second maître et dix matelots sur le mamelon d'où les Tahitiens avaient tiré. Lorsque tout le monde fut rentré, les Tahitiens échangèrent quelques balles avec les défenseurs de ce mamelon, et l'un de ces derniers fut blessé. Le feu cessa et l'engagement parut terminé.
Pendant ce temps tous les postes avaient été doublés. On avait aussi rempli des gabions avec des hamacs, des matelas, etc., et élevé des barricades sur les points faibles du fort.
Il était cinq heures moins un quart, et tous les Français soupaient, quand tout à coup une fusillade bien nourrie éclata autour d'eux sur un arc de cercle qui commençait au mamelon et venait contourner les faces du fort et la case dite de la Reine, où demeurait le capitaine Mariani avec la compagnie de débarquement de V Embuscade.
Le capitaine Cugner et des voltigeurs s'enfermèrent dans le fort ; le lieutenant RebufFat descendit du mamelon en tiraillant, et le poste de voltigeurs composé de trente hommes s'avança sur le bord du ravin ; à ce moment l'un d'eux fut tué.
L'enseigne de vaisseau d'Ollieules déploya sa section entre le fort et la case derrière les piliers de laquelle quelques hommes s'embusquèrent et l'enseigne de vaisseau Ferré se porta vers le corps de garde de la marine où le feu était très vif. Le capitaine Mariani se dirigea sur ce point avec un obusier de montagne. Plusieurs coups de mitraille furent envoyés. Les Tahitiens firent bonne contenance et visèrent les servants de la pièce pour éteindre son feu ; aucun d'eux ne fut atteint, mais la pièce porta de nombreuses traces de balles.
Néanmoins les Tahitiens commencèrent à se replier en concentrant leur feu sur les faces du fort. Alors le capitaine
Mariani y envoya l'obusier ainsi qu'une partie de la compagnie de débarquement.
La fusillade continua jusqu'à 7 heures, toujours très vive de la part des Tahitiens sur deux points, le mamelon et les broussailles. Pour la faire cesser il fallut lancer des obus et de la mitraille. Abrités derrière le parapet, des gabions et des fascines, les voltigeurs tiraient avec circonspection, en ménageant leurs cartouches.
Sur ces entrefaites, le lieutenant de vaisseau de MaroUes, second de l'Embuscade^ arriva du bord avec un convoi de munitions et de vivres escorté seulement de douze hommes.
Quand tout le monde fut rentré, le capitaine Mariani fit fermer l'entrée par une forte barricade et plaça deux compagnies à leur poste de combat, en cas d'attaque.
Les Tahitiens insurgés se retirèrent par les broussailles et les hauteurs du côté de la mer, en continuant à tirailler de loin jusqu'à minuit.
Pendant la durée de l'action, la corvette VEmbascade^ sous le commandement de M, Mallet, avait envoyé du bord dans une bonne direction des boulets et des obus.
Tel fut le combat de Taravao, le premier de la longue guerre de Tahiti. Les Français eurent deux tués et sept blessés 1. De leur côté, les Tahitiens insurgés avouèrent plus tard cinq morts et un grand nombre de blessés.
Au premier avis donné par le commandant Mallet, le gouverneur Bruat partit de Papeete pour l'isthme avec des munitions et une section de la 26^™® compagnie sur le bâtiment à vapeur le Phaélon. 11 contourna l'île par l'est et arriva le lendemain de TafTaire. Piloté par M. Henry, il put passer en dedans des récifs et Attirer quelques coups de canon sur le camp des rebelles.
Le 23, à la pointe du jour, il appareilla de Vaituhue, mouil-
1. Rapport sur l'Affaire du 21 mars 1844, adressé au commandant de la corvette l'Embuscade, par le capitaine Mâriàni, au camp de Taravâo, 22 mars 1844. Voir p. 546, aux Pièces justificatives.
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lage situé près de l'isthme, et se rendit à six milles dans le nord, à Merehu, résidence ordinaire de Tiritua, femme grandchef, qui était la première cause de l'attaque.
Après avoir tout fait pour ne pas causer une effusion de sang, le gouverneur Bruat résolut de faire un exemple. Il chargea son chef d'Etat-Major, lelieutenant de vaisseau Jules Malmanche, d'opérer avec deux canots un débarquement. Protégés par le feu du Phaèlon et secondés par l'enseigne de vaisseau Brue, ils purent enlever toutes les pirogues et ■détruire les maisons qui servaient de refuge aux révoltés.
Prévenu à Taravao de son arrivée, par un indigène du grand-chef Hitoti que le gouverneur Bruat avait à bord, le capitaine Mariani envoya au-devant de lui, à trois milles du camp, cinquante voltigeurs qui le conduisirent au fort avec le renfort qu'il amenait.
Le gouverneur Bruat se rendit à bord de V Embuscade pour donner des ordres au commandant Mallet, puis il partit du camp à midi, avec cinquante voltigeurs et fit achever de détruire les cases qui n'avaient pas été atteintes dans le district delà femme grand-chef Teritua jusqu'à l'isthme. Après avoir appuyé les canots chargés de cette expédition, les voltigeurs rentrèrent la nuit.
Le 25, à k heures du matin, le Phaélon se mit en marche en dedans des récifs et se présenta devant Mahaena, où les insurgés s'étaient réfugiés. 11 mouilla par vingt brasses à deux encablures et lança de distance en distance des boulets, des obus et de la mitraille dans les retranchements ennemis afin de donner le temps au gouverneur Bruat de les examiner. Celui-ci constata qu'il y avait des fossés et des palissades. C'était probablement des Européens qui avaient appris aux rebelles à les faire. Les insurgés avaient arboré le pavillon de Pomare. N'ayant aucune troupe avec lui, le gouverneur Bruat ne voulut pas risquer une tentative. Il se contenta de reconnaître la position et les travaux de l'ennemi, puis se remit en route pour Papeete, où il arriva à h h. 1/2.
Aussitôt rentré, il écrivit au ministre de la marine et des colonies un rapport dont je viens de citer de nombreux passages et dans lequel se trouvait la phrase suivante : « Je compte agir avec vigueur, car ces hommes ne sont pas ce que l'on disait ; jusqu'ici ils ont montré beaucoup plus de résolution qu'on ne leur en supposait, les coups de canon ne les ont pas fait fuir^. »
Le 26 mars, le gouverneur Bruat prit un arrêté par lequel il accordait quatre jours aux étrangers qui se trouvaient parmi les insurgés, pour faire leur soumission. Ceux qui seraient pris après ce laps de temps devaient être passés par les armes. Les personnes qui fourniraient de la poudre ou toutes autres munitions aux indigènes ou aux étrangers non munis d'une autorisation du Directeur de la police européenne devaient être traduites devant un conseil de guerre et punies conformément aux prescriptions de l'art. 77 du titre l*"" du livre 3^™® du code pénal 2.
Bruat espérait ainsi enlever aux insurgés des auxiliaires précieux et les ressources qui leur permettaient de combattre. Malheureusement cet arrêté ne produisit aucun effet sur les uns et les autres.
En présence de cet insuccès, Bruat résolut alors d'aller attaquer les insurgés dans les positions qu'eux-mêmes avaient choisies et fortifiées, afin de leur prouver que les Français ne les craignaient pas.
Le 13 avril au soir, le gouverneur partit sur le Phaéion, qui prit VUranie à la remorque. Il s'arrêta à Matavai, où il trouva la goélette Clémentine qu'il avait fait demander au commandant Mallet. Celle-ci amenait la 2^™'' section de voltigeurs en garnison à Taravao. Le gouverneur, ayant avec lui ce renfort, repartit le dimanche l/i, dans la nuit. Le lundi 15, il jeta l'ancre à Mahaena et attendit l'arrivée de la frégate.
1. Le gouverneur des Établissements français de TOcéanie au ministre de la marine et des colonies, Papéïti, le 25 mars 1844.
2. Voir p. 551, aux Pièces justificatives, l'Arrêté dû gouverneur.
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Celle-ci ne put rallier que le lendemain 16. Elle vint prendre son mouillage à 350 mètres, en face de la petite baie où le gouverneur Bruat voulait opérer le débarquement.
Celui-ci eut lieu le 17 avril 18/i4 au point du jour. Sous la direction du lieutenant de vaisseau Malmanche, chef d'Etatmajor, une centaine d'hommes furent jetés sur une plage défendue naturellement par la pointe abrupte d'une montagne. La section de voltigeurs s'établit sur une hauteur; attaquée, elle repoussa l'ennemi qui s'enfuit avec pertes.
La mer, déjà très mauvaise, le devint encore plus, et deux embarcations furent mises à la côte. Un homme se noya et beaucoup de cartouches furent mouillées. Enfin, grâce au dévouement de plusieurs hommes de VUranie et de V Embuscade^ tout le monde fut à terre à dix heures.
Les forces françaises se composaient de 248 marins, IZiS soldats d'infanterie et 45 artilleurs avec deux obusiers de montagne : soit hhi hommes. Le gouverneur Bruat commandait en chef.
Les Tahitiens rebelles étaient au nombre d'un millier et possédaient trois canons. Les rebelles avaient élevé des retranchements qu'ils croyaient inexpugnables. Ceux-ci consistaient en trois fossés de 6 à 7 pieds de profondeur, creusés parallèlement à la mer sur une longueur de 1.800 mètres, et défendus du feu des bâtiments par un glacis. Ils étaient recouverts par une toiture horizontale en burao, qui rendait les combattants invisibles et leur permettait d'ajuster presque à bout portant les assaillants. La position était donc très forte ; mais une fois tournée, la retraite des insurgés devenait impossible.
A onze heures, le gouverneur Bruat enjoignit à M. de Bréa, commandant des troupes, de se porter en avant.
Le combat commença par une action d'éclat : un petit chef de Pile, allié des Français, le nommé Tavai, enleva aux yeux des insurgés, et au milieu de leurs balles, le pavillon qu'ils avaient planté sur la hauteur.
Aux cris de vive le Roi! le gros de la colonne française marcha sur la première redoute, engageant une vive fusillade. Les marins et les soldats tournèrent cette redoute, puis Fenlevèrent à la baïonnette. La seconde redoute fut prise peu après de la même façon. On se battit des deux côtés avec un tel acharnement que soixante-dix-neuf morts furent trou- Tés dans les retranchements.
Restait la troisième redoute. 11 y eut moins de résistance. Après une courte fusillade, ses défenseurs lâchèrent pied et se sauvèrent dans les broussailles qui bordaient la redoute du côté de la rivière. Mais la frégate et les tirailleurs continuèrent à tirer sur eux; ils subirent de nouvelles pertes et se virent contraints de se retirer.
A quatre heures et demie, le combat était terminé. Cent deux Tahitiens rebelles gisaient sur le sol ^ ; leurs canons avaient été encloués, leur pavillon, pris ; une cinquantaine de fusils et des munitions ^ restaient au pouvoir des Français. Malheureusement cette victoire leur coûtait quinze morts, dont deux officiers, l'enseigne de vaisseau de Nansouty3 et le sous-lieutenant d'artillerie Seignette, plus cin-
1. D'après des renseignements ultérieurs les révoltés auraient eu environ 300 hommes hors de combat lors de l'affaire de Mahaena.
2. Toutes les armes et les munitions des insurgés étaient de fabrique anglaise; toutes leurs cartouches étaient confectionnées avec des journaux ancilais.
3. Il fut inhumé sur l'îlot Taaupiri qui depuis porte le nom de Nansouty. (District de Mahaena.)
Dans son n" du 25 février 1845, le Moniteur Universel a fait un récit détaillé <le la mort de cet officier. Voici cet article in extenso :
Max de Nansouty a succombé à l'affaire de Mahahena (Taïti). Quand il marcha à l'ennemi, il ignorait qu'il venait d'être nommé lieutenant de vaisseau, et deux jours avant la mort inutilement glorieuse qui l'attendait, il s'affligeait de n'avoir pas encore complètement signalé sa bravoure. Lorsqu'il reçut l'ordre de débarquer pour combattre la révolte des insulaires de Tahiti, il fut au comble de ses vœux. Apercevant le drapeau bizarre de la reine Pomaré, il sollicita de M. le commandant Bruat l'honneur de l'arracher 4e la roche escarpée qui relevait au loin. Le commandant, dans sa prudente sagesse, jugea que l'énergique jeune homme avait mieux à faire, et, le mettant à la tête de trois cents braves, il donna à Max de Nansouty le commandement de l'assaut.
La première redoute fut enlevée avec une courageuse intrépidité; Max de Nansouty, prenant au pas de course l'attaque de la seconde, se trouva séparé de ses camarades, qui le suivaient avec une intrépide résolution. Ayant
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quante et un blessés, parmi lesquels les deux élèves Couloudre et Debry.
Les Français bivouaquèrent au lieu du débarquement. Le 18, au matin, pendant le réembarquement, le capitaine Nicolaï parcourut le champ de bataille et fit ramasser les armes et les munitions qui, la veille, avaient échappé aux recherches. Il détruisit aussi cinquante pirogues et trois baleinières, qu'il trouva dans un étang voisin et qui pouvaient être utiles aux révoltés.
A cinq heures, l'appareillage eut lieu, et dans la nuit les Français rentrèrent à Papeete^.
Le gouverneur Bruat fut obligé de sévir contre plusieurs soldats et matelots qui avaient été se joindre aux Tahitiens insurgés lors du combat de Mahaena. Les déserteurs comparurent devant un conseil de guerre, qui les condamna à mort. Un marin fut fusillé; pour les autres coupables, on demanda la clémence du roi.
La défaite de Mahaena ne découragea pas les insurgés. Ils étaient braves, et de plus, les Anglais — à l'exception des missionnaires protestants — continuaient de les exciter et de leur fournir des armes et de la poudre. Habilement conseillés par eux, les rebelles se rapprochèrent de Papeete et par une série d'incursions se mirent à l'inquiéter à la fois par l'est et par l'ouest. Ils ravagèrent les districts voisins de
le premier pénétré dans l'enceinte, il vit pour lui une mort certaine, un plancher mouvant, hérissé de périls, et un gros d'insulaires qui le couchaient en joue. Devant sa perteinévitable, le malheureux jeune hommen'eut plus qu'une pensée, ce fut de préserver les camarades qui le suivaient de sa déplorable destinée. Un instant lui reste, il retourne la tète, fait signe à la troupe qu'il commandait de se coucher par terre, et faisant de nouveau face à l'ennemi, il tombe percé de six balles. Il avait vingt-six ans ! Dans cette mort prématurée, la France n'a-t-elle pas à regretter un noble espoir, et sa famille le digne héritier d'un nom consacré déjà par la gloire et par de hautes vertus?
1. Rapport adressé au gouverneur des établissements français de l'Océanie par M. de Bréa, chef de bataillon d'infanterie de marine, commandant les troupes de l'expédition, Papeete, le 20 avril. — Rapport sur le combat de Mahaena (le 17 avril 1844), adressé au ministre de la marine et des colonies par M. Bruat, gouverneur des établissements français de l'Océanie, Papéiti, le 22 avril 1844. Voir p. 551, 559 et 564, aux Pièces justificatives, ces deux rapports et les croquis joints au dernier.
la capitale, détruisirent les cases des indigènes alliés des Français et les propriétés de ceux-ci ainsi que celles des étrangers qui avaient accepté leur domination. Les avantpostes français furent attaqués et l'alarme se répandit parmi la population de Papeete.
La situation devenait intolérable ; le gouverneur Bruat se décida à se porter de nouveau en avant. Le 29 juin iSlik, il réunit 405 hommes de troupes françaises, joignit à cet effectif européen quelques indigènes auxiliaires, plaça cette colonne expéditionnaire sous les ordres du chef de bataillon de Bréa, se mit lui-même à la tête de tout ce monde, et partit de Papeete contre les insurgés, qui passaient pour être au nombre de 2.000.
Après une halte à Hapape, à 10 h. 1/2, la colonne expéditionnaire conduite par M. de Bréa se remit en marche vers deux heures en passant devant le temple et la grande case des missionnaires anglais pour doubler la pointe de Vénus. Au moment où Farrière-garde, formée par la 28^"^® compagnie, arrivait à la hauteur du temple protestant, l'ennemi déboucha subitement sur les derrières et par le flanc, et commença l'attaque. La 28*™® compagnie soutint intrépidement le choc qui fut fatal à l'un des missionnaires, M. Mekean, qu'une balle des insurgés étendit mort sur son balcon ^ Le gouverneur Bruat fit aussitôt replier la colonne pour arrêter l'ennemi. Celle-ci commença un feu si bien nourri que les insurgés rentrèrent dans les bois. Là, dérobés à la vue des Français par le feuillage dés goyaviers, protégés par quelques accidents de terrain, les Tahitiens insurgés continuèrent à tirer sur la colonne expéditionnaire qu'ils semblaient braver.
11 y avait deux heures que le combat durait lorsque le commandant de Bréa fit battre la charge et la 28*"*^ compagnie se précipita à la baïonnette sur les insurgés. Alors ceux-ci se débandèrent ; mais tous les tirailleurs français les poursui-