‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 68 sur 124 · L. S.) GOBLET · texte numérisé non relu

L. S.) GOBLET

(L. s.) Lytton \

La Déclaration du 19 juin 1847 était enfin annulée. En conséquence la France avait le droit de posséder les îles Sousle-Vent, et elle en profitait. Malheureusement une partie de la

1. Déclaration signée à Paris le .30 mai 1888 entre la France et l'Angleterre pour l'abrogation de la déclaration du 19 juin 1847 concernant les Iles-sousle-Vent de Tahiti (Blue-Book, France, n° 2, 1888).

population, excitée par les menées secrètes de plusieurs Anglais, Américains et Allemands auxquels s'étaient joints, il faut l'avouer, quelques Français de Papeete, refusa de reconnaître la domination de la France. Je dirai plus loin ce qu'il en advint, mais il me faut d'abord mentionner un événement douloureux qui arriva au palais du roi.

Le vendredi 12 juin 1891, au matin, le canon du Faaire annonça à la population tahitienne que le roi était mort. A sept heures et demie, S. M. Pomare V avait expiré au milieu de la famille royale, en présence du gouverneur et de ses plus dévoués serviteurs ^

Les soins dévoués des gens qui entouraient le roi n'avaient pu que prolonger son existence ; depuis plusieurs mois, le dénouement fatal était prévu par les médecins du souverain. Toutefois, la mort survint si brusquement qu'elle surprit le prince Hinoi au milieu des fêtes données à Moorea à l'occasion de l'ouverture d'un temple. Le vapeur Eva vint chercher le prince et le ramena à Tahiti.

Aussitôt après la mort, le corps revêtu de l'uniforme du roi, fut exposé dans la grande salle du palais, où de nombreux visiteurs affluèrent vendredi et les jours suivants. Des canons sur leurs affûts gardaient l'entrée du palais dont la façade était tendue de draperies noires. A l'extérieur, des soldats de la marine, l'arme au pied, se tenaient tout le jour auprès du catafalque. Des faisceaux d'armes entourées de crêpes faisaient un grand efTet.

Le lendemain samedi, le corps fut mis en bière. Le cercueil était recouvert d'un drap de soie blanche sur lequel se détachaient en noir le chiffre de la famille et les insignes de la royauté. Sur le catafalque, était placé le pavillon rouge et blanc des Pomare.

1. Ariiaue Pomare V A Tu était né le 3 novembre 1839. Roi de Tahiti en 1877, il avait signé le traité d'annexion de cette île à la France le 29 juin 1880. Avec Pomare V finit la dynastie des Pomare. Cette grande famille avait donné quatre rois et une reine à Tahiti.

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Le lundi soir, à quatre heures et demie eut lieu la cérémonie religieuse, en présence d'une foule considérable de peuple, du gouverneur, des officiers et fonctionnaires principaux de la colonie. Les prières publiques et des discours furent prononcés par les pasteurs Viénot, Vernier, Brun, Paul, Deane, etc.

L'enterrement se fit, le lendemain mardi 16 juin, avec une pompe inusitée dans ces îles. Dès l'aube, la ville présentait une animation extraordinaire. Beaucoup de gens étaient venus des districts pendant la nuit. La rue de Rivoli, surtout, était pleine de monde.

Le cortège se forma dans la cour du palais. Le cercueil fut placé sur un grand char funèbre auquel se trouvaient attelées six mules de l'artillerie.

A sept heures et demie, vingt et un coups de canon partis du Faaire annoncèrent le départ de l'enterrement. Celui-ci eut lieu dans l'ordre suivant :

En tête, deux clairons des troupes de la marine;

La fanfare municipale ;

La brigade de gendarmerie de Papeete ;

Les enfants des écoles;

Puis, immédiatement, derrière le char, le prince Hinoi et le gouverneur conduisant le deuil ;

A quelques pas en arrière, des membres de la famille royale et le conseil privé du gouverneur ; le corps consulaire ; puis, les magistrats en robes rouges, les officiers des troupes en grande tenue; les fonctionnaires civils de tout ordre et les membres des conseils élus de la colonie.

Enfin, derrière les drapeaux des districts, tout un peuple en deuil.

Sur les côtés, formant la haie, les troupes de la garnison et les marins de la Vire.

Les cordons du poêle étaient tenus par MM. Maheanuu a Mai, parent du roi; Dupré, capitaine de frégate, commandant de la Vire ; Cardella, président du Conseil général, maire de la ville; et Poroi, membre du Conseil privé.

Pendant le trajet de Papeete au tombeau des Pomare, situé dans le district d'Arue à sept kilomètres de la ville, le ciel resta couvert, et pluvieux par instants. A neuf heures et demie, la tête de l'imposant cortège atteignit la pointe Utuaiai sur laquelle se trouve édifié le monument funèbre.

Une tribune tendue de noir figurait à droite, sous un bouquet d'arbres dont les rameaux servirent d'asile à un grand nombre de spectateurs.

Le cercueil fut descendu du char et à ce moment les chants indigènes s'élevèrent en tristes mélopées.

Du haut de la tribune, le pasteur Vernier rappela les dernières paroles du monarque, recommandant au peuple tahitien de fuir la débauche. Plusieurs autres discours furent prononcés; le plus remarqué fut celui du gouverneur, traduit par l'interprète Cadousteau.

La funèbre cérémonie se termina par le défilé des troupes devant le cercueil, et la foule reprit le chemin de Papeete ^

Dans le traité conclu entre Pomare V et la France pour l'annexion de Tahiti, il avait été stipulé que ce roi conserverait le droit de faire flotter sur son palais le pavillon tahitien avec le yacht français. Mais il n'avait pas été convenu que le plus proche héritier du monarque jouirait du même droit. En conséquence, le jour même des obsèques, le 18 juin 1891, à trois heures précises, le gouverneur et sa suite se rendirent dans la cour d'honneur de l'ex-palais royal où ils furent reçus par le prince Hinoi accompagné d'un certain nombre de chefs de districts. Un détachement des troupes d'artillerie et d'infanterie formait le carré autour du mât de pavillon auquel pendait en berne le vieux drapeau du Protectorat. M. Poroi prit la parole au nom du prince Hinoi, et après quelques mots émus auxquels le gouverneur ré-

1. Le Messager de Tahiti, n»» du vendredi 12 juin et du samedi 20 juin 1891. — Telles furent les funérailles de Pomare V, dernier roi de Tahiti et dépendances. Je tiens d'un témoin oculaire que toute la population de l'île assista aux obsèques : 11.200 personnes, environ.

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pondit avec beaucoup de tact, le prince amena lui-même le pavillon du Protectorat ^ pendant que la troupe présentait les armes et que les clairons sonnaient au drapeau. Ce pavillon, qu'un vieux chef embrassa en pleurant, fut ensuite donné au gouverneur. Celui-ci le confia au commandant d'un navire de guerre qui allait prochainement retourner en France. Le précieux dépôt devait être remis par lui aux mains du président de la République.

Je reviens maintenant à l'annexion à la France des îles Sous-le- Vent, Cette annexion prenait une mauvaise tournure. Les étrangers trompaient les insulaires et leur affirmaient que la convention de iSlil existait toujours, ce qu'ils n'étaient que trop disposés à croire. Aussi bon nombre d'entre eux continuèrent- ils à se déclarer indépendants. L'âme de la résistance était un chef important de Raiatea-Tahaa, du nom de Teraupoo. Il se retira avec ses partisans dans la vallée d'Avera, résolu à s'opposer par les armes à la prise de possession de son pays par la France. D'après les instructions de la Métropole, les autorités françaises temporisèrent et commirent la faute grave d'entrer en négociations avec ceux qui, depuis que l'annexion était un fait accompli, ne pouvaient plus être regardés que comme des rebelles. C'était très mal connaître le caractère des Polynésiens orientaux que de croire qu'en discutant avec eux on arriverait à bout d'obtenir leur soumission; ils sont doux, craintifs et serviables avec ceux qui se posent en maîtres, mais entêtés, moqueurs, insolents et méchants avec ceux dont ils croient n'avoir rien à redouter. En voyant les auto-

]. « Le prince Hinoi a reçu une éducation toute française. II est intelligent ■et sympathique. Au physique, c'est un homme d'une taille au-dessus de la moyenne avec une tendance à l'embonpoint ; la couleur de son visage est jaune, mais d'une nuance très foncée approchant du noir. Tous les membres de la famille Pomare offrent d'ailleurs ces particularités. Les autres chefs tahitiens sont bien moins bruns qu'eux ; certains même sont aussi blancs que les gens du midi de l'Europe. Les plus blancs des chefs polynésiens sont à coup sur les chefs marquisiens qui, pourtant, eux, ne sont pas métissés. » (A. C. Eugène Caillot, Épisodes d'un voyage autour du monde, 1899-1903.)

rites françaises discuter avec eux, ils traitèrent immédiatement sur le pied d'égalité ; puis ils leur parlèrent dédaigneusement, ne tinrent pas compte des lois de la France, et s'oublièrent même au point d'insulter son pavillon. Cet état de choses dura presque dix ans, et cela à la grande joie des étrangers lesquels ne manquaient aucune occasion de marquer leur mépris pour le gouvernement français. A la fin celui-ci se convainquit qu'une expédition militaire était devenue nécessaire.

Dans les derniers jours du mois de décembre 1896, un croiseur, un aviso -transport et une goélette arrivèrent à Raiatea-Tahaa et y débarquèrent une compagnie d'infanterie de marine de Nouméa et quelques troupes de Tahiti. Marama, régent de Huahine, et Tavana, vice-roi régent à Raiatea demeurèrent dévoués à la cause française ; mais Teraupoo resta inébranlable dans sa résolution de ne pas se soumettre. Il fallut donc faire la guerre dans les deux îles Raiatea et Tahaa.

Le capitaine de vaisseau Bayle, chef de la division navale du Pacifique, prit le commandement supérieur des îlesSousle-Vent, et dirigea les opérations militaires de terre et de mer. Celles-ci ne furent pas longues : commencées le l*"" janvier 1897, elles se terminèrent le 17 février de la même année. Néanmoins il y eut quelques combats assez sérieux. Sur le conseil de Teraupoo, les insurgés firent divers préparatifs de défense ; puis ils s'apprêtèrent à recevoir vigoureusement l'ennemi. Après avoir canonné plusieurs endroits,, les Français arrivèrent à Tevaitoa. C'était le 3 janvier.

Blottis dans des retranchements, les insurgés laissèrent passer Favant-garde composée d'un détachement de marins de rAube, mais ouvrirent le feu sur le gros de la colonne de débarquement. La section Bertrand évolua aussitôt pour prendre d'enfilade un de ces retranchements sur lesquels elle exécuta à quelques pas des feux de salve à répétition, qui jetèrent le désordre dans les rangs des Teraupistes. Les

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marins de F Aube revinrent alors en arrière et attaquèrent de front les retranchements. Le quartier -maître de timonerie Delaire y sauta le premier, bouscula trois harponneurs et tua un officier teraupiste ; les retranchements furent alors envahis et leurs défenseurs tués à la baïonnette tant par les marins que par les soldats de la section Bertrand qui leur barrèrent le chemin couvert par lequel ils devaient gagner les brousses. Ce combat, qui n'avait duré que quelques minutes, avait été toutefois très vif : on retrouva dans les retranchements dix-sept insurgés tués, et cinq, blessés; les Français n'avaient eu que trois soldats d'infanterie de marine blessés \

Durant toute cette guerre, les Teraupistes n'attaquèrent jamais à découvert : ils s'abritèrent continuellement pour tirer sur l'ennemi, auquel ils ne cessèrent de tendre des embuscades. Celui-ci s'en vengea en brûlant leurs cases et en détruisant leurs cocotiers. Les vaisseaux de guerre français jetèrent de la mitraille sur tous les endroits habités qui se trouvaient près de la mer. Le joli village de Vaitoare, dans l'île Tahaa, fut bombardé et incendié y compris la farehau (maison commune) qui avait coûté aux indigènes 3.000 piastres. Généralement les habitants prenaient la fuite aux premiers coups de canon et allaient se réfugier dans les brousses où les détachements de marins et de soldats français avaient énormément de peine à les découvrir. 11 en résultait des marches fatigantes qui épuisaient les troupes. Celles-ci cernaient un district et, par hasard, rencontraient les insurgés dont elles s'emparaient après un léger engagement ou quelquefois par surprise sans avoir eu besoin de tirer un coup de fusil. Hommes, femmes et enfants étaient aussitôt envoyés à bord des navires ou à Uturoa et retenus captifs, car le meilleur moyen de terminer les hostilités était

1. Notes du capitaine de vaisseau Bayle sur le livre manuscrit qui est aux archives de la résidence d'Uturoa (Raiatea) et qui porte la rubrique : Commandant supérieur aux Iles-sous-le-Vent.

de faire le vide dans le pays. Le 10 février, le détachement du lieutenant Gorre se mit en marche, au jour, dans la direction du mont Faneuhi et par les lignes des crêtes. A 10 h. du matin, l'avant-garde du détachement arriva sur un petit campement de rebelles. Comme le lieutenant Corre avait la conviction que ceux-ci ne se gardaient que du côté de la vallée, il revint sur ses pas afin de prendre à revers le campement principal. A 11 h. 1/2, le détachement tomba sur trois cases qu'il entoura aussitôt et dans lesquelles il trouva la bande des insurgés qui, quoique armée, se rendit sans résistance . Une patrouille alla fouiller les environs et ramena encore des prisonniers, des armes et des munitions. Dans ces deux campements, le lieutenant Corre avait fait prisonniers vingt-six hommes, treize femmes, douze enfants, et pris vingt-six fusils, un sabre, un sabre-baïonnette et des munitions. Plusieurs chefs insurgés étaient prisonniers, entre autres : la cheffesse de Tevaitoa Mai, INIoti Roi son mari, le généralissime de Teraupoo Hupe, le frère de Teraupoo, le faterehau d'Opoa et sa femme, une demi-blanche, nommée Taupe^. La prise de la cheffesse de Tevaitoa était d'une importance,considérable. Msiï-v ahine [femme) et son tane (mari) Moti Roi s'étaient montrés ennemis acharnés des Français 2. L'on avait vu au milieu de l'action Maï-vahine parcourir les rangs de ses guerriers et les exciter à tenir ferme ; personne ne l'avait surpassée en courage '^. Malheureusement Teraupoo ne se trouvait pas parmi les captifs. Désespéré par les défaites successives de ses partisans, il avait renoncé à la lutte et s'était caché avec sa femme et sa fille adoptive dans une grotte de la vallée de Vaiaau. 11 est probable qu'ils auraient échappé pendant longtemps aux recherches si le chef insurgé n'avait

1. Notes du capitaine de vaisseau Bayle sur le livre manuscrit qui est aux archives de la résidence d'Uturoa (Raiatea) et qui porte la rubrique : Commandant supérieur aux Iles-sous-le-Vent.

2. Elle avait comme ministre de l'Intérieur [faalerehaa) une jeune fille du nom de Temarii-vahine.

3. Elle ne fut point blessée, mais son lane Moti Roi reçut deux balles.

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eu l'imprudence de faire du feu durant la nuit. La lueur révéla sa présence et celle des siens. Le 15 février, leur retraite fut découverte et l'on s'empara d'eux. Ainsi finit la guerre de Raiatea-Tahaa ^ .

Les prisonniers de cette guerre furent, à l'exception des chefs et de quelques malades, déportés avec leurs femmes et leurs enfants à Haane, dans l'île Ua-Uka de l'archipel des Marquises. Ils y restèrent plusieurs années 2. Dans le second semestre de l'année 1900, le gouvernement français, jugeant suffisante la peine qu'ils avaient accomplie, les rapatria aux îles Raiatea et Tahaa. Quant au chef Teraupoo, il fut, avec sa femme, transporté en Nouvelle-Calédonie, où le gouvernement français lui servit une pension pour vivre 3. Les autres insurgés importants, la cheffesse Mai et son mari Moti Roi, le chef Hupe, la cheffesse Taupe, etc., en tout huit hommes et femmes furent aussi emmenés dans cette île ^.

Les pasteurs protestants français de Tahiti, avec l'ascendant qu'ils avaient sur leurs confrères indigènes et les habitants des îles Sous-le-Vent, auraient peut-être pu empêcher cette guerre regrettable : ils ne firent presque rien en cette occasion et rendirent ainsi un peu suspect leur patriotisme.

Ils ne devaientpas, dira-t-on, s'occuper de politique, même dans un but d'humanité. Cependant ils s'en mêlaient tous les jours, à Tahiti, et pour des motifs moins louables. Ils

1. Voir pour les détails de ces événements la Chronique de la guerre de Raiatea-Tahaa dans mon ouvrage Les Polynésiens orientaux au contact de la civilisation.

2. Lors de mon voyage dans l'archipel des Marquises (1900), j'allai à Haane (île Ua-Uka) et je visitai les prisonniers de la guerre de Raiatea-Tahaa. Ils étaient consignés dans une espèce de camp, hommes, femmes et enfants, et n'en sortaient que pour faire quelques corvées. C'étaient d'ailleurs les seuls travaux forcés auxquels ils fussent astreints; à part cela, ils vivaient à leur guise dans l'enceinte du camp. En somme, leur détention était très douce.

3. J'apprends (1906) que le chef Teraupoo a été aussi rapatrié à Raiatea après être resté en Nouvelle-Calédonie jusqu'à l'année dernière. Il habite maintenant soit Uturoa soit Tevaitoa. Il vit très retiré et ne parle à personne.

4. Moti Roi mourut de ses blessures en arrivant en Nouvelle-Calédonie. Devenue veuve, Ms.i-vahine prit pour lane un autre prisonnier nommé Atamu.

J'apprends également que tous les prisonniers emmenés en Nouvelle-Calédonie avec Teraupoo ont été, comme lui, ramenés à Raiatea et à Tahaa.

soulevaient une foule de questions qui ne les regardaient pas, et le gouvernement avait la faiblesse d'y répondre. Il lui fallait d'ailleurs compter avec eux, car ils avaient des protecteurs puissants en France. Seuls, leurs adversaires religieux osaient réellement leur tenir tête. En effet, la lutte continuait encore à Tahiti entre les protestants et les catholiques, quoique avec moins d'éclat qu'autrefois. Les deux partis se haïssaient toujours, mais ils ne se faisaient plus qu'une guerre sourde. Les prêtres catholiques ne conservaient plus d'illasions sur l'issue finale de la lutte. Venus bien après les pasteurs protestants, ils voyaient maintenant qu'ils ne parviendraient pas à se substituer à eux. Papeete ainsi que certains districts possédaient une église ; il y avait même dans la capitale un vicaire apostolique et une Mission; mais les catholiques étaient entrés petit nombre. Le rôle des Missions protestantes allait au contraire sans cesse grandissant. Les pasteurs étaient devenus les véritables maîtres : ils gouvernaient la colonie. Leur intervention perpétuelle dans les affaires publiques devint bientôt telle qu'elle alarma jusqu'à ceux qui restaient indifférents à cette religion et à ses tendances. Il en résulta non une coalition proprement dite,, mais une sorte de groupement de fait et une communauté d'action entre les catholiques et les libres penseurs, ce qui permet de dire que Tahiti se trouva partagée en deux camps dont tous les militants résidaient à Papeete : le camp protestant, qualifié par ses adversaires de parti anglais ou de l'étranger, sous la direction de M. Viénot, et le camp libre penseur et catholique, se nommant parti français, beaucoup moins important et moins nombreux et qui avait pour chefs le maire et l'évêque de Papeete. Ce parti accusait le gouverneur de n'être que le lieutenant de M. Viénot et le docile exécuteur de ses ordres.

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