I. Chessé
Le même jour, à midi, sur la place Bruat, devant les indigènes, le roi et le commissaire du gouvernement français, des consuls, des fonctionnaires, des officiers et des troupes, le drapeau français fut hissé par deux chefs tahitiens au cri répété de « Vive la France! »
C'est ici qu'il y a lieu de rappeler un des reproches les plus graves qui aient été adressés à M. Viénot : lui, citoyen français, n'assistait pas à cette cérémonie; il s'abstint d'y paraître, de même que le consul britannique. Son absence fut vivement critiquée et parut d'autant plus blâmable que par la communauté d'attitudes il semblait s'associer au représentant d'une nation étrangère.
Le gouvernement français ratifia en ces termes la cession faite à la France par le roi Pomare V de ses États :
Le Sénat et la Chambre des députés ont adopté,
Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :
Art. 1". — Le Président de la République est autorisé à ratifier et à faire exécuter les déclarations signées le 29 juin 1880, par le Roi Pomare V et le Commissaire de la République aux Iles de la Société, portant cession à la France de la souveraineté pleine et entière de tous les territoires dépendant de la couronne de Tahiti.
Art. 2. — L'île de Tahiti et les archipels qui en dépendent sont déclarés colonie française.
Art. 3. — La nationalité française est acquise de plein droit à tous les anciens sujets du Roi de Tahiti.
Art. 4. — Les étrangers nés dans les anciens États du Protectorat, ainsi que les étrangers qui y seront domiciliés depuis ime année au moins, pourront demander leur naturalisation. Ils seront dispensés des délais et des formalités prescrites par la loi des 29 juin-5 juillet 1867, ainsi que des droits de sceau.
Les demandes seront adressées aux autorités coloniales dans le délai d'une année à partir du jour où la loi sera exécutoire dans la colonie, et après enquête faite sur la moralité des postulants, au Ministre de la marine et des colonies, qui les transmettra, avec avis, au Garde des sceaux.
La naturalisation sera accordée par le Président de la République.
La présente loi, délibérée et adoptée par le Sénat et la Chambre des députés, sera exécutoire comme loi de l'État.
Fait à Paris, le 30 décembre 1880.
Signé : Jules Grévy.
Par le Président de la République : Le Minisire des affaires étrangères,
Signé : B. Saint-Hilaire.
Le Garde des sceaux, Le Ministre de la Marine
Ministre de la justice, et des colonies.
Signé : Jules Cazot. Signé : G. Cloué.
Le gouvernement français ratifia aussi les engagements que M. Chessé avait pris, au nom de la France, envers Pomare V, la famille royale et quelques chefs de Tahiti.
l'archipel de la société 313
On pouvait croire qu'après une pareille défaite le parti protestant était sinon vaincu au moins déconsidéré. Ce fut pourtant le contraire qu'il advint : ce qui aurait dû diminuer son prestige contribua à le relever. Voici comment :
Voyant Tahiti irrévocablement liée à la France, M. Viénot et ses confrères changèrent immédiatement de langage. La France ne fut plus pour eux qu'une mère vénérée pour laquelle ils avaient toujours eu la plus grande affection; on s'était trompé sur leurs sentiments. Ils firent agir à Paris d'influents coreligionnaires, qui parvinrent à persuader le gouvernement que l'annexion de l'archipel de la Société était due au dévouement de la Mission évangélique. Les ministres de la Métropole, pour reconnaître ces prétendus services, ne manquèrent pas à partir de cette époque de recommander aux divers gouverneurs qui se succédèrent de ménager la Mission évangélique et de diriger la colonie suivant leurs conseils. Les pasteurs protestants en profitèrent pour s'occuper encore plus qu'auparavant de politique et d'administration. Les fonctionnaires durent partager leurs idées et les appliquer; autrement les pasteurs portaient plainte à la Métropole contre les récalcitrants. Sûrs qu'ils étaient d'être soutenus par leurs puissants amis, ils présentaient l'afTaire sous le jour le plus favorable pour eux et le résultat ne tardait pas à se faire sentir : les foudres ministérielles tombaient à l'improviste sur le malheureux employé coupable d'avoir voulu contrecarrer les plans de M. Viénot et ses collègues, ou seulement de leur avoir déplu. Les agissements des pasteurs protestants français devenaient identiques à ceux des pasteurs anglais.
Ces derniers avaient fait école aux îles Sous-le-Vent. Raiatea-Tahaa possédait autrefois un collège pouvant contenir une centaine d'étudiants. Leurs études terminées, ceux-ci allaient prêcher l'Évangile dans les diverses îles de l'Océanie. Les pasteurs indigènes, en bons élèves, avaient adopté les vues de leurs maîtres, leurs sympathies et leurs haines.
Lorsque la France voulut s'emparer des îles Sousle-Vent, ils furent pour elle des ennemis aussi implacables que l'avaient été autrefois les pasteurs anglais à Tahiti et Moorea.
Voici comment la France fut amenée à s'emparer des îles Sous-le-Yent. Les indigènes n'avaient pas toujours eu à se féliciter de l'appui qui leur avait été autrefois donné par l'Angleterre : lorsque de nouvelles luttes avaient ensanglanté leurs îles, ils avaient regretté d'être indépendants et plusieurs fois ils avaient demandé aux autorités françaises de Tahiti de venir rétablir l'ordre chez eux; mais celles-ci, liées par les ordres de la Métropole, qui ne pouvait que tenir ses engagements envers l'iVngleterre, avaient refusé d'intervenir dans des États dont elles devaient respecter l'indépendance. Dans ces parages, la situation politique de la France était particulièrement délicate. Elle devint même embarrassante à la suite d'une visite que fit un navire de guerre allemand aux îles Raiatea et Tahaa. Les officiers de ce navire essayèrent d'amener les chefs de ces deux îles « à demander un traité d'amitié » avec l'empereur Guillaume. Comprenant immédiatement les dangers qu'un tel traité pouvait engendrer pour la puissance de la France dans la Polynésie orientale, les autorités françaises s'empressèrent de se montrer plus disposées à accueillir favorablement les demandes de Protectorat qu'avaient faites certains chefs de Raiatea et de Tahaa. Des entrevues eurent lieu, et le Protectorat fut accordé provisoirement aux indigènes de Raiatea, sous réserve de Pannulation de la Déclaration du 19 juin 1847. On était alors en l'année 1880. L'Allemagne se trouvait évincée. Mais le traité passé avec les chefs de Raiatea-Tahaa resta nul de fait, car l'Angleterre protesta contre la violation de la convention de Jarnac et ne consentit en octobre 1880 qu'à un Protectorat provisoire sur l'île Raiatea, pour une période strictement limitée à six mois, afin de laisser le temps aux deux gouvernements français et anglais de s'entendre sur cette affaire.
l'archipel de la société 315
Les nouveaux pourparlers furent si longs qu'il fallut renouveler tous les six mois jusqu'en 1887 l'arrangement conclu. Enfin, cette année-là, l'Angleterre, moyennant des compensations accordées ailleurs par la France, consentit à céder au désir de cette puissance ; la Convention suivante fut rédigée :
Le gouvernement de la République française et le Gouvernement de Sa Majesté la Reine du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, désirant abroger la Déclaration du 19 juin 1847 relative aux îles-sous-le-Vent de Tahiti, et assurer, en même temps, pour l'avenir, la protection des personnes et des biens aux Nouvelles- Hébrides, sont convenus des articles suivants :
Art. 1". — Le gouvernement de Sa Majesté Britannique consent à procéder à l'abrogation de la Déclaration de 1847 relative au groupe des Iles-sous-le-Vent de Tahiti, aussitôt qu'aura été mis à exécution l'accord ci-après formulé pour la protection, à l'avenir, des personnes et des biens aux Nouvelles-Hébrides, au moyen d'une Commission mixte.
Art. 2. — Une Commission navale mixte, composée d'officiers de marine appartenant aux stations française et anglaise du Pacifique, sera immédiatement constituée ; elle sera chargée de maintenir l'ordre et de protéger les personnes et les biens des citoyens français et des sujets britanniques dans les Nouvelles-Hébrides.
Art. 3. — Une déclaration à cet effet sera signée par les deux Gouvernements.
Art. 4. — Les règlements destinés à guider la Commission seront élaborés parles deux Gouvernements, approuvés par eux et transmis aux commandants français et anglais des bâtiments de la station navale du Pacifique, dans un délai qui n'excédera pas quatre mois à partir de la signature de la présente Convention, s'il n'est pas possible de le faire plus tôt.
Art. 5. — Dès que ces règlements auront été approuvés par les deux Gouvernements et que les postes militaires français auront pu, par suite, être retirés des Nouvelles-Hébrides, le Gouvernement de Sa Majesté Britannique procédera à l'abrogation de la Déclaration de 1847. Il est entendu que les assurances, relatives au commerce et aux condamnés, qui sont contenues dans la Note verbale du 24 octobre 1885, communiquée par M. de Freycinetà Lord Lyons, demeureront en pleine vigueur.
En foi de quoi, les soussignés dûment autorisés à cet effet, ont signé la présente Convention et y ont apposé leurs cachets. Fait en double, à Paris, le 16 novembre 1887.
(L. S.) Flourens [L. s.) Egerton \
Par suite de cette Convention, les troupes françaises furent donc retirées des Nouvelles-Hébrides. L'évacuation eut lieu le 15 mars 1888. En conséquence le gouverneur des Établissements français de l'Océanie, sur un ordre de la Métropole, fit paraître, le 16 mars 1888, la Proclamation suivante :
ÎSous, Gouverneur des Établissements français de l'Océanie,
Vu la convention intervenue entre la France et l'Angleterre, à la date du 26 octobre dernier, et qui porte abrogation de la déclaration de 1847 relative aux lles-Sous-le-Vent de Tahiti;
Prenant en considération les demandes d'annexion qui nous ont été adressées par les populations de ces îles;
Agissant, en outre, en vertu des ordres que nous avons reçus et des pouvoirs qui nous sont conférés,
Proclamons :
Art. l*"'". — Les îles Raiatea-Tahaa, Huahine et Bora-Bora, ainsi que toutes leurs dépendances, notamment Tubuai-Manu (dit Maiao),^ Maupiti, Scilly, Mapihaa, Bellinghausen, sont à l'avenir, placées, sans partage ni réserve, sous la souveraineté pleine et entière de la France.
Art. 2. — Le pavillon national de la France y sera seul arboré, dès ce jour, en présence des autorités civiles et militaires qui nous accompagnent, des fonctionnaires indigènes et des troupes de terre et de mer, qui présenteront les armes au moment où le drapeau sera hissé.
Il sera salué de 21 coups de canon.
Art. 3. — Les anciens souverains de Raiatea-Tahaa, de Borabora et de Huahine continueront à être traités avec tous les égards qui leur
1. Convention relative aux Nouvelles-Hébrides et aux lles-sous-le-Vent de Tahiti, signée le 16 novembre 1887 entre la France et la Grande-Bretagne (L/y/'e jaune, 1888).
l'archipel de la société 317
sont actuellement dus. Ils sont placés sous la haute tutelle de la France, qui leur assurera une situation honorable.
Art. 4. — Les chefs et sous-chefs de district, les toohitu, les juges, les pasteurs et tous autres agents quelconques actuellement en exercice conserveront leurs fonctions, ainsi que les soldes qui y sont attachées.
x\.RT. 5. — Il n'est rien changé présentement à l'administration municipale des districts; les conseils élus continueront également à connaître des affaires du pays, sous la présidence de notre délégué.
Art. 6. — La justice continuera à être rendue dans la même forme que par le passé à l'égard des indigènes.
Toutefois les étrangers, Européens ou autres, ne relèveront, à l'avenir, que des tribunaux français.
Art. 7. — L'exercice de tous les cultes reconnus par les lois françaises est libre; nul ne sera inquiété dans la pratique de sa religion.
Signé : Th. Lacascade.
Après avoir fait paraître cette proclamation, le gouverneur prit successivement possession, au nom de la France, des îles Huahine, Raiatea, Bora-Bora et dépendances. Voici les procès-verbaux de ces prises de possession :
Procès-verbal de prise de possession de l'île de Huahine par la France.
Cejourd'hui, seize mars mil huit cent quatre-vingt-huit, à huit heures du matin, M. Lacascade, Gouverneur des Établissements français de l'Océanie, accompagné de MM. le capitaine de vaisseau La Guerre, commandant le Decrès, le chef d'escadron d'artillerie de marine de Nays-Candau, le lieutenant de vaisseau Reux, commandant la goélette YAorai, le lieutenant Tournois, détaché auprès du Gouverneur, Cadousteau, interprète principal du Gouvernement, et MM. les officiers du croiseur le Decrès, est descendu à terre à Huahine pour arborer sur cette île le pavillon français.
La compagnie de débarquement du Decrès, commandée par M. l'enseigne de vaisseau Denot, et le détachement d'infanterie de marine sous les ordres du capitaine Aublet, étaient rangés devant la maison du Roi, entourant le mât en tête duquel flottait le pavillon de Huahine.
Le Gouverneur, après avoir prononcé une allocution devant la population assemblée, s'est rapproché du mât de pavillon et a annoncé solennellement que, sur la demande du gouvernement et de la population et en vertu des pouvoirs qui lui ont été conférés, il prenait possession de Tile au nom de la France.
En conséquence, il a ordonné que le pavillon de Huahine soit amenée que le pavillon français soit immédiatement arboré ; à ce moment,^ les troupes ont présenté les armes et les clairons ont sonné au drapeau.
Dès que le pavillon de la France est arrivé en tête de mât, il a été salué par le Decrès d'une salve de 21 coups de canon, aux applaudissements enthousiastes de la population.
Fait à Huahine, les jour, mois et an que dessus.
Signé : Th. Lacascade, La Guerre, de Nays- Candau, Reux, Aublet, Tournois, Cadous- TEAU, Denot, Marin, Paouis, Philip.
Procès-verbal de prise de possession de l'île de Raiatea par la France.
Cejourd'hui, dix-sept mars mil huit cent quatre-vingt-huit, à neuf heures du matin M. Lacascade, Gouverneur des Établissements français de rOcéanie, accompagné de MM. le capitaine de vaisseau La Guerre, commandant le Decrès, le chef d'escadron d'artillerie de marine de Nays-Candau, les commandants des goélettes VOrohena et le Taravao, le lieutenant Tournois, détaché auprès du Gouverneur, Cadousteau, interprète principal du Gouvernement, et MM. les officiers du croiseur le Decrès, est descendu à terre à Raiatea pour arborer sur cette île le pavillon français.
La compagnie de débarquement du Decrès, commandée par M. Denot, enseigne de vaisseau, et le détachement d'infanterie de marine sous les ordres du capitaine Aublet, étaient rangés devant la maison du Roi, entourant le mât en tête duquel flottait le pavillon du Protectorat.
Un certain nombre d'indigènes qui avaient demandé à participer à la cérémonie étaient également sous les armes.
Le Gouverneur, après avoir prononcé une allocution devant la population assemblée, s'est rapproché du mât de pavillon et a annoncé solennellement que, sur la demande du gouvernement et de la popu-
l'archipel de la société 319
lation et en vertu des pouvoirs qui lui ont été conférés, il prenait possession de l'île au nom de la France.
En conséquence, il a ordonné que le pavillon du Protectorat soit amené et que le pavillon français soit immédiatement arboré; à ce moment, les troupes ont présenté les armes et les clairons ont sonné au drapeau.
Dès que le pavillon de la France est arrivé en tête de mât, il a été salué par le Decrès d'une salve de 21 coups de canon, aux applaudissements enthousiastes de la population.
Fait à Raiatea, les jour, mois et an que dessus.
Signé : Tii. Lacascade, La Guerre, de Nays- Candau, Clôt, Aublet, Tournois, Cadous- TEAU, Denot, Marin, Lefebre, Philip.
Procès-verbal de prise de possession de l'île de Borabora et dépendances par la France.
Cejourd'hui, dix-neuf mars mil huit cent quatre-vingt-huit,
M. Th. Lacascade, Gouverneur des Établissements français de l'Océanie, chevalier de la Légion d'honneur,
Agissant en vertu des instructions du Gouvernement français, transmises par un télégramme du Ministre de la marine en date du 19 janvier 1888,
S'étant rendu, à bord du croiseur le Decrès, à Borabora, où il est arrivé le 17 mars dans l'après-midi.
Et après avoir fait connaître à la population, par l'intermédiaire des autorités locales indigènes, les intentions de la P'rance,
Aucune opposition ne s'étant manifestée,
Est descendu à terre à huit heures du matin ;
Et là, en présence des autorités indigènes,
En présence des compagnies de débarquement du Decrès et du Scorpioji, ainsi que d'un détachement d'infanterie de marine, toutes ces troupes placées sous le commandement de M. le capitaine de vaisseau La Guerre, commandant le Decrès;
En présence de M. le chef d'escadron d'artillerie commandant des troupes dans les Établissements français de l'Océanie, et de MM. les officiers du Decrès et du Scorpion ;
Après avoir, une dernière fois, exposé lui-même, en public les intentions nettement pacifiques de la France aux autorités et aux habitants assistant,
A déclaré solennellement, au nom du Gouvernement de la République, l'île de Borabora et ses dépendances réunies à tout jamais, sans restrictions ni réserves, à la France, qui en prend la souveraineté pleine et entière, et a ordonné que le pavillon français soit immédiatement hissé, ce qui a été exécuté sur-le-champ.
A ce moment, les troupes ont présenté les armes, les clairons ont sonné aux champs, et le Decrès a fait une salve de 21 coups de canon.
Cette prise de possession a été sympathiquement accueillie par les autorités et la population, qui ont remercié le Gouverneur.
En foi de quoi, le présent procès-verbal a été dressé, et signé par les témoins ci-dessous énumérés nominativement.
Fait et clos à Borabora, les jour, mois et an que dessus.
Le Gouverneur des Établissements français de VOcéanie, Signé : Th. Lacascade.
Le capitaine de vaisseau com mandant le Decrès, La Guerre.
Signé :
L'enseigne de vaisseaudu Decrès, Denot.
Le chef d'escadron d'artillerie commandant des troupes dans les Établissements français de VOcéanie,
DE Nays-Candau.
Le lieutenant de vaisseau commandant le Scorpion, Andrieu.
Le capitaine commandant le détachement d'infanterie de marine,
AUBLET.
L'interprète du Gouvernement, Cadousteau.
Le médecin de l^*"® classe^ médecin-major du Decrès, Philip.
L'enseigne de vaisseaudu Decrès, Paquis.
L'officier d' administration
du Decrès,
Marin.
L'enseigne de vaisseau
du Scorpion,
Martel.
L'enseigne de vaisseau
du Scorpion,
Charpentier de Cossigny.
Le médecin de 2® classe, médecinmajor du Scorpion,
DUSAULT.
L'officier d'administration
du Scorpion.
Le Touzé
Toutefois la bonne harmonie ne dura pas longtemps. Le 21 mars 1888, à Huahine, des indigènes attaquèrent à l'improviste un détachement de marins français : trois hommes furent tués, et quatre, blessés; parmi les premiers, se trouvait l'enseigne de vaisseau Denot, commandant du détachement. Le gouvernement français aurait dû immédiatement tirer vengeance de cette lâche agression ; cependant il s'en abstint ; il se borna à reprocher aux naturels leur perfidie et se contenta de quelques marques de repentir de leur part. C'était rendre l'annexion encore plus difficile.
Peu de temps après, une dernière Déclaration fut signée par les deux gouvernements français et anglais. Elle était rédigée ainsi qu'il suit :
L'article 5 de la Convention du 16 novembre 1887 relative aux Nouvelles-Hébrides et aux îles sous-le-Vent de Tahiti, ayant stipulé que le Gouvernement de S. M. B. procéderait à l'abrogation de la déclaration du 19 juin 1847 entre la Grande-Bretagne et la France concernant le Groupe des îles-sous-le-Vent de Tahiti aussitôt que les postes militaires français auront pu être retirés des Nouvelles-Hébrides, les deux Gouvernements, après avoir acquis la certitude que les postes ont été retirés le 15 mars 1888 déclarent qu'à cette date, la déclaration susmentionnée a cessé d'exister et qu'elle demeure nulle et non avenue.
En foi de quoi les soussignés, le Ministre des Affaires étrangères de la République française et l'Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de S. M. B. à Paris ont signé cette déclaration et y ont apposé le sceau de leurs armes.
Fait double à Paris, le 30 mai 1888.