Les Missions catholiques, n" du l" avril
les nacres par exemple, et firent d'excellentes affaires. Je n'insisterai pas sur ce côté fâcheux de leur apostolat; je me bornerai à constater que les missionnaires catholiques français des îles Gambier n'agirent pas autrement que les missionnaires protestants anglais des îles de la Société : les uns et les autres aimèrent autant les biens de ce monde, avec cette différence, toutefois, que les missionnaires protestants s'en servirent pour se procurer personnellement de l'aisance, si ce n'est de la richesse, tandis que les missionnaires catholiques les employèrent pour faire prospérer leur congrégation ^
1. Il me reste à mentionner une brochure intitulée: La Vérité sur Taïti, affaire La Roncière, par M. Jacolliot, ancien juge impérial à Taïti. Cette brochure (publiée à Saint-Germain postérieurement au 9 octobre 1869) contient des allégations et imputations de nature à porter atteinte, au plus haut chef, à l'honneur et à la considération du Père Laval, représenté, notamment, comme assassin et empoisonneur. L'ancien directeur de la Mission des îles Gambier y répondit en assignant l'ex-juge impérial devant la justice française de Tahiti, e'est-àdire devant le tribunal supérieur des États du Protectorat des îles delà Société, à Papeete. Celui-ci se réunit le II avril 1872 en chambre civile et donna raison à Louis-Jacques Laval, en religion Père Honoré, prêtre missionnaire demeurant à Papeete : il déclara que les passages de la brochure où il est question de lui avaient tous les caractères légaux de la diffamation et de l'injure, et que leur auteur, comme il l'avouait d'ailleurs lui-même, avait agi de parti pris, sans se dissimuler la gravité de ses paroles; en conséquence ledit tribunal condamna Louis Jacolliot actuellement commerçant, demeurant à Faulaua, district de Pare, île Tahiti, à payer au Père Laval une somme de 15.000 francs à titre de dommages-intérêts; ordonna la suppression des passages incriminés de la brochure, l'insertion du jugement rendu par défaut dans le Vea, Messager de Tahiti, journal officiel du Protectorat, en français, en anglais et en tahitien, et en français seulement dans trois journaux des colonies françaises, ti'ois journaux de Paris,et quatre journaux des départements, aux choix du Père Laval, le tout aux frais dudit M. Jacolliot. (Réquisition d'insertion au Messager de Tahiti : n° du samedi 18 mai 1872.) Ainsi se termina cette triste affaire.
Le Père Laval mourut dans l'île de Tahiti le 1" novembre 1880.