Taratoufli veut dire aussi Truffes
2. — « Let in rain potatoes, and bail kissiog comfits... » Pleuvez, Patates^ qu'il tombe une grêle de dragées... {Les Joyeuses Commères de Windsor ',àe Sbakespeare, Acte V, Scène 5).
saient nos ancêtres, se confectionnaient principalement avec la Batate. Ces Patates douces étaient oflfertes en vente par des marchands ambulants, surtout dans le voisinage de Royal Exchange, et ceux qui avaient conflance dans leurs propriétés reconstituantes les achetaient même à un prix fort élevé, lorsqu'elles étaient rares. Les allusions à cette crédulité sont très fréquentes dans les pièces de théâtre de cette époque. »
Ce que dit ainsi Joseph Banks nous parait répondre à plusieurs des allégations du D' Puttsche. Hawkins a pu apporter la Batate, mais non la Pomme de terre. Quant à Francis Drake, aucun document n'établit qu'il a introduit cette dernière en Virginie, et il n'a joué d'autre rôle que celui d'un navigateur transportant à son bord Heriot muni peut-être du précieux tubercule. Il est vrai que Walter Raleigh n'a joué personnellement aucun rôle dans l'introduction de la Pomme de terre en Angleterre, parce qu'il n'était pas allé lui-même en Virginie. Mais si Gerarde a eu quelque rapport avec Clusius^ ce qui paraît tout au moins résulter de ce qu'il dit de lui dans son HerbalL il ne lui a pas fait connaître la Pompie de terre : c'est, en effet, par une toute autre voie qu'elle est parvenue à Clusius, en 1588, comme vient de nous l'apprendre Joseph Banks et comme nous le verrons plus loin. Mais Clusius professait la botanique à Leyde, dans la chaire devenue vacante par la mort de Dodoëns, depuis 1593 jusqu'en 1609 : il peut donc se faire que Gerarde, qui n'a publié son Herball qu'en 1597, ait obtenu facilement de Clusius des renseignements qu'il a utilisés dans son ouvrage : c'est à cela seulement que devaient s'en tenir leurs relations, car Clusius n'en parle pas.
Nous croyons devoir intercaler ici l'extrait suivant d'un Mémoire de M. Clos * qui ajoute d'autres renseignements à ceux publiés par Joseph Banks. « On dit que Sir Walter Raleigh donna quelques Pommes de terre à son jardinier, comme un beaufruit d'Amérique, avec ordre de les planter dans son jardin potager : en Août, la plante fleurit, elle fructifia en Septembre ; mais les baies furent si différentes de ce qu'attendait le Jardinier que, dans sa mauvaise humeur, il les porta à son maître, lui disant : « Est-ce là ce beau fruit d'Amérique que vous prisez si haut? » W. Raleigh, qu'il ignorât
1. — Quelques documfints pour V histoire delà Pomme de terre (1874),
OU non la chose, les lui fit arracher et jeter (Philipps, History of cuUwated vegetahles),
» Le botaniste Gerarde, qui reçut directement la Pomme de terre de Virginie, qui la cultiva dans son jardin en 1597, et qui même en donna dans son grand Herball une description et une figure, il est vrai assez médiocre, se borne à dire : Ces tubercules sont une nourriture aussi bien qu'un mets assez agréable, égal en bonté et en salubrité à la Batate, soit qu'on les fasse rôtir sous la cendre, soit qu'on les mange bouillis, avec de Thuile, du vinaigre et du poivre, ou préparés de toute autre manière parla main de quelque habile cuisinier. Peu après, le célèbre François Bacon écrit, dans Histoire de la vie et de la mort : « Un quart de racines farineuses, telles que celles de la Pomme de terre, mélangées avec trois quarts de grain, rendrait la bière plus saine et plus propre à prolonger la vie » [Bibl. britann.) ; et dans son Histoire naturelle^ ce savant indique môme un moyen d'obtenir de la plante des tubercules plus développés en tous sens.
» D'un autre côté, la mention élogieuse précitée, due à Gerarde, devait avoir contribué à mettre la Solanée en vogue en Angleterre, au moins à titre d'aliment délicat ; car, déjà dès 1619, elle figure parmi différents articles destinés à la table royale : la quantité à fournir était très minime; mais elle ne devint dans la Grande Bretagne un objet d'importance nationale qu'en 1662-1663. Dans un meeting du 18 Mars de cette année, fut lue une lettre de M. Buckland, gentilhomme du Somerset, recommandant la plantation de la Pomme de terre dans toutes les parties du Royaume pour prévenir la famine. A la suite d'un rapport élogieux sur cette communication, plusieurs membres furent invités à cultiver la plante. Toutefois, si Ton s'en rapporte au peu de cas qu'attachait encore Bradley à cette culture en 1718, dans ses New improvements of Planting and Gardening, on est autorisé à conclure que la Pomme de terre n'était pas, même alors, appréciée selon ses mérites.
» En Ecosse, elle ne fut cultivée qu'en 1683. En 1728, un journalier, Thomas Prentice, planta pour la première fois des Pommes de terre en plein champ dans le Kilsyth : le succès fut tel que tout fermier et colon suivait son exemple (Philipps, /. c). »
Nous trouvons aussi dans V Encyclopédie du Jardinage de Lou-
don* quelques passages intéressants sur le même sujet. «Gough, dit-il, dans son édition du CamderCs Britannia, assure que la Pomme de terre avait d'abord été plantée par Sir Walter Raleigh dans sa terre de Youghall, près de Cork, en Irlande, et qu'elle était « appréciée et cultivée pour la nourriture » dans cette contrée, avant qu'elle ne fût estimée en Angleterre... »
« La Société royale, ajoute Loudon, prit en 1663 quelques mesures pour encourager la culture des Pommes de terre, en vue de prévenir la famine. Cependant, quoique leur utilité au point de vue alimentaire fût mieux connue, on n'en faisait pas grand cas. Dans les ouvrages horticoles publiés vers la fin du xvn« siècle, cent ans après leur introduction, on n'en parle guère qu'avec dédain. « On en fait grand usage en Irlande et en Amérique pour l'alimentation, dit un auteur ; on pourrait en conseiller la culture avec avantage pour les pauvres gens ». « Je n'ai pas appris qu'on ait encore essayé de les cultiver, ajoute un autre, peut-être parce qu'on ne peut pas en obtenir de grandes quantités pour servir de nourriture aux porcs ou pour tout autre bétail ». L'érudit Evelyn lui-même semble avoir conservé contre les Pommes dé terre quelque préjugé : « Plantez-les, dit-il, en 1699, dans votre plus mauvaise terre. Déterrez-les en Novembre pour les consommer l'hiver ; elles constitueront un stock qui ne diminuera pas de sitôt ». Les célèbres pépiniéristes, London et Wise, dans leur Complete-Gardener publié en 1719, ne considéraient pas la Pomme de terre comme digne d'appeler l'attention; et Bradley qui, vers le même temps, écrivait avec tant de détails sur divers sujets d'horticulture, parlait des Pommes de terre comme étant inférieures au Chervis et aux raves... »
<( La culture des Pommes de terre dans les jardins en Ecosse, dit encore Loudon, était très peu comprise vers l'année 1740, et elle n'était pas encore pratiquée dans les champs, vingt années environ après cette période. II a été établi dans le General report ofScotland (vol. Il, p. 111), comme un fait bien constaté, que dans les années 1725-1726, le petit nombre de plantations de Pomme de terre existant alors dans les jardins des environs d'Edimbourg, se perpétuaient dans les mêmes plates-bandes d'année en année, comme
1 — Loudon's £ncrclopxdiaof Gardeningt Londres, 1828.
le recommandait Evelyn; on se contentait d'arracher quelques tubercules en Automne, et Ton recouvrait les pieds avec une bonne litière pour les préserver du froid pendant l'hiver. Depuis le milieu du xviiio siècle, la culture des Pommes de terre a fait par contre des progrès si rapides en Ecosse, qu'on en voit maintenant dans presque tous les jardins qui entourent les chaumières. »
En suivant le cours de nos citations d'auteurs qui nous ont laissé quelques documents relatifs à notre histoire, nous avions espéré trouver de nouveaux renseignements dans YHistoria plantarum de John Ray, publiée à Londres en 1686, et dans le Plantarum HiS' toria universalis de Morison qui a paru à Oxford en 1715. Mais ces deux auteurs ne font guère que répéter ce qu'avaient déjà dit leurs devanciers, en s'inspirant surtout des ouvrages des Bauhin que nous ferons connaître dans le paragraphe suivant. Ils parlent seulement tous deux de Johannes Banister, un explorateur mort victime de son dévouement à la science, qui, pendant douze ans, est resté dans la Virginie, parcourant la contrée en tous sens et recueillant toutes les plantes qui s'offraient à lui. Ray en a publié le Catalogue, daté de 1680, dans lequel ne figure pas le Solarium luberosum. Morison ajoute même que Banister avait certifié ne Vy avoir jamais rencontré, ce que d'autres explorateurs devaient bien après lui également constater.
L'Angleterre, cependant, a toujours tenu le premier rang en Europe pour la préconisation de la culture de la Pomme de terre. Ceci explique toute l'importance que l'on attachait déjà, au xviii' siècle, dans ce pays, ainsi qu'en Irlande, aux soins qu'exigeait l'amélioration de cette culture. L'article suivant, extrait du Dictionnaire des Jardiniers * de Philip Miller, Directeur du Jardin des Apothicaires de Londres à Chelsea, fournit la preuve de la situation privilégiée où se trouvait alors à ce point de vue l'Angleterre. Nous en donnons ci-après la traduction.
Miller avait cru devoir classer la Pomme de terre dans le genre Lycopersicon avec les Tomates : les raisons qu'il en donne ne pou-, valent prévaloir contre l'opinion de Gaspard Bauhin qui en avait fait un Solaiium^ opinion ratifiée par Linné et tous les botanistes