‹ Histoire de la pomme de terre: traitée aux points de vue historiqueChapitre 18 sur 72 · C'est une corruption du nom italien Tartufoli · texte numérisé non relu

C'est une corruption du nom italien Tartufoli

la plupart des jardins de rAUemagne, tant elle est féconde*.

» Du reste, on ne peut douter que ce ne soit la même plante dont parle Pierre Gieça, au Chapitre xl de sa Chronique espagnole. Il s'exprime en ces ternies : « Aux environs de Quito, les indigènes possèdent, outre le Maïs, deux autres plantes qui cons tituent leur principale nourriture, lis appellent la première Papas : elle a des racines assez semblables à des Truffes, mais qui sont dépourvues de toute enveloppe plus ou moins dure; lorsqu'elles sont cuites, elles ont la pulpe aussi tendre que de la purée de Châtaignes. On les fait sécher au soleil, et, sous le nom de Chumo on en fait une conserve alimentaire. Le fruit produit une tige qui ressemble à celle du Pavot (il faut pardonner cette comparaison à un soldat). La seconde plante est le Quiniïa^, qui s'élève à la hauteur d'un homme, et qui a les feuilles de la Blette de Mauritanie; sa graine est petite, blanche ou rouge : on en prépare une boisson, et, après l'avoir fait cuire, on la mange comme nous le faisons du riz.

» Augustin Çarate, ainsi que Gomara, dans son Histoire générale des Indes, parlent également des Papas. Celles-ci ne paraissent pas différer beaucoup de ces racines que les Virginiens appellent Openawk*.

» Le Légat, à ce que j'ai compris, mangeait de ces tubercules, qu'on lui préparait de la même façon que des Châtaignes ou des Carottes, pour se fortifier, parce qu'il était d'une santé très délicate. Je crois, en effet, qu'ils sont non moins nourrissants que les Châtaignes ou les Carottes, mais qu'ils sont cependant flatulents : en outre, certaines personnes les estiment comme de bons reconstituants. J'ajouterai qu'après les avoir dépouillés autant dire de leur épiderme, plutôt que de leur pellicule, car ils s'épluchent facilement, je les ai fait cuire entre deux plats, puis je les ai dégustés, après macération dans une sauce grasse de navets ou de raves et de mouton : je les ai trouvés certes non moins sapides et agréables au palais que les navets eux-mêmes. Mais j'estime qu'on ne peut les manger crus, car ils sont alors âpres et indigestes ».

1. ~ Cette phrase et la précédente présentent un grand intérêt au point de vue de rintroduction de la Pomme de terre en Allemagne, et de sa réintroduction en Italie.

2. — Il 8*agit de TAnsérine Quiuoa {Chenopodium Quinoa de Willdenow).

3. — Ce que dit iciClusius prouve qu'il avait connaissance de la relation d*Heriot.

11 convient ici de donner quelques explications au sujet de ce que nous venons de traduire de V Histoire des plantes rares de Charles de TEscluse. Quand on parcourt cet ouvrage remarquable, qui ne contient pas moins de 1135 gravures sur bois, on peut y suivre pour ainsi dire l'existence de son auteur pas à pas et connaître le grand nombre de ses amis ou correspondants qui lui envoyaient des plantes de tous les points de TEurope. C'est ainsi que nous apprenons que Jacob Garet le jeune était un pharmacien belge, et que son ami Jean Hogheland résidait à Leyde. 11 nous fait connaître aussi qu'il était arrivé à Vienne en Août 1573, et qu'il avait quitté cette ville vers la fin de Tété de 1588, pour se rendre à Francfort-sur-le-Mein où il resta jusqu'aux derniers jours de Septembre 1593; il était appelé alors à Leyde pour professer la botanique dans l'Université de cette ville. 11 a dû par suite cultiver la Pomme de terre à Vienne, pendant l'année 1588, et ensuite à Francfort, de 1589 à 1593. 11 faisait cette culture, avec celle d'autres plantes, dans un jardin particulier, dont il pouvait disposer librement, dans chacune de ces deux villes. 11 dit, en effet, à propos de la Fritillaire impériale : « Elle a poussé, à Vienne, dans mon petit jardin [in meo hortulo) », et d'un Narcisse : « Je l'ai observé en fleur, in hortulo meo ». 11 ajoute même, en donnant la description d'un Allium : « Lorsque j'eus quitté Vienne, j'en trouvais quelques pieds aux environs de Francfort et je les transportais dans mon petit jardin [in meum hortulum) ». Cette culture lui a permis de récolter assez de tubercules de Pommes de terre pour les distribuer surtout en Allemagne^ de tous les côtés, puisqu'il déclare lui-même que « cette plante est assez commune dans la plupart des jardins* de l'Allemagne, tant elle est féconde! ». Du reste, cette culture des plantes qui l'intéressaient plus particulièrement, se trouve en quelque sorte confirmée, dans une de ses lettres à Mourentorff,successeur du célèbre Plantin, son éditeur, et conservée au Musée Plantin, à Anvers. « Pour ce que j'ay en ceste année (1592),

1. — Par ce terme de jardins (Àor/is), il ne faut peut-être entendre que les jardins des Herboristes (Pharmaciens ou Droguistes de l'époque), qui existaient dans les grandes villes. Ces jardins étaient alors généralement consacrés à la culture des plantes médicinales, et en même temps à celle des végétaux nouveaux, rares ou intéressants à divers titres. Les échanges de plantes entre les possesseurs de ces jardins étaient fréquents.

dit Glusius, en fleur ledit Ranunculus siharum pleno flore de deux diverses sortes, il me faudra changer tout ce que j'en ay écrit en ma copie, et me servir de ce que j'ay écrit et observé ceste anannée, à fin d'en faire la description plus parfaicte... » *.

Après les précieux renseignements que nous a donnés Charles de l'Escluse, nous croyons utile de reproduire ceux que nous trouvons dons un second ouvrage de Gaspard Bauhin, qui a été publié à Francfort-sur-le-Mein, en 1620, sous le titre de Prodromes Theatri botanici. Il y parle de nouveau de la Pomme de terre, qu'il nomme alors Solarium tuberosum esculentum^ ajoutant à son nom primitif le qualificatif de esculentum pour rappeler ses qualités alimentaires. Il s'exprime à son sujet dans les termes suivants, dont voici la traduction.

(c Solarium tuberosum esculentum. — Cette plante a une tige qui s'élève de deux à trois coudées ', et qui dépasse rarement la hauteur d'un homme : elle est épaisse, anguleuse, striée, légèrement velue, et se ramifie en un certain nombre de branches assez faibles pour ramper sur la terre si on ne les soutient par des étais; aux aisselles de ces branches sont des pédicules épais, anguleux, qui portent les fleurs. Les premières feuilles qui naissent sont semblables à celles de l'Herbe S*« -Barbe [Barbarea] (ainsi que l'exprime fort bien, avec toutes les parties de la plante, la figure que nous avons publiée dans notre édition des Commentaires de Matthiole et que nous reproduisons ici) et d'un noir purpurescent, presque velues. Les autres feuilles sont d'un vert pâle, sans pétiole et longues comme la main : elles sont divisées en six ou huit folioles, ou davantage, qui sont fixées sur une côte médiane et oblongues-arrondies, entières; entre chacune d'elles se trouvent intercalées deux folioles six fois plus petites, et une foliole plus grande que les autres, mais de même forme, et qui se trouvant être la septième ou la neuvième, termine cette feuille ailée. Les fleurs sont élégantes, extérieurement d'un blanc pourpre, intérieurement purpurescentes ou d'un bleu violacé (on dit qu'on en a obtenu de doubles ou flore pleno en Autriche) : elles sont au nombre de dix, douze ou plus encore, les unes en boutons, plusieurs autres épa-

1. — Voir : Huit lettres de Charles de VEscluse (Journal de Botanique ^ 1895).

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