‹ Histoire de la pomme de terre: traitée aux points de vue historiqueChapitre 17 sur 72 · Environ 7 à 8 centimètres · texte numérisé non relu

Environ 7 à 8 centimètres

4. — Le texte latin porte quatuor. Nous verrons, par la seconde description qu'il eu donne dans son Prodromos Theatri botanici, qu'il en trouvera communément cinq (slaminula.., communiter quinque).

étamines roussâtres, comme chez les Aubergines. Aux fleurs succèdent des fruits ronds, suspendus un à un à de longs pédicules en forme de grappe, ainsi que cela se voit dans la Morelle vulgaire * ; mais ces fruits sont plus volumineux, les uns d'une grosseur égale à une noix, les autres à peine gros comme une noisette : tous portent du reste quelques sillons égaux, comme ceux des Tomates. D'abord verts, ils noircissent^ et quand ils sont mûrs ils deviennent d'un noir rougeâtre et renferment des graines petites, plates, rondes, brunes, semblables à celles de la Belladone. La racine^ est arrondie, mais irrégulièrement; elle est de couleur brune ou d'un noir rouge&tre, et on Tarrache de terre l'hiver, afin qu'elle ne pourrisse pas tant elle est pleine de sucs, et qu'on puisse la confier de nouveau à la terre au printemps, quoiqu'il arrive que laissée dans le sol, au printemps elle y repullule d'elle-même. Or, de la base de la tige jusqu'à la racine, poussent çà et là de longues radicelles fibreuses, sur quelques-unes desquelles naissent de plus petites racines rondes. La racine elle-même a l'habitude de pourrir lorsque la tige s'est trop développée.

» Nous avons cru devoir appeler cette plante Solanum^ en raison de la ressemblance de ses feuilles et de ses fruits avec la Tomate, et de ses fleurs avec l'Aubergine, ainsi que pour sa semence qui est celle des Solarium, et pour son odeur forte qu'elle a de commun avec ces derniers. Je reçus de la graine de cette plante qu'on appelle Pappas des Espagnols ou d'autres fois des Indes : semée dans nos jardins, elle crût au point de former une sorte d'arbrisseau ramifié; il en fut de même dans le jardin du D"^ Martin Ghmielecius, chez qui elle produisit une fleur blanche. L'illustre D' Laurent Scholtz, médecin deBreslau (dans le jardin très soigné duquel elle s'était développée), m'en envoya, comme preuve de notre ancienne amitié, un dessin colorié, mais sans le fruit ni les appendices des racines '.

D Nous avons appris que l'on connaît aussi cette planté sous le

1, — C'est la Morelle noire [Solanum nigrum),

2, — Il s'agit du tubercule.

3, — Il est à remarquer que les graines ou tubercules reçus par G. Bauhin et les deux autres noiédecins ne pouvaient provenir que des distributions faites par Clusius. •

nom de Tartuffoli\ sans doute à cause de sa racine tubéreuse, car c'est le même nom qu'on donne aux Truffes en Italie, où l'on en mange les fruits à la façon des Truffes... »

Nous ne nous arrêterons pas à présenter ici quelques observations sur ce qu'on vient de lire de G. Bauhin. Nous préférons les réserver, pour les compléter, après que nous aurons terminé toutes nos citations des auteurs du commencement du xvii* siècle.

Nous croyons devoir maintenant appeler l'attention sur ce que nous a laissé Charles de TEscluse sur la Pomme de terre, dans un de ses derniers ouvrages, et non le moins remarquable, intitulé :

Fig. 21 à 25. — Tubercules, stolons et racines de la Pomme de ter re, diaprés la gravure sur bois (réduite d'un quart) du Rariorum Plantarum Historia

de Clusius (1601).

Rariorum Plantarum Historia^ imprimé par Jean Moretus, gendre et successeur du célèbre Plantin, à Anvers, en 1601. 11 semble quUl n'ait pas eu connaissance de ce qu'avait publié, cinq ans auparavant, Gaspard Bauhin^ sur son Solanum tuberosum, ou que les retards apportés à Timpression de son ouvrage ne lui aient pas permis de moditier le chapitre consacré à ce sujet, ou bien, ce qui est plus probable, qu'il ne désirait pas entretenir de relations avec Gaspard Bauhin, car il ne cite pas ce dernier auteur. D'un autre

1. — Castor Durante, dans son Herbario nuovo (Venise, 1584), nous apprend que les Truffes^ (Jugera) portaient alors en Italie les noms de Tariufi et Turtufoli.

côté, comme tous les botanistes de Tépoque qui étaient portés à retrouver dans les traditions grecques ou latines les opinions des Anciens sur les plantes qu'on ne pouvait croire nouvelles, de l'Escluse se demande, avec quelque doute il est vrai, si la Pomme de terre ne répondait pas à une description assez vague de YArachidna de Théophraste, qui semble concerner une sorte de Trufife. Notre Solanée étant une plante du Nouveau-Monde, et par suite inconnue aux auteurs grecs ou latins, nous supprimerons son commentaire sur YArachidna, mais nous traduirons ici tout le reste du Chapitre lu de son IV® Livre, intitulé: Papas des Péruviens^ qu'on ne pourra lire sans grand intérêt.

« La racine de cette nouvelle plante, dit-il, car elle n'a été connue en Europe que depuis peu d'années, est alimentaire.

» Son tubercule ne doit être ordinairement planté chez nous qu'en Avril, et pas plus tôt. Il en sort, quelques jours après la plantation, des feuilles d'un pourpre foncé, villeuses, qui en se développant prennent une teinte verte. Leur forme ne diffère pas beaucoup de celle des feuilles du Raifort: les folioles naissent sur la même nervure

médiane par cinq, sept ou davantage, et toujours en nombre impair, avec d'autres petites folioles intercalaires, l'impaire se trouvant toujours terminale. La tige, épaisse d'un pouce, est anguleuse, lanugineuse, longue de cinq et parfois six coudées * ; elle émet du pied plusieurs jets, et se divise en plusieurs branches,

Fig. 26. — Sommité fleurie de la Pomme de terre, d après la gravure sur Bois (réduite d'un quart) du Rariorum Plantarum Uistoria de Clusius (1601).

1. — La coudée étant évaluée à 0™,44, la longueur de la tige se trouvait avoir de 2"»,20à 2in,60 environ.

longues, faibles, qui, lorsqu'elles ne sont pas soutenues par des échalas ou autres étais, rampent par leur propre poids sur la terre et s'étalent de tous côtés. De Taisselle des branches sortent des pédoncules longs d'un pied, épais, qui portent dix à douze fleurs, ou plus encore ; ces fleurs sont élégantes, larges d'un pouce environ, anguleuses, d'une seule pièce, mais avec cette complexité qu'elles paraissent composées de cinq feuilles distinctes : leur couleur, qui extérieurement est d'un pourpre pâle, est intérieurement pourprée, et elles présentent, disposées en étoile autour de leur ombilic, cinq rayons verdâtres, etautantd'étamines jaunes soudées au sommet, avec un style également verdâtre proéminent. A ces fleurs, qui rappellent Todeur de celles du Tilleul*, succèdent des pommes rondes, assez semblables à celles de la Mandragore, mais plus petites; ces fruits d'abord verts, puis blancs à la maturité, contiennent au milieu d'une pulpe humide beaucoup de graines plates, qui ne sont pas plus grosses que celles des Figues.

» Elle n'a qu'une seule racine, ou parfois deux ou trois qui sont épaisses et s'enfoncent directement dans le sol ou quelquefois se ramifient; puis, à l'extrémité de ces racines, il en naît d'autres, plus ténues, blanchâtres, qui se dirigent de côté et d'autre : il arrive même qu'il en sort de nouvelles pousses, assez loin du pied mère, qui produisent des feuilles ou de nouvelles plantes. Ces racines donnent naissance à des fibres longues et épaisses, et lorsqu'au mois de Novembre, après les premières gelées, on déterre le tout, on voit adhérer à ces fibres des tubercules de grosseur variée, inégaux, qui présentent plusieurs yeux d'où sortiront les germes l'année suivante. Quant à ces tubercules, dont je me rappelle avoir récolté plus de cinquante sur un seul pied (tant la plante est prolifique!), les uns sont gros au point de peser une once ou même deux*, et sont recouverts d'une pellicule qui est rougeâtre ou d'une couleur tirant sur le pourpre, les autres sont petits, comme s'ils n'étaient pas encore mûrs, et ont une pellicule en grande partie blanchâtre : cette pellicule est très mince sur tous les tubercules, mais la chair elle-même en est ferme et blanche. Or^ soit

1. — A. de CandoUe signale ce caractère comme la seule différence existant entre la Pomme de terre de De l'Escluse et nos variétés actuelles.

2. — Une once ou 30 grammes et demi, deux onces : 61{ grammes.

qu'on leur laisse les fibres auxquelles ils adhèrent, soit qu'on les en détache, on peut conserver ces tubercules, pour les replanter Tannée suivante en les disposant dans un pot d'argile ou tout autre vase rempli de terre sèche que Ton rentre à la maison : on arrive au même résultat en les plaçant à nu dans un lieu sec et chaud. Mais si on laisse les racines dans le jardin, elles se détériorent pendant l'hiver, à moins qu'il n'en soit autrement dans les contrées plus tièdes : il s'ensuit que lorsqu'on les tire du sol, qu'on les débarrasse de leur terre, elles se durcissent et ne deviennent d'aucun usage. On ne doit donc compter pour la conservation de l'espèce que sur les tubercules; il est vrai que je n'ai jamais fait d'expériences sur les graines : mais j'ai appris par d'autres personnes que, dans la même année, elles donnent aussi des fleurs dont la couleur parait difl'érer de celles de la plante mère. Ainsi mon ami Jean Hogheland m'écrivait que les pieds, qui étaient sortis de la semence que je lui avais envoyée, avaient donné des fleurs toutes blanches, mais qu'il avait constaté que ces pieds qu'il avait déterrés à la même époque où Ton déterre ceux qui ont été produits par des tubercules, n'avait encore développé aucun de ces derniers, peut-être parce que les tiges n'avaient pas encore atteint leur maturité*. J'ai remarqué aussi que lorsqu'on déterrait le tubercule qui avait donné naissance à la plante, on le trouvait parfois tout à fait vide, et d'autres fois encore ferme et entier.

» Cette plante fleurit en Juillet, et souvent elle ne cesse de porter fleur et fruit jusqu'en Automne, ou même jusqu'aux premières gelées qu'elle supporte difficilelnent.

» C'est Philippe de Sivry, Seigneur de Walhain et Préfet de la ville de Mons, en Hainaut (Belgique), qui m'a le premier fait connaître cette plante : il m'en envoya d'abord deux tubercules avec un fruit à Vienne, en Autriche, au commencement de l'année 1588, puis Tannée suivante le dessin colorié d'un rameau fleuri. 11 m'écrivit qu'il la tenait de Tun des personnages qui avaient accompagné le Légat du Pape en Belgique, et qui la lui avait don-

1. — Ce fait que 1*oa obtenait alors, dans l'année même du semis, des pieds qui fleurissaient mais ne donnaient pas de tubercules, est très intéressant à constater. C'est en général le contraire qui se produit aujourd'hui : on obtient souvent, dans les mêmes conditions, de petits tubercules et pas de fleurs.

née sous le nom de Taratouffli^ Jacob Garet, le jeune, m'en adressa ensuite à Francfort un autre dessin, représentant toute la plante. Mais je n'ai pas cru devoir faire reproduire ici ces deux dessins, parce que j'en avais fait exécuter d'autres sur deux planches, d'après des échantillons vivants, Tune représentant les fleurs et le fruit, Tautre les racines et les tubercules adhérents à

leurs fibres.

» La plante est-elle originaire d'Italie ?

On l'ignore. Il est certain qu'on en a eu de l'Espagne ou de l'Amérique. On a toutefois lieu d'être surpris d'avoir connu si tardivement cette plante, alors, dit-on, qu'on en faisait communément usage en Italie, où Ton mangeait ses tubercules cuits avec de la viande de mouton, comme si c'était des navets ou des carottes, où même on en nourrissait les porcs. Mais ce qui est encore plus surpre-

Fig. 27 à 29. — Reproductioa (réduite au tiers) du , ,

. . , . . j, il • . j j .1. nant, c est que, mal-

dessin colorié d un rameau neuri et de deux tuber- *■

cules de la Pomme de terre envoyé à Clusius, en g^^ ^^'^» ^^*^^ plante

1588, par Philippe de Sivry. était encore inconnue

de l'École de Padoue, ce que j'ai appris par des amis qui étudiaient la médecine dans cette ville, et à qui de Francfort j'avais envoyé des tubercules. Il est vrai que cette plante commence à devenir assez commune dans

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