Il s'agit de la corolle
2. — Cette constatation serait intéressante a noter,si elle ne semblait pas copiée dans Ch. de PEscluse.
noir rougeâtre et pleins d'une moelle ou chair ferme et blanche. Lorsqu'on déterre le tubercule dont est sortie la plante, on le trouve vide et flasque. De la base de la tige partent plusieurs racines, fibreuses, oblongues, blanchâtres, qu'on rencontre épârses dans la terre, mais qui parfois s'enfoncent dans la profondeur du sol et y forment d'autres racines tubéreuses, si bien qu'en arrachant toute la plante vers l'hiver, nous avons pu compter qu'elle avait produit plus de quarante (d'autres disent même cinquante) tubercules de dififérentes grosseurs. On déterre généralement ces tubercules dans la crainte qu'ils ne pourrissent pendant l'hiver, et on les place dans un endroit sec, assez chaud, ou bien on les garde dans des pots remplis de terre, et on les replante à l'arrivée du printemps.
Les Bourguignons ont l'habitude aussi d'étaler les rameaux sur le sol et de les recouvrir de terre dans le but d'augmenter le nombre des tubercules. La Plante fleurit chez nous en Juin, et souvent jusqu'en automne; mais les premières gelées blanches lui sont funestes.
» On l'a transportée de l'Ile de Virginie d'abord en Angleterre, puis en France et dans d'autres régions * .
» Les tubercules de cette plante sont désignés sous le nom de Openhanck à ce que nous apprend l'auteur de son histoire. Pierre Gieça, dans sa Chronique (comme Gomara dans son Histoire générale des Indes)y écrit qu'on les appelle Papas, aux environs de
Fig. 34 à 38. — Tubercule, fleurs et baies, dont une coupée, avec graines libres, de Pomme de terre, d'après la gravure sur bois (réduite d'un quart), du Prodromos Theatri hoianici de G. Bauhin (1620).
1. — Cette assertion erronée a été reproduite sans contrôle par divers auteurs. On pourrait presque soupçonner qu'elle a été écrite de mauvaise foi, car G. Bauhin connaissait le Rariorum planiarum Historla de Clusius, puisque sa description rappelle en partie celle de cet auteur.
Quito ; Joseph Acosta, dans son Histoire de Vlnde^ Papas ^ et Benzoni Pape : c'est de là qu'on leur a donné le nom de Papas des Indes ou Papas des Espagnols. Les Italiens appellent ces tubercules Tar» tuffoliy parce que c'est le nom qu'on a l'habitude de donner aux Truffes, et les Allemands nomment la plante Grûblingbaumy c'est à-dire Arbre à truffes.
» Dans Tannée 1590, j'ai reçu du D' Scholtz, sous le nom dePappas des Espagnols, un dessin colorié de cette plante, et ne l'ayant trouvée décrite nulle part, j'en ai donné la description dans mon Phyto^ pinax en la nommant Solanum tuberosum, puis dans mon édition des Commentaires de Matthiole, Solanum tuberosum esculentum. en y ajoutant une figure, et j'en ai transmis le dessin à Clusius *. J'en ai fait un Solanum, à cause de la ressemblance de ses feuilles avec celles de la Tomate; de ses fleurs, avec celles des Aubergines; de ses fruits, avec ceux de la Morelle noire; de sa semence, avec celle de presque tous les Solanum; enfin, en raison de l'odeur de toute la plante qu'elle a de commun avec les Solanum.
» Chez les Indiens, ses tubercules remplacent le pain : ils les appellent Chunno. Ils les déterrent, les font sécher en les exposant au soleil, et lorsqu'ils sont secs, ils les brisent en plusieurs morceaux qui leur servent à préparer un aliment nommé Chunno, qui se conserve assez longtemps. Mais ils mangent parfois aussi les Papas encore verts, soit cuits, soit rôtis. Je rapporte ceci d'après Acosta, qui ajoute qu'on plante également une autre sorte de Papas dans les vallées les plus chaudes, et qu'on en prépare un mets appelé Locro. Il en est de même, dans Tlle de Virginie, où la plante croit dans des lieux humides et marécageux : on consomme les tubercules cuits dans l'eau. Chez nous, on fait parfois rôtir les tubercules sous la cendre comme des Truffes; puis on enlève la cuticule et on les mange avec du poivre. Quelques-uns les font rôtir, les nettoient, les coupent en tranches, les fricassent dans une sauce grasse avec du poivre et les mangent à titre de bon reconstituant. D'autres les croient d'un excellent usage pour les personnes affaiblies et les recommandent comme un aliment salutaire. Ils
1. — Charles de TEscluse ne paraît pas avoir tenu compte de l'envoi de ce dess.n. qu'il ne mentionne même pas. De là peut-être le motif de la rancune que lui en garde G. Bauhin, et qui a assez mal inspiré ce dernier en trompant l'opinion sur la véritable ori^çine de la Pomme de terre.
nourrissent non moins que les Châtaignes et les Carottes, mais ils sont flatulents. On m'a raconté que les Bourguignons se sont à présent interdit Tusage de ces tubercules, parce qu'ils sont persuadés que c'est un manger qui donne la lèpre, et ils les appellent Artichauts des Indes »'
Jean Bauhin, aussi célèbre que son frère G. Bauhin, consacre également, dans le 3® volume de son Historia plantarum generalis, publiée à Iverdun en 1651, un de ses articles à la Pomme de terre. 11 y reproduit sommairement presque tout ce qu'en avaient dit De TÉcluse et G. Bauhin; mais sa description est quelque peu différente, et nous croyons qu'il n'est pas sans intérêt de la traduire ici, en la faisant suivre des renseignements qu'il a cru devoir y ajouter.
Le titre de son article est intitulé Papas americanum.
« Cette plante, dit-il, a une tige haute de deux à trois coudées», quelquefois plus :
elle est assez épaisse, succulente, presque ronde, légèrement velue, verte mais tachetée de nombreux points rougeâtres, creuse, rameuse, et elle paraît inégale en raison des ailes membraneuses d'un noir pourpre et quelquefois frisées qui la parcourent entre lesinsertionsdespétiolesdes feuilles. Celles-ci, longues d'une palme et demie', se composent de trois conjugations de folioles, dont Tune qui est l'impaire, un peu plus grande que les autres, est
terminale : toutes ces folioles sont velues, assez peu régulièrement disposées, plutôt longues que larges; leur face supérieure est d'un vert foncé et lisse, et la face inférieure plus pâle et terne. De plus petites folioles arrondies se trouvent interposées
Fig. 39 à 41. — Portion de tige fleurie, avec fleur, plus grossie, et tubercule de Pomme de terre, d'après la gravure sur bois (réduite d'un quart) de VHistoria plantarum gênerai i s de Jean Bauhin (1651).