‹ Histoire de la pomme de terre: traitée aux points de vue historiqueChapitre 21 sur 72 · C'est-à-dire de 0",90 a 1",30 environ · texte numérisé non relu

C'est-à-dire de 0",90 a 1",30 environ

2. — La petite palme des Anciens était longue de 4 doigts, c'est-à-dire d'environ 7 à 8 centimètres. Une palme et demie correspond à 10 à 12 centimètres environ.

entre les autres, et leur disposition n'est pas non plus régulière. A l'extrémité des rameaux de la tige sont insérés plusieurs pédicules qui se divisent en plusieurs autres, lesquels sont velus et articulés, de telle sorte qu'il peut arriver que la partie supérieure tombe facilement ou spontanément avec les fleurs ^ Ces dernières qui ont un calyce verdàtre quinquepartite, sont aussi grandes que la grande Mauve sylvestre; elles sont en dehors pâles et un peu velues, mais en dedans d'une teinte purpurescente et parfois blanchâtre. Chaque lobe de la corolle qui est d'une seule pièce est parcouru par une sorte de rayon verdAtre. Au centre se trouvent cinq étaminès obtuses, d'un jaune safrané, entourant un style de couleur verte. J'ai vu également sortir en ce point de très petites folioles, de la même couleur que la fleur, qui peuvent être considérées comme des pétales rudimentaires et comme une tendance de la nature à en faire une fleur double. Les fruits succèdent en nombre égal aux fleurs ; ils sont presque aussi gros qu'une Châtaigne, mais de forme orbiculaire, d*un vert noirâtre et un peu velus. Ils renferment beaucoup de semence qui est petite, plate et semblable à celle des Sola^ num. Les tubercules sont épais, longs d'une palme ou d'une palme et demie *, ou même beaucoup plus petits : ils sont en dehors d'un rouge foncé et en dedans d'un blanc pâle. Un tubercule donne naissance à plusieurs tiges et produit plusieurs fibres, auxquelles adhèrent plusieurs autres tubercules, gros et petits, insipides. La plante rampe sous terre et s'y propage singulièrement.

» Benzo dit qu'il existe, chez les Péruviens, une sorte de tubercule qu'ils appellent Pape^ et qui est une espèce de Trufie, sans presque de saveur. D'après Thom. Heriot, on donne le nom d'O* penhauk aux tubercules de l'Ile de Virginie, qui sont comme liés les uns aux autres, et qui une fois cuits sont bons à manger. Suivant Pierre Ciéça, les tubercules dits PapaSy lorsqu'ils sont cuits, ont la pulpe aussi tendre que celle des Châtaignes bouillies: il

1. -— Cette observatioa est fort intéressante* Le fait qu'elle signale ne pouvait échapper à Clusius, si minutieux dans ses descriptions. Nous pensons qu'on peut lui donner cette interprétation, que la plante, mieux cultivée, commençant à produire de plus gros tubercules, ne donnait plus autant de fruits.

'2. — On remarquera combien ces tubercules avaient gagné en volume depuis le commencement du siècle, puisqu'il s*agit ici d'une longueur d'au moins 7 a 10 oenti mètres.

ajoute que ceux que Ton fait sécher au soleil s'appellent CAi^/zno ».

Jean Bauhin termine son article en assurant que « la plante que Gaspard Bauhin dit être nommée Artichaut des Indes par les Bourguignons est très différente du Pappa d'Amérique ou de son Solarium tuberosum escuUntum » *.

Si nous essayons de résumer les observations de ces savants descripteurs, nous constaterons d'abord la petitesse primitive des tubercules à pelure rougeâtre des Pommes de terre cultivéespour la première fois sur le continent européen, puis l'augmentation sensible du volume de ces tubercules après un demi-siècle, leur production quoique petits en nombre d'abord considérable (près de 50 par pied), la haute dimension des tiges (deux mètres), puis la floraison abondante, la couleur violacée ou blanche des corolles, et la formation initiale de beaucoup de fruits avec nombreuses graines, tous les caractères enfin qui dénotent une plante presque sauvage, de végétation vigoureuse, mais s'adaptant fort bien aux nouveaux climats qu'elle trouvait en Europe. D'un autre côté, nous prendrons note d'une allégation toute nouvelle et bien inattendue, sur laquelle, du reste, nous aurons à revenir dans le Chapitre suivant^ c'est Tindice même de la première réprobation dont a été frappée la Pomme de terre et qui ferait croire qu'elle a eu assez d'influence pour retarder Tessor que devait prendre la culture du précieux tubercule.

Mais revenons à l'histoire de l'introduction de la Pomme de terre en Europe. Nous avons vu qu'elle s'était faite en Angleterre d*une façon toute spéciale : nous n'avons pas trouvé de documents qui permettent d'établir qu'elle ait été, au commencement du xvii* siècle, importée de l'Angleterre dans les autres États européens. Par contre, Charles del'Esclusenousa appris qu'elle avait été apportée d'Italie en Belgique par un Légat du Pape, et que des Pays-Bas elle lui avait été envoyée en Autriche, puis, que lui-même avait contribué à la répandre en Allemagne. Les Frères Bauhin nous ont fait connaître à leur tour qu'ils la possédaient en Suisse, et que de là elle avait été importée dans la Bourgogne, qui est devenue successivement la Franche-Comté, c'est-à-dire une partie de la France

1. — Peut-être 8*agîrait-il en ce cas du Topinambour qui a été introduit en Europe vers Tannée 1616, en provenance du Canada.

actuelle. Or qu'était-elle devenue en Belgique où le Légat du Pape Tavait apportée en 1587? Charles Morren [Belgique horticole^ 1 !!• volume, 1853) va nous rapprendre. « L'histoire si intéressante de ce . précieux aliment, dit il, ne saurait s'écrire aujourd'hui sans recourir à Charles de TEscluse qui, par le seul fait d'avoir popularisé le plus riche présent que le Nouveau Monde ait offert à l'Ancien, mérite de prendre place parmi les bienfaiteurs de l'humanité. La culture de la Pomme de terre préconisée par ce célèbre Botaniste, placé alors à la tète du Jardin impérial de Vienne, continuée par les horticulteurs de Belgique, transmise à François Yan Sterrebeck au xvii* siècle, à Verhulst de Bruges au xviii*, ne se perdit plus dans nos provinces, et, quand Parmentier avait trois ans, nos populations trouvaient déjà sur les marchés publics des villes les Pommes de terre en abondance. C'est à Francfort (où Jacques Garet les cultivait au xvi* siècle) vjue Parmentier connut les Pommes de terre, chez le pharmacien Morin dans la demeure duquel il avait reçu un billet de logement, et c'est un nommé Grégoire, paysan de Jalhay près de Liège, qui apprit à Parmentier la culture du précieux tubercule ; Grégoire fut employé en France dans les plantations de Parmentier ».

D'un autre côté, comment se trouvait-elle en Italie avant 1587? Le peu de renseignements que nous possédons pour répondre à cette question, ont été imprimés par le D' Antonio Targioni-Tazzetti dans un ouvrage qu'il a publié à Florence, en 1853 *. Nous en extrayons et traduisons ce qui suit.

«... Baldini prétend que le premier auteur qui a donné connaissance en Italie de la Pomme de terre était Girolamo Cardano % vers 1580, lequel a laissé un écrit où il est question des Papas, genre de tubercules dont on fait dupain^ qui se trouifentsur le i>ersant des montagnes de la région du Pérou, Nous ferons remarquer d'autre part que Pigafetta, Italien, avait trouvé au Brésil, vers environ Tannée 1519,1a Batate, laquelle,comme le pense et le fait observer Carlo Amoretti, serait pour lui la Pomme de terre. Mais il pourrait être permis de douter que ce voyageur avait plutôt voulu entendre par*

1. — Cenni storici sulla introduzione di varie plante nelV agricultura ed orticuU tura toscana (Aperçu historique sur rintroduction de diverses plantes dans Tagriculture et l'horticulture de la Toscane).

2. — Nous avons Mté plus haut un extrait de Touvrage de Jérôme Cardan

ier de ce que Ton appelle ainsi Batate^ ou Racine du Conuoluulus Batatas, En effet, Pigafetta a écrit qu'il avait trouvé la Batate, qui lorsqu'on la mange peut se comparer comme saveur à la Châtaigne^ et qui est longue comme les navets^ d'où il résulte qu'il ne s'agissait pas des Patates ou Pommes de terre, mais de la Batate. Nous avons assurément plus de certitude dans ce que dit Fiaschi, marchand florentin, dans sa lettre du 24 Janvier 1534, écrite de l'Amérique méridionale à son frère Tommaso, lorsqu'il raconte qu'outre le Maïs, à Yalenzuela, on sème une certaine plante qui s'appelle Patata, laquelle produit une racine fort grosse, et que cette racine se cuit sous la cendre. De même aussi Francesco Carletti, autre marchand florentin, qui a voyagé dans l'Amérique du Sud vers la fin du xvie siècle, dit, dans son 4* discours, avoir trouvé les Patates (comme il les appelle et qu'il décrit clairement) lorsqu'il débarqua au port de Santa, au Pérou. Mais jusqu'ici ces tubercules n'avaient donné lieu qu'à de simples signalements de leur existence en Amérique et nous ne les possédions pas. Or Clusius rend compte de ce fait qu'il a reçu lui-même à Vienne, en Autriche, deux de ces tubercules au commencement de 1588, de Philippe de Sivry, préfet de Mons en Belgique, lequel les tenait d'un familier du Nonce, et qu'il en avait envoyé vers cette même époque aussi en Italie. Mais la connaissance la plus certaine que nous puissions avoir de la culture des Pommes de terre dansla Toscane, est due au Père Magazzini de Vallombrosa, lequel dans son livre DeW Agricoltura toscanay imprimé en 1623, après sa mort, attribue l'introduction des Pommes de terre en Toscane par l'Espagne et le Portugal aux Carmes décifeussés, et parle de la manière de les cultiver, de façon à faire supposer que, depuis un certain temps, elles étaient plantées et cultivées à Vallombrosa. C'est pourquoi rien ne peut subsister de ce que disent Zanon et Baldini, c'est-à-dire que les Pommes de terre avaient été introduites au temps du Grand-Duc Ferdinand II de Médicis, en se fondant tous les deux sur une lettre écrite par Redi à Pietro Nati, sous la date du 23 janvier 1667, dans laquelle il est question des Patatas^ qu'il dit être le Topinambour , c'est-à-dire les tubercules de VHelianthus tuberosus. Il n'en résulte pas moins de tout ceci, que dans la Toscane les Pommes de terre étaient déjà connues et cultivées au commencement du xvn* siècle )>.

Ainsi donc, les conquérants* du Pérou, où la Pomme de terre était cultivée de temps immémorial, l'avaient apportée en Espagne ; des Carmes déchaussés l'avaient de TEspagne ou du Portugal introduite en Toscane et de là elle s'était répandue en Italie. Il est toutefois à noter que Castor Durante, mort en 1590 médecin du pape Sixte-Quint, qui, dans la !'• édition de son Herbario nuoifo, publiée à Venise en 1584, parle et donne le dessin de la Batate {CouQolvulus Batata$\j ne dit pas un mot de la Pomme de terre {Solanum tuberosum).

En 1632, Pierre Lauremberg de Rostock publiait à Francfort-surle-Mein, un ouvrage assez curieux, intitulé Apparatus plantarius primas^ dans lequel il parle des Pommes de terre, qu'il appelle Adenes virginiani ou Halicacabus gUzndifer. Il déclare qu'il les nomme ainsi pour les distinguer des Adenes canadenses^ c'est-àdire les Topinambours, auxquelles elles ressemblent singulièrement. Il ajoute qu'il les qualifie de virginianiy parce que leur patrie est la Virginie, quoiqu'on en ait ensuite importé du Pérou en grande quantité, si bien que, si Ton veut, on peut les appeler Peruviani. « Nous n'avons possédé, dit-il, et nous n'avons connu qu'une seule variété de cette plante, qui peut se propager de deux manières : 1® au moyen des graines ; 2* par les tubercules. Si Ton sème les graines, on obtient finalement un grand nombre de jeunes plantes, mais assez tardivement, après le décours de quelques années. On réussit beaucoup mieux en plantant les tubercules, car avec eux la plante est chaque année si féconde qu'on en recueille souvent cinquante autour d'une racine. Il est important pour leur multiplication de ne pas planter des fragments minuscules, ou de petits tubercules : car en opérant de la sorte, on perdra tout espoir d'obtenir des fleurs, des fruits et même des tubercules. Combien au contraire doit-on faire cas de très gros tubercules ! » En 1666, Chabrée publiait à Genève, sous le titre de Stirpium Icônes et Sciagraphia^ une sorte de Résumé très concis avec figures de V Historia plantarum generalis de Jean Bauhin. Il n'est pas sans intérêt de relater ici ce que Chabrée dit, dans son ouvrage : « qu'on voit aujourd'hui (1666) le Papas americanumy c'est-à-dire la Pomme de terre, dans les Jardins de l'Europe. » On la voit, en effet, à cette époque, figurer dans le Catalogue des plantes du Jardin royal à Paris, publié par Vallot en 1665. Mais ce n'est qu'au siècle suivant

que nous trouvons des preuves de son existence dans les Jardins botaniques de l'Europe. Ce n'est, du reste, que pendant la première partie du xviii* siècle qu'elle se répand peu à peu dans les cultures. Ainsi, d'après Humboldt, la Pomme de terre n'aurait été cultivée en grand dans la Saxe que depuis 1717, et en Prusse depuis seulement 1738.

Nous trouvons dans le Mémoire de M. Clos*, dont nous avons déjà cité quelques fragments, les renseignements qui suivent sur l'introduction de la Pomme de terre dans d'autres États de l'Europe.

« Les Mémoires de l'Académie royale de Suède, dit-il, nous apprennent que, dès 1747, Ch. Skytes proposait d'extraire de Teau-devie des Pommes de terre par distillation, afin d'épargner le grain qui est souvent très cher dans ce pays. Et de son côté, l'illustre Linné faisait tous ses efforts pour les propager. Enfin un Edit royal fut publié en Suède en 1764, en vue d'en encourager la culture.

<i On lit dans la Bibliothèque universelle de Genève (Agric, t. VIII), qu'en 1650 la plante commença à être connue en Allemagne et cultivée; que la Guerre de Trente ans propagea cette culture qui fut après délaissée, mais qui redevint d'un usage général à l'occasion de la Guerre de Sept ans, et surtout de la famine de 1770. Cependant, au rapport de Schkuhr, elle n'aurait été connue en Allemagne qu'en 1717 [Botanisches Handbuch),

a Introduite d'assez bonne heure en Suisse, elle y reçut bon accueil, mais ne s'y propagea qu'assez tard dans quelques cantons : ainsi, ce n'est que peu d'années avant 1730, qu'au rapport de Loiseleur-Deslonchamps, elle pénètre dans le Canton de Berne; et la vallée deLocarno (Canton du Tessin, non loin du Lac majeur) a dû ce bienfait au philosophe et littérateur suisse Bonstetten".

1. — Quelques documents pour l'histoire de la Pomme de terre (1874).

2. — « Le grand préjugé contre l'usage de la Pomme de terre comme aliment pour l'homme, disait Sainte-Beuve, venait de l'idée qu'elle était /^er /e créa /ure, c'est-à-dire pour les porcs. Bonstetten, sachant le cas que le peuple faisait des Anglais à cause de leur grande dépense en voyage, imagina de faire lire dans les églises du bailliage de Locarno une exhortation à cultiver les Pommes de terre, en ajoutant que la Pomme de terre était chaque jour servie à la table du roi des Anglais. Neuf ans après, à Genève, un habitant de ces pauvres vallées vint le remercier de l'effet qu'avait produit sa predica, aoa prône. La Pomme de terre, grâce à la recommandation, avait prospéré. » {Causeries du Lundi,)

Toutefois la Pomme de terre ne tarda pas à gagner du terrain, comme le prouve ce passage du Dictionnaire cTkistoire naturelle de Valmont de Bomare publié en 1800 : « En Suisse, depuis vingtcinq à trente ans, la culture s*en est tellement accrue dans les champs que celte manne fait en hiver la nourriture du peuple, surtout des enfants qui, comme Ton sait, ne deviennent pas des hommes moins robustes que nos Français nourris avec le plus beau Froment. » Cet exemple était imité par le Piémont, car je lis dans la Bibliothèque britannique (Agric, t. X) que, depuis 1802, on consacrait à la Mandria plus de onze hectares à la culture de ce légume dont le produit a donné des résultats énormes.

» Les Anglais l'apportèrent aussi en Flandre pendant les guerres de Louis XIY. Le mémoire statistique du Département de la Lys, publié par ordre du Gouvernement français en Tan XII (1803), fournit à cet égard les renseignements suivants : « Ce ne fut qu*en 1620, époque à laquelle les Religieux chartreux furent obligés de quitter l'Angleterre, que Tun d'eux, le P. Robert Clarke, surnommé le Virgile chrétien, apporta dans ce pays-là les premières Pommes de terre : elles furent plantées dans les environs de Nieuport. Les bienfaits de cette introduction ne furent point appréciés d'abord, et la culture de la Pomme de terre ne s'étendit que lentement, car ce fut en 1704 seulement que les premières furent plantées dans un jardin de Bruges. Le propriétaire de ce jardin, Antoine Verhulst, désireux de multiplier, de répandre ce légume en fit des distributions gratuites, et bientôt les maraîchers, les jardiniers, aidés de ses conseils, les cultivèrent en grand et en fournirent les marchés... Les Pommes de terre ne servirent d'abord qu'à la nourriture de la classe pauvre du peuple, mais vers

le milieu du siècle dernier, la consommation en augmenta, et

maintenant on les trouve sur toutes les tables, presque à tous les repas. »

Nous venons de voir plus haut qu'il a été question assez vaguement de l'introduction de la Pomme de terre dans le Piémont, vers la fin du xviii* siècle. Un médecin italien a publié à cette époque

1. — Ces renseignements nous apprennent que c*e8t à cette époque que la variété anglaise de la Pomme de terre, à peau jaunâtre, a été introduite sur le Continent européen.

un Mémoire où il est grandement question de la Pomme de terre. 11 s'agit de Filippo Baldini*. Nous croyons pouvoir traduire ici les passages suivants de ce Mémoire.

« La plante a des tiges anguleuses de deux à trois pieds de haut, des rameaux qui portent des feuilles d'une couleur d'un vert blanchâtre, de la grandeur de la main^ ailées, lanugineuses et découpées. Elle a en Juin des fleurs d'une couleur vineuse claire, monopétales, presque semblables à la Rose de Damas, ce que les Français appellent gris de lin. Les fruits, qui se succèdent en Août, sont autant de baies de la grosseur de nos Cerises ; ils sont d'abord verts ; dès qu'ils deviennent jaunâtres, ils sont m^rs et contiennent une quantité de petites graines arrondies. Cette plante produit sous terre, vers son pied, trente ou quarante grosses racines tubéreuses qui ressemblent à un rognon de veau, d'où partent les tiges et les radicelles capillaires. Ces racines tubéreuses, qu'on appelle Pommes de terre [Pomi di terra) *, parfois sont grosses et rouges, d'autres fois petites et jaunes : cette diversité provient de la différence des stations ou de la force de la culture. Les meilleures sont en somme celles qui sont bien nourries, grosses et tendres, qui sont au dehors rougeâtres et blanches en dedans, et qui ont le goût presque semblable à celui des Châtaignes, sinon qu'elles sont un peu aigrelettes.

» La terre propre à la culture des Pommes de terre doit être humide et aérée. On laboure le terrain en y creusant de profonds sillons, au fond desquels on a l'habitude de les planter après les avoir coupées en morceaux, mais de façon à laisser un ou deux yeux sur chaque morceau, pour qu'ils puissent germer. On les place à deux pieds de distance les uns des autres, puis on les recouvre avec la terre du sillon en ayant soin d'aplanir le terrain pour qu'ils demeurent à la profondeur d'un pied. Cette plantation se fait ordinairement vers la fin de Février ou au commencement de Mars; en Août on fauche les feuilles, et finalement en Novembre et dans tout le cours de l'Hiver on récolte les Pommes de terre.

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