Environ 133 hectolitres
2. — L'arpent de Paris correspondait à un tiers environ de Thectare, 70 setiers a 109 hectolitres et 75 setiers à 117 hectolitres, ce qui représentait au plus 350 hectolitres à rhectare (en poids, environ 28.000 kilogr.)
« MÉMOIRE SUR LES SEMIS DES PoMMES DE TERRE, par M. Parmcntier. » Si le froment a acquis et conservé le droit d'être placé à la tête des semences farineuses par rapport à la nourriture salutaire que ce grain fournit abondamment à Thomme et aux animaux, on peut avancer avec la même certitude que la Pomme de terre est bien digne de tenir le premier rang parmi les racines potagères, puisqu'il est possible de la faire servir également en boulangerie, dans les cuisines et dans lès basses-cours.
» Un avantage précieux qui semble distinguer la Pomme de terre des autres racines alimentaires de cet ordre, c'est qu'il n'y a pas de sol qui, secondé par l'industrie, ne devienne propre à sa culture; toutes les expositions lui conviennent; sa végétation est facile et sa fécondité si merveilleuse, qu'un arpent de terre sablonneuse qui avait à peine rendu le grain ensemencé, a fourni 600 boisseaux de Pommes de terre*, et qu'une seule de ces racines garnie de 22 œilletons, en a produit jusqu'à 634 de toute grosseur. Ces exemples si communs de fécondité, que l'expérience justifie journellement, annoncent la force végétative de la Pomme de terre, en même temps qu'ils servent à prouver qu'un petit coin de jardin qui en serait planté, suffirait pour offrir à une famille très nombreuse de quoi subsister pendant la saison morte de l'année.
» Dégénération des Pommes de terre* » La nature, en signalant son excessive libéralité envers la Pomme de terre, ne lui a pas donné une constitution capable de résister à toutes les intempéries des saisons; et quoiqu'elle puisse soutenir longtemps les effets de la sécheresse et de l'humidité, braver l'action destructive de la grêle, des vents et des brouillards, elle n'en est pas moins assujettie à des accidents et à des maladies qui dérangent et détruisent son organisation.
» Ainsi, malgré les avantages réunis de la saison, du sol et de tous les soins que demande sa culture, la Pomme de terre dégénère, et cette dégénération plus marquée dans certains cantons, a été portée à un tel degré, que dans quelques endroits du Duché des Deux-Ponts et du Palatinat, la plante, au lieu de produire des
1. — Soit par arpent, 78 hectolitres, ou 23'* hectolitres à l'hectare (en poids, 18.720 kilogr.)
tubercules charnus et farineux, n'a plus donné que des racines che^ velues et fibreuses, quoiqu'elle fût pourvue comme à Tordinaire de feuilles, de fleurs et de fruits ou baies.
» Cette espèce de calamité pour les pays qui l'éprouvent, a été attribuée à plusieurs causes qui n'ont aucune part directe; les uns ont prétendu qu'elle dépendait du défaut de maturité des racines employées à la plantation, ou de ce qu'elles avaient été endommagées par la gelée; les autres, qu'elle était due à la méthode de les multiplier par les œilletons; enfin, beaucoup croyant avoir remarqué que cet accident s'était manifesté plus particulièrement dans les Cantons où l'on cultivait la Pomme de terre grosse blanche hâtive^ arrivée nouvellement de TAmérique, n'ont pas fait difficulté de lui assigner pour cause le mélange des poussières séminales de cette espèce inférieure en qualité, et que la proscription de sa culture deviendrait le remède le plus assuré et le plus facile pour arrêter le mal à sa source.
» Sans vouloir discuter ici en détail les différentes opinions auxquelles a donné lieu la dégénération des Pommes de terre, je ferai seulement observer que ces tubercules plantés peu de temps après leur formation, et bien avant leur parfaite maturité, n'en ont pas moins rapporté des racines pourvues de toutes leurs propriétés; qu'une fois la Pomme de terre frappée par la gelée et abandonnée à elle-même, n'est plus susceptible d'aucune reproduction quelconque, et que les Pommes de terre originaires de l'œilleton détaché de la Pomme de terre sans pulpe, n'en ont pas moins rapporté Tannée d'ensuite une abondante moisson.
» Quant aux mélanges des poussières séminales, d'une espèce différente, regardés comme la cause de la dégénération d'une autre espèce, ce mélange peut bien apporter des changemens notables à la qualité des fruits pulpeux et des semences qui s'y trouvent contenues, mais il ne parait pas que son influence puisse exercer une action aussi marquée sur la constitution d'un végétal qu'on perpétue immédiatement par la voie des racines; d'ailleurs on a remarqué que la Pomme de^ terre n'avait point été susceptible de cet abâtardissement, là où il y avait en culture, à peu de distance, la nouvelle espèce.
» Toutes ces raisons et beaucoup d'autres qu'il serait superflu de détailler ici, puisqu'elles n'apprennent rien sur la question
principale, ne m'ont donc pas paru suffisantes pour expliquer la dégénération dont il s'agit.
Cause de la dégénération des Pommes de terre.
» Après m'étre assuré que cette dégénération ne provenait point des circonstances que je viens d'exposer, comme aussi de la négligence du cultivateur et du choix du sol, j'ai cru en apercevoir la principale origine dans l'affaiblissement du germe des racines, et voici sur quoi je fonde mon opinion; je la soumets volontiers aux lumières de la Société d'Agriculture.
» Si la Bouture, le Drageon, la Marcotte, dont la nature se sert pour perpétuer l'espèce, et que Thomme a su mettre à profit pour jouir plus promptement des richesses du Règne végétal, si ces différents moyens donnent des individus entièrement semblables entre eux; le principe de leur reproduction, disséminé dans tout le corps de la plante, s*affaiblit d'une manière insensible, et diminue de force végétative à mesure qu'elle approche du terme de son extinction; enfin, il ne paraît pas aussi vivace que celui des mêmes individus originaires de semences, qui semble au contraire aller en. augmentant de vigueur, jusqu'à Tépoque oîi cette vigueur, pour être trop subdivisée, a perdu nécessairement de sa force ; d'où il suit qu'en général, une postérité qui a eu pour père primitif, une branche, une tige, une racine, ne prolonge jamais la durée de son existence aussi longtemps que si elle était due à la graine, à ce précieux dépôt de la multiplication.
» Cela posé, on peut avancer que la Pomme de terre des endroits où sa dégénération s'est manifestée le plus, y a été apportée d'Irlande par exemple, que depuis un siècle etplus, le sol et Taspect où elle se trouve maintenant transplantée, soit de nature entièrement différente, il n'est pas douteux, dis-je, que le germe de cette plante, toujours propagée par un moyen qui n'est point celui de la nature, ne doive s'affaiblir chaque année, puisqu'entre la bouture et la graine, il y a cette différence, que dans la graine toute l'énergie de la reproduction se trouve rassemblée, tandis que dans la bouture, cette reproduction ne parait avoir lieu que par une sorte de communication qui approprie des sucs sans développer cette même énergie.
M Cette explication sur la cause de la dégénération des Pommes
de terre peut s'appliquer également à celle de beaucoup d'autres végétaux, dont les changements successifs dans la qualité, dans le produit et même dans la forme, sont attribuées tous les jours à l'épuisement du terrain, à la nature des engrais et aux différentes méthodes de culture employées, lorsqu'il est prouvé que ces circonstances ne jouent point le rôle principal.
Moyens de prévenir la dégénération, » Consulté à plusieurs reprises sur les moyens qu'on pourrait efficacement employer contre les suites fâcheuses de cette dégénération, j'ai cru devoir rappeler d'abord la pratique sage des bons Cultivateurs qui ont grand soin de changer chaque année de semence, de se servir toujours de celle moissonnée dans des terrains ou à des aspects opposés.
» D'après ce principe, confirmé par l'expérience, j'ai engagé à préférer, pour la plantation, les Pommes de terre venues à quelque distance du lieu qu'on veut en enrichir, à mettre celles récoltées sur des terres fortes un peu élevées, dans les fonds bas et légers ; et comme leur fécondité diminuait à mesure que la même espèce occupaitun même terrain plusieurs années consécutives, j'ai recommandé expressément de ne jamais faire produire ce végétal dans la même pièce, qu'il valait mieux l'ensemencer en grain, qui, conformément aux observations de M. Duhamel, dont le nom sera toujours cher à l'Agriculture, donne une récolte plus abondante que si elle n'avait pas été précédée par cette culture.
» Mais, éclairé par quelques recherches sur la véritable cause de la dégénération des Pommes de terre, il m'a paru essentiel d'insister davantage sur la nécessité urgente de renouveler les espèces par l'emploi de la graine : on a suivi mon conseil; je Tai moi-même mis en usage, et nous avons obtenu le succès qu'il était possible de désirer en pratiquant la méthode que je vais indiquer.
Des baies ou fruits de Pommes de terre.
» Ces baies ou fruits sont plus ou moins grosses, nombreuses et abondantes en semences, suivant l'espèce et la vigueur de la plante; elles ne sont d'aucun usage dans les pays mêmes où la culture des Pommes de terre est en grande considération : on a bien fait quelques tentatives pour en retirer par la fermentation et la
distillation, une liqueur spiritueuse analogue à Teau-de-vie, mais je ne pense point qu'on puisse les destiner à un emploi plus utile que celui des semis.
)) Pour faire la récolte des baies, il faut attendre qu'elles soient parfaitement mûres, et c'est assez ordinairement dans lecourantde Septembre ; elles commencent alors à blanchir et à se ramollir, il ne s'agit plus que de les conserver pendant Thi ver jusqu'au retour du printemps.
Des graines de Pommes de terre.
» On pourrait se dispenser sans doute d'extraire des baies de Pommes de terre la semence qu'elles contiennent; il suffirait de renfermer ces fruits aussitôt après leur récolte dans une caisse avec du sable, lit sur lit, ou bien de leur laisser le pédicule commun qui les attache immédiatement à la tige, et de les suspendre ainsi au plancher, aux murs ou sur des cordes; ils se conservent dans cet état sans altération jusqu'au moment des semailles ; il ne resterait plus alors qu'à les écraser et les mêler avec du sable pour les semer ensuite; mais indépendamment que cette méthode est embarrassante, elle ne permet pas d'envoyer au loin et aussi commodément la graine, comme celle des autres végétaux enveloppée dans un péricarpe moins humide et moins charnu.
» Le moyen qui m'a paru le plus expéditif, consiste à laisser entrer en fermentation les baies dès qu'elles sont cueillies, afin de diminuer un peu de viscosité ; on les écrase ensuite entre les mains, et on les délaye à grande eau, pour séparer, à l'aide d'un tamis, la graine du gluten pulpeux qui la renferme, après quoi on la fait sécher à Tair libre.
» Cependant, comme il y a tout lieu de présumer que le séjour d'une graine aussi petite et aussi délicate, dans l'eau employée à l'extraire, pourrait quelquefois lui nuire, il serait possible, surtout quand il s'agirait d'une petite quantité, de substituer à ce procédé celui d'écraser les baies de Pommes de terre, de les étendre sur du papier gris ou sur des cordes à l'instar des Miires dont on veut avoir la graine; la semence alors ne pourrait souffrir aucune altération, la matière muqueuse absorbée et détruite par ce moyen, présentant à l'air beaucoup de surface, la semence sécherait promptement.
» La semence de Pomme de terre est petite, oblongue, et contient une amande; elle est blanche lorsqu'elle est encore enfermée dans la baie; elle est jaune, quand elle est extraite par le papier ou par des cordes, et d^une couleur fort brune, quand on Ta retirée ; au moyen des lavages à Teau, j'ai tiré d'une de ces baies de moyenne grosseur, jusqu'à 302 graines.
Culture des Pommes de terre par semis.
» L'idée de multiplier les Pommes de terre par semis, se sera présentée sans doute à l'esprit de quiconque aura bien observé la végétation de cette plante : car on ne saurait disconvenir que ce ne soit de cette manière que la nature s'y prend pour régénérer les espèces et multiplier les variétés : il reste toujours sur terre, après la récolle, des baies qui échappent aux rigueurs de l'hiver; leurs semences germent au Printemps, et se confondent avec la plantation nouvelle ; plusieurs cultivateurs distingués ont tenté cependant cet essai intéressant, quelques-uns sans but : la voie des semis leur ayant toujours paru longue, coûteuse et difficile, ils ne Tont pas suivie pour connaître le tems que devait parcourir la Pomme de terre avant de completter sa récolte ordinaire, et qu'elle pouvait être par la suite la qualité de celte production originaire des semences, comparée avec celle venue parla racine.
» On sèmera la graine à la fin d'Avril, par rangs, dans des rigoles de trois pouces de profondeur, pratiquées sur des planches de terre disposées à cet effet; il y aura un pied de distance entre chaque rang, et les rigoles seront recouvertes de terre.
» Lorsque les jeunes tiges de Pommes de terre paraîtront, il faudra en éclaircir le nombre, afin qu'il y ait toujours 8 à 9 pouces d'intervalle entre chaque pied : on pourra transplanter les autres de la même manière ; dès que la plante commence à jaunir, on enlèvera les racines, et on les préservera de la gelée et de la germination; au mois d'Avril, on les plantera par rangées, on les cultivera, on les recueillera à la manière ordinaire, et la moisson de la troisième année sera aussi riche que de coutume.
» Nous observerons cependant que, moyennant un bon terrain et des soins entendus, la Pomme de terre pourrait acquérir par semis sa grosseur et sa fécondité ordinaire, dans un cercle de tems moins considérable. M. Engel, dans son Instruction sur la
Culture des Pommes de terre, assure avoir eu par ce moyen, dès la première année, des racines qui pesaient jusqu'à une livre un quart, et beaucoup d'autres dont le pied était de 8 à 9 pouces. M. Hill et moi, avons fait des observations à peu près semblables; mais je crois devoir avertir qu'il faut toujours soigner avec plus d'attention les Pommes de terre, venues par ce moyen : elles paraissent d'une constitution moins forte et plus tendres à la gelée; alors leur feuillage n'a pas autant de vigueur, ni la même étendue.
Avantages des semis de Pommes de terre.
» En faisant des serais de Pommes de terre, à l'instar des Pépinières, on rajeunit l'espèce dont le germe est fatigué, et qui s'abâtardit tous les jours; on distingue les précoces de celles qui sont tardives; on a créé même des espèces nouvelles, qui, appartenant à notre sol et à notre climat, seront par conséquent moins susceptibles de l'inconvénient dont il s'agit,
» Voilà donc un moyen d'envoyer d'un bout à l'autre de l'Univers sous un très petit volume, et même dans une lettre, de quoi propager les Pommes de terre de bonne qualité, multiplier le nombre de leurs variétés, prévenir leur dégénération, et surtout les acclimater. C'est ainsi que j'ai cherché cette année à opérer ces effets; je me propose de continuer d'en faire autant pour les années suivantes, en donnant à quiconque s'intéressera à cette production, la graine mélangée des bonnes espèces que je viens de récolter.
» Occupé depuis longtemps à suivre la chaîne des variétés des Pommes de terre, j'ai cru ne devoir pas me borner à revivifier cette plante par semis; mon travail aurait été incomplet, si je n'eusse songé à tirer les meilleures espèces de l'Amérique septentrionale, leur première patrie *.
» M. le Maréchal de Castriesa bien voulu donner des ordres aux Consuls du Roi employés dans cette partie du monde, et les vues du Ministre ont été parfaitement secondées par M. Saintjean de Crévecœur, correspondant de la Société d'Agriculture, qui s'est
1. — Nous avons appelé l'aUention sur ceUe croyance de Parmenlier, à propos de son opinion sur la Cartoufle d Olivier de Serres.
empressé d'envoyer la Pomme de terre ronde blanche de New- York, et la rouge ronde de l'Ile Longue.
» Une circonstance que je ne saurais oublier ici, parce qu'elle sert à prouver de plus en plus combien les Pommes de terre ont de force végétative, c'est que, quoique soigneusement encaissées, elles ont végété pendant leur trajet, et n'ont plus offert à leur arrivée qu'une masse composée de germes entrelacés, en partie desséchés ou pourris; mises en terre dans cet état avarié, elles se sont développées à merveille; frappées avant la fleuraison par une grêle énorme qui a haché la totalité du feuillage, leur végétation n'a été suspendue qu'un moment; bientôt elles ont repris leur première vigueur, et ont donné une abondante récolte. M, l'Intendant a désiré que le produit qui en est résulté, fût destiné à couvrir plusieurs arpents de terre dans les environs de Paris, afin de présenter un grand exemple aux habitans de la Capitale, et de pouvoir en enrichir sa Généralité ; sans doute que, de proche en proche, ces deux espèces qui joignent l'abondance à la qualité^ se répandront dans toutes les autres Provinces du Royaume : puissent-elles, comme en Irlande et en Amérique, ajouter à la force de l'Agriculture, devenir pour ceux dont la subsistance dépend de récoltes incertaines, un heureux supplément, et écarter pour jamais de nos foyers, le fléau de la disette! »
Ce mémoire est tout à l'honneur de Parmentier, et est certainement instructif à plusieurs points de vue. La culture des Pommes de terre par semis n'était pas une idée tout à fait nouvelle : elle avait eu des promoteurs, comme il le reconnaît lui-même. Mais cette idée, il sait la faire sienne, il réussit à faire valoir tous ses avantages, à signaler ses inconvénients. On ne peut que reconnaître la justesse de son opinion au sujet de la nécessité de la régénérescence par l'emploi de la graine. Puis, cette pensée d'une dégénération de la Pomme de terre au moment même où il s'efforçait d'en préconiser la culture et la consommation, ne devait-elle pas l'inciter à trouver tous les moyens possibles pour la combattre, et prévenir par là un nouvel argument que lui auraient opposé les ennemis de la Pomme de terre, qui alors étaient encore fort nombreux?
M. de Chancey, l'un des correspondants de la Société d'Agriculture, résidant à Saint-Didier, au mont d'Or, près de Lyon, avait
fiidressé à la Société plusieurs Mémoires sur la culture des Pommes de terre. Parmentier, qui avait été chargé de rendre compte de ces Mémoires, donna lecture de son Rapport le 14 Juin 1887.
« Pour connaître d'abord, dit-il, la vraie préparation qu'exigeait la terre destinée à être plantée en Pommes déterre, M. de Ghancey a commencé par s'assurer de la différence qu'il y avait dans le produit, entre un champ fumé et un autre qui ne l'aurait point été; entre un terrain labouré et un terrain bêché; enfin entre celui-ci et un champ défoncé. Dans ce dernier la maturité a été plus prompte et la récolte plus abondante d'un sixième que dans le champ labouré; le produit a augmenté d'un cinquième dans celui qui a été bêché, et d'un quart dans celui qui a été défoncé; d'où il résulte que :
L'arpent labouré et fumé a produit de Pommes de terre, 501 boisseaux ;
L'arpent labouré sans être fumé 450 »
L*arpent bêché et fumé 600 »
L'arpent bêché sans être fumé 498 »
L'arpent défoncé et fumé. 753 >>
L'arpent défoncé sans être fumé 633 >>
» Il s'agissait ensuite d'établir quelle espèce d'engrais convenait le mieux aux Pommes de terre. M. de Ghancey a employé, pour éclaircir cette nouvelle question, le même esprit de recherches et d'observations qui l'a dirigé dans la discussion de la première. Toutes les plantes fumées sont constamment plus belles, plus vigoureuses que les plantes non fumées et plus hâtives; mais en même temps le goût de leur fruit est généralement moins délicat que dans celles-ci : ce qui fait que, dans cerlains Cantons, on achète plus volontiers les Pommes de terre des gens de la campagne que celles des jardiniers. Après avoir essayé successivement, et dans des proportions différentes, plusieurs genres d'engrais, M. de Ghancey s'est convaincu qu'ils avaient tous un égal succès, et qu'il fallait bien se garder d'en employer une plus grande quantité que pour la culture des grains : au reste, il en est de la Pomme de terre comme des autres plantes; c^est au cultivateur exercé et intelligent, qu'il appartient spécialement de déterminer ce qui est propre à son sol, et de régler sa conduite sur ses ressources locales.
» De ces observations en quelque sorte préliminaires, M. de
Ghancey passe à Texamen de plusieurs questions relatives à la culture des Pommes de terre considérées sous tous les rapports. Fautil planter ces racines par œilletons, par morceaux ou entières? Doit-on préférer les grosses aux moyennes, et celles-ci aux petites? La méthode de les cultiver doit-elle varier à raison des espèces et du sol? C'est encore Texpérience qui répond à toutes ces questions. Quelques auteurs ont prescrit de mettre jusqu'à trois Pommes de terre dans chaque trou ; d'autres conseillent d'y mettre simplement l'œil détaché de la racine; d'autres sans pulpe. Dans le premier cas, on employé en pure perte beaucoup de racines; dans le second, au contraire, on court le risque d'avoir de chétives récoltes. M. de Chancey a entrepris, en 1784, une suite d'expériences qui confirment, comme je l'avais déjà annoncé, qu'il était avantageux de partager les espèces de Pommes de terre longues, et moins les rondes, surtout lorsqu'il y a lieu de craindre les ravages du Ver du Hanneton. Malheur alors à ceux qui n'ont planté que des morceaux pourvus seulement d'un œil : la plupart des pieds manquent, et ceux qui échappent au fléau destructeur dont nous venons de parler, ne produisent pas abondamment. Quant à l'espèce de culture à suivre, il existe plusieurs méthodes dont la bonté est déjà constatée par des expériences décisives; mais ces méthodes varient entre elles; dans les terres légères et sablonneuses, un simple labour suffit. Il faut défoncer celles qui sont argileuses; mais quelle que soit la méthode adaptée à la nature du sol, pourvu que la terre soit rendue aussi meuble qu'il est possible avant d'y déposer la plante et tout le temps de son accroissement, le rapport sera toujours proportionné au travail.
» On s'est trompé en croyant qu'en coupant la lige et les feuilles de Pommes de terre un peu tard, et avant que le froid ou la maturité ne les flétrisse, on risquait de nuire au produit des tubercules, et que ces feuilles données pour nourriture aux vaches, faisait tarir leur lait. Mes expériences ont prouvé qu'une pareille assertion était sans fondement. M. de Chancey est du même avis, puisqu'il insiste sur l'avantage de les donner en fourrage au bétail; mais les tentatives qu'il a faites pour les réserver pour Thiver et les conserver saines, ont été sans succès, soit qu'il ait voulu enlever à ce fourrage son humidité qui est très considérable, soit qu'il les ail mises à macérer dans l'eau comme on le pratique pour les feuilles
de Vigne. Il observe qu'on pourrait, dans certains endroits, faire de Teau-de-vie avec les baies ou fruits de la Pomme de terre, seules parties de la plante susceptibles d'une fermentation spiritueuse; en vain y soumettrait-on les racines, l'absence de la matière sucrée deviendra tooijours un obstacle au succès de cette opération *.
« Les Pommes de terre épuisent-elles, ou non, le sol? La culture en est-elle avantageuse à celles des grains qui leur succèdent? Pour répondre à ces deux questions, il faut prendre en considération les différentes espèces de Pommes de terre, la qualité du terrain où on les plante, Tépoque de leur plantation, la manière de les cultiver, le genre de production qu'on fait venir ensuite sur le même sol.
»... Il s'ensuit que lorsque Ton a recueilli des Pommes de terre dans des terres à froment, on peut, en fumant de nouveau, les ensemencer de ce grain; le fumier est même quelquefois inutile, quand le sol est gras; d'ailleurs, une expérience non interrompue de deux siècles prouve que les plus beaux prés et les champs les plus productifs de l'Irlande doivent leur fertilité à la culture des Pommes de terre.
» Le Froment et les autres grains dont nous formons la base de la subsistance journalière, n'admettent point ordinairement parmi eux des plantes d'un autre genre : du moins cette admission n'est pas exempte de reproches; les succès que j'ai obtenus en cultivant le Maïs dans des planches de Pommes déterre auxquelles ce grain communique un ombrage salutaire et une sorte d'humidité végétative, a déterminé M. de Chancey à faire le même essai. Un arpent bêché, fumé et planté en Pommes de terre et Maïs, lui a fourni 1,005 boisseaux de tubercules, tandis que la même étendue de terrain servant de comparaison n'en a rapporté que 753, sans compter, dans le premier cas, la récolte du Maïs, dont les pieds sont devenus aussi forts et aussi vigoureux que s'ils avaient été seuls. On peut encore, en faisant succéder au Golsa, au Lin et au Seigle, les Pommes de terre, obtenir une double récolte du même champ : mais on suppose que le fond soit excellent et la température très favorable ; car dans les endroits où les gelées blanches se manifes-
1. — On verra, dans un autre Chapitre, par quels procédés on a réussi à fabriquer de l'eau-de-vie avec les tubercules de Pommes de terre.
tent dès les premiers jours de Septembre, on ne doit pas s'attendre à jouir constamment de pareils avantages.
» Le deuxième Mémoire de M. de Chancey a pour objet les différentes manières dont les Pommes de terre se reproduisent. On sait que cette plante est du nombre de celles à qui la nature a accordé la faculté de se régénérer, en les divisant ; c'est aussi ce qui a fait donner à la Pomme de terre le nom de Polype végétal ; on la multiplie ainsi au moyen des yeux, des germes, de la bouture et du semis : cette dernière méthode est sans contredit la plus intéressante, puisqu'à l'avantage de rajeunir Tespcce lorsque le germe est fatigué, elle joint celui de donner des espèces nouvelles qui, appartenant à notre sol et à notre climat, seront susceptibles de s'abâtardir. La voie des semis a souvent été tentée par des cultivateurs distingués, mais sans aucun but particulier; ils n^ Pont même jamais bien suivie, sous prétexte qu'elle était longue, coûteuse et difficile pour la production; cependant M. de Chancey a obtenu, au moyen de ses semis, des Pommes de terre de l'espèce Grosse-blanche qui pesaient jusqu'à 21 onces' qI à^s Rouges-longues, de 4 à 5 onces ». M. Hell qui a fait les mêmes expériences en Alsace, et M. de Ladebat, en Guyenne, en ont également récolté beaucoup d'un égal volume; ils ont remarqué que les pieds transplantés donnaient généralement plus de bulbes que ceux qui ne Pavaient pas été. Les Cultivateurs qui se pl^iignaient de la dégénération des Pommes de terre n'ont désormais qu'à recourir au semis s'ils veulent avoir des plantes plus vigoureuses/des tubercules plus gros, plus nombreux, plus sains et de meilleur goût que ceux qu'on a ordinairement. Il n'est plus maintenant de Canton, si petit qu'il soit, dans le Royaume, où je n'aie envoyé de la graine au moins par la voie du Courrier.
» L'examen des différentes espèces de Pommes de terre est aussi entré dans le plan du travail de M. de Chancey. Quelques auteurs les avaient fait monter à plus de soixante; mais il est facile de juger qu'ils ont compté dans ce nombre beaucoup de variétés. Les onze espèces de Pommes de terre que je me suis procurées de PAmérique, la première patrie de celte plante, et dont je dis-