Bulletin, t. XXXVIII
Tair extérieur est humide, surtout si cet air est chaud. Quand, au contraire, on plonge un tubercule en entier dans Teau, il ne tarde pas à être asphyxié; c'est que dans ces conditions la pression des gaz internes diminue, et l'eau pénétrant par les leûticelles injecte en partie les tissus. Il est possible cependant de faire vivre un tubercule de Pomme de terre dans Teau, à la condition de xie le plonger qu'incomplètement dans ce liquide. Mais c'est alors que les lenticelles prennent un développement très considérable. Cette hypertrophie des lenticelles débute par un gonflement en forme de cône surbaissé, correspondant à chacune d'elles. Bientôt le sommet s'entrouvre visiblement et le tissu blanc sous-jacent commence à paraître. Les crevasses s'élargissent de plus en plus, et bientôt toute la partie submergée du tubercule se trouve hérissée de lenticelles énormes, ayant plus de 5 millimètres de diamètre et qui lui donnent l'aspect d'un tissu éclaté partiellement sous une forte pression interne. Chaque lenticelle a un aspect d'un blanc brillant, dû à ce que de Tair est retenu entre les éléments cellulaires et que la lumière produit alors le phénomène de réflexion totale. L'hypertrophie augmente souvent beaucoup, de longues crevasses partent de certaines lenticelles et vont rejoindre les autres, de sorte que bientôt la peau ne forme plus que des lambeaux séparés, en forme d'îlots; ces lambeaux se soulèvent du reste par leurs bords et peuvent même se détacher. Alors le tubercule a perdu son enveloppe normale dans ces régions. Ces modifications paraissent mieux se produire à la lumière. Nulles ou très lentes à basse température, elles sont rapides entre 20 et 30 degrés ».
Le même observateur avait fait, en 1890, une intéressante remarque sur la température dégagée par un amas considérable de tubercules de Pommes de terre en germination*. 11 avait pu constater que, dans le haut de ce tas de Pommes de terre, la température était de 39 degrés centigrades, alors que l'air extérieur n'était que de 18 à 19 degrés, et que la partie inférieure du tas ne dépassait pas 20 degrés.
Nous avons vu plus haut que, dans la Pomme de terre, les bour-
1. — Bulletin de la Société botanique de France, t. XXXVII (1890).
geons de la partie supérieure des tubercules étaient plus aptes à reproduire la plante que ceux de la partie inférieure, voisine de leur point d'attache. M. Prunet, en 1892, a communiqué à TAcadémie des sciences^ les résultats d'une analyse physiologique qu'il avait faites sur des tubercules de trois variétés de Pommes de terre. M. Prunet déclare n'avoir trouvé, avant la germination, presque ni sucre, ni diastase ; mais lorsque les tubercules germent, le sucre et la diastase apparaissent d'abord dans les moitiés antérieures, ainsi que les éléments azotés, et cette proportion se maintient toujours en faveur de ces moitiés, comparativement à ce que l'analyse décèle dans les moitiés postérieures. Toutefois, si Ton supprime les bourgeons du sommet des tubercules, les principes immédiats et les substances minérales émigrent vers les bourgeons postérieurs. 11 y a donc toujours une relation étroite entre les éléments nutritifs et l'aptitude des bourgeons au développement.
En 1893, M. Prillieux présentait à la Société botanique de France des tubercules de Pommes de terre dans Tintérieur desquels s'étaient formés de nouveaux tubercules. Pour expliquer cette anomalie, il disait que M. Schribaux avait proposé, pour empêcher de germer les Pommes de terre destinées à l'alimentation, de les tremper dans de Teau contenant 1,5 pour 100 d'^icidc sulfurique. Cette solution corrosive, sans nuire aux tubercules, en détruit fort bien les germes, ce qui a été prouvé par des essais faits sur diverses variétés, la SaucissCy la Quarantaine de la Halle] le il/agnum bonuntf etc., qui peuvent être ainsi conservées bonnes pour l'alimentation pendant l'été. M. Prillieux ajoutait que sur les tubercules de la variété Richters Imperator^ la destruction des yeux avait été incomplète ; il s'était alors formé à leur base des bourgeons qui s'étaient développés en pénétrant à l'intérieur du tuberculemère et y formant de nouveaux tubercules. Nous pensons que la destruction des bourgeons externes n^avait pas atteint les rudiments des bourgeons internes, protégés par la peau des tubercules et que ce sont des bourgeons internes qui se sont développés de si singulière façon. M. Duchartre était d'avis que la partie centrale et