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II. MALADIES DES POMMES DE TERRE

Occupons-nous maintenant des Maladies des Pommes de terre, sujet autrement intéressant. On est resté longtemps sans connaître les causes réelles de plusieurs de ces maladies, que l'on regardait Comme dérivant de la plante même, d'une altération de ses tissus,* de ses sucs propres, ou d'une dégénérescence subite. Nous sommes mieux renseignés aujourd'hui sur ce sujet, même sur la Maladie de la Frisolée, dont il va être immédiatement question.- Nous traiterons ensuite successivement des Maladies causées par divers autres parasites végétaux, soit qu'ils s*attaquent seulement aux tubercules, soit que l'action parasitaire entraine à la fois la ^destruction des feuilles, des tiges et des tubercules.

1. ^ Nous craignons qu'on n'ait pris ici Teflet pour la cause, car nous avons constaté la présence d'Anguillules dans beaucoup de tubercules ramollis par diverses maladies, ce qui nous fait croire que ces Anguillules ne peuvent pénétrer que dans les tissus mortifiés des Pommes de terre, et non dans les tissus sains.

Il en est de même de VAcarus Solani (ou Tyroglyphus echinopsus Robin) qu'on ne rencontre que sur les tubercules complètement malades.

2. — Par contre, une petite Limace noire a la faculté de pouvoir descendre dans le sol, jusqu'aux tubercules* presque superficiels, et de les ronger au point d'y pratiquer d'assez profondes cavités.

Maladie dont la cause était inconnue.

Cette maladie, dont il a été plus souvent question autrefois qu'il ne Test aujourd'hui, est ce qu'on a appelé la Frisolée^ ou parfois même la Frisée, ou d'autres fois la Rouilley ou bien encore la Cloque ou Crolle, dans les Flandres.

Bonjean,dans sa Monographie de la Pomme de terre (1846), nous donne quelques détails sur la Frisolée. « Cette maladie, dit-il, assez fréquente dans la Grande-Bretagne, où on la connaît sous le nom decurly a fait parfois invasion dans quelques départements de la France, notamment dans les environs de Metz; on la rencontre plus souvent encore en Allemagne, mais très rarement en Savoie. Le D*" Putsche assure que les plantes qui en sont attaquées paraissent souffrantes à l'extérieur. Les tiges sont lisses, d'une couleur brune tirant sur le vert, quelquefois bigarrées, souillées de taches couleur de rouille, qui pénètrent jusqu'à la moelle; en sorte que celleci n'est point blanche, mais roussâtre et visant au noir. Le limbe des feuilles n'est point plan comme chez les individus en santé, mais rude, sec, ridé et crépu; elles ne s*étalent pas au loin à Tentour des tiges, mais s'en rapprochent plus que de coutume, et leur développement n'est pas en rapport avec la longueur de leur pétiole. Il en résulte que la plante pâtit, se ride, jaunit prématurément à l'automne, et meurt au moment même où la végétation devrait être vigoureuse. Le petit nombre de tubercules que produisent ces plantes, mortes avant le temps, ont une saveur désagréable, parce qu'ils ne sont point mûrs, et sont impropres à l'alimentation de rhomme, parce que, après avoir été mangés, ils laissent dans la gorge une substance acre qui en lèse les parois, propriétés communes à beaucoup de végétaux récoltés avant maturité. Plusieurs faits prouvent que certaines espèces de Pommes de terre sont plus exposées que d'autres à Ibl Frisolée; cette maladie fait moins de ravages dans les montagnes que dans les plaines et dans les bas-fonds. Elle est héréditaire, et ce n'est que par une bonne culture que l'influence en est paralysée à la quatrième ou cinquième génération. Le seul remède connu, c'est de renouveler Tespèce par des semis ou des importations de variétés nouvelles ».

Il semble^ par suite, que la Frisolée serait une sorte de maladie organique, résultant peut-être de cultures dans des sols trop hu-

mides, et qu'elle se serait déclarée dans ces conditions biologiques désavantageuses, certaines années trop pluvieuses peut-être. Elle ne serait héréditaire qu'en raison de Tatrophie des tubercules, incapables de produire des plantes vigoureuses, surtout dans des sols ingrats.

Comme Bonjean le disait, cette maladie a occupé l'attention en Angleterre. Voici ce que nous trouvons sur ce sujet, dans l'Encyclopédie du Jardinage' de Loudon (1828) : « La maladie appelée Curl (ou Frisolée) s'est montrée sur plusieurs points, en Angleterre, extrêmement fâcheuse et grave. Elle a donné matière à beaucoup de discussions : ce serait une tâche ingrate que de faire connaître toutes les opinions différentes qui ont été émises à ce sujet ». Il en est certainement toujours ainsi, lorsqu'on ignore la cause première d*un mal dont on ne constate que les effets. Quoi qu'il en soit, du reste, d'après les renseignements qu'a bien voulu nous donner récemment M. Arthur Sutton, le Curl ne semble pas préoccuper actuellement les cultivateurs anglais : cette maladie ne se développerait que dans certaines cultures, où l'on a fait usage des tubercules-semence de provenance américaine.

Nous avons été amené à découvrir assez singulièrement la cause de cette maladie de la Frisolée. Des tubercules qui présentaient» dans leur parenchyme, des taches roussâtres, parfois brunâtres, tout en conservant leur fermeté ordinaire, nous laissaient dans le doute sur Torigine du mal, car les cellules tachées n'offraient à l'examen microscopique ni filaments de mycélium de Champignon, ni Microcoques, Bactéries ou Bacilles quelconques. Que signifiaient donc ces taches et quel parasite les produisait?

En 1853, dans un petit volume intitulé : Les maladies des Pommes de terrey des Betterai^es, des Blés et des Vignes^ Payen disait qu'il avait remarqué, à la suite d'une très grave maladie des Betteraves, qui avait, aux environs de Valenciennes, fait perdre 20 millions de kilogrammes de sucre, que les racines malades étaient envahies par une substance organique, rousse orangée, d'une consistance mugueuse, qui produisait les effets du parasitisme. Cette observation n'attira pas autrement l'attention, parce que Payen lui-même ne paraissait pas se douter qu'il s'agissait réellement d*un organisme,

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