VIII. - CULTURE DES VARIÉTÉS INDUSTRIELLES OU FOURRAGÈRES
Parmentier disait, en 1809, dans le Cours complet cT Agriculture: «tCt^tle culture n'estfondée que sur un seul principe, quelle que soit la nature du sol,respèce ou la variété de Pomme de terre : il consiste à rendre la terre aussi meuble qu'il est possible avant la plantation et pendant toute la durée de Taccroissement. Les diverses méthodes de culture pratiquées doivent être réduites à deux principales; Vune consiste à plantera bras, l'autre à la charrue. La première produit davantage, mais elle est plus coûteuse; la seconde cependant doit toujours être préférée, lorsqu'il est question d'en couvrir une certaine étendue pour la nourriture et Tengrais du bétail ».
Parmentier parle ensuite de la préparation du sol, de la plantation, des façons à donner à la culture et de la récolte. 11 nous a semblé qu'il serait plus intéressant pour le lecteur de comparer son opinion
avec celle des agronomes qui ont traité ces mêmes questions dans le cours de ce siècle. Parmi les ouvrages qui ont été publiés sur ce sujet, nous citerons quelques passages du Traité de la Pomme de ^e/7*e par Payen et Chevalier (1826), du Traité d Agriculture pratique de^ Magne (1859), des Recherches sur la Culture de la Pomme de terre industrielle et fourragère de M. Aimé Girard (1891), et du Cours d' Agriculture pratique de M. Heuzé (1892). Ces passages nous paraissent devoir suffisamment compléter chacun des articles qui suivent.
Prépar.vtion du sol. — « Le sol le plus convenable, disait Parmentier, doit être formé de sable et de terre végétale dans les proportions telles, que le mélange humecté ne forme jamais ni liant, ni boue : celui qui convient au seigle plutôt qu'au froment mérite la préférence, il cède plus aisément à Técartement que les tubercules exigent pour'grossir et se multiplier. Telle est la condition sans laquelle le succès de la plante est fort équivoque.
» Deux labours suffisent assez ordinairement pour disposer toutes sortes de terrains à la culture des Pommes de terre : le premier très profond, avant l'hiver; le second avant la plantation. Ilestbon que le sol ait 7 à 8 pouces de profondeur, que la racine soit placée à un pied et demi de distance, et recouverte de 4 à 5 pouces de terre. 11 faut planter plus clair dans les fonds riches que dans les terres maigres, et dans celles-ci plus profondément. Les espèces blanches demandent à être plus espacées que les rouges qui poussent moins au dehors et en dedans. Toutes les espèces de Pommes de terre sont tendres, sèches et farineuses dans les lieux un peu élevés, dont le sol est un sable gras; pâteuses, humides, dans un fond bas et glaiseux. 11 faut mettre les blanches dans des terres à seigle, et les rouges dans des terres à froment; \vi Grosse blanche dans tous les sols, excepté dans ceux trop compacts, où cette culture est difficile et les produits de médiocre qualité. On leur restitue, il est vrai, leur premier caractère de bonté en les plantant Tannée d'ensuite dans le terrain qui leur est le plus favorable ».
« La Pomme de terre, disent Payen et Chevallier, vient dans presque tous les terrains; ceux qui lui conviennent le mieux sont peu compacts, pas humides, médiocrement fumés et surtout assez profonds.
» On peut alléger, pour cette culture, les terres trop fortes avec
des cendres de houille, des terres sableuses, du fumier de litière à longue paille, etc. Les terres trop sableuses seront améliorées par leur mélange avec de la marne, des argiles plastiques glaiseuses, des anciens dépôts d'égouts, etc. Tous les fumiers conviennent; les plus actifs se répandentàla superficie, les autres au fond du labour. Pour obtenir une récolte abondante, il faut préparer le Bo] avec soin. On donne successivement deux labours légers destinés à meublir et aérer la terre; un troisième, plus profond, sert quelquefois en môme temps à ouvrir les tranchées pourdéposer les tubercules et à les recouvrir de terre; mais si le sol est compact, ou donne un quatrième labour. La quantité et la proportion de Pommes de terre obtenues indemnisera suffisamment des frais que cette dernière façon occasionne ».
Magne dit, de son côté : « La Pomme de terre vient dans tous les sols; mais elle prospère très bien et donne d'excellents produits dans les terres franches profondes, un peu sablonneuses. Elle se phiît particulièrement dans les sols mixtes, un peu exposés au sud et au levant, riches en terreau et en substances minérales solubles. Dans les sables arides, ses produits sont de bonne nature, mais peu abondants dans les années de sécheresse ; sur les sols argileux, trop humides, elle réussit mal et ses tubercules sont aqueux et pauvres en fécule, difficiles à nettoyer et à conserver, insipides et peu salubres; ils ne sV dévelo[)pent môme qu'imparfaitement, Inrsque la sécheresse trop forte resserre et fait crevasser la surface du sol.
n Dans une terre très profondément labourée, la Pomme de terre r(^siste beaucoup à la sécheresse comme à l'humidité. C'est surtout dans les climats secs que la terre doit avoir été bien préparée par des labours faits avant l'hiver, et de 25 à 40 centimètres si c'est possible. Au printemps, on divise une autre fois la terre, et souvent uiiL* troisième, en plantant les tubercules.
n Le bon fumier, chaud pour les terres grasses, et frais pour les terres légères, est Tengrais le plus approprié à la Pomme déterre. Elle en absorbe une quantité égale au produit qu'elle donne, mais on ne doit pas craindre d'en mettre en excès. Peu riche en albumine, la Pomme de terre n'exige pas des engrais fortement azotés; elle réclame plutôt des principes carbonés ; les fumiers répondent très bien à ses besoins ».
« La Pomme de terre, dit M. Heuzé, est une plante à la fois exigeante et épuisante.. . Elle doit être cultivée, si on lui demande des produits abondants, sur des terres bien fumées ».
M. Heuzé rapporte des expériences dont les résultats prouvent qu'on peut remplacer le fumier de ferme par des engrais riches en principes azotés ou en alcalis. Dans les expériences citées, le guano, le sulfate d'ammoniaque, les nitrates de soude et de potasse ont donné des produits de beaucoup supérieurs au fumier seul. Quanta la quantité de fumier à employer, M. Heuzé estime qu'il faut appliquer environ 100 kilogr. de fumier pour chaque 100 kilogr. de tubercules que Ton croit pouvoir récolter.
D'après M. Aimé Girard, « la composition générale du sol n'exerce pas sur le rendement une influence aussi grande qu'on le croit généralement. Des terres argilo-siliceuses, argilo-calcaires, calcaires, môme argileuses, dit-il, peuvent donner de bons résultats. Mais il n'en est pas de môme de la profondeur et de l'ameublissement du sol; leur influence est considérable, et Ton n'a pas lieu d'en ôtre surpris lorsqu'on tient compte du grand développement vadiculaive de la Pomme de terre,.. C'est un préjugé très répandu que, sous le rapport de la préparation du sol, la Pomme de terre n'est pas une plante exigeante. Nombre de cultivateurs, rencontrant, au moment de l'arrachage, les tubercules à fleur de terre, considèrent que, pour cette culture, point n'est besoin de labourer le sol au-delà de quelques centimètres. 11 suffit d'avoir considéré une fois le chevelu long et touflu de la Pomme de terre pour comprendre à quel degré cette coutume est mauvaise, elle est cependant presque générale. J'ai démontré, ajoute-t-il, par des cultures comparatives qu'au contraire des labours profonds sont nécessaires... L'engrais doit ôtre abondant. Il faut à la Pomme de terre, et f» la fois, de l'acide phosphorique, de l'azote et de la potasse. Les formes les meilleures sous lesquelles ces agents fertilisants peuvent ôtre donnés, sont : le fumier de ferme, le superphosphate de chaux, le nitrate de soude et le sulfate de potasse... Dans un terrain de composition moyenne, on peut compléter une fumure ordinaire au lumier par l'emploi d'un engrais chimique composé de :
Superphosph.ile de chaux richo 62 parlies
Sulfate de polasso 23 —
Nitrate de soude . 15 —
100 parties
)/ll conviendra de répandre le superphosphate de chaux et le sulfate mélangés, après l'enfouissement du fumier, avant le dernier hersage et de semer le nitrate de soude seul, en couverture, quelques jours avant la levée ».
Plantation. — « Une seule Pomme de terre suffit, quel qu'en soit le volume, disait Parmentier, et quand elle a une certaine grosseur, il faut la diviser en biseaux et non pas en tranches circulaires, et laisser à cliaque morceau 2 ou 3 œilletons au moins, avec la précaution d'exposer un ou deux jours à l'air les morceaux découpés, afin qu'ils sèchent du côté de la tranche, et ne pourrissent point çn terre par l'action des pluies abondantes qui surviennent immédiatement après la plantation. En un mot, il vaut mieux une petite Pomme de terre qui a bien mûri, que le plus gros quartier... Il est nécessaire de proportionner à la nature du sol la quantité de Pommes de terre à planter; plus il est riche par lui-même et ensuite par les engrais qu'on emploie, moins il en faudra pour chaque arpent; depuis 4 seliers jusqu'à 5, mesure de Paris, selon leur grosseur et leur espèce ».
« La plantation des tubercules, d'après Payen et Chevallier, a lieu ordinairement dans les quinze derniers jours du mois de Mars ou les premiers du mois d'Avril (suivant les climats, les terrains et les saisons)... Lorsque le terrain est prêta recevoir les Pommes de terre, on ouvre un sillon à la charrue; des femmes ou des enfants suivent le laboureur, en déposant à la main les Pommes de terre (ordinairement coupées par quartiers, à moing qu'elles ne soient pas beaucoup plus grosses que des noix) au fond du sillon, et à neuf pouces environ de distance; le trait de charrue donné immédiatement après celui-ci sert à déverser la terre sur les tubercules; il ne reçoit pas de plant. Celui que l'on donne ensuite, est planté par les femmes ou enfants, de la même façon que le premier, et ainsi de suite jusqu'à ce que toute la surface du champ ait été parcourue de cette manière. Chaque coup de charrue ayant au moins 14 pouces de large, on voit que les rangées de Pommes de terre sont à 28 pouces, au moins, les unes des autres. On passe ensuite la herse et le rouleau, on recommence trois ou quatre jours après, et deux fois encore avant que les pousses paraissent, en sorte que la terre est bien divisée et débarrassée de toutes mauvaises herbes ».
Voici ce que Magne copseillait : « Le plus souvent on plante les Pommes de terre à la charrue, dans le dernier labour. Si les raies sont peu profondes, on place les tubercules au fond et si elles le sont trop, sur le côté de la raie en faisant en sorte qu'ils soient couverts de 8 à 10 centimètres dans les terres légères et de G à 8 dans celles qui sont fortes. Pour faire les plantations à la main, on se sert de la bêche ou d'une houe, et Ton s'applique à faire les trous en suivant les raies du dernier labour. Souvent deux ouvriers sont employés à ce travail : le premier fait un trou, et quand le tubercule y a été placé par un enfant, il le remplit avec la terre qu'il enlève pour en faire un second. D'autres fois on fait d'abord tous les trous, et on couvre les tubercules avec un coup de herse. Gela permet de mettre les plantes plus régulièrement en lignes, et même en quinconce, ce qui facilite les sarclages. On écarte d'ordinaire les Pommes de terre de 25 à 40 centim. et les rangées de 45 à 60, plus quand les tubercules sont gros que lorsqu'ils sont petits : on ne met donc des tubercules, que tous les deux ou tous les trois sillons quand on plante à la charrue... De bonnes Pommes de terre moyenne, de 50 à 80 grammes, nous paraissent, dans la plupart des cas, donner les résultats les plus lucratifs... Elles veulent être plantées très à bonne heure, aussitôt que les grands froids ne sont plus à craindre, à la fin de Février et en Mars. A la vérité les jeunes pousses souffrent souvent de la gelée blanche, mais cela ne nuit pas à la plante ; les mêmes tiges continuent à pousser ou il en vient d'autres, et, dans tous les cas, les tubercules, en partie formés avant les fortes chaleurs, mûrissent convenablement ».
(( Doit-on choisir de préférence de gros tubercules, dit M. Heuzé, ou est-il utile de ne planter que des tubercules petits ou moyens? Cette question a fait naître bien des opinions, et elle a donné lieu à des expériences nombreuses. Quoi qu'il en soit, les plus gros tubercules sont ceux qu'on .doit préférer... On peut planter, ajoute-t-il, avec une charrue traînée par des chevaux, de 40 à 45 ares par jour; avec des bœufs, on ne plante pas au-delà de 32 à 35 ares*. Les Pommes de terre sont plantées sur des lignes
1. — M. Bajac a tout récemment construit une Planteuse de Pommes de terre. Cette machine, d'une extrême simplicité, sert à planter de la façon la plus régulière
distantes les unes des autres de 0™,50 à Oo^^eô. Pour exécuter la plantation d'un hectare, on emploie en moyenne de 22 à 25 hectolitres combles, suivant la grosseur des tubercules et Tespacement des touffes ».
« De son côté, M. Aimé Girard dit : « S'il est, chez les planteurs de Pommes de terre, une habitude bien enracinée, c'est celle qui consiste à couper les tubercules de plant en deux ou trois fragments, de manière à obtenir d'un poids donné de semenceaux Tensemencement le plus étendu possible. Cette habitude est essentiellement mauvaise ; en opérant de cette façon on économise le plant, il est vrai, mais on diminue dans une importante mesure le rendement à l'hectare. La théorie l'indique et la pratique le prouve... Je ne saurais trop le répéter, c'est seulement dans le cas où quelque circonstance particulière l'y oblige, lorsque, par exemple, le cultivateur ne dispose que de tubercules de grosseur exagérée, qu'il doit se résoudre à couper ses tubercules de plant. Toujours il trouvera avantage à planter entiers des tubercules moyens provenant de sujets vigoureux... Des études répétées sur la date de la plantation m'ont permis de montrer que le cultivateur avait pour planter une latitude assez grande. Du milieu de Mars au milieu d'Avril la récolte n'est pas sensiblement influencée par la date de la plantation; mais j'ai montré qu'en tardant davantage on en diminue le poids... Les cultivateurs n'attachent en général aucune importance à la régularité de la plantation ; j'ai montré qu'au contraire l'importance en était grande... La question de l'espacement des tubercules de plant est capitale au point de vue du rendement : j'ai dû sur ce point lutter contre de vieux préjugés. L'espacement que l'expérience a montré être le meilleur comprend des lignes écartées à 0",60, sur lesquelles les tubercules sont plantés à 0",50 l'un de l'autre : on compte alors 330 poquets à Tare ».
Cette importante recommandation de M. Aimé Girard, de réserver une distance de 0™,50 entre les plants, vient tout récemment de recevoir une approbation nouvelle, résultant de cultures expérimentales très précises faites en Allemagne par M. Westermeier.
les tubercules de toutes formes et de toutes grosseurs, et peut, en outre, se transformer en sarcleusc, butteuse et arracîicuso.
Voici le résumé des expériences de cet agronome, qu'ont fait connaître d'ailleurs plusieurs journaux agricoles. D'après M. Westermeier, Tespacement le plus favorable au rendement (poids total des tubercules par hectare) est celui qui correspond à une surface de 2,500 centimètres carrés par plant (0^,50 sur 0'",50); un espacement plus considérable est inutile. L'espacement a plus d'influence sur la grosseur que sur le nombre des tubercules. Quand l'espacement grandit, l'augmentation de grosseur des tubercules cesse avant leur augmentation en nombre. Comme Temmagasinement d'amidon dépend uniquement des conditions d*éclairement, on conçoit que les tubercules, dans les mauvaises années, soient d'autant plus pauvres en amidon qu'ils sont plus nombreux sur chaque plante; il en est de môme lorsque l'espacement est plus grand qu'il n'est nécessaire; dans les bonnes années, il paraît y avoir compensation.
Dans la grande culture, il n'est pas de petits détails qui n'aient leur importance. Si l'on indique 0",60 centimètres d écartement entre les rangées, c'est qu'il faut rendre plus facilement exécutables les travaux de sarclage et de buttage, et cela n'a pas de rapport avec l'espacement des plants.
Façons a donner a la culture. — « Dès que la Pomme de terre a acquis 3 à 4 pouces, disait Parmentier, il faut la sarcler à la main ; et quand elle est sur le point de fleurir, on la butte avec la houe, ou en faisant entrer dans les raies vides une petite charrue qui renverse la terre de droite et de gauche et rechausse le pied : souvent une première façon dispense de la seconde quand le terrain trop aride ne favorise pas la végétation des herbes étrangères et que l'année est sèche et brûlante; il faut, dans ce cas, borner les travaux de culture à une simple surcharge. En buttant la plante, on expose les tubercules, à mesure qu'ils se forment dans la terre amoncelée au pied, à recevoir les impressions immédiates de la chaleur et à s'y dessécher comme dans une étuve ».
« Lorsque la plupart des jeunes plantes, disaient aussi Payen et Chevallier, sont sorties de 4 à 5 pouces au dehors de la terre, on donne un léger laboura l'aide d'une charrue à deux déversoirs, et, passant ainsi entre toutes les lignes, on opère en même temps un buttage qui rechausse, soutient et fortifie la racine de la plante ; ce labour s'opère quelquefois à la main avec une houe. Le champ se
recouvre bientôt d'herbes parasites; on les enlève par un sarclage ordinaire, que Ton répète plusieurs fois, à des intervalles plus ou moins courts, suivant que Therbe repousse plus ou moins vite. On ne cesse les sarclages que lorsque les plantes ont pris assez de développement pour ombrager toule la superficie du sol. »
Mais, de son côté, Magne s'exprime ainsi : c Aussitôt que les Pommes de terre commencent à sortir de terre, il faut leur donner un hersage afin de niveler le sol et de détruire les mauvaises herbes. On ne craindra pas de couper les jeunes tiges : elles repousseront plus vigoureuses. D'ordinaire, si le terrain est herbeux, on donne une seconde façon avec la houe à cheval, quinze jours ou trois semaines après. On renouvelle ensuite cette dernière opération, ou bien on pratique le bultage. . C'est une façon économique, très expéditive, et propre à détruire les plantes annuelles. En outre, en recouvrant les tubercules qui ont poussé au conlact de Tair, le buttage les préserve de la maladie. Il faut le pratiquer lorsque les plantes sont jeunes, et avec un butloir étroit afin de laisser contre les lignes plantées, des bandes épaisses de terre. De cette manière, on ne dérange pas la formation des tubercules et on n'expose pas les racines à la sécheresse. On avait conseillé de couper la fane de la Pomme de terre pour nourrir le bétail; mais l'opération serait tout à fait désavantageuse; le produit, qui d'ailleurs a bien peu de valeur comme fourrage, ne payerait pas la cueillette. »
(( La première opération, dit M. Heuzé, que l'on exécute apK^s la plantation consiste en un hersage énergique au moyen d'une herse à dents de fer. Ce hersage doit être fait en ^lai, lorsque les pousses apparaissent à la surface du sol. Puis, lorsque les tiges ont O'", 15 à 0'",20 d'élévation, on donne un binage à la houe à cheval. Cette opération doit être renouvelée toutes les fois qu'elle est nécessaire, afin que le sol soit toujours propre et exempt de mauvaises herbes. La Pomme de terre doit être buttée, surtout lorsqu'elle végète sur des sols secs ou peu profonds, et qu'elle produit ses tubercules à la surface du sol. Dans le Midi, on arrose souvent les Pommes de terre après les avoir buttées. »
M. Heuzé pense, en outre, que la soustraction des fanes est plutôt nuisible, parce que cette opération diminue le produit des tubercules. Mais il croit que la soustraction des fleurs pourrait
bien ne pas être inutile dans la culture d'anciennes variétés, pour augmenter le produit et diminuer la faculté épuisante de la Pomme de terre.
« On ne saurait trop recommander le soin à donner aux binages, dit aussi M. Aimé Girard; toute plante adventice à laquelle on laisse son libre développement diminue, dans une mesure appréciable, la récolte des sujets qui l'avoisinent ; si l'opération a lieu au moyen d'une sarcleuse à cheval, il faut soigneusementfaire reprendre à la main les entrepieds que cet outil n'a pu atteindre. Lorsqu'il s'agit de variétés telles que la Bichters Iniperator^ la Red Skinnedy laJeuxej/, lebuttage doit être élevé afin de bien couvrir les tubercules qui s'enfoncent peu. A Técartement de 0'",60 entre les lignes, il est aisé de donner cette façon à l'aide d'une butteuse à cheval ».
Il nous semble que le buttage pourrait être considéré comme utile à un autre point de vue, comme préservatif contre la maladie, ainsi que le disait Magne, mais en l'exécutant avec plus de connaissance de cause. Nous avons vu, en effet, que les germes motiles du Phytophtora avaient la faculté de pénétrer dans le sol pour atteindre les tubercules. Or l'une des pratiques de la méthode Jensen consistait d'abord dans- un buttage de protection, assez épais pour arrêter le passage des germes du parasite. Il conviendrait donc de le faire exécuter avant l'apparition du Phytophtora sur les feuilles des Pommes de terre, mais avec toute la solidité que conseillait le célèbre agronome.
RÉCOLTE, — « C'est assez ordinairement dans le courant de Novembre, disait Parmentier, qu'il faut s'occuper de la récolte des Pommes de terre. Une simple charrue suffit pour en déchausser par jour un arpent et demi, et six enfants bien d'accord peuvent aisément la desservir, munis chacun d'un panier; ils portent à un tascommunles racines dépouillées desfilamens chevelus. La récolte à bras est bien moins compliquée : on peut bien dans les terres légères, en saisissant les tiges et tirant à soi, enlever les racines en paquets; mais dans les terres fortes, il faut se servir non pas d'une bêche ou d'une houe, mais d'une fourche à 2 ou 3 dents; on fait le triage des petites d'avec les grosses, on met de côté celles qui sont entamées pour les consommer des premières ».
« On se sert, pour l'arrachage des Pommes de terre, disaient à
kli HISTOIRE DE LA POMME DE TERRE
leur tour Payen et Chevallier, des béthes pleines ou à Irois lames, de houes à une ou deux lames, suivant Thabitude du pays et la nature du terrain. Quel que soit au resle Toulil que Ton emploie, il faut enlever chaque pied avec le plus de terre possible, afin d'avoir tout à la fois la plus grande partie des tubercules; on brise la motte, et des femmes ou des enfants ramassent les Pommesde terre; on donne encore deux ou trois coups de bêche on de houe pour reprendre les tubercules échappés la première fois ».
Magne donnait les conseils suivants : « Il faut attendre, pour arracher la Pomme de terre, que la fane soit flétrie, en partie desséchée ; la fécule en est alors formée, et les tubercules, fermes au centre, possèdent toutes les qualités qu'on en peut espérer; tandis que si on les tire avant leur maturité, ils sont aqueux au milieu, peu sapides et nourrissants. On a même conseillé de les laisser en terre jusqu'au moment de les consommer; mais dans nos climats, où régnent souvent des froids rigoureux et des neiges parfois si longues, il est moins aventureux de les arracher; seulement il faudra le faire aussi tard que possible, excepté quand on craint des froids, des pluies continues, ouqu*on a besoin de rendre la terre libre pour Tensemencemnt de la récolte qui va suivre. Autant que possible il faut faire la récolte par un beau temps : lorsque la terre est bien égouttée et Tair sec, l'extraction est facile et moins dispendieuse ; les tubercules se nettoient, se conservent bien, et peuvent être administrés sans avoir été lavés. Il serait même bien, si le temps le permettait^ de les étaler sur le sol et de les y laisser sécher, au moins quelques heures, afin de pouvoir les nettoyer plus complètement. Qu'on arrache les Pommes de terre à la main ou à la charrue, ce qui est beaucoup plus expéditif, on doit avoir soin de les enlever toutes; car celles qu'on laisserait, non seulement seraient perdues, mais elles infesteraient les récoltes suivantes. On ne doit pas blesser celles qu'on veut conserver, crainte qu'elles ne viennent à se gAter et à communiquer leur pourriture aux autres ».
<( Autrefois, dit M. Heuzé, on arrachait les Pommes de terre vers la fin de Septembre et dans le courant d'Octobre. Depuis qne Ton a remplacé les variétés tardives par des races précoces, cette opération se fait depuis le 15 Août jusqu'au 20 Septembre. Quoi qu*il en soit, on doit opérer dès que les fanes sont sèclies et par un beau temps. Le8 tubercities arrachés par an temps sec se conserrent
mieux, et la terre qui adhère à leur surface est toujours en moins grande quantité que lorsqu'on procède à Tarrachage pendant les pluies ou lorsque la terre est humide ». M. Heuzé décrit ensuite les divers procédés d'arrachage, soit à Taide d'une houe fourchue que Ton appelle crochet^ soit à la fourche, soit enfin à la charrue, c'est-à-dire avec la charrue ordinaire ou le bultoir. 11 cite, à ce propos deux sortes de charrues particulièrement disposées pour faire plus rapidement et plus commodément cet arrachage.
Quant à M. Aimé Girard, il s'explique ainsi au sujet de la récolte : « Il convient d'en retarder Tépoque jusqu'à ce que la végétation de la plante ait entièrement cessé. On ne saurait, bien entendu, indiquera Tavance pour chaque variété, hâtive ou tardive, une date précise ; cette date est, dans tous les cas, sous la dépendance des conditions météorologiques de la saison. Mais, d'une manière générale, on peut fixer les caractères extérieurs auxquels on reconnaît le moment où les tubercules cessent de s'accroître, et où Tarrachage, par conséquent, doit avoir lieu. Ce moment, il faut, si Ton veut avoir le rendement maximum, le retarder jusqu'à la dernière limite; presque toujours, on arrache trop tôt, et le bénéfice ainsi perdu est quelquefois important. Alors même que tout le feuillage latéral de la plante est fané, s'il reste encore au sommet des tiges un bouquet terminal de quelques feuilles, on peut être certain que la plante travaille encore et que chaque jour, par ce petit bouquet terminal, elle fabrique une certaine quantité de matière organique qui, spécialement destinée aux tubercules, peut, même en une quinzaine, augmenter sensiblement le poids et la richesse; mais aussitôt que ce bouquet terminal est fané à son tour, le gain devient nul et il convient de procéder à l'arrachage ».