C'est-à-dire les Pommes de terre
2. — Transactions of the Uorticultural Society ofLondon^ 1824.
question même est encore matière à discussion entre les Botanistes les plus célèbres. La plante cultivée a été d'abord connue en Angleterre sous le nom de Patate de Virginie ^ je conçois, cependant, qu'il puisse rester quelque doute sur son origine, en ce que les tubercules qui ont été trouvés par Sir Walter Raleigh dans cette colonie* et transportés en Irlande, pouvaient y avoir été préalablement introduits de quelques-uns des territoires espagnols, situés dans les régions les plus méridionales de cette partie du globe; si la Pomme de terre, en effet, avait été une plante croissant spontanément dans quelques-uns des districts qui font partie maintenant des États-Unis, elle aurait été déjà découverte et signalée par les Collecteurs botanistes qui ont parcouru et examiné avec soin les plantes de ces contrées.
» Le Baron de Humboldt donne pour certain que la Pomme de terre ne croit pas spontanément dans la partie sud-ouest de l'Amérique du Nord, et qu'elle n*est pas autrement connue que comme une plante cultivée dans toutes les îles des Indes occidentales. Son existence à l'état sauvage reste donc fixée dans l'Amérique du Sud, et il semble maintenant suffisamment prouvé qu'on doit la rencontrer à cet état, soit dans les sommités des régions tropicales, soit dans les régions plus tempérées des côtes occidentales de la partie sud de cette division du Nouveau Monde.
» D'après Molina (Histoire naturelle du Chili), la Pomme de terre croît communément à l'état sauvage dans les campagnes du Chili, et elle est appelée dans cet état par les ÏTLàighnes Maglia : elle produit, lorsqu'elle n'est pas cultivée^ des tubercules petits et amers. De son côté, le Baron de Humboldt assure qu'elle ne croît pas spontanément au Pérou, ni sur aucune partie des Cordillères situées sous les tropiques. Mais cette assertion est contredite par M. Lambert, qui rappelle que don José Pavon a dit que ses compagnons de voyage, Dombey et Ruîz, ont recueilli avec lui le Solanum tuberosum à l'état sauvage, non-seulemeut au Chili, mais aussi au Pérou, aux environs de Lima, et qui ajoute que don Francisco Zea lui a affirmé qu'il Tavait trouvé de même croissant dans les forêts de Santa Fé de Bogota. La relation ci-dessus de Pavon se trouve-
!• — On verra, dans un autre chapitre, que Walter Raleigh n'a eu personnellement rien à faire avec rik.troduction de la Pomme de terre en Angleterre.
rait confirmée par la présence, dans Therbier de M. Lambert, d*un échantillon récolté par Pavon au Pérou, sous le nom de Paiatas del Peru.
» M. Lambert suppose même que la Pomme de terre doit croître spontanément aussi bien sur les côtes orientales que sur les côtes occidentales et septentrionales de l'Amérique du Sud. Voici sur quoi se basait son opinion.
» Parmi les spécimens de Therbier formé par Commerson, lorsqu'il accompagnait Bougainville dans son voyage autour du monde, se trouve une espèce de Solarium^ recueillie près de Montevideo. M. Dunal (de Montpellier) ayant considéré cet échantillon comme appartenant à une espèce distincte du Solanum tuberosum^ Ta nommée Solanum Commersonii et Ta décrite sous ce nom dans le Supplément à l'Encyclopédie*, puis plus tard dans son Synopsis des Solanum, Or M. Lambert conjecturait que cet échantillon devait appartenir au type de notre Pomme de terre, et cela, par suite de renseignements qu'il avait reçus, d'abord de M. Balwin, un Botaniste américain, qui lui avait dit avoir trouvé le S. tuberosum à l'état sauvage, tant à Montevideo que dans les environs de Maldonado, puis du Capitaine Bowles, qui avait résidé très longtemps à Buenos- Ayres, et qui lui avait assuré que la Pomme de terre était une plante sauvage, commune dans les jardins et aux alentours de Montevideo.
» Les allégations ci-dessus confirment certainement l'existence, sur les bords du Rio de la Plata, d'une plante assez commune que M. Lambert croit devoir identifier avec le spécimen de Commerson; mais la preuve qu'il s'agit bien du S, tuberosum, à l'encontre de l'opinion de M. Dunal, ne repose que sur les assertions du D' Baldwin et du Capitaine Bowles ; il y manque ce témoignage plus probant, résultant de Texamen des échantillons de la plante, qui n'ont pas été produits par l'un ou l'autre de ces Messieurs.
1. — Voici cette description : « Morbllb db Commbrson. Solanum Commersonii, Tige herbacée» Telue; feuilles velues, pinnées, presque lyrées; fleurs en corymbe, terminales, à pédicelles articulés. — Toute la plante est couverte de poils simples; elle a les plus grands rapports avec le S. tuberosum ; elle en diffère: !• par ses feuilles profondément pinnatifides, comme celles de la Pomme de terre, mais dont les folioles sessiles ne sont pas alternativement inégales; 2« parla foliole impaire, qui est très grande; 3<^ par la corolle qui est à 5 divisions, non à 5 angles. La racine de cette plante est encore inconnue. »
« Afin d'élucider la question aussi bien que possible, je m'adressai à M. Desfontaines, Directeur du Muséum d'histoire naturelle au Jardin du roi à Paris, pour lui demander la permission de faire dessiner l'échantillon original de Commerson, déposé dans THerbier confié à ses soins. Avec une libéralité et une obligeance que je ne puis
louer trop hau- i /FTv
tement, Téchan- iV^/J^ Â '\ '
tillon complet me fut immédiatement transmis. L'examen de ce dessin coloriéquejemets sous vos yeux et qui est une représentation parfaite de toute la plante desséchée, permettra, de trancher la question soulevée par la plante de Commerson.
Je ferai remarquer que l'échantillon a tout à fait l'apparence d'être nain et rabougri. L'étiquette qui y est attachée porte la suscription suivante : « Tomate d'Espagne. — Les fleurs sont pâles. De la plage du pied du Morne de Montevideo, en Mai 1767. » La dimension de la fleur est évidemment plus grande que celle du S. tuberosum qui se trouverait dans un semblable état de dessiccation; l'échancrure des divisions des fleurs et la largeur proportionnellement plus grande de la foliole terminale présentent
Fig. 2 à 5. — Solanum Commersonii de Dunal.
a, feuille delà tige; 6, sommité fleurie; c, fruit; (i, tubercule
(3/4 de grandeur naturelle de la plante vivante).
des différences frappantes avec les parties correspondantes de notre Pomme de terre. Une très légère pubescence est perceptible sur Téchantillon qui, s'il avait été détaché d'un pied de S. tuberosuniy aurait probablement été beaucoup plus velu, comme c'est le cas lorsqu'il est rabougri. On peut trouver aussi quelque peu singulier que Commerson, qui connaissait non-seulement le S. tuberosuniy mais ses divers noms, ait désigné son échantillon sous le nom de Tomate : cela donne presque la certitude qu'il ne le considérait point comme appartenant à la Pomme de terre. D'après ces considérations, j'avoue que j'hésite à partager l'opinion de M. Lambert qui croit avoir une preuve suffisante de la croissance de la Pomme de terre à l'état sauvage sur les bords du Rio delà Plata. Il est possible qu'elle puisse s'y rencontrer, mais son existence dans cette partie de l'Amérique est loin d'être établie, alors que nous avons la quasi-certitude que la plante de Commerson n'est pas la Pomme de terre, et que M. Lambert ne doute pas que les plantes qui ont été observées par son correspondant et ami soient différentes de celle de Commerson.
» Au commencement du printemps de cette année, M. Galdcleugh, qui a résidé quelque temps à Rio de Janeiro, comme Secrétaire de l'ambassade anglaise à cette cour, et qui n'a cessé d'y rendre service à la Société d'Horticulture, est revenu en Angleterre, après avoir préablement fait un voyage dans cette région et visité les points principaux des côtes occidentales de l'Amérique du Sud. Dans ce qu'il a rapporté d'intéressant, figuraient deux tubercules de la Pomme de terre sauvage qu'il m'a envoyés avec la lettre suivante.
» Montagne Place^ Portman Square^ 24 février 1822.
» Cher Monsieur, » J'éprouve un certain plaisir à vous adresser ces échantillons de Solanum tuberosum ou véritable Pomme de terre sauvage del'Amérique méridionale. Elle croit en quantité considérable dans des ravins, non loin de Valparaiso, sur la côte occidentale de l'Amérique du Sud, par 34* 1/2 de latitude Sud, où elle a été récoltée. Les feuilles et les fleurs de la plante sont en tous points semblables à celles de la Pomme de terre cultivée en Angleterre et ailleurs. Elle commence à fleurir dans le mois d'Octobre, le printemps de
ce climat, et n'est pas très prolifique. Les tubercules sont petits et d'une saveur un peu amère : ils ont une pellicule qui est rouge sur les uns, jaunâtre sur les autres. Je suis porté à croire que cette plante doit croître sur
pi^iniITTi
nm^
une grande étendue de la côte, car on la trouve dans le sud du Chili où elle est appelée Maglia par les indigènes, mais je n'ai pu découvrir si l'on en tirait quelque parti. Je suis redevable de ces échantillons à un officier de marine de Sa Majesté, M. Owen Glandower.qui a quitté cette contrée quelque temps après moi.
» Je suis, etc.
» Alex. Caldcleugh. »
» Les deux tubercules ont été présentés à la Société et ils ont été dessinésavant leurplantation. S'il y en avait eu un troisième, j'aurais été tenté de vérifier moimême si la saveur en était réellement amère, comme l'assure M. Caldcleugh, ainsi que Molina. On les planta séparément dans de petits pots, et ils ne tardèrent pas à germer ; leur croissance fut rapide, si bien qu'on lut obligé de les dépoter et de les déplacer, à environ deux pieds l'un de l'autre, dans une plate-bande où ils devinrent très vigoureux et luxuriants
de végétation. Ils ne produisirent d'abord que peu de fleurs, mais lorsque les tiges furent buttées, ils prirent de la force et alors ils se couvrirent de fleurs, mais ne donnèrent point de fruits. Nous avons fait faire le dessin d'une branche par Miss Cotton et nous Pavons fait graver. La fleur en était blanche et ne différait en aucune façon de celles de ces variétés de la Pomme déterre ordinaire qui ont les fleurs de cette même couleur. Nous avons comparé les feuilles à celles de plusieurs variétés delà Pomme déterre cultivée et nous avons pu constater que si celles-ci avaient en général la face supérieure plus rugueuse et inégale, avec des nervures plus fortes et plus apparentes sur la face inférieure, il n'y avait en somme aucune différence entre elles. Les foliolules qui se développent de chaque côté de la nervure médiane, entre les grandes folioles des feuilles, étaient rares, en aussi petit nombre que celles de quelques variétés de la Pomme de terre cultivée ; mais comme nous avons pu constater, chez d'autres variétés, que leurs feuilles étaient privées de ces foliolules, il nous a paru que la présence de ces organes appendiculaires n*est pas un caractère aussi essentiel qu'on l'avait supposé, et ainsi qu'on Tavait établi dans le Supplément de l'Encyclopédie.
» Le buttage des tiges avait exigé une grande quantité de terre, de manière à former une sorte de mbnticule qui s'élevait jusqu'à deux pieds de haut : or, vers le mois d'Août, des rejets, provenant des racines et des nœuds des tiges ainsi recouvertes, se firent jour en grand nombre à travers la surface du monticule, et dès qu'ils se trouvèrent exposés à la lumière ils émirent beaucoup de branches» portant feuilles et fleurs, si bien qu'à la fin les deux toufi*es constituèrent une quantité de pieds, différents en apparence, se développant de tous côtés. L'aspect de ces grosses toufi'es faisait naître un doute sur l'identité de la plante avec notre Pomme de terre ordinaire ; ce doute augmenta lorsque Ton constata, vers la fin du mois d'Août, qu'aucun tubercule ne s'était formé sur les racines. Les rejets ne différaient pas cependant sensiblement de ceux qu'on observe sous terre sur la Pomme de terre cultivée : ils étaient seulement en plus grand nombre et plus vigoureux.
» Mais nous venons de faire déterrer les plants, et je puis dire que tout doute à leur égard doit être écarté. C'est bien certainement le Solarium luberosum. Les tiges principales avaient une
longueur de plus de sept pieds; quant au produit, il était très abondant : on recueillit sur les deux plants environ six cents tubercules. Ceux-ci sont de grosseur variable, quelques-uns aussi gros ou plus gros qu*un œuf de pigeon, les autres aussi petits que les tubercules-mères, quelque peu anguleux, mais plus ronds qu'oblongs. Très peu d'entre eux sont blancs, d'autres son marqués de taches d'un rouge pâle ou de taches blanches. Nous en choisîmes deux, parmi ces derniers, pour les faire dessiner. Leur saveur, après la cuisson, était exactement celle d'une jeune Pomme de terre.
» Le compost employé pour le buttage des plants était très saturé d'engrais : j'attribue à cette circonstance la luxuriante végétation des tiges. Si l'on eût employé de la terre ordinaire pour le buttage, elles ne seraient probablement pas devenues si fortes, et je présume que pendant cette grande émission de tiges et de feuilles, il y avait retard dans la formation des tubercules, car la production de ces derniers n*a eu lieu que di^ns la dernière partie de la saison ; et l'on ne peut pas dire qu'ils sont en parfaite maturité, parce qu'ils auraient pu devenir plus gros s'ils avaient commencé plus tôt à se développer.
j> On pourra toutefois s*en servir utilement pour la reproduction (ou pour semence, s*il m'est permis de me servir d'une expression technique), et il y en a en suffisante quantité pour qu'on puisse les traiter comme on le fait d'une récolte ordinaire de Pommes de terre. En tous cas, il sera nécessaire d'attendre les résukats d'une autre année d'expérience pour nous permettre de nous rendre tout à fait compte des mérites et de la valeur de cette nouvelle introduction. Du reste, nous avons déjà constaté des changements qui nous font bien augurer des effets d'une culture appropriée : la production très abondante des tubercules, la perte de toute Tamertume de leur saveur naturelle, l'augmentation notable de leur volume ; ce qui, par suite, me porte à croire qu'à l'origine de la culture de ce végétal, on ne s*était pas appliqué à donner des preuves de beaucoup d'art et de patience pour obtenir dans les jardins la production des Pommes de terre. *>
Vingt-trois ans après, J. Lindley devait confirmer pleinement l'opinion de M. Sabine que la Pomme de terre sortie des tubercules de M. Caldcleugh était bien le type sauvage du Solarium
luberosum. Il s'exprîme, en effet, en ces termes *, dans un mémoiro dont nous traduisons ce qui suit.
« Nonobstant toutes les recherches qui ont été faites relativemer i à l'origine de la véritable Pomme de terre sauvage, des témoignages douteux et contradictoires obscurcissent encore son histoire. Sans nous arrêter aux anciennes allégations aujourd'hui abandonnées, nous voyons que Moyen, dans sa Géographie botaniquCy cite, comme sa station naturelle, toute la côte occidentale de TAmérique du Sud et assure qu'il l'a lui même trouvée à Tétat sauvage en deux endroits, sur les Cordillères du Pérou et du Chili ; puis, adoptant le témoignage des Botanistes espagnols, Ruiz et Pavon, il ajoute qu'elle croît spontanément sur la Montagne de Chancay, tout en déclarant positivement, à ce qu'il semble d'après Humboldt, qu'elle n'était pas cultivée par les Mexicains avant l'arrivée des Européens. Il n'est pas cependant absolument certain que les plantes trouvées par Meyen et les Espagnols aient été réellement sauvages. M. Darwin a recueilli des preuves plus évidentes sur ce sujet, pendant le Voyage du Beagle. A la latitude de 45® Sud, sur la côte de l'Amérique du Sud, se trouve un groupe d'Iles, appelle par les Géographes l'Archipel des Iles Chonos. « La Pomme de terre sauvage, dit M. Darwin, croît dans ces lies en grande abondance sur le sol sablonneux à coquilles du bord de la mer. Les plus grandes tiges avaient quatre pieds de long; les tubercules étaient généralement petits, mais j'en ai remarqué un, de forme ovale, qui avait deux pouces de diamètre : ils ressemblaient à tous égards à ceux des Pommes de terre d'Angleterre ; ils avaient la même odeur, mais après la cuisson ils se rétrécissaient beaucoup, et étaient aqueux et fades, sans aucun goût d'amertume. Ils sont indubitablement ici indigènes ; ils croissent assez loin dans le Sud, d'après M. Low, jusqu'au 50o de latitude. Les Indiens sauvages de cette région les appellent Aquinas. Le Professeur Henslow, qui a examiné les échantillons desséchés que j'ai rapportés ici, dit qu'ils sont semblables à ceux décrits par M. Sabine, provenant de Valparaiso, mais qu'ils constituent une variété qui a été considérée par quelques botanistes comme suffisamment caractérisée. Il est remarquable que la même espèce de
1. — Journal ofthe HorticuUural Society ofLondon^ vol. III (l847).
plante puisse se trouver sur les montagnes stériles du Chili central, où une goutte de pluie ne tombe pas pendant plus de six mois, et dans les forêts humides de ces îles méridionales ».
» 11 ne peut y avoir là d'erreur. Un naturaliste, comme M. Darwin^ ne peut pas ne pas reconnaître des Pommes de terre , lorsqu'il les a vues, et toute son histoire de leur découverte est exactement celle d'une plante sauvage. Il est bien certain, toutefois, que dans le Chili même la Pomme de terre croît spontanément, sous la latitude de Valparaiso, car elle a été décrite sous le nom de Maglia par Molina et d'autres; et cette Pomme de terre, apportée en Angleterre par M. Caldcleugh dans Tannée 1822, qui a poussé dans le jardin de la Société, ne peut pas plus être distinguée de nos variétés cultivées que celles-ci d'aucune autre. 11 est vrai qu'elle en a été séparée botaniquement, soit comme une race, soit comme une espèce, sous le nom àeSolanumCommersonii^^mdÀsles échantillons de ce Maglia que j'ai ici^ et qui ont été recueillis dans le jardin en 1825, appartiennent sans aucun doute à l'espèce qui est présentement cultivée dans toute l'Europe.
» Le D' Hooker {Flora antarctica) donne plus d'extension à la Pomme de terre sauvage en y comprenant le Pérou, Mendoza et Buenos-Ayres, le Maglia gagnant entièrement à travers le continent et croissant aux environs de Buenos-Ayres, dans les haies. Cette dernière station est signalée sur l'autorité de feu le D' Gillies, mais comme il n'est pas tout à fait certain que la plante qu'il a trouvée dans cette localité soit réellement le Maglia, il semble préférable de limiter Thabitat non douteux de la Pomme de terre sauvage entre les parallèles du 30<^ au 48^ de latitude sud. »
Lindiey, qui paraît avoir eu du type spécifique de la Pomme de terre une conception très large, quant à ses caractères distinctifs^ lit, en effet, « que c'est une erreur de croire que le Solarium tuberosum est inconnu à l'état sauvage au Mexique ». 11 établit cette opinion, dans ce même mémoire, sur des cultures faites avec des tubercules envoyés à la Société d'horticulture de Londres par M. Uhde, qui avait résidé pendant plusieurs années dans l'ouest du Mexique, et qui avait étiqueté ces tubercules : « Pommes de terre
1. — 11 coovient toutefois de faire remarquer ici que \e Sotanum Maglia et le Solanum Commersonii sont deux espèces parfaitement distinctes.
mexicaines sauvages, recueillies à une altitude de 8000 pieds. » Or ces cultures avaient produit divers types, entre autres une plante haute, à tiges et feuilles velues et blanchâtres, très stolonifère. sur les stolons de laquelle croissaient de petits tubercules pas plus gros que des haricots. Lindley n*y voit qu'une simple variété du 5. iuberosum, mais trouve dans ses cultures deux types très différents, qu'il ne rattache pas à cette espèce, et qu'il décrit et nomme Solanum demissum et cardiophyllum. Peut-être cette diversité de types aurait-elle dû appeler davantage son attention sur celui qu'il rattachait comme variété au S. tuberosum. Quoi qu'il en soit, il parle encore d'autres cultures faites avec un nouvel envoi de M. Uhde, d'échantillons étiquetés: «Tubercules d'une Pomme de terre rouge, trouvés à l'état sauvage au Mexique, à 8000 pieds d'altitude, probablement apportés du Pérou », et m Tubercules d'une Pomme de terre trouvée au Mexique, supposée être péruvienne », enfin « Pommes de terre rouges, semblables aux Péruviennes. »
« Des plantes, dit Lindley, qu'on en avait obtenues, une avait des tubercules blancs en forme de rognons. Leur tige et leur feuillage ressemblaient tout a fait à ceux de certaines variétés de notre Pomme de terre, mais elles différaient des autres qui avaient été envoyées du Mexique en même temps qu'elles. »
Lindley avait constaté, en même temps, que ces nouveaux types ne résistaient pas non plus aux atteintes de la maladie.
D'un autre côté, nous trouvons dans la Géographie botanique raisonnée d'Alphonse de Candolle (1855) la traduction suivante d'une lettre écrite du Chi^, en 1847, à Sir William Hooker par M. Cruckshands {Journal de la Société d'hortic. de Londres), Les observations de ce dernier nous paraissent avoir eu pour objet la Pomme de terre Maglia^ dont il a été question ci-dessus.
a On objecte souvent, écrit M. Cruckshands, que dans les pays où la Pomme de terre croît à l'état sauvage, elle pourrait, comme on l'a remarqué pour d'autres plantes en Amérique, avoir été introduite et n'être pas une espèce indigène. 11 y a cependant beaucoup de motifs pour croire qu'elle est indigène au Chili et que les pieds qu'on y trouve sauvages ne sont pas le produit accidentel des plantes cultivées. On les trouve ordinairement sur des pentes rocailleuses et escarpées où l'on n'aurait jamais pu les cultiver, et
OÙ le transport accidentel que Ton présume avoir été fait n'aurait pas pu s'effectuer. Cette Pomme de terre sauvage est très commune à Valparaiso, et je Tai suivie sur la côte à quinze lieues au nord de cette ville ; mais je ne sais pas jusqu'oùelle s'étend, soit au nord, ' ' soit au midi. Elle habite surtout les falaises et collines du bord de la mer, et je ne me souviens pas de l'avoir vue à plus de deux ou trois lieues des côtes. Il y a une circonstance non mentionnée dans les livres, c'est que la fleur est toujours d'un blanc pur, sans trace de cette teinte pourpre, si commune dans les variétés cultivées, circonstance que je regarde comme une forte preuve de son origine spontanée (pourquoi? dit M. de Candolle). Je déduis une autre preuve de ce fait, qu'on la trouve souvent dans les endroits montueux, loin des cultures, et qu'on ne la voit pas dans le voisinage immédiat des champs et des jardins où l'on cultive la Pomme de terre, à moins qu'un courant d'eau traversant le terrain ne puisse entraîner des tubercules dans les lieux non cultivés. »
» M. Cruckshands, ajoute M. de Candolle, présume que les Pommes de terre sauvages des environs de Lima dont parlait Pavon, doivent leur origine à cette dernière circonstance, au moins pour les parties basses, voisines de la rivière de Chancay, mais il ajoute que l'introduction est moins probable pour les collines, aujourd'hui incultes. »
Quoi qu'il en soit, nous voyons que la Pomme de terre Maglia se trouve être considérée, soit par les résultats de la culture, soit par les observations des explorateurs, comme étant sans aucun doute le type sauvage du Solarium tuberosum. Nous exposerons plus loin les opinions nouvelles qui se sont manifestées sur ce sujet. En attendant, nous ne croyons pas hors de propos de chercher dans les ouvrages d'autres voyageurs les remarques qu'ils ont pu faire sur la Pomme de terre dans ces mêmes régions péruviennes et chiliennes.
Francis de Castelnau, dans son Voyage à travers V Amérique du Sud (1843-1847), rapporte que l'on cultivait la Pomme de terre à Samaipata, petit bourg situé sur le plateau qui se trouve au sommet de la montagne de Cincho, puis à Aiquilé, village placé au milieu d'une plaine dont la température moyenne est de 19©, ainsi qu'à Chuquisaca, dont les environs étaient en général arides, alors que les vallées étaient assez bien cultivées à la charrue. D'après
le même voyageur, près de la ville de Puno, capitale du Département de ce nom qui fait partie du Pérou, et qui est située à 12,870 pieds anglais * au-dessus de la mer, la Pomme de terre y était l'objet d'une grande culture^ avec le Maïs, mais on n'y récoltait pas de Froment. A Aréquipa, ville qui est élevée à 7,850 pieds anglais' au-dessus de la mer, on évaluait à un dixième du sol cultivé la partie plantée en Pommes de terre.
De Castelnau nous apprend encore, dans son- Chapitre où il traite de l'Agriculture au Pérou, qu'on y cultivait plusieurs variétés de Pommes de terre.
» C'est, d'abord, dit-il, la Maca qui a la forme d'une figue, qu'on a fait sécher afin qu'elle ne puisse fermenter; elle se garde sans altération pendant quelques années, si on la renferme dans un endroit sec; on en extrait une espèce de jus dont Todeur est assez désagréable pour ceux qui n'y sont pas accoutumés, et que l'opinion générale considère comme un stimulant très actif. On cultive encore la Oca^ qui est plus grande que la Maca et très douce lorsqu'elle a été séchée à la gelée et au soleil : elle devient même farineuse; mais elle se gâte plus tôt que les autres variétés. Nous indiquerons enfin la Masgua^ variété de VOca, qui n'est pas aussi sucrée et dont la forme est aplatie.
» Avec VOca et la Masgua on prépare ce qu'on appelle la Caya : les tubercules sont placés dans un puits jusqu'à ce qu'ils y pourrissent, puis sont ensuite exposés au soleil et à la gelée sur une couverture pour être séchés; ils prennent alors une couleur noirâtre et répandent, quand on les fait cuire, une odeur fétide très désagréable et semblable à celle du cuir pourri. Cette préparation est l'aliment journalier des Indiens.
» Le Chuno se fait avec quelques-unes des variétés de la Pomme de terre que nous avons citées plus haut ; le noir est le plus commun. Pour le faire, on expose les Pommes de terre au soleil et au froid pendant quelques jours, en ayant soin de les remuer de temps en temps; lorqu'elles sont en partie desséchées, on les pile pour en extraire tout le jus qui pourrait être demeuré en les exposant de nouveau à la gelée.