‹ Histoire de la prédicationChapitre 32 sur 55 · Perfection morale, c'estrà-dire obéissance aux · texte numérisé non relu

Perfection morale, c'estrà-dire obéissance aux

lois naturelles et aux lois positives. Dieu avait joint des menaces et des promesses pour retenir l'homme dans l'obéissance. « Qu'y avait-il donc à faire pour « lui que Dieu n'eût fait? En quoi Dieu avait-il man- <c qué pour le rendre juste et droit? Ët comment pour* « rions-nous nous plaindre aujourd'liui do l'état où « Dieu nous avait mis par la création {2)? »

3. De tout cela résultait que Thomme était hëureux, — L'orateur n'a rien exagéré, il n'a pas même dit tout ce qu'il eût pu dire* « Je ne vous parle point, « ajoute-t-il, de la science qu'Adam pouvait avoir, et « je n'emprunte rien des conjectures que Ton fait là-

(1) Tome 1", pages â92-}94.

(2) Tome l", page 40i.

h9k damul us sonRviuLB.

« dessus. Je ne tous parle pas même de l'immutabi- « lité, ou du pouvoir de ne point mourir, qu'Adam a possédait certainement, ni de ce droit de domina- « tion sur les animaux qu*il avait reçu et qui faisait

« sans doute une de ses prérogatives les plus rcmar- (K quables. Je ne vous entretiens point des délices du a jardin d'Éden, et je ne cherche point à vous pein- « (Ire un ciel toujours riant, un printemps perpétuel (c joint avec les iruits de Tautonme^ des éléments toua jours d'accord, un air toujours pur, une terre qui a produit sans être cultivée, et en un mot, tout ce a que nous pouvons concevoir des plaisirs d'un lieu « formé pour Thomme heureux, où tout devait con- « spire r à sa félicité. Ce serait nous écarter de notre

texte; car, entre toutes les diverses parties dont le «r bonheur du premier homme était composé, il n'est « parlé que de sa justice. C'est à celle-là que nous ce avons dû nous arrêter; c'était la principale; c'était « celle qui entraînait toutes les autres ; c'était celle «( qui ne se pouvait perdre sans que tout le reste se « perdit (1). 9

IL Erreurs réfutées.

Quelques-uns nient que cet état ait été un état de justice ^formelle et positive. Us font rhonune table rase. Ils disent que ce qui est naturel n'est pas volontaire, pas libre. Ils disent que l'honune ne se portait que vers les biens nécessaires à la conservation de sa vie, etc.

Réponses. — 1. Il est faux que l'homme ne se -

(1) Tome l", pages 402-403.

DANIEL DB SCPERYILLE. 495

porte naturellement que vers les biens nécessaires à

sa subsistance. « Le désir de savoir et de connaître ce ce qui est vrai, et le désir d'être heureux et de « jouir de ce qui est bon, ne sont pas moins naturels « à rhonirae que le sentiment de la faim et de la « soif. Encore aujourd'hui l'homme ne peut rien dé* «( sirer que sous Tidée du bien. Il a une impression « forte et invincible, qui le pousse à chercher ce qui « le peut rendre heureux. Qui est-ce qui nous fera « voir le bien? est la voix de tous les hommes, la « voix de la nature même. Et qui ne voit que cette « pente, ce désir , est une imprraion générale de « Tauteur de notre être, qui nous pousse vers lui a comme vers notre centre et notre dernière fin(l)? »

â. Il ne faut pas croire qu'une chose ne puisse être naturelle et volontaire tout ensemble.

3. « Il est faux que l'essence de la Uberté consiste « dans une absolue indifférence et une égale indé^ a teriiiination pour le bien et le mal. La liberté este sentieiie demeure dans les créatures, lors même « qu'elles sont déterminées d'un càté ou de l'autre. « Les anges et les saints glorifiés, quoique détera minés infailliblement vers le bien, aiment Dieu et « font le bien librement; et les méchants dans l'état « du péché, bien qu'ils soient entièrement déterminés «c vers le mal, pèchent pourtant librement et n'ont « pas perdu la liberté essentielle, quoiqu'ils aient « perdu le bon usage de leur liberté. Il est vrai que « quand Ton considère la volonté de Thomme, par

(1) Tome 1'^% page 406.

« une abstraction de l*esprit, avant qu'elle produise

<c auf'iin acte, avant qu*aucun objet interne on exce terne lui soit proposé, avant qu'elle voie dans aur €c cun objet aucun caractère de vérité ou de fousselé, « de bonté ou de perversité, cette volonle ainsi con- « sidérée en elle-même, séparée des raisons qui la « déterminent et de Fattrait qui la fait pencher, « peut être conçue connue indéterminée et en équi- « libre. J'avoue encore que sa liberté consiste à pou- « voir suspendre son consentement jusqu'à ce que a l'entendement lui propose clairement les choses. « Mais quand on considère la volonté comme agis* « santé par rapport à quelque objet proposé, il n*est « pas vrai que sa liberté consiste dans l'indéterminaa tion et rindifférence. Cette indétermination et ce ce balancement, qui laisse flotter Tâme dans le doute : « Ferai'je^ ne feral-je pas? Dois-je aimer ou haïr, em- « brasser ou fwr cet objet? est un défaut. C'est ou un flc mauvais usage de la liberté, ou une imperfection <x qui vient de quelque chose qui manque, soit dans « Vobjet même, soit dans la proposition qui nous en « est faite, soit dans l'attention avec laquelle nous le « considérons. Si la créature raisonnable voyait tou- « jours clairement ce qui est vrai et bon, et ce qui « est non-seulement bon, niais ce qui est le meilleur « dans la comparaison de deux choses, et si elle avait a assez de force pour s'attacher fermelnent à ce qui « est son vrai bien, jamais elle ne serait longtemps « en suspens et embarrassée sur le choix. Quoique ff toujours libre, elle ne serait jamais longtemps m-

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a différente. Il suffit donc, pour conserver sa liberté « esseotieUe» qu'elle ait suspendu son consentement « jusqu'à ce qu^elle ait vu ce qu'elle devait faire ; a qu'elle ne se détermine que par la connaissance et « le dictamen de rentendemeat, et qu'elle ne se dé- « termine qu'après une connaissance suffisante; de « telle manière que soit qu'elle fuie un objet, soit a qu'elle l'embrasse, elle sente toujours qu'elle n'est cr nécessitée ni contrainte i)ar aucune chose exté- « rieure, mais qu'elle s'y porte par connaissance, « par choix et avec plein consentement. Le premier « homme pouvait-il, par exemple, être indéterminé « et balancer s'il devait aimer Dieu ou non? Cela « est absurde à penser. 11 est vrai que lorsque a rhomme n'avait point encore eu de pensées actuelles et qu'aucun objet ne lui avait été proposé, oc en le peut concevoir sans détermination actuélle* « Celui qui n'agit point, ne se détermine pas encore. « On le peut regarder alors comme indécis et iudé* <t terminé quant à l'acte, quoiqu'en même temps il « puisse avoir une pente habituelle, je veux dire une « certaine disposition dans ses facultés, qui Tincline « plus vers une chose que vers Tautre. Mais dès lors a qu'il agit, iju il pense acluclleinent, qu'il se pro- «c pose un objet, il est impossible qu'il soit longtemps « indéterminé. Or, quoi(|ue l'homme n'ait guère de- « meuré dans l'état d'innocence, n'avait-il pas déjà ce foit usage de ses facultés? N'avait-il pas connu Dieu a comme son créateur? Il n'était donc pas resté in- <x diUérent, il avait fait quelques actes moralement

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« bons, il s'était déterminé vers le bien, quoiqu'il ne «r fût pas eBcore confirmé dans cette bonne balMtude, « qu'il fut encore mua 1)1 1 et capable d'être tourné « vers le mal par une forte tentation. Non» non» « s'imaginer l'homme dans un état où, connaissant ce son Dieu, il n'avait aucune disposition qui le porte tàt vers lui, c'est s'imaginer Thomme créé dans un « état mauvais et blâma hlo. S'il eût été dans Pindif- «r fërence sur l'amour et la haine de Dieu, il eût déjà «c été actuellement dans un état vicieux contraire à « sa destination. Être si fort dans le voisinage du « vice et de la vertu» sans aucune pente vers la der- « nîère plutôt que vers l'autre» est un état incom- « mode et blâmable (1). »

4. « Ënûn il n'est pas vrai qu'à la rigueur Pfaonmie « dans sa création ne fut qu'une simple table d'at^ « tente, puisque Dieu lui donna certaines premières « idées qui nous restent encore aujourd'hui; qu'il « grava dans son âme les lois naturelles; qu'il se fit « connaître à lui, et intérieurement» et par révéla- « tîon externe. Concluons donc que l'innocenoe du « premier homme n'a pas consisté uniquement en ce « qu'il n'avait point encore commis de crime» et qoe a sa droiture n'a point été une simplicité aussi nue « que celle des enfants sans malice. Il fut créé homme « fait» dans un âge de raison, où l'imperlection des « organes ne pouvait affaiblir ses opérations» et dans « un état où les mouvements du corps ne le pou- « vaient porter trop vers les biens sensibles. Il fut

(1) Tome l", pages 407-4io.

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« revêtu de la connaissance de son Créateur et de «( qualités morales propres à le mettre en état de tf servir et de glorifier ce Créateur : Dùu omit fait

a homme droit i i). »

Discusskm de quelques opinions particulières à rÉglîse romaine, de celle-ci, par exemple, que la justice d'Adam était surnaturelle, « l'innocence étant « une belle robe, un vêtement magnifique, dont Dieu tf avait couvert et orné sa créature (2). » Uauteor se prononce pour une justice naturelle.

Ili. Preuves.

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